S. Justin, DiaL, 71, 1-27, 12S; Tatien
238 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.
Et de là une subordination du Verbe et du Fils au Père, non pas seulement en tant qu'homme après l'Incarnation, mais en tant que Verbe et Dieu. Le Fils est le ministre du Père ; « il n'a jamais fait que ce que le Créateur du monde, au-dessus de qui il n'est point d'autre Dieu, a voulu qu'il fît et qu'il dît ». « Il est sous les ordres du Père et préside à l'exécution de ses desseins. » Il est Dieu et Seigneur sans doute, mais a sous le Créateur de tout (Citto tov 7:oir,Triv xwv ^wv) » ; et c'est cette harmonie de volonté qui maintient, malgré la distinction numérique, l'unité que les gnostiques voudraient rompre : Exepoç... àpiOuw X^yw, àXXà où y^^'V?) ^* Enfin, de ce que le Verbe est proféré pour la création, il suit qu'il possède, pour entrer en contact avec le fini et le contingent, des aptitudes qui manquent au Père. Celui-ci, Dieu incommensurable et transcendant, ne saurait ni apparaître sur la terre, ni être présent dans un lieu déterminé, et aussi ne saurait-on lui rapporter les théophanies de l'Ancien Testament. Mais le Verbe, lui, peut se manifester, être vu, contenu dans un lieu, et c'est de lui qu'il est en effet question dans les récits bibliques^. Ce dernier trait, qui met entre le Père et le Fils une aussi profonde dissemblance, nous conduit fort loin, comme on le voit, de la doctrine du consubstantiel ; mais il montre aussi avec évidence que les défaillances doctrinales des apologistes ont leur source dans leur philosophie, dans les conséquences qu'ils ont tirées, avec Platon et Philon, de l'absolue transcendance de Dieu. De là viennent et l'erreur de la génération temporelle et celle de la subordination et de l'infériorité du Logos. Le Fils, devant être l'instrument divin de la création, devait aussi n'exister qu'avec elle et se rap-