EusÈBE, H. E., Vin,2i
220 LA THEOLOGIE ANTENICEENNE.
[iudaico autem quodam sensu scripturas dwinas intellegentes) ceux qui s'en troublaient. Quant à Denys, il allait plus loin encore, et, pour enlever à Nepos et à Coracion leur appui le plus sûr, il n'hésitait pas, à la suite d'une critique hardie, à déclarer que l'Apocalypse ne pouvait être l'œuvre de l'apôtre saint Jean.
Le millénarisme ne survécut pas au v^ siècle. En Orient, les Cappadociens, disciples d'Origène, jetèrent dans la balance, contre lui, le poids de leur autorité. En Occident, saint Augustin qui l'avait, il nous l'avoue, quelque temps professé lui-même, en sapa les fondements en donnant de l'Apocalypse une explication orthodoxe qui voyait dans le royaume du Christ TEglise de la terre ^ L'erreur s'évanouit peu à peu pour ne reparaître qu'au moyen âge dans quelques sectes d'illuminés.
L'Eglise, en somme, s'en préoccupa assez peu, et elle ne paraît pas y avoir vu jamais un danger bien grand. Issu du judaïsme, le millénarisme partagea le sort effacé de tout ce qui y tenait. La clarté avec laquelle il paraissait contenu dans l'Apocalypse contribua sans doute à le faire admettre ou tolérer d'abord d'un grand nombre, et le montanisme lui ménagea, chez ses partisans, un regain de faveur. Mais le courant qui entraînait les esprits de plus en plus loin des conceptions juives, l'habitude d'interpréter plus librement ou même d'une façon allégorique les Écritures, l'obscurité dont on comprit mieux que l'Apocalypse était enveloppée en détournèrent assez vite la pensée chrétienne, et la ramenèrent à une conception plus spiritualiste et plus simple de l'eschatologie orthodoxe.