The Christian Platonists of Alexandria, p
s'est efforcé de résumer et de réduire en système toute sa doctrine : ce livre est comme la première somme que l'Église ait connue. L'intention de l'auteur a été de nous y donner, en dehors de toute polémique, une synthèse de nos croyances : «... seriem quamdam et corpus ex horum omnium ratione perficere, ut manifestis et necessariis assertionibus de singulis quibusque quid sit in vero rimetur, et unum, ut diximus, corpus effîciat ^ ». A côté du De principiis^ il faut signaler, comme sources principales de la théologie d'Origène, ses Commentarii in Eçangelium loannis (228-238), le Contra Celsum (249) et le De Oratione (233-234). La base de cette théologie, nous déclare-t-il, est la prédication ecclésiastique, le symbole tel que l'Eglise le développe et l'explique, car dans la multiplicité des opinions et des erreurs qui surgissent de toutes parts, c'est là qu'il faut chercher la vérité ^. Quel est cet enseignement de l'Église? Origène nous l'expose au livre premier du De principiis (Praef., 4-10). Il y distingue des doctrines certaines, unanimement professées et prêchées, et d'autres qui ne sont pas énoncées « manifesta praedicatione ». Parmi les premières il faut mettre un Dieu unique, créateur, auteur des deux Testaments, juste et bon à la fois ; — Jésus-Christ né du Père avant toute créature, et son ministre dans la création, Dieu lui-même, qui s'est fait homme et s'est incarné tout en restant Dieu, qui a pris un corps sem-
1. De princip., I, Praef., 10. A part quelques fragments conservés en grec, nous n'avons malheureusement du De principiis qu'une tradurlion latine faite par liuOn en 398, et où celui-ci s'est efforcé de pallier ce que le texte original offrait d'incorrect surtout au point de vue trinitaire. Une traduction latine littérale de saint Jérôme a presque entièrement péri.
2. « Cum mulli sint qui se putant sentire quae Christi sunt, et nonnulli eorum diversa a prioribus senliant, servetur vero ecclesiastica praedicatio per successionis ordinem ab apostolis tradita et usque ad praesens in ecclesiis permanens ; illa sola credendaest veritas quae in nuUo ab ecclesiastica et apostolica discordai traditione » (Deprinc, I, praef., 2).
280 LA THEOLOGIE ANTENICEENNE.
blable au nôtre, mais qui est né de la Vierge et du Saint-Esprit; qui est vraiment né, a vraiment souffert, qui est vraiment mort, ressuscité et monté au ciel ; — le Saint-Esprit, associé en honneur et en dignité au Père et au Fils, inspirateur de l'Ancien et du Nouveau Testament (4). Puis l'âme, son immortalité, la récompense ou le châtiment « igni aeterno » qui lui est destiné après la mort suivant ses œuvres; la résurrection du corps, la liberté humaine, la lutte de l'âme contre le diable et ses anges (5) ; l'existence par conséquent de ce diable et de ses anges (6). Il y faut ajouter la création du monde, son commencement dans le temps, sa ruine future (7) ; l'inspiration des Ecritures et le fait qu'elles ont un double sens, apparent et secret (spirituel, 8) ; enfm l'existence des bons anges dont Dieu emploie les services pour le salut des hommes (10). — Au contraire, parmi les questions qui ne sont pas pleinement élucidées Origène mentionne les suivantes : le Saint-Esprit est-il engendré ou non (Saint Jérôme a traduit « est-il fait ou non »)? Est-il ou non lui aussi Fils de Dieu (4)? L'âme vient-elle « ex seministraduce » ou autrement (5)? Les démons sont-ils des anges déchus (6)? Qu'y avait-il avant le monde actuel et qu'y aura-t-il après lui (7)? Dieu et les esprits sont-ils oawaaTa et dans quel sens (8, 9)? Quand les anges ont-ils été créés, que sont-ils et quel est leur état? Enfin les astres sont-ils ou non animés (10)?
Cette double énumération est instructive et la distinction faite par Origène des vérités définitivement acquises et de celles au sujet desquelles on discute encore est capitale. Les premières, remarque-t-il, sont les vérités que les apôtres ont jugé nécessaire d'enseigner manifestement à tous, « etiam his qui pigriores erga inquisitionem divinae scientiae videbantur » ; les autres sont celles dont ils ont abandonné la recherche
aux « studiosiores » « qui Spiritus dona excellentia mererentur et praecipue sermonis sapientiae et scientiae gratiam per ipsum Spiritum sanctum percepissent (i, Praef., 3). » De certaines choses ils ont dit « quia sint », ce qui suffit aux simples fidèles, laissant aux plus zélés le soin de trouver « quomodo aut unde sint [ibid,] ». Dans ce domaine s'exercera la sagacité du théologien et de l'exégète.
L'enseignement de l'Église, en effet, doit être justifié et complété soit par l'Ecriture soit par une saine philosophie ^ L'Ecriture sainte est la première source de la théologie : l'Ecriture, c'est-à-dire les paroles de Jésus-Christ, non pas seulement celles qu'il a prononcées étant homme, mais encore celles que. Verbe de Dieu, il a prononcées par Moyse et les prophètes^. Origène est en effet le théologien par excellence de l'Ecriture : c'est toujours elle qu'il s'efforce d'expliquer, sur elle qu'il s'appuie, à elle qu'il demande ses solutions, et l'on sait quels immenses travaux il avait entrepris sur le texte sacré.
Or cette Écriture, continue-t-il , contient un triple sens, correspondant à la composition même de l'homme : un sens somatique ou littéral, un sens psychique ou moral, un sens pneumatique ou spirituel. Le premier est le « communis et historialis intellectus » : il suffît pour l'édification des « simpîiciores » ; le second est pour l'édification de ceux qui progressent; enfin le troisième, « lex spiritualis », est pour l'édification des parfaits^. Ces deux derniers sens ne se distinguent pas toujours aisément l'un de l'autre. On voit cependant d'une manière générale et par les exemples que donne Origène,