Texte syriaque, 2; texte grec, lo
Verbe toujours est devenu Fils aujourd'hui (xi, 4, 5 : peut être écho de la doctrine qui regarde la filiation divine comme acquise par la naissance humaine). Ce verbe s'est fait homme parmi les hommes (vu, 4), nous a appris à connaître Dieu (viii, 1) et nous a sauvés, parce qu'en lui seul juste l'iniquité d'un grand nombre a été cachée : « 0 douce substitution ((OTyi<;YXux£iaçàvTaXÀaY?iç) ! s'écrie l'auteur, ô impénétrable invention ! ô bienfaits inespérés, que l'iniquité d'un grand nombre soit cachée dans un seul juste, et que la justice d'un seul justifie un grand nombre de pécheurs! » (ix, 5).
Saint Justin est plus complet Ml ne se contente pas, comme il l'a fait en argumentant contre les païens et les Juifs, de démontrer par les prophéties la mission divine de Jésus-Christ : il envisage l'Incarnation et la Rédemption en elles-mêmes, dans leur nature et leurs conséquences.
Il remarque d'abord l'identité du Verbe, du Fils de Dieu et de Jésus-Christ : Jésus-Christ est le Verbe, le Fils de Dieu fait chair (capxo7rotr,9£tç), devenu homme ^. Il était corps et Logos et âme [coiiicc xal Xoyo^ xai 4"J>C'*"i> Apol. II, 10). Le saint docteur affirme indirectement ainsi sa foi en l'unité personnelle de Jésus-Christ.
Le corps de Jésus a été réel, sa naissance virginale ^ : saint Justin établit ce dernier point par le texte d'Isaïe, VII, 14 : Ecce Virgo conciplet ^. Jésus n'en reste pas moins de notre race, de la race de Jessé, de Juda, de Jacob, d'Abraham; ayant passé, comme nous, par les infirmités de l'enfance et les croissances de l'âge ; passible et souffrant comme nous, Stiawv otà toutwv oti aXriôojç TraôrjToç dcvQptoTToç ^f^vir\i^\\ Sujet, comme nous, à
1. V, L. Feder, Justins des Martyr. Lehre von Jésus Christus, Freibiire: i. 1$., 1906,
2. Contra M arcionem, ap. Irexaecm, iv, G, 2; Apol. i, o, 23, 32, 46, 63; ,4po^ II, 6; DmL, 43, 48, 63, 8i.
3. Da resurrectione, 1, 2; Apol. i, 2-2, 31, 32: DiaL, 43, 63, etc. ^t. Apol. 1,33; Dial. i-i, 66.
242 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.
la peur et à la crainte ^ On a accusé saint Justin (Semisch, Neander;, en s'appuyant sur la deuxième apologie, 10 (v. supra), de n'avoir pas admis en Jésus- Christ d'âme raisonnable, et d'en avoir fait remplir les fonctions par le Verbe. Mais, outre que dans ce passage, le saint docteur peut avoir donné au mot^\^'/(r^ un sens plus large que celui d'âme animale, l'accusation vient échouer contre le texte du Dialogue (105), où le Sauveur nous est représenté rendant sur la croix son 7cv£u(xa, et priant pour que son âme ne tombât pas, comme les nôtres, au pouvoir des puissances infernales. On y peut joindre celui du chapitre 72 sur la descente de Jésus-Christ aux enfers.
Cependant, en devenant homme, le Verbe n'a pas cessé d'être Dieu, et il n'avait pas besoin de l'effusion du Saint-Esprit pour compléter les dons qui étaient en lui 2. Les noms qu'il a reçus et qu'il reçoit indiquent qu'il est à la fois Dieu et homme. Comme homme, il est le juste par excellence : il est aussi le prêtre éternel de Dieu, notre prêtre ^.
La sotériologie de saint Justin est moins développée que sa christologie. Userait exagéré cependant de dire, ainsi qu'on Ta fait, que l'idée de l'expiation et de la substitutio vicaria ne se rencontrepas du tout dans ses ouvrages. Non seulement le saint docteur répète que Jésus- Christ a souffert pour nous, pour nous racheter ■*, mais il remarque que tous les hommes étant soumis à la malédiction pour leurs péchés, le Père a voulu que son Christ reçût en lui les malédictions de tous. Non que ce Christ ait été maudit de Dieu en effet, mais c'est nous qui
1. Apol. I, 31, 32; Dial., 43, 46, 78, 84. 88, 99, 100, 103, 104, 111, 113,