In epist. ad Rom., V, 12 (col. 78i
précise sa pensée. Après avoir dit que « nous avons été condamnés en Adam, et que de lui, comme d'une première racine, la mort, fruit de la malédiction, a passé dans ce qui est né de lui », il se faitlobjection: Mais comment la faute d'Adam nous est-elle imputée, puisque nous n'existions pas lorsqu'il a péché? Cyrille répond que les désirs impurs ayant, après son péché, envahi la chair d'Adam, ils ont, par le fait même, envahi la nôtre et qu'ainsi « la nature a contracté la maladie du péché » (vÊVo'avjxev oOv rj cpudiç ttiv àfxapxiav). C'est pourquoi, continue-t-il, « beaucoup ont été constitués pécheurs, non qu'ils aient péché en Adam — car ils n'existaient pas encore — mais parce qu'ils sont de la même nature que lui, nature qui est tombée sous la loi du péché ^ ». Nous ne trouvons plus ici évidemment la théorie augustinienne du péché originel proprement dit : il ne sagit dans nos textes que de la mort ou de l'entraînement au péché actuel, entraînement qui est bien une déchéance, une corruption, un mal, une « loi de péché » qui nous vient par voie de génération, mais auquel Cyrille ne donne pas simplement le nom de péché.
Les théologiens grecs des v^, vi'' et vii^ siècles n'avaient donc qu'imparfaitement compris le sens des décisions occidentales contre le pélagianisme, sur le point dont nous parlons 2. 11 est probable qu'ils les avaient, en général, fort peu étudiées.
Avaient-ils mieux pénétré ce qui regarde la nature et la nécessité de la grâce V
On en peut raisonnablement douter^. Leur enseigne-
1. In epist. ad Rom., Y, 18, 20 (col. "88, 789); De recta fide ad regin., I, 3 (col. 1205).
2. Le passage de saint Maxime dans sa lettre à Marin (P. G., XCI, 136;, à propos de la doctrine des latins sur l'exemption deJésus-Ghrist du péché d'origine, n'est pas lui-même concluant en sens contraire.
3. Il faut cependant excepter de ce verdict et de celui qui précède
ment n'accuse pas sur celui de leurs prédécesseurs de progrès notable : il reste, en tout cas, complètement en dehors de l'influence de celui de saint Augustin, D'un côté, nos auteurs proclament, comme leurs devanciers, que la nature humaine n'a pas été, par la chute, foncièrement viciée, et qu'elle est capable, même chez les païens, de produire des fruits de vertu. Il est des hommes, remarque Théodoret, qui ne connaissent pas la piété ni les enseignements divins, et qui cependant s'appliquent aux bonnes œuvres ^ D'autre part, ils répètent comme une vérité non moins certaine que l'homme, sans la grâce, ne saurait se sauver, éviter toujours le péché, se repentir de ses fautes, pratiquer le bien comme il le faut, acquérir les vertus, mettre à exécution ses bons desseins :
« Personne ne peut se sauver si Dieu ne l'aide-. « — « Sans le secours de Dieu tout esprit sera faible ; avec son secours et sa force bénignement accordés, tout ce qui était faible sera vigoureux et évitera le naufrage 3. » — « Il n'est pas au pouvoir de ceux qui veulent vivre saintement de le faire sans être appelés''-. » — « Tous les hommes, même ceux qui sont ornés des actes de vertu, ont besoin de la grâce divine '". » — « [L'apôtre] appelle don de Dieu et d'avoir cru, et d'avoir noblement combattu, non pour exclure le libre arbitre de la volonté, mais pour nous enseigner que la volonté privée de la grâce ne peut d'elle-même opérer, comme il faut, aucun bien 6. » — «Il est impossible que quelqu'un marche sans faute dans la voie de la vertu, sans la grâce de Dieu '. »
Ainsi parlent saint Cyrille et Théodoret, et il serait
les moines Scythes dont il a été question plus haut (p. 131) et qui, on le verra, prolessaient tout l'augustinisme (v. plus bas, p. 297 et suiv.).