‹ Histoire des dogmes (volume 4)Chapitre 367 sur 409 · De corrept. et gratia · texte numérisé non relu

De corrept. et gratia

5. De Gen. ad litt., VI, 3", 38; De peccat- merit. et remiss., I, 7; cf. Retract., II, 24, 2.

6. De Gen. ad litt., VI, 39; Contra Iulian. op. ùn/J., VI, 39; De corrept. et gr., 9; Confess., XIII, 3-2.

Mais précisément tous ces dons d'immortalité, de science, de rectitude morale et de justice, dont le résultat nécessaire était une félicité parfaite * , saint Augustin les regarde-t-il vraiment comme des dons gratuits, nullement dus à notre premier père, strictement préternaturels ou surnaturels par conséquent, ou bien en fait-il l'apanage naturel de l'homme innocent, l'expression de l'état normal et régulier dans lequel Dieu devait le créer? Quelques auteurs ont opté pour ce dernier sentiment 2. Selon eux, l'évêque d'Hippone regardait l'état primitif d'Adam simplement comme l'état naturel de l'homme. Il considère en effet notre nature actuelle comme blessée, altérée par le péché : elle a donc perdu son état normal. D'autre part la nature « quae proprie natura dicitur » est pour lui la nature intègre « in qua sine vitio creati sumus », tandis que notre nature actuelle est dite telle seulement « propter originem », origine qui est précisément affectée d'un vice « contra naturam^ ». Mais ces raisons ont leur contre-partie. D'abord la lecture des textes de saint Augustin laisse l'impression qu'il ne s'occupe guère de ce qui était possible, mais de ce qui a été et de ce qui est ; qu'il ne raisonne guère sur le naturel constitutif ou consécutif on exigible tel que l'ont défini les théologiens, mais qu'il prend l'homme tel que Dieu d'abord, puis la chute l'a fait : le naturel est l'œuvre de Dieu, le contre-naturel est l'œuvre du péché. Ensuite, notre auteur est formel pour attribuer à une providence spéciale de Dieu plusieurs au moins des dons d'Adam innocent. La justice était une gratia

\ . De eivit. Dei, XIV, 10.

2. M. Turmel notamment : Revue d'hist. et de litt. relig., VII, 224 et Siiiv.

3. Retract,, I, 15, 6; I, 10, 3. De civil. Dei, XIII, IS; XIV, il, i ; Contra Iulian. op. imp., II, 180.

iustitiae * ; l'absence de concupiscence était « gratia Dei magna », et l'homme n'en jouissait que parce qu'il était « vestitus gratia ^ ». Le « posse non mori » venait à l'homme « de ligno vitae non de constitutione naturae », car Adam était mortel « conditione corporis animalis », et immortel heneficio conditoris^. Et l'on en peut dire autant de l'absence de douleur et de décrépitude ^ ; on en peut dire autant de la science extraordinaire du premier homme, bien que l'évêque d'Hippone insinue et suppose ce dernier point plutôt qu'il ne l'enseigne explicitement^.

Saint Augustin a donc bien considéré les privilèges d'Adam innocent, au moins dans la mesure ou celui-ci les possédait, comme l'effet d'une libéralité spéciale de Dieu, comme des dons qui n'étaient pas dus à sa nature, encore qu'ils fussent avec elle en pleine harmonie.

§ 4. — Le péché originel et ses conséquences.

On connaît déjà, par ce qui a été dit plus haut, la méthode d'interprétatiun des récits de la Genèse adoptée par saint Augustin dans le De Genesi contra manichaeos. Nous la retrouvons dans l'exégèse du récit de la chute. Le serpent n'y apparaît guère que comme une figure du démon; lu tentation est toute intérieure, pendant que l'arbre de la science du bien et du mal est peut-être traité connue une simple allégorie *. Mais plus tard tout change. Le démon reste le vrai tenta-

\. V. plus haut.

2. Contra Iulian., IV, 82; De pencat. meritis et remits., I, 21 ; De citiU Dei, xnt. 13; De Gen. ad litt., XI. 41, 42.

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