Édit. OEhler, Lipsiae, 4853, tom. I
4. Édit. Otto, op. cit., IX, 1" édit., 117-2. 3, Édit. Otto, op. cit., III, 3« édit., 187J. C. Voir i'Epitre à Diognète, V i-tJ.
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proche par certains côtés des religions connues. Mais il s'en faut bien qu'un pareil concept corresponde à toute leur pensée. Nous savons que leur symbole, contenait autre chose. Il comprenait notamment des vérités d'ordre spécifiquement surnaturel et chrétien, que l'on retrouve soit dans ceux de leurs écrits qui sont destinés aux fidèles, soit encore dans leurs apologies aux païens et aux juifs, car il leur arrive, même dans ces derniers ouvrages, de révéler leur foi tout entière. Les apologistes ne sont donc pas uniquement des philosophes, ils sont des croyants, et rien ne serait plus décevant que de vouloir, de leur silence, conclure à leur ignorance de certains mystères. Ce silence en général s'explique trop bien pour qu'on en puisse tirer un argument contre eux.
Cela n'empêche pas que nous ne devions, pour les étudier, distinguer les deux points de vue, et les considérer successivement comme défenseurs et comme docteurs de la foi.
2. — L'apologétique des apologistes, et leur conception de la révélation.
La tâche des apologistes comme tels, nous l'avons remarqué, était double : ils voulaient, d'une part, disculper le christianisme et obtenir pour lui la tolérance ; de l'autre en montrer le bien-fondé et lui gagner des adhérents.
Le premier point était affaire de constatation et de discussion juridique. On accusait les chrétiens d'athéisme et d'impiété, de n'adorer aucun dieu et de mépriser ceux de l'empire, par conséquent d'être en révolte contre l'autorité des lois, coupables de lèsemajesté de l'empereur et du peuple. On les accusait
encore d'infanticide et d'anthropophagie, de festins de Thyeste; de turpitudes, d'incestes infâmes, d'unions rappelant celle d'Œdipe ^ A ces calomnies on ne pouvait répondre que par d'énergiques dénégations, et en en appelant aux faits. Non, répétèrent les apologistes, pour n'adorer pas les dieux et les idoles du paganisme, les chrétiens ne sont pas des athées et des gens sans religion. Ils ne sont pas les ennemis de l'empire, eux qui, rejetant d'ailleurs toute ambition terrestre, prient pour sa prospérité et pour le salut des empereurs , eux, dont le loyalisme est absolu, et qui, en travaillant à former des hommes vertueux, travaillent du même coup à fournir à l'État ses meilleurs citoyens ^. Quant aux crimes et aux infamies dont on les accuse, la pureté de leurs mœurs en général, leur aversion des spectacles et des jeux du cirque suffisent à les en laver : c'est bien plutôt aux païens que l'on devrait reprocher pareilles horreurs ^.
Ces crimes, d'ailleurs, rien ne les a établis : ils n'ont pas même fait l'objet d'une enquête ; et l'on est donc injuste quand l'on condamne les chrétiens uniquement sur leur nom, leur qualité de chrétiens, sans preuve de leur culpabilité, sans leur accorder ce que l'on ne refuse pas aux autres accusés, le droit de se défendre et de prouver leur innocence^.
Cette première partie de la défense des apologistes, quelque intéressante qu'elle soit, n'est pas cependant celle qui importe le plus à notre sujet. Nous voulons
1. Ce sont les trois chefs d'accusations que résume Athénagore : Tpta
ixt^eiç {Suiyplic, 3. Cf. Eusèbe, H. E., V, r, 9; Teutullien, Apologet., 10).
2. S.ivsvm,Apolog. i. G, 9, li-13; Tatien, 4; Athénagore, Supplie, 4-40, 37; Théophile, i, 2-7 ; Minucids, 32; Tertullien, 10, H, 17, 30-32, 36.
3. S. JmJiy, Apolog.l, 15-17,26, 27, 29; Tatien, 23; Athén., Suppl., 32-33,- Théophile, m, 3, 13; Ep. àDiogn., v, 7-16; vi; Minuci us, 28-31; Ter-
TULL1EN, 2, 7, 8.
4. S.Justin, Apolog., i, 2; Athén., Supplie, 1, 2, Tertullien, 2, 3.
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ici savoir surtout sous quel jour ils ont présenté le christianisme à leurs adversaires, et comment ils ont envisagé ses rapports avec la philosophie et les autres religions en cours.
La philosophie était, au ii' siècle, le meilleur et même le seul terrain commun où pussent se rencontrer les gens éclairés, de quelque religion qu'ils vinssent. Tous les apologistes cependant ne gardèrent pas à son égard la même attitude. Encore que Tatien, Tertullien et Hermias ne condamnent pas généralement toute philosophie, mais seulement cette science orgueilleuse qui repousse Dieu, et se croit capable de résoudre seule les problèmes de notre origine et de notre destinée, on ne saurait nier qu'ils ne lui sont pas favorables, et qu'ils prennent à bafouer les philosophes un plaisir excessif ^ Les autres apologistes, philosophes eux-mêmes avant d'être chrétiens et demeurés tels après leur conversion, ont, au contraire, plus volontiers invoqué l'autorité de la philosophie, et se sont efforcés de montrer que la religion nouvelle était pour le fond d'accord avec elle. Celui qui a le plus largement compris et exposé cette harmonie est saint Justin.
Il commence par poser en principe que le christianisme est une philosophie, la seule sûre et utile, et qu'en l'embrassant on est et on reste philosophe : Tau- Tyjv {jLovYjV eupiffxov (où^oao^^ioi^ adcpaX?] tê xai ouucpopov. Ootw; Sr; xatôioc "rauxa cpiXôaocpoç lyw [Dial.y 8)-. Entre la doctrine chrétienne en effet et l'enseignement des meilleures écoles philosophiques il existe une ressemblance ou même une identité que l'on ne saurait méconnaître. Les différences qui les séparent sont des nuances plutôt