‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 5 sur 223 · EusÈBE, Co7ilra Marcell., I, 4; P. G., XXIV, 736, C · texte numérisé non relu

EusÈBE, Co7ilra Marcell., I, 4; P. G., XXIV, 736, C

LA THÉOLOGIE ANTËNICÉENNE. 1

2 LA THEOLOGIE ANTENICEENNE.

l'objet de la foi chrétienne : « Le Christ divise en deux [parties] la discipline chrétienne, la partie morale et l'exactitude des dogmes K »

Ce dernier usage a prévalu. Un dogme est donc une vérité révélée et définie comme telle par l'Église, une vérité dont l'acceptation s'impose à la foi du chrétien. Le dogme ou les dogmes ^ c'est l'ensemble des vérités ainsi révélées et définies.

A prendre les choses à la rigueur, le dogme chrétien se distingue délai doctrine chrétienne. Le premier suppose une intervention explicite de l'Eglise se prononçant sur un point déterminé de la doctrine; la seconde embrasse un champ un peu plus vaste : elle comprend non seulement les dogmes définis, mais de plus les enseignements qui sont d'une prédication ordinaire et courante, avec l'approbation certaine du magistère.

Les dogmes ont la prétention de n'être que la traduction en des formules techniques, en un langage net et précis, des données de la révélation, des enseignements de l'Ecriture ou de la Tradition chrétienne primitive. Entre les enseignements de Jésus-Christ ou de saint Paul et ceux du concile de Nicée ou du concile de Trente, il n'y a certes pas ressemblance verbale, mais il y a équivalence, il y a identité de fond. Ceux-ci ne font que reproduire les premiers. C'est ce qu'affirme l'Église catholicjue. La question se pose néanmoins : comment de l'Evangile et de saint Paul ou de saint Clément est-on venu aux formules de Nicée ou à la profession de foi de Pie IV? Quelle marche a suivie la pensée chrétienne dans cette évolution qui l'a conduite ainsi des éléments primordiaux de sa doctrine à l'épanouissement de sa théologie? Quelles ont été ses étapes

4. Epist. 24; P. G., XL VI, 1089, A : Aiaipeî (6 XptffToç) el; ôuo Tyjv tûv XpicTTiavôiv TToXiTstav, e':; ze to y;6i*/.ov (ispo; xat e'.ç tyiv tûv coy\i.'x7(i>'t àxpi6eiav.

dans cette voie? Quels entraînements ou quels arrêts, quelles hésitations y a-t-elle subis? Quelles circonstances ont menacé de l'en faire dévier, et quelles déviations en effet se sont produites dans certaines parties de la communauté chrétienne? Par quels hommes et par quels actes ce progrès s'est-il accompli, et quelles idées directrices, quels principes dominants en ont déterminé le cours? C'est à ces questions que doit répondre V Histoire desdogmes. L'histoire des dogmes a donc pour objet de nous exposer le travail intime de la pensée chrétienne sur les données primitives de la Révélation, travail par lequel elle en prend une plus complète possession, elle les éclaire, les féconde, les développe, et les coordonne enfin en un système harmonieux et savant, sans en altérer cependant la substance — c'est la prétention catholique — , et sans en modifier le fond doctrinal.

Il est aisé de voir par là que l'histoire des dogmes n'est qu'une partie détachée de l'histoire ecclésiastique. Cette histoire en effet doit raconter la vie de l'Église, sa vie intérieure comme sa vie extérieure, la vie de sa croyance et de sa foi par conséquent et les vicissitudes que cette vie a traversées, comme la vie et les vicissitudes de ses institutions, de son culte, comme les progrès de son apostolat et les événements qui ont marqué ses relations avec les puissances humaines. Croire et enseigner la vérité est pour cette Église le premier des biens comme la première des fonctions. Une Histoire de l'Église tant soit peu digne de ce nom ne saurait donc négliger l'histoire de son enseignement et de sa foi, l'histoire de ses dogmes.

Il importe maintenant de distinguer l'histoire des dogmes des sciences théologiques qui offrent avec elle quelque rapport.

On a mis plus haut une différence entre le dogme chrétien et la doctrine chrétienne, celle-ci étant plus étendue que celui-là. Par conséquent, une histoire des dogmes n'est pas tout à fait une histoire de la doctrine chrétienne. En pratique cependant, il faut à peu près les confondre, une histoire de la doctrine chrétienne comprenant nécessairement Thistoire des dogmes, et celle-ci, à son tour, ne pouvant présenter un tableau historique complet des enseignements de l'Église, si l'on en exclut ceux de ces enseignements qui n'ont pas été l'objet de décisions solennelles.

En revanche, il faut nettement distinguer de l'histoire des dogmes Vhistoire de la théologie, cette dernière s'appliquant à exposer non seulement le progrès des doctrines définies ou généralement reçues dans l'Eglise, mais aussi la naissance et le développement des systèmes et des vues propres aux théologiens particuliers. Elle comporte d'ailleurs sur la vie, les œuvres et la méthode de ces théologiens des détails dans lesquels l'histoire des dogmes ne saurait entrer.

On ne confondra pas davantage l'histoire des dogmes avec la Théologie positive non plus qu'avec la Patrologie ou la Patristique. La théologie positive est cette science qui établit la vérité des dogmes chrétiens par les témoignages précis de l'Écriture et de la Tradition, mais sans en suivre d'ailleurs le développement à travers les siècles : la démonstration y tient plus de place que l'histoire. Quant à lapatrologie et à la patristique, elles s'occupent uniquement l'une et l'autre de ces écrivains qu'on appelle les Pères de l'Église. La première étudieleurvie, catalogue leurs ouvrages, en discute l'authenticité, enmentionneles éditions, en un motconsidère ces ouvrages surtout par le dehors ; la patristique en examine et en expose la doctrine, en révèle les trésors. Toutes deux sont, à la vérité, des sciences subsidiaires,

des auxiliaires indispensables de l'histoire des dogmes ; mais celle-ci déborde évidemment le cadre où elles s'enferment. A côté des Pères, l'histoire des dogmes consulte d'autres monuments de la croyance chrétienne, symboles, liturgies, décrets des conciles, monuments figurés, etc. Par delà l'époque patristique, elle poursuit jusqu'à nos jours l'évolution de la pensée religieuse. Elle constitue donc bien une science à part, d'un objet bien défini et d'un domaine nettement limité.

Faut-il ajouter que cette histoire des dogmes peut se traiter dans une double intention, et qu'à ce point de vue on devrait distinguer peut-être encore entre l'histoire des dogmes et la Théologie historique. La première, dans la façon dont elle traite les faits et les textes, fait abstraction de tout but apologétique ; elle constate, elle raconte, elle expose. Celui qui s'en occupe peut même refuser toute valeur, soit aux énoncés dogmatiques, soit aux procédés logiques moyennant lesquels ils sont déduits. Tel Bossuet racontant l'évolution des doctrines protestantes, ou un indianiste chrétien étudiant l'histoire des dogmes brahmaniques. C'est la disposition dans laquelle beaucoup d'écrivains protestants ou rationalistes traitent de l'histoire des dogmes : mais l'on conçoit que, sans aller jusqu'à cette indifférence ou cette hostilité, un auteur même croyant n'ait pas pour but, dans ses recherches, de prouver précisément le bien-fondé des enseignements chrétiens actuels. Ce but, au contraire, paraît être celui de la Théologie historique : l'histoire ici n'est pas le but, elle n'est que le moyen, le but est théologique : on a l'intention de montrer, par l'histoire des idées et des faits, que la foi actuelle se relie normalement à la foi apostolique, et que les chrétiens d'aujourd'hui sont bien les héritiers directs et légitimes des disciples de Jésus-Chrisl.

Il est aisé, ce semble, grâce à ces distinctions, de se

6 LA THÉOLOGIE ANTÉMCÉENNE.

faire une idée juste de ce qu'est Thistoire des dogmes. Il est plus difficile de dire à quel moment précis il la faut faire commencer, et dans quelle mesure elle comprend ou exclut l'histoire de la Révélation elle-même. Les dogmes, en effet, ont la prétention, nous l'avons dit, d'avoir été révélés, de n'être que la Révélation réduite en formules. Si cette prétention est justifiée, leur origine première, c'est l'acte ou la série des actes révélateurs, et leur substance, leur état premier, ce sont les enseignements de l'Ancien Testament, ceux de Jésus-Christ et des apôtres, c'est la théologie de l'Ancien et du Nouveau Testament. Une histoire complète des dogmes comprendra donc et une histoire de la Révélation, et un exposé de cette théologie. Que si l'on veut vérifier la légitimité de cette prétention, on se trouvera rejeté dans l'examen de l'origine première des dogmes, et de la part que la philosophie, les religions ambiantes, les écrits authentiques ou apocryphes de l'Ancien Testament, les traditions juives, l'imagination populaire, et bien entendu aussi le fait historique de la prédication de Jésus et des prophètes, etc., ont eue dans leur formation. Mais c'est là, on le comprend, un champ immense et où des sciences spéciales, apologétiques et exégétiques se sont déjà installées. Le mieux est de n'y point entrer, et de ne point s'occuper, dans une histoire des dogmes, de la provenance initiale de leur contenu. C'est le travail de la pensée chrétienne sur ces données primitives et la transformation graduelle qu'elle leur a fait subir que cette histoire doit surtout exposer. En conséquence, elle se contentera, pour marquer le terminus a quo du processus qu'elle veut décrire, d'un précis des enseignements de Jésus et des apôtres tels qu'ils nous sont rapportés dans le Nouveau Testament. D'autre part, et afin de noter les conditions subjectives dans lesquelles la pensée chrétienne a commencé et poursuivi

irSTRODUCTION. 7

son travail, et les influences extérieures qui se sont exercées ou qui ont pu s'exercer sur elle en dehors de la Révélation, l'histoire des dogmes devra donner une idée du milieu religieux, philosophique et moral où ce travail s'est accompli, et signaler les doctrines étrangères capables d'avoir agi sur la pensée chrétienne pour la pousser dans un sens déterminé. Cette double introduction suffira pour rattacher l'histoire des dogmes à l'histoire de leur origine, sans préjuger d'ailleurs les problèmes multiples et délicats que soulèvent ces questions, et sauf à recourir, pour plus ample informé, aux ouvrages qui en traitent ^ .

■1, N'écrivant pas un livre de théologie, je n'exposerai pas ici la théorie du développement des dogmes telle que la conçoivent les catholiques ou les protestants. On peut voir sur ce sujet Vincent de Lf.rins, Commonitorium 1,23, P. L., L, 667-669; Newman, An essay on the development of Christian doctrine, 2^ édit., Londres, 1878, et sa critique par J.-B. MozLEY, Theory of development, a criticism of Dr. Neiuman's Essay (i8"9); De la Barre, La vie du dogme catholique, Paris, 1898; et les nombreux articles parus sur ce sujet dans les diverses revues, notamment ceux de M. de Grandmaison dans la Revue pratique d'apologétique, 1908. — Quelques réflexions suffiront pour notre but. L'histoire des dogmes suppose que ces dogmes ont passé par certaines vicissitudes, qu'ils ont été soumis à certains développements ou transformations, car les choses seules qui vivent et se modifient ont une histoire. L'existence même de ces vicissitudes n'est pas douteuse, et il suffit d'ouvrir les yeux pour les constater. L'important est d'en fixer les caractères et les résultats, d'en marquer les limites, les causes et les lois, en un mot de définir dans quelle mesure la substance des dogmes est atteinte par cette évolution. La question peut se traiter ou par la méthode théorique, a priori, en partant de ce que l'Église enseigne sur riramutâÏÏrTTfê'substantielle du dogme, ou a posteriori, par la méthode historique, en recueillant les résultats que révèle une étude attentive des faits. Celte dernière méthode est la seule naturellement que puisse suivre l'historien. Les auteurs protestants et rationalistes affirment qu'elle les a conduits à cette conclusion que les données primitives de la Révélation chrétienne n'ont pas seulement été scientifiquement exposées et développées par le dogme ultérieur, mais bien substantiellement altérées et modifiées. Voir, dans ce sens, la déclaration de M. Harnack, Précis de l'histoire des dogmes. Introduction, p.x. Tout autres, on le sait, sont les conclusions auxquelles arriva Newman, encore anglican, à la suite des mêmes recherches historiques, et qu'il a consignées dans son fameux Essay, mentionné plus haut. Les catholiques les ont, dans l'ensemble, adoptées. J'ajouterai seulement

LA THÉOLOGIE ANTENICEENNE.

§ 2. — Sources de l'histoire des dogmes. Diverses méthodes qu'on peut y suivre. Ses divisions.

Il n'est presque pas de brandie de la littérature chrétienne qui ne doive ou ne puisse être mise à contribution pour une histoire des dogmes. Au premier rang toutefois, il faut mentionner les sources mêmes du dogme, l'Ecriture et les enseignements oraux de Jésus- Christ et des apôtres consignés dans les documents ultérieurs, puis les symboles, professions de foi, définitions des conciles et des papes qui en ont fixé la portée et précisé le sens ; puis les écrits des Pères et des anciens auteurs ecclésiastiques, et, pour une période moins reculée, ceux des théologiens. Les décrets canoniques et disciplinaires, les prières et les chants liturgiques, les inscriptions et les monuments figurés donneront souvent des indications précieuses sur les croyances intimes de l'Église à une époque déterminée ; les livres apocryphes et les ouvrages des hérétiques en fourniront la contrefaçon ou la contre-partie. L'histoire ecclésiastique éclairera le milieu où ces croyances se

qu'il s'en faut de beaucoup que la théorie du développement des dogmes, bien que très étudiée de nos jours, soit complètement achevée. On s'en est trop tenu généralement à des formules vagues, à de simples comparaisons (l'enfant qui devient homme, le noyau qui devient arbre, etc.) insuffisamment précises. Car la question à laquelle il faut donner une réponse technique et adéquate est celle-ci : Dans quels cas une idée ou une doctrine, rapportée à une autre idée ou à une autre doctrine, n'en est-elle qu'un simple développement, et dans quels cas en est-elle une altération ou une transformation substantielle v Et pour faire l'application de cette question à un exemple : l'idée de l'Église peut-elle être considérée comme un sira^ledéveloppement de l'idée eschatologique du royaume de Dieurou^Sîen est-elle autre chose? LsTcomparaisôTB du ehêne qui sort du gland nous montre combien peuvent différer en apparence des doctrines dont l'une cependant procède de l'autre. C'est à quoi ne font pas assez attention certains auteurs, qui ont manifestement du progrès dogmatique une conception trop étroite.

sont développées, et en produira souvent, dans les faits qu'elle raconte, des attestations plus frappantes que les textes eux-mêmes. Enfin, et sans prétendre tout énumérer, il sera absolument nécessaire de connaître les idées philosophiques et religieuses dominantes aux divers âges de lÉglise, si Ton veut se rendre compte des courants qui ont pu entraîner la pensée chrétienne, des influences sous lesquelles elle a évolué, et saisir la portée des formules dogmatiques dont la langue philosophique est un des éléments.

Quant à la méthode à adopter dans l'histoire des dogmes, on en peut concevoir deux différentes. Ou bien l'on étudie l'histoire générale des dogmes en suivant l'ordre des temps, et en exposant l'idée que chaque époque et chaque auteur principal s'est faite de l'ensemble et des divers points de la doctrine chrétienne : c'est la méthode que j'appellerai synthétique. Ou bien on prend en particulier un dogme ou un groupe de dogmes se rapportant à un même objet — le dogme Trinitaire par exemple — , et l'on en suit la formation et le développement pendant une période déterminée, et, si l'on veut, depuis les origines jusqu'à nos jours : c'est la méthode analytique. Elle permet de mieux approfondir l'histoire de chaque dogme isolément, et d'en mieux apercevoir l'évolution, mais elle a l'inconvénient de ne présenter que des monographies détachées, et de n'offrir des systèmes des grands théologiens — d'un Origène ou d'un Augustin — que les disiecla membra, incapables de nous initier à leurs vues intimes et plus générales. Historiquement d'ailleurs, si

10 LA THEOLOGIE ANTENiCEENNE.

parfois quelques dogmes ont paru seuls retenir un assez long temps l'attention de l'Église, les autres n'ont pas été pour cela entièrement négligés. La première méthode — synthétique — a donc Tavantage d'être plus conforme à l'histoire objective et concrète; elle permet aussi de mieux marquer les idées et les croyances dominantes à certaines époques, d'indiquer la liaison et la subordination des doctrines les unes vis-à-vis des autres, de présenter les vues d'ensemble des écrivains dont on parle. Ces avantages l'ont généralement fait préférer par les plus récents auteurs, et c'est celle que nous adopterons ici. Remarquons seulement qu'entre les deux méthodes des combinaisons intermédiaires sont possibles et même souvent nécessaires.

11 n'y a en tout ceci rien d'absolu.

L'histoire des dogmes commence avec la prédication de Jésus-Christ et s'étend jusqu'à nos jours, car de nos jours encore la doctrine chrétienne se fixe et s'éclaire. Dans ces dix-neuf siècles toutefois, il est aisé de distinguer, comme dans l'histoire de l'Église en général, trois périodes bien distinctes. La première comprend les huit premiers siècles environ : elle se ferme, en Orient, sur la controverse des images et sur saint Jean Damascène (f vers 750) ; en Occident, sur la condamnation de l'adoptianisme espagnol, dernier écho des controverses christologiques, et sur le nom d'Alcuin (-{- 804). C'est l'époque de la formation, de la discussion et de la définition des dogmes fondamentaux, la Trinité, rincarnajipn en Orient, en Occident le péché, la grâce, l'Eglise. — La seconde période

commence avec Charlemagne ou même un peu avant, et embrasse tout le moyen âge jusqu'à la Réforme et au concile de Trente. L'Eglise grecque n'y fait presque aucune figure : toute l'activité semble concentrée dans l'Eglise latine. Un immense travail de systématisation recueille dans la tradition les éléments doctrinaux, et les fond, dans une synthèse puissante, avec les données philosophiques surtout de l'Aristotélisme. C'est l'âge des Sommes, de la théologie des sacrements, de celle des indulgences, des dévotions secondaires, et aussi de celle de la hiérarchie et du pouvoir dans l'Église. — Avec le Protestantisme et le concile de Trente s'ouvre une troisième période. Pendant que le premier prétend revenir aux enseignements primitifs, en faisant de l'Écriture l'unique source doctrinale, et de la foi l'unique principe de la justification, le second consacre en grande partie l'œuvre du moyen âge, et commence contre le naturalisme débordant déjà dans la Renaissance la lutte qui se continuera dans les siècles suivants. Ce n'est plus désormais tel ou tel dogme qui est en jeu, c'est l'existence de l'Eglise comme autorité enseignante ou même d'un dogme défini (protestantisme libéral) ; c'est l'existence du surnaturel et de la Révélation (rationalisme); c'est la croyance en Dieu, c'est la valeur de la raison humaine (athéisme, subjectivisme) qui sont attaquées. Si, durant cette période, le dogme s'est développé — et il s'est en effet développé, — il s'est surtout défendu. L'apologie, sous ses diverses formes, y a tenu la première place. ' De cette histoire des dogmes ainsi divisée le présent volume n'étudiera que le commencement jusqu'au concile de Nicée (325) : un second volume poussera l'exposé jusqu'à Charlemagne.

12 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.

§ 3. — Les principaux travaux d'histoire des dogmes.

L'histoire des dogmes, dans sa forme actuelle, ne date que d'un siècle. Les anciens héréséologues, saint Irénée, les Philosophoumena, le Pseudo-Tertullien, saint Épiphane, Philastrius, Théodoret, etc., et les historiens ecclésiastiques, Eusèbe et ses continuateurs, nous ont sans doute laissé des matériaux pour l'histoire de la doctrine dans les premiers siècles, mais ils n'ont jamais songé à l'écrire. Au moyen âge, l'idée même d'un développement dans le dogme semble avoir disparu. L'ignorance où l'on était des œuvres des plus anciens Pères, le mélange de ces œuvres avec d'autres écrits apocryphes mis au courant des décisions conciliaires postérieures avaient endormi tout soupçon sur ce point. 11 fallut la Réforme d'une part, de l'autre l'admirable travail patristique d'édition, de révision et de triage accompli par les grands érudits des xvi% xvii® et xviii^ siècles pour remettre en lumière le fait signalé par Vincent de Lérins au v®, et ramener sur ce fait l'attention des théologiens. L'argument fondamental du Protestantisme contre le dogme catholique reprochait à ce dogme d'être relativement nouveau, d'avoir été ignoré de l'Ecriture et des Pères : Ab initio non fuit sic. Un examen minutieux de la doctrine de l'antiquité devenait nécessaire. 11 fut réaliséen France, avec une compétence hors ligne, par le jésuite Petau [De theologicis dogmatibusy 1643-1650), et un peu plus tard parl'oratorien Thomassin ( Theologica dogmata, 1680-1689). Petau reste un maître quil faudra toujours consulter. En même temps paraissait à Amsterdam l'ouvrage d'un écossais, John Forbes a Corse [Institutiones historico-theologiae, 1645), destiné à montrer l'harmonie de la doctrine réformée avec l'ancienne orthodoxie ; puis celui de Geor-

ges Bull [Defensio nicaenae fidei, 1685-1688), où il défendait contre les Sociniens la croyance trinitaire, et attaquait vivement l'exégèse de Petau.

Quelque place que tînt dans ces œuvres l'histoire des doctrines, elles n'étaient pas cependant à proprement parler des histoires du dogme. C'est en Allemagne que parurent les premiers essais portant ce titre, et c'est l'Allemagne protestante surtout qui les a depuis multipliés. On peut grouper autour de six noms l'ensemble des travaux qu'elle a produits sur ce sujet.

Le premier est celui de W. Mûnscher, de Marburg (f 1814) \ Cet auteur avait été précédé par S. G. Lange dont l'ouvrage^ était resté inachevé, et son Histoire fut suivie d'une série de manuels sans influence sur les progrès de la science. Mûnscher lui-même était trop rationaliste pour avoir, malgré sa profonde érudition, l'intelligence vraie du Christianisme et de son développement.

Après Mûnscher il faut nommer Neander^, et les auteurs qui dépendent de Schleiermacher, entre autres Baumgarten-Crusius (f 1843) ^ et F. K. Meier (*}• 1841)^. La tendance est déjà meilleure et plus conservatrice. Le livre de Meier dénote dans son auteur une vue juste de la méthode à suivre : les matériaux y sont bien choisis et disposés avec soin.

Mais Hegel a paru, et, sous l'influence de sa philosophie, une nouvelle conception se produit de l'évolution du dogme. Elle est représentée par F. Christian

1. Handbuch der christlichen Dogmengeschichte, 1797-1809 ; Lehrbuch der christlichen Dogmengeschichte, 1811.

Page 1