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timide de la conversion eucharistique. L'explication de saint Grégoire de Nysse est plus scientifique et plus hardie. Après avoir énoncé, comme nous l'avons vu, dans VOratio catechetica, 37, le fait de la présence réelle, il pose nettement la question, et demande comment il peut se faire que cet unique corps de Jésus- Christ, qui est distribué à des milliers de fidèles par toute la terre, soit donné tout entier à chacun de ceux qui le reçoivent, et reste cependant tout entier en lui-même, ne soit pas divisé? Grégoire l'explique par une conversion du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ. Pendant sa vie, Jésus-Christ alimentait son corps, mangeait et buvait; le pain se changeait en sa chair, le vin en son sang; l'aliment passait en la nature du corps (Trpoç tou GÔi\).oiioq cpuaiv [xEÔiaxaiAév/jç). La même chose a lieu dans l'eucharistie : « Nous croyons que le pain sanctifié par le verbe de Dieu est converti au corps du Dieu Verbe » : tov tw Xoyw tou ôeou àyia^ouEvov ^^T(i^ £?; crwijia tou Ôsou Aoyou (j.£Ta7roTe(j6ai tïi- (TT£uo[xev''. Le pain est npoç to a(o(Jt,a SiàTouXdyou (jt,£Ta7roiou- (xEvoç, suivant les paroles du Verbe : Ceci est mon corps. Seulement la (jtETaTroiVjCJiç, au lieu de se faire par le procédé d'assimilation lente (ôià ppcosEw; xai Tro'fftwç), se fait instantanément, £Ù6u;. Ce que nous avons dit du pain doit se dire aussi du vin changé en sang; et ainsi, par la vertu de la bénédiction, le Verbe transélémente en son corps la nature des éléments qui apparaissent aux yeux (t^ ty)? eùXoyta; 5uvotjjt,£i Trpbç IxeTvo atopia u.£TacToiyEiwcaç twv cpaivo{j.£v(ov Trjv çuaiv). Le résultat pour nous est que, par cette union au corps de Dieu, nous sommes divinisés, par cette communion à l'incorruptible, nous devenons incorruptibles.
Dans tout ce raisonnement, on ne saurait mécon-
1. L'édition de Migne porte TïiGTsuou.ai : j'ai suivi celle de J. H. Sr.Aw. LEY, The catechetical oration of (h'egory of Nyssa, Cambridse, 1903.
naître qu'il s'agit d'une conversion réelle. On a bien invoqué, pour le contester, que Grégoire employait ailleurs ^ les mots (jt-eiaTrotyiaiç, (/.exaffTaffiç, (xsTaa-coiyeiwdK; dans le sens d'un simple changement moral; mais la comparaison qui est faite de la conversion eucharistique avec celle que subit l'aliment assimilé suffit à montrer l'insuffisance de cette explication. D'autre part, Grégoire ne parle sans doute pas de la conversion de l'oùaia du pain et du vin ; il parle de celle de leur cpuaiç ou de leurs axoi'/eloi ; et quand il mentionne la conversion de la nourriture au corps, il se contente de dire que cette nourriture est changée en la forme (eTooç) et en la nature (cpuaiç) du corps. On en a conclu ^ qu'il n'enseignait pas proprement la transsubstantiation mais une transformation des éléments eucharistiques, la matière restant la même et étant seulement informée par la forme corporelle du Christ. Ce sont là, à vrai dire, des précisions auxquelles notre auteur n'a point songé, et dont l'omission n'infirme point son témoignage. S'il ne s'est pas expliqué aussi complètement qu'on le fera plus tard, il n'en reste pas moins qu'il a nettement orienté la pensée chrétienne vers l'idée de transsubstantiation. Et quel exemple aurait-il donc pu trouver dans la nature de ce que représente ce mot?
On a dû remarquer déjà que saint Cyrille de Jérusalem attribue la conversion eucharistique à l'épiclèse, ou invocation du Saint-Esprit sur les offrandes^. C'est l'opinion commune chez les Grecs de cette époque, et on la retrouve dans saint Basile*, dans les Constitutions apostoliques (viii, 12, 36) et dans l'euchologe
4. Par exemple, Orat. catech., 40; Epist. III (P. G., XLVI, 1021).