‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 73 sur 223 · Tatien, 5; k-xnt^., SuppL · texte numérisé non relu

Tatien, 5; k-xnt^., SuppL

engendré de lui et réellement distinct du Père. C'est tout le fond de la définition deNicée, et il suffirait pour l'obtenir d'appliquer à ces prémisses une logique sûre et une terminologie précise. Nos auteurs ne l'ont pas fait. Leur pierre d'achoppement a été le problème de la création. Dieu est éternel, immuable : à un moment donné cependant il a créé au dehors. Il y a donc eu en lui quelque chose de changé? Oui, il semble qu'ils le croient : il y a eu la prolation ou la génération du Verbe.

Éternellement le Verbe était en Dieu : celui-ci a toujours été Xoytxo; : ils l'admettent *. Comment le Verbe existait-il en Dieu? Comme personne distincte du Père, ou comme simple puissance, comme raison immanente? Les apologistes ne répondent pas clairement. On a signalé dans saint Justin deux passages (Apol. II, 6; Dial., 61) en faveur du second sentiment; mais ils sont trop peu explicites pour qu'on puisse sûrement les interpréter en ce sens. Le saint doctear remonte jusqu'avant la création : il regarde le Verbe comme Dieu personnel avant toutes choses créées [Dial., 48, 61, 62); il ne va pas au delà : c'est pour lui l'éternité pratique. Tatien est encore moins afïirmatif que son maître sur l'existence personnelle et éternelle du Logos. Au commencement, dit-il. Dieu est seul; il possède seulement en lui sa Xoyixy) ouvaiJLiç qu'il profère au moment de la création (5). Même obscurité, ou plutôt mêmes formules inquiétantes dans Athénagore (10) et dans Théophile d'Antioche (ii, 10, 22). Celui-ci semble même faire un pas vers l'erreur avec sa théorie des deux états du Logos d'abord enfermé dans les entrailles du Père (IvSiàôsToç), et là simplement son intelligence et son sentiment (vouç xal «ppo-

\. Tatien, 5; Athén., Svppl., 10.

236 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.

vrjCtç), puis proféré par lui au dehors (Trpocpopixoç).

Quoi qu'il en soit, et que nos apologistes aient regardé ou non le Verbe comme distinct réellement du Père de toute éternité, c'est avant la création et pour la création qu'ils le font proférer, engendrer par le Père ; que, dans leur système, le Verbe devient Fils. On a voulu interpréter leurs paroles dans le sens d'un simple rapport nouveau établi ad extra par l'acte créateur entre le Verbe et les êtres créés eux-mêmes : mais cette explication ne rend pas compte des textes. Ces textes supposent qu'au moment de la création un changement s'est produit dans l'état intérieur du Logos. Dieu a besoin du Logos pour créer, pour produire et atteindre le contingent, l'extérieur, l'imparfait, le muable. Il le tire donc en quelque sorte de son sein : il l'engendre et le profère pour être son instrument et son organe dans l'acte créateur : FEwwfjievo; (ô utb;) ote TYjV àpx'^iv Si' auTotî TTavxa IxTias xat exo(i(xr,ff£ ô ôeo; (S. Justin, Apol. II, 6; cf. DiaL, 61). — IIpOTrr.Sa, TrpoeXtiîov (Tatien, 5; Athén., SuppL, 10). — 'EyivvTQffEv (Ôeoç) aùxbv (xbv Àoyo"^) (ASTa x^ç lauxou (Tocpiaç i^ÊpeuçotuLevo; Trpb xcov oAtov. — TouTov Tov 'kô^o'^ èY6vvr](je Trpocpopixo'v (Théophile, II, 10, 22). Le Verbe, ainsi produit pour être l'aide de Dieu (uTToupYoç) dans la création, est en un sens le premier-né de cette création : irpoiroToxoç Tziar^c, xTiasio; (Théophile, ii, 10, 22), TepYov TrpwToroxov (Tatien, 5).

C'est la doctrine de la génération temporelle du Logos : le Verbe, éternellement Verbe, n'est devenu Fils qu'à un moment déterminé, celui qui a précédé la création. Mais cette prolation, remarquons-le encore, est une vraie génération, ce n'est pas une production exnihilo.hQ Fils n'a pas été fait, remarque Athénagore, comme quelque chose qui n'existait pas auparavant (ou;( w; YÊVoasvov, SuppL, 10) : il partage la nature du

Père qui l'engendre. Le mot ^swav est celui qui revient le plus souvent pour caractériser son origine \

Est-ce donc que par cette génération le Fils se trouve séparé du Père, que celui-ci soit privé de son Verbe, ou que sa substance soit partagée? Nullement. Le Verbe, écrit Tatien, « provient d'une distribution, non d'une division. Ce qui est divisé est retranché de ce dont il est divisé, mais ce qui est distribué suppose une dispensation volontaire, et ne produit aucun défaut dans ce dont il est tiré. Car, de même qu'une seule torche sert à allumer plusieurs feux et que la lumière de la première torche n'est pas diminuée parce que d'autres torches y ont été allumées, ainsi le Logos, en sortant de la puissance du Père, ne priva pas de Logos celui qui l'avait engendré (oux àXoyov TrcTxotrjxs tov y^Y^"^" vy)xoTa). Moi-même, par exemple, je vous parle et vous m'entendez, et moi qui m'adresse à vous je ne suis pas privé de mon logos, parce qu'il se transmet de moi à vous; mais en émettant ma parole, je me propose d'organiser la matière confuse qui est en vous (5) ^ ». Voilà exactement ce que répète saint Justin [DiaL, 61, 128) et ce que supposent Athénagore (SuppL, 10) et Théophile (ii, 22). On trouve là l'origine du cpwçlx cpono; de Nicée.

Néanmoins, et comme la création est l'œuvre de la volonté divine, nos apologistes nous représentent également la génération du Verbe comme le fait de la volonté du Père. Ils n'affirment pas, il est vrai, qu'elle vient de sa volonté librCy mais ils affirment qu'elle vient de sa volonté et de sa puissance (Suvatxsi xai pooXy] «Otou ^j.

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