Ap. AuGusT., De gratia Chr. et de pecc. orig., I
SAINT AUGUSTLN ET LE PELAGIANISME. 443
pas. Us ne voulaient pas pour autant qu'on le supprimât, et anathématisaicnt même ceux qui ne le regardaient pas comme nécessaire' ; mais, ajoutaient-ils, la grâce du baptême, un en lui-même, est multiforme et s'accommode aux besoins de ceux qui la reçoivent. Dans les uns, elle est médicinale et régénératrice; dans les autres, elle est simplement sanctifiante et augmente la ressemblance du Christ qu'ils possèdent déjà : « Quos fecerat (Gliristus) condendo bonos facit innovando adoptandoque meliores. » C'est ce qui arrive pour les enfants : ils perçoivent du baptême les effets positifs, à savoir : « illuminatio spiritualis, adoptio filiorum Dei, municipatus lerusalem caelestis, sanctifîcatio atque in Christi membra translatio, et possessio regni caelorum- ». Ce dernier point surtout était important. Distinguant entre la {>ie éternelle et le royaume des deux, les pélagiens enseignaient que le baptême n'était pas nécessaire pour obtenir la première, mais bien pour entrer dans le second. Pour hériter du royaume, suivant loann., m, 5, il fallait être enfant de Dieu et on ne le devenait que par le baptême. Il avait donc sa raison d'être même vis-à-vis des nouveau-nés 2.
il n'en restait pas moins que, en dehors de la rémission des péchés actuels, toute grâce proprement médicinale devenait inutile, puisque la nature humaine «tuit saine et intègre. Mais une grâce cependant était- Jle nécessaire pour éviter le mal et faire le bien? Pelage le confessait d'une manière générale : « Anathemo qui vel sentit vel dicit gratiam Dei qua Christus
1. JuuEN ap. AuGUST., Contra Iulian. op. imperf., 1, 53; Pelage, Libellus fidei, 7; Contra duas epist. pelag., IV, 2.
"2. JuuES ap. AcGusT., Contra Iulian. op. ïmp.,l, 53; V, 9; VI^3ii;cf. Contra duas epint. pelag., IV, 2.
3. De gestis Pelagii, 23, 2i; Contra duas epist. pelag.. Il, "; De peceat. merit. et remiss., I, 20; De praedestin. sanctovum, 23.
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venit in hune mundum peccatores salvos facere, non solum per singulas horas, aut per singula momenta, sed etiam per singulos actus nosiros non esse necessariam; et qui hanc conantur auferre, poenas sortiantur aeternas'. » Celestius au contraire le niait résolument^. Julien, lui, l'admettait surtout pour les œuvres surnaturelles^. Mais il faut regarder sous les mots, et compter soit avec les réticences des novateurs, soit avec le développement qu'a subi leur doctrine sous la poussée de la controverse.
Et d'abord, Pelage admettait cette nécessité de la grâce non pas précisément ad operandum, mais ad facilius operandum : « Propterea dari gratiam ut quod a Deo praecipitur facilius impleatur*. » Puis, sous le nom de grâce, les pélau:iens entendaient bien des choses qui ne sont pas la grâce prévenante et intérieure, la grâce de volonté telle qu'on doit la comprendre. Notre création est une grâce, notre supériorité sur les animaux par la raison et le libre arbitre est aussi une grâce, les dons quotidiens de la Providence sont des grâces, la Loi ancienne était une grâce, et à plus forte raison l'incarnation en est une qui est venue exciter en nous l'amour de Dieu*. On accusait Pelage d'avoir, dans sa rétractation au synode de Diospolis, entendu par la grâce le libre arbitre^. Mais il entendait aussi par là la Loi et l'Évangile. Le libre arbitre seul avait longtemps suffi à l'homme pour faire le bien; puis la nature s'élant en quelque sorte
1. Ap. AuGUST., De gratia Christi et de pecc. orig., I, 2, 8, 36; De getti* Pelagii, 31. Ad Demetriadem, 3.