Ibid.j Swete, 303 (col. 983; cf
Il se trouve donc un vice radical dans la doctrine christologique que Théodore, à la fin du iv*^ et dans le premier quart du v^ siècle, enseignait à Antioche et à Mopsueste. L'auteur s'efforce sans doute de garder les formules traditionnelles, et croit suffisamment les justifier par ses explications. Mais l'assertion fondamentale de l'unité personnelle de Jésus-Christ n'y est pas assez poussée : Théodore lui-même n'en comprend ni tout le vrai sens ni toute la portée ^ Dans sa préoccupation d'écarter l'apollinarisme, il ne voit pas ce que cette hérésie contenait de vrai, et l'intérêt sotériologique capital qu'il y avait à souder intimement, en Jésus-Christ, l'humanité au Verbe, à proclamer un Dieu-Homme souffrant et mourant. Des vérités mêmes dont il admet la formule Théodore ne sait pas tirer les conséquences logiques. Joignez à cela un langage incorrect, et des propositions qui, dans leur sens obvie du moins, blessaient l'orthodoxie. C'est plus qu'il n'en faut pour expliquer que l'évêque de Mopsueste ait été condamné par un concile conduit par des théologiens disciples de saint Cyrille. Il le méritait assurément, ne fût-ce que pour les interprétations fâcheuses auxquelles ses écrits se prêtaient si aisément.
§ 2. — La doctrine de Nestorius.
L'enseignement de Théodore, on l'a dit, ne fut point attaqué de son vivant, et peut-être la tendance doctrinale extrême qu'il représentait fût-elle demeurée indemne quelque temps encore, sans une circonstance
1. Dans le Contra Apollinarium, IV (Swete, 318, 319, col. 999, 1000), Théodore compare l'union des natures à celle du corps et de l'âme ; mais dans le De incarnatione, \III (Swete, 299, col. 981), il la compare à l'union de l'homme et de la femme, dont il est dit qu'ils ne sont pas duo, sed ^ma caro.
LE NESTORIÂNISME. 23
qui attira sur elle rattention. L'année même de la mort de Théodore, le 10 avril 428, un antiochien encore de formation et d'esprit, le prêtre Nestorius, était consacré en vue d'occuper le siège de Constantinople. L'empereur l'avait choisi pour sa vertu éprouvée et pour son talent oratoire. Nestorius était, par-dessus le marché, un théologien exercé, rompu à l'exégèse littérale en faveur dans son milieu, et que l'habitude de peser les textes avait rendu regardant aux formules et un peu méticuleux sur les mots, comme on l'était à Antioche.
Ses débuts furent d'un orthodoxe intransigeant ' . Mais un incident ne tarda pas à rendre cette orthodoxie suspecte. Il avait amené avec lui d'Antioche un prêtre nommé Anastase, disciple fervent de Théodore de Mopsueste. Vers la fm de 428, prêchant devant le peuple, ce prêtre s'éleva contre le titre de 6£otoxoç donné à Marie, comme impliquant une absurdité : Ôsotoxov Tr,v Mapiav xaXsiTO) urjosic. IMapta yàp àvÔpWTTOç r^v utto àvOpwirou oï ÔEov xe/^ôvai àouva-cov. Le scandale fut grand, l'expression étant d'un usage courant et ancien. Nestorius prit parti pour Anastase, et, dans une série de discours, s'efforça d'exposer, telles quil les comprenait, la doctrine de l'incarnation et la portée du Ôeotoxoc;^. Le trouble ne fit qu'augmenter, la cour, en général, soutenant le patriarche; mais le clergé, les moines, le peuple se divisant et se prononçant pour ou contre lui. L'évêque élu de Cyzique, Proclus, prêchant devant Nestorius, n'hésita pas à le contredire^, pendant que, au contraire, l'évêque de Marcianopolis, Dorothée, l'approuvait^. C'était le schisme. La situation ne tarda
J. SocRATE, Hist. eccl., vn, 29.