‹ Histoire des dogmes (volume 4)Chapitre 355 sur 409 · Ap. AUGDST., De gestis Pelagii · texte numérisé non relu

Ap. AUGDST., De gestis Pelagii

usée par une longue pratique du vice et par l'ignorance, Dieu avait donne la Loi comme une aide à notre faiblesse, jusqu'au moment où, devenue impuissante à son tour, elle s'était eiïacée devant le Rédempteur'. Celui-ci nous avait purifiés de son sang; par lui nous étions nés à une vie meilleure, puis il nous avait laissé comme excitants à la vertu ses leçons et ses exemples^. C'est là la grande grâce : « Adiuvat nos Deus, per doctrinam et revelationem suam, dum cordis nostri oculos aperit, dum nobis, ne praesentibus occupemur, futura demonstrat, dum diaboli pandit insidias, dum nos multiformi et ineffabili dono gratiae caelestis illuminât... Qui haec dicitgratiam tibi videtur negare'? » Le vouloir et le faire dépendent de nous, nous n'avons pas besoin d'y être aidés et la prière n'a pas pour but de nous les obtenir, mais vlo\.tq pouvoir reçoit un secours, celui de la doctrine et de la Loi, et plus spécialement encore, la grâce des exemples de Jésus-Christ*. En résumé donc, les pélagiens admettaient des grâces extérieures d'instruction et d'exemples, peut-être même des grâces intérieures d'illumination^; ils n'admettaient pas la grâce prévenante, intérieure, de la volonté : l'activité divine ne pénétrait pas au cœur même de la nôtre pour l'élargir et la transformer.

Ces grâces de lumière et d'exemples, les pélagiens enseignaient d'ailleurs qu'on les pouvait mériter et les mériter par l'exercice du seul libre arbitre : « Ibi vero

1. PÉiAGE ap. AucosT., De gratia Chr. et de pece. orig., II, 80 ; Ad Demetriadem, 8.

a. PELAGE, Ad Demetriadem, 8.

3. PELAGE ap. AiîGL'ST., De gratia Chr. et depecc. orig., I, 8.

4. C'est le résumé que donne saint Augustin du livre de Pelage, De tibero arbitrio, dans De gratia Chr. et de pecc. origin., 1, 43; cf. Contra duas epist. pelag., IV, 11.

5. Y. le texte cité plus haut De grat. Chr. et depecc. orig., I, 8.

remunerandi sunt qui bene libero utentes arbitrio, merentur Domini gratiam et eius mandata custodiunt ' . » Celestius l'enseignait même de la rémission des péchés que la pénitence méritait^. Cette opinion toutefois lui était particulière ^.

Dans un pareil système, on le comprend, il ne pouvait y avoir place pour une doctrine de la prédestination soit à la grâce soit à la gloire qui fût, dans son ensemble, ante praevisa mérita, puisque les premières grâces étaient méritées, les premiers actes du salut accomplis avec les seules forces delà nature. Aussi n'y admettait-on pas de prédestination proprement dite : on y admettait seulement un décret final, conséquent à la prévision des mérites ou des démérites de chaque sujet, et lui attribuant son sort définitif : « Praesciebat ergo (Deus) qui futuri essent sancti et immaculati per liberae voluntatis arbitrium, et ideo eos ante mundi constitutionem, in ipsa sua praescientia, qua taies futuros esse praescivit elegit. Elegit ergo antequam essent, praedestinans filios quos futuros sanctos immaculatosque praescivit; utique ipse non fecit, nec se facturum, sed illos futuros esse praevidit'*. » Quand on demandait cependant aux pélagiens d'où venait que tel enfant, par exemple, mort après son baptême, se trouvait prédestiné, leur embarras pour répondre était fort grand, puisqu'il n'y avait eu, dans l'espèce, ni mérites ni démérites prévus^.

Signalons enfin, pour être moins incomplet, un excès de rigorisme enseigné, non par Pelage, qui se défendit de l'avoir fait, mais par Celestius : c'est que les riches

1. PELAGE ap. AuGUST., De gratta Chr, et de pece. orig., I, 3i, 27; Con- Ira duas epist. pelag., n, 17; Contra Iulian., IV, 13.

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