‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 142 sur 426 · In Matth., hom. LXXXH · texte numérisé non relu

In Matth., hom. LXXXH

n'a pas été la proie de la mort... C'est de ce corps ensanglanté^ percé par la lance, qu'ont jailli les sources salutaires du sang et de l'eau par toute la terre... Et ce corps, il nous l'a donné à prendre [dans nos mains]> à manger : geste d'amour infinie

La pensée des Pères grecs du iv^ siècle sur la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie n'est donc pas douteuse, prise dans son ensemble. Comment conçoivent-ils que s'opère cette merveille? On a vu plus haut que Théodore de Mopsueste parlait de conversion ([^.eTaéoXr^) : la même idée se retrouve dans saint Jean Chrysostome. Bien qu'il s'exprime en orateur plus qu'en spéculatif et qu'il n'approfondisse pas la question, il laisse clairement paraître sa pensée :

Le Christ est présent; le même Christ qui jadis fit dresserla table [de la cène] a dressé pour vous celle-ci. Car ce n'est pas un homme qui fait que les oblata deviennent corps et sang du Christ (6 Trottov xà TtpoxeijjLeva Y^^^ÉcOai crtôjjia xal ai(xa Xpcaroû), mais bien le Christ lui-même crucifié pour nous. Le prêtre est là qui le représente et prononce les solennelles paroles; mais c'est la puissance et la grâce de Dieu [qui opère]. Ceci est mon corpa, dit-il. Cette parole transforme ([xeTappuOfjL^îlsi) les oblata... Celte parole n'a été dite qu'une fois [à la cène], et sur chaque table, dans les églises, depuis ce jour jusqu'aujourd'hui, jusqu'au retour du Sauveur, elle opère le sacrifice parfait 2.

Puis dans son homélie lxxxii sur saint Matthieu^ n** 5, reprenant la même idée, le grand orateur répète que les oblata ne sont pas sanctitiés par la puissance humaine du prêtre, mais par Jésus-Christ lui-même qui les sanctifie et les transforme : 6 o& àytaî^ojv aura xai (xeTaaxtuaJ^ojv, auxoç [ô XpioTo;].

Du reste, avant saint Chrysostome, la théorie de la

1. In epist. I ad Corinth., hom. XXIV, 1, 2, 4. In proditianem Iiidae, I, 6.

conversion du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ avait été ébauchée par saint Cyrille de Jérusalem d'abord, puis par saint Grégoire de Nysse.

Le premier, pour expliquer le mystère eucharistique, fait appel à l'évangile : « Le Christ, jadis, a converti l'eau en vin qui ressemble au sang, à Cana en Galilée : et nous ne le croirons pas quand il change (ixETaêaXwv) le vin en sang ^ ? » C'est un miracle évidemment, mais plus croyable que celui de Cana, puisqu'il s'y agit du bien des âmes : « Nous prions le Dieu bon d'envoyer le Saint-Esprit sur les oblats afin qu'il fasse le pain corps du Christ et le vin sang du Christ; car il est vrai que ce qu'a touché l'Esprit-Saint est sanctifié et converti (ugTaêc'êXy]Tat)2. » Converti plus ou moins profondément, on l'a vu par le reste de la doctrine de Cyrille ' ; mais ici la conversion va jusqu'à faire disparaître l'élément premier. L'auteur n'analyse pas sa pensée, mais la portée générale n'cA est pas douteuse. Seulement, comme le changement dont il parle est tout intime et nullement apparent; comme le corps de Jésus-Christ, bien que réel, n'est pas vu sensiblement, l'un et l'autre ne sont perçus que par la foi et restent dans le domaine des choses spirituelles qui s'adressent principalement à l'âme chrétienne''. Le corps est un pain spirituel, le sang un vin spirituel^ : ils ne sont pas une nourriture commune, entraînée dans le courant de la digestion : ils sont une nourriture supersubstantielle (sTrioudioç), destinée à sustenter à la fois l'âme et le corps ^.

C'est là une expression très simple, mais plutôt

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