‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 85 sur 223 · Strom., I. 5, col. 717 ;V, ii ; VI · texte numérisé non relu

Strom., I. 5, col. 717 ;V, ii ; VI

266 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.

thode et sa dialectique disciplinent l'esprit, et le guident dans ses recherches du vrai, dans ses efforts vers le bien, dans son apostolat pour disséminer le bien et le vrai '.

En définissant ainsi le rôle actuel de la philosophie, Clément définissait sa propre entreprise : creuser, au moyen de la philosophie, plus avant dans la foi, transformer celle-ci en une science, la révélation en une théologie. Seulement, pendant que les pseudo-gnostiques, comme il les nomme, avaient, sous couleur du même dessein, substitué leurs rêveries à la foi. Clément voulait, lui, que cette foi restât la base (OeaeXioç) de tout l'édifice. Il n'admettait pas qu'on s'écarlât jamais des principes qu'elle posait, des faits qu'elle avait constatés, que l'on portât même l'investigation Kr,Tr,Qriç) sur certaines vérités exclusivement réservées à son domaine. Dans ces conditions, pensait-il. la science de la révélation ne sera pas une science humaine, d'esprit propre, mais une science divine et réglée par l'Eglise -.

Rien de plus juste que ces vues de Clément d'Alexandrie, et, si l'on doit regretter quelque chose, c'est qu'il ne les ait pas lui-même toujours strictement suivies. Il tend déjà à s'en éloigner par l'abus qu'il fait de la méthode allégorique dans T interprétation de l'Écriture. Cette Écriture est sans doute pour lui la voie sûre de la vraie religion : il en reconnaît sans hésiter l'inspiration (6eo7rv£u(jToi) ^, et range dans son canon sensiblement les mêmes livres que nous ^ ; mais

i. Cohort., XI, col. 229; XU. col. 237 suiv. ; Strom., I, 20, col. 816; V, 14, col. 20a; VI, 17, col. 380, 381 ; I, 6, col. 728: VI, 17, col. 385; I, 9, COl. 740; ï, 20, col. 813 suiv.

^. Strom., II, 2, col. 940: V, 1, col. 12-13; VII, 10, col. 477; Paerf., 1,6, col. 280 suiv.

3. Cohort., Vn,C0l. 188, 189; VIII, Col. 192, 193; Strom., î, 21, COl. 853; VII, 16; Paed., I, 6, col. 30S.

4.11 connaît tous les livres du Nouveau Testament sauf la deuxième

il adopte en exégèse les principes de Philon. Il les applique avec une entière désinvolture à l'Ancien Testament, dont les faits, sous sa plume, s'évanouissent en symboles : vis-à-vis du Nouveau Testament il se montre ordinairement plus réservé *. On peut voir au VI® livre des Stromates (15 et 16, col. 356 suiv.), comment il s'explique sur la nature et la nécessité de cet allégorisme.

L'Ecriture, l'enseignement de l'Eglise et des anciens, la philosophie, voilà donc, d'après Clément, les trois facteurs élémentaires de la théologie. Quelle doctrine en a-t-il composée?

Une doctrine où les deux éléments, rationnel et divin, ont laissé simultanément leurs traces, et qui juxtapose souvent plutôt qu'elle ne fond ce qui lui vient de ces deux sources.

Le Dieu de Clément est le Dieu des chrétiens sans doute, Dieu réel et concret, éminemment saint et bon, qui veille sur les hommes et qui v^ut leur salut ^ ; mais aussi im Dieu conçu à la mode platonicienne, et tellement transcendant qu'il touche à l'abstraction. Car il est au-dessus du monde entier, de toute cause et de la pensée elle-même, au-dessus de l'Un et de la Monade ^.

Dans ce Dieu unique notre auteur compte trois ter-

épître de saint Pierre, la troisième de saint Jean, et peut-être celle de saint Jacques qu'il semble l)ien citer cependant {Sirom., VI, 18, col. 397). Quant aux apocryphes et aux anciens écrits qu'il cite comme des autorités ou même comme "o TP'^?^ (la Didachè par exemple, Strom., I, 20, col. 817), il est difficile de délinir exactement la valeur qu'il leur accorde. Son canon n'était sans doute pas parfaitement limité.

1. Voir cependant son explication de I Corinth., m, 2, dans Paed., I, 6, col. 29

2. Strom., II, 2, col. 938; V, 10, col. 101; VII, 12, col. 496-497 ;V, 1, col. 16; VI, 17, coL 388 suiv.; Cohort., X; Paed., I, 9, col. 333, 336; II, 10, col. S17.

3. Paed., I, 8, col. 336; Slrom., V, 10, col. 100; V, 11, col. 108, 109; V, 2, col. 121, 124; VII, 1, COl. 404.

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mes. On a mis en doute qu'il les distinguât hypostatiquement. L'affirmative cependant n'est pas douteuse : Clément découvre la Trinité jusque dans Platon \

Le second terme de cette Trinité est le Logos D'après Photius (BibL, cod. 109), Clément aurait admis deux êtres de ce nom, un Logos du Père, et un second qui serait le Fils, mais dont ni l'un ni l'autre ne se serait proprement incarné, l'incarnation ne convenant qu'à une oûvajjLÎ; tiç too ôeou oiov cxTroppota tou Xoyou auTOU, à une sorte de troisième logos émané du premier. Mais il est probable que Photius s'est mépris. Clément a seulement distingué entre la raison divine immanente, attribut du Père, et le Logos personnel qui est le Fils.

Or de celui-ci notre auteur affirme immédiatement sa génération éternelle : c'est l'enseignement caractéristique de l'école d'Alexandrie par opposition aux apologistes. Cette génération n'a pas seulement précédé la création : elle n'a pas eu de commencement, pas de principe (àvapj^oç), car le Père n'est Père qu'à la condition d'avoir un Fils ^ : « Cum dicit [loannes^ I loa.j I, 1) Quod erat ah initio, gêner ationem tangit sine principio filii cum pâtre siniul exstantis^. » Le Verbe s'est avancé (irpoeXôtov) sans doute au moment et comme auteur immédiat de la création ; mais ce fait n'implique pas en lui deux états ; il n'a pas subi de

Ainsi né éternellement du Père, le Logos lui est semblable, vraiment Dieu comme lui : ô cpavepwTaTo; ovTc.jç ÔEo; ô Tw ScffTTOTr) Twv oXoiv £;iffw9£i(; ^ : toujours pré-

4. Paed., I, 2, 6, col. 280, 300; III, 12, col. 680,681; Strom., V, 14, col. 156; VI, 7, col. '280 , Quis dives salvetur, .V*, col. 6i0. -2. Strom., VII, 2, col, 409, 112; V, 1, col. 9.

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