Tractât. VI, p
nous mettre en défiance contre sa véracité ; que l'on ne voit pas pourquoi il aurait si haut prisé les apocryphes s'il n'y avait eu quelque intérêt doctrinal; que la secte est de bonne heure accusée de dissimuler ses sentiments. Toutes ces considérations plaident sans doute contre le novateur; mais elles ne détruisent pas entièrement l'impression que produit la netteté de ses déclarations. On est bien obligé de tenir compte du caractère mondain et sensuel de son premier et plus grand ennemi, l'évêque Ithacius, et l'on peut se demander si, au point de vue de l'encratisme par exemple, certaines pratiques d'austérité, exagérées si l'on veut, de Priscillien et de son entourage n'ont pas été présentées aux contemporains comme de véritables hérésies par cet homme dont Sulpice Sévère écrit qu' « il portait la folie jusqu'à incriminer comme complice ou disciple de Priscillien tout homme pieux, ayant le goût de l'étude ou s'imposant des jeûnes prolongés », etqu* « il osa même lancer une infamante accusation d'hérésie contre saint Martin, homme de tout point comparable aux apôtres ' ».
On ne saurait donc, en dehors des points clairement confirmés par ses écrits, se prononcer absolument sur la doctrine originale de Tévêque d'Avila.
§ 3. — Les erreurs d'Helvidius, de Bonosus de Jovinien et de Vig^ilance.
Pendant que le priscillianisme agitait l'Espagne et r Aquitaine, de moindres erreurs — qu'il faut signaler cependant — troublaient d'autres parties de l'Église.
La première en date est celle d'Helvidius^.
i. Sulpice Sévère, Historia sacra, H, 50.
2. Source unique : Saint Jéuôme, De perpétua virginitate B. Mariae adversus Helvidium (P. L., XXIII).
Elle n'est connue que par saint Jérôme, dont la réfutation est très probablement de l'an 383. On y voit qu Helvidius, homme sans culture ni notoriété, avait soutenu dans un livre qu'il publia : 1° que Marie, après avoir enfanté Jésus ex Spiritu Sancto, avait entretenu des relations conjugales avec saint Joseph et en avait eu des enfants (3-17); 2° que Tétat du mariage n'est pas inférieur, devant Dieu, à la vie de continence (18). Il appuyait sa première affirmation sur les textes qui parlent de Jésus comme d'un premier-né, sur ceux qui mentionnent ses frères [Matth.^ i, 18; xiii, 55, 56; Marc, VI, 3; Luc, ii, 4 et suiv. ; vin, 20; loann.^ ii, 12; VII, 3-5; Act.^ i, 14), et aussi sur l'autorité de Tertullien et de Victorin de Pettau. Il fortifiait la seconde simplement par cette considération que le mariage étant chose naturelle et voulue de Dieu, ne peut être considéré comme d une moralité inférieure.
Cette erreur ne paraît pas avoir reçu d'autre sanction que la réplique hautaine de saint Jérôme qui expliqua les textes objectés (3-16), rejeta l'autorité de Tertullien comme d'un homme qui n'était pas « de rÉglise », nia que Victorin eût soutenu l'opinion qu'Helvidius lui prêtait (17), releva les éloges faits de la virginité dans le Nouveau Testament (20,21) et conclut : « Natum Deum esse de virgine credimus quia legimus, Mariam nupsisse post partum non credimus. quia non legimus » (19).
La même erreur fut renouvelée cependant, vers la même époque mais un peu plus tard, par un évêque de Sardique nommé Bonosus ^ . Jugé ce semble une
1. Sources : la lettre du pape Sirjcius attribuée à tort à saint Ambroise (P. L., xvi, 4172 et suiv.); Saint Innocent, Epist. XVI, XVII (P. L., XX); Isidore de Séville, De haeresibus, 53; Honorils d'Adtdn, De haeresibus, 68; Paul, De haeresibus, 4H; Gennadius, De ecclesiasticis dogmatibiis, 52; Marics Mercator, Blasphemiarum Nestorii capitula XII, Dissertatio Marii Mercatoris, io (P. L., XLVIII, 928).
première fois, condamné et exclu de son église, il avait reçu de saint Ambroise le conseil de se soumettre au moins provisoirement à sa condamnation. Mais, à la suite d'une nouvelle dénonciation ou d'un appel, il se vit derechef condamné et par le pape Sirice et par les évêques de Macédoine, vers 391 ou 392. Un schisme s'ensuivit, et une secte de bonosiens se forma qui dura jusqu'au vii^ siècle. On accusa plus tard les bonosiens de diverses erreurs, notamment de photinianisme et de nestorianisme. 11 est difficile de dire ce que valent ces reproches. Leur baptême fut reconnu valide par le second concile d'Arles en 443 ou 452 ^ , mais rejeté plus tard tant par Gennade dans le De ecclesiasticis dogma^ tibus (52) que par saint Grégoire le Grand ^.
Avec Jovinien ^, nous revenons à saint Jérôme, car c'est par ce dernier surtout que nous le connaissons. Jovinien avait été d'abord moine et moine austère; puis, à la suite de réflexions, il changea de vie. Tout en restant moine et en gardant le célibat, il adopta des vêtements luxueux, rechercha la bonne chère et se donna tout le confort de l'existence. Ce revirement de conduite était justifié par les aphorismes suivants, dans lesquels saint Jérôme résume sa doctrine :
« Dicit virgines, viduas et maritatas, quae semel in Christo lotae sunt, si non discrepent caeteris operibus, eiusdem esse meriti,
Nititur approbare eos qui plena fide in baptismate renati sunt, a diabolo non posse seduci.
1. Hefele, Hist. des Conc, 2« édit., trad. fr., II, 1, p. 467, can. 17.