De synodis
le Fils a la même essence, la même substance, le même être intime que le Père. Où<yia désigne ce qu'il y a dans l'être de premier et de plus fondamental : il s'oppose aux caractères individuels et accidentels, aux ffuaéeSvjxÔTa qui viennent s'y surajouter. De cette oùfft'a — il s'agit de l'oùai'a concrète — le concile affirme qu'elle est la même numériquement (ôfioç) dans le Père et dans le Fils : car c'est bien jusque-là que le concile est allé, bien qu'il n'ait pas fait là-dessus de déclaration explicite. Suivant les Pères, dit saint Athanase, le Fils doit être xaùtov ttï Ô|jloiw(jsi fx tou irarpôç ^.
Ce sont là, dans le symbole, les expressions qui portent. Quant à l'anathématisme qui suit, on y remarquera l'équivalence admise par le concile des mots o'jai'a et uTTOff-raffi;. Pendant longtemps encore en effet, et jusque vers 362-370, les deux mots furent pris à peu près indifféremment l'un pour l'autre. L'autorité d'Origène, qui avait employé ÔTrodiaciç dans le sens de personne, n'avait pas suffi à rendre ce sens exclusif. Et en droit, d'ailleurs, uiro'crTaaK reproduisait exactement le sub' stantia des Latins. Ouaia était platonicien; uTCo'aTaaiç était stoïcien ; mais la signification fondamentale était la même^.
§ 3. — Réaction eusébienne de 325 à 337. Marcel d'Ancyre et Photin.
Constantin avait bien espéré que les décisions de Nicée ramèneraient dans l'empire la paix religieuse.
1. De decretis, 20. L'explication de r6(Aooûato; donnée par Eusèbe dans la lettre à son église (Socrate, Hist. eccL, I, 8; Tuéodoret, Hist. ecct., I, 11) n'est que l'échappatoire d'un homme embarrassé : le mot a une tout autre portée que celle qu'il lui accorde.
2. V. Bethune-Baker, An introduction, etc., p. 233 et suiv. The meaning of homoousios in the Constantinopolitan creed, Cambridge, 1901. p. 7i et suiv.
LES HÉUÉSIES TIUiNlTAlRES DU IV- SIÈCLE. 37
Arius et les deux évoques réfractaires, Secundus cl Tliconas, avaient été exilés. Quelque temps après, Eusèbe de Nicomédie et Théognis de Nicéc le furent aussi pour avoir favorisé les ariens d'Alexandrie '. Mais l'empereur manquait de la persévérance nécessaire pour assurer l'œuvre de lu pacification. Circonvenu par sa sœur Constantia, arienne , il rappela d'exil, en 328, Eusèbe et Théognis, et peu après — en 329 ou 330 peut être, — sur une profession de foi absolument insuffisante 2, Arius lui-même. Entre temps l'évêque d'Alexandrie, Alexandre, mourait, et on lui donnait, lé 8 juin 328, Athanase comme successeur. L'orthodoxie avait trouvé en Egypte son défenseur inébranlable.
Cependant les eusébiens s'étaient ressaisis. Contre les définitions de Nicée un grand parti se forma, composé d'éléments passablement hétérogènes, mais reliés entre eux, comme dans tous les partis d'opposition, par cette opposition même. Les ariens purs y étaient en polit nombre : ne se sentant pas en force, ils se dissimulaient dans le gros de la troupe. Les indifférents, c'est-à-dire les ambitieux et les politiques, tenaient la tète; mais on y trouvait surtout beaucoup de prélats d'une doctrine indécise, origénistes et subordinatiens par éducation, redoutant par-dessus tout le sabellianisme qu'ils croyaient voir dans l'homoousios, théologiens médiocres à qui les termes clairs et les précisions faisaient peur. Ce sont eux qui libelleront cette interminable série de formules de foi demi-ariennes et demiorthodoxes dont il faudra parler, formules qui ne satisferont naturellement ni les orthodoxes ni les ariens.
Tant que vécut Constantin, la question doctrinale ne fut cependant pas directement agitée. Les eusèbieijs parurent respecter l'œuvre de Nicée : ils cherchèrent
1. TuÉODORET, Hist. eccL, I, 19; Sozomène, Hiit. eccl., Il, 31.