De Deo, lib. IX, cap
qui liberantur atque puniuntur, sive dispares habeant causas malas ^ . »
Nous sommes donc, encore ici, rejetés dans le mystère : nous savons seulement que Dieu est juste. Il prédestine l'un qui était perdu : c'est miséricorde; il laisse l'autre dans sa perte : c'est justice : le péché d'origine suffit à tout expliquer pour nous : « Mérite autem videretur iniustum quod fiunt vasa irae ad perditionem, si non esset ipsa universa ex Adam massa damnata. Quod ergo fmnt inde nascendo vasa irae pertinet ad debitam poenam : quod autem fmnt renascendo vasa misericordiae pertinet ad indebitam gratiam^. » C'est l'idée sur laquelle notre auteur revient continuellement.
Les non-prédestinés ne sont pas pour cela abandonnés de Dieu. Ils sont appelés, bien que « non secundum propositum » : ils peuvent quelque temps « bene pieque vivere ». être regardés comme élus et enfants de Dieu; mais « non eos dicit filios Dei praescientia Dei » ; ils ne sont qu'en apparence des nôtres, autrement ils seraient restés avec nous [I loann., ii, 19)^. Il n'y a pas du reste pour eux de prédestination au péché, et c'est toujours librement que les méchants pèchent et se damnent : « Quod a Deo nos avertimus nostrum est, et haec est voluntas mala'*. » Dieu les abandonne seulement à leur propre volonté, à leur liberté fragile, et en ce sens il est dit endurcir le cœur
1. De dono persever., 25; Contra Iulian., IV, 42; De corrept. et gr., 12. En quelques endroits cependant saint Augustin parait supposer la réprobation post praevisa démérita, par exemple Epist. CLXXXVI. 23; CXC, 9; et c'est par là qu'il faudrait expliquer l'expression de prédestination à la mort éternelle dont il a été question plus haut.
'i. Epist. CXC, 9, 11, 12; CLXXXVI, 24-26; De dono persever., iQ\ De civit. Dei, XIV, 26.
3. De corrept. et gr., 16, 17, 19, 20; De dono persever., 21.
4. De peccat. merit.et remiss., IL 31; De concept, et gr., 42; Epist. CLXXXVI, 23; CXCIY, 12.
des impies, faisant souvent de leurs nouveaux péchés le châtiment des anciens \
Telle est, sur la prédestination, la doctrine de saint Augustin. On verra plus amplement ailleurs les difficultés qu'elle soulevait; mais il en est une qu'il faut signaler de suite, et qui vise d'ailleurs le dogme de la prédestination en général. On reprochait à cette doctrine de conduire à l'inertie et à l'indifférence pour le bien, puisque, quoi qu'on fît, on serait toujours sauvé ou damné selon que l'on était par avance prédestiné ou non^. A cela Tévêque d'Hippone répondait que la prédestination ne devait pas plus que la prescience divine conduire à l'indifférence, puisque, dans les deux cas, notre liberté est respectée, et nous sommes dans l'ignorance des desseins de Dieu sur nous. Et cette ignorance nous est utile, nécessaire même, pour nous rendre à la fois humbles et courageux ^.
Arrivé à la fin de cette longue étude sur saint Augustin, il serait oiseux de s'excuser sur ce qu'elle a d'inadéquat au grand objet qu'elle devait traiter. La doctrine de notre auteur si riche, si profonde et si variée n'est pas de celles qu'on résume aisément dans des formules courtes et rigides. Si imparfaites qu'elles soient, les pages qui précèdent permettent cependant au lecteur de voir les progrès immenses réalisés par la théologie chrétienne sous la plume de l'évêque d'Hippone. Plus que ses devanciers latins, si l'on excepte Victorin, il introduit dans l'étude de la révélation l'élément philosophique. En matière trinitaire, il donne sa forme décisive à la conception occidentale
i. De gratia et lib. arbitr., 41, 42; De natura et gralia, 24; Contra Iulian., V, 12; Contra Iulian op. imp., IV, 34.