Epist. XII (col
porte davantage, au point de vue qui nous occupe, de savoir quel retentissement avaient eu dans le monde grec les débats du pélagianisme, et dans quelle mesure avait progressé sous cette influence la théologie du péché originel. Théodore de Mopsueste s'était, on s'en souvient, montré favorable d'abord aux vues pélagiennes , puis, sous la pression des circonstances, avait modifié son attitude ^ D'autre part, le concile d'Ephèse confirma, dans sa lettre au pape Célestin, la condamnation portée par Zosime contre les pélagiens^. Ces deux faits indiquent que, depuis le concile de Diospolis, les orientaux avaient donné à cette question quelque attention. Nous allons voir toutefois qu'en général, ils restaient encore loin des conceptions augustiniennes.
Sur l'élévation originelle du premier homme à un état supérieur, on était d'accord. Saint Cyrille suppose ou dit manifestement qu'Adam avait été créé pour l'immortalité, enclin au bien, exempt de la concupiscence désordonnée et dans la familiarité de Dieu ; qu'il était comblé d'avantages naturels, qu'il avait reçu le Saint- Esprit, le don de prophétie, la sagesse et la science infuse. Son corps pourtant était de terre, et par là naturellement sujet à la mort, mais il échappait à la mort par privilège, élevé qu'il était au-dessus de sa condition native ^. Maxime parle également de la science et de l'immortalité départies à Adam ''. Théodoret, en général plus réservé, affirme cependant lui aussi que Dieu avait élevé le premier homme à une condition meilleure que la terre, c'est-à-dire à l'im-
1. yixKKsM^RCJLTOR, Monumenta... Excerpta exlibris Theod.Mopsuest.. praef., 3 (P. L., XLvni).
■2. Epist. XX, 3, G (P. L., L, 518, o2f>).
3. In psalm. VI, v. 3 (col. 745); LXXVHI, V. 8 (col. 1197); In loelem, XXXV (col. 377): In loannem, I (col. 128); V (col. 752); Cont. Iulian., IH
4. Capit. qvAnq. centen., cent. ïl, 26; Quaest. ad Thalass., qu. XXI (col. 312).
mortalité, et, bien qu'il s'efforce d'expliquer d'une façon naturelle l'absence de concupiscence entre Adam et Eve, il est bien obligé de constater cette absence '.
Hélas ! l'homme ne sut pas conserver les prérogatives de cette condition première. Dieu, pensant à la réparation qu'il en ferait par le Christ, permit son péché -. En conséquence, Adam devint mortel, sujet à la corruption, à la concupiscence et à Tignorance, enclin au mal : il se trouva privé des dons divins et du Saint-Esprit. C'est la chute. Adam ne tomba pas seul : toute sa descendance avec lui et par lui connut la déchéance. Cette déchéance, danslathéorieaugustinienne et latine du péché originel, comprend deux degrés, ou, si l'on préfère, deux déchéances distinctes. Les enfants d'Adam n'héritent pas seulement des misères physiques (mort, douleurs, etc.) et morales (ignorance, concupiscence), peine de son péché : ils héritent de son péché lui-même : ils naissent pécheurs : il n'y a pas pour eux chute seulement, il y a faute. Comment la théologie grecque de l'époque dont nous parlons a-t-elle compris cette double déchéance?
Sur le fait qu'Adam a transmis à sa postérité la peine de son péché, que les misères physiques et morales actuelles de l'humanité sont la conséquence du péché d'x\dam, on peut dire que cette théologie est unanime, et qu'à ce point de vue elle exclut formellement le pélagianisme. Indépendamment de saint Cyrille, dont les témoignages sur cet objet sont innombrables et sur qui il faudra revenir, Théodoret affirme que le péché d'Adam l'ayant rendu mortel, sujet à la corruption, à la concupiscence, au péché, Adam a engendré des enfants sujets à la mort et à la concupiscence, comme
1. Quaest. in Gènes., Interrog. -28 (col.l:2.j), 37 (col. 137); In psalm. L. V. 7 (col. 1244).