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Théodoret, In epist. ad Rom., VI, v. 23 (col

§ 4. — Sotériologie

Les controverses christologiques longaement exposées au commencement de ce volume n'ont évidemment si fort occupé la pensée chrétienne que par l'intérêt sotériologique qui s'y trouvait engagé. Le rédempteur devant être Dieu et homme à la fois, l'école d'Alexandrie visait à mettre en relief son caractère divin, celle d'Antioche à maintenir intacte sa pleine nature humaine. A ce point de vue, on ne saurait isoler, comme on le fait ici, l'exposé de la sotériologie des v^-vii^ siècles grecs de celui de leur christologie. Mais ce point de vue n'embrasse pas tout. Le rédempteur étant reconnu Dieu parfait et homme parfait, on peut se demander comment et par quelle voie il a réalisé son œuvre de réparation et de réconciliation : et c'est proprement l'examen des solutions émises à ce sujet par les siècles dont nous parlons qui est l'objet du présent paragraphe.

On a vu, représentées dans la théologie grecque antérieure et souvent mêlées dans les mêmes écrivains, les trois théories fondamentales de la christologie chrétienne : théorie spéculative ou mystique, théorie réaliste, théorie des droits du démon. A l'époque que nous étudions, cette dernière théorie ne se produit plus sous la forme juridique et rigoureuse que lui avait donnée saint Grégoire de Nysse. La mort de Jésus- Christ n'est plus présentée comme une rançon payée au diable, et que celui-ci avait le droit d'exiger : elle apparaît plutôt à nos auteurs comme le résultat d'un abus de pouvoir de la part du démon, lequel,

1. Sur ce sujet v. J. Rivière, Le dogme de la Rédem])tion, Paris, 1905.. chap. XII.

pouvant justement réclamer la mort des hommes pécheurs et coupables — stipendium peccati mors, — a commis une injustice en procurant la mort de Jésus-Christ innocent, et, à cause de cet attentat, s'est vu, suivant les règles de l'équité, privé du droit qu'il possédait sur les coupables. Sa rapacité Fa perdu : l'enfer n'a pu garder le Dieu caché en Jésus- Christ sous l'appât de l'humanité, et a dû rendre même les simples hommes qu'il avait jusque-là engloutis. Cette façon imagée et quelque peu simpliste d'expliquer notre délivrance par le Sauveur se trouve déjà dans saint Chrysostome ^ , mais on la retrouve dans saint Cyrille-, dans Théodoret'^ saint Isidore de Péluse ^, saint Maxime ^ et d'autres encore ^. Elle n'est toutefois souvent qu'une façon poétique et oratoire de présenter la lutte morale entre le principe du bien et du salut, Jésus-Christ, et le démon, principe du mal et de la damnation.

D'un autre côté, la théorie spéculative qui attribue à l'incarnation prise à part une efficacité rédemptrice, par le rapprochement que cette incarnation établit entre Dieu et l'humanité dans la personne du Verbe fait chair, cette théorie, dis-je, semble plutôt perdre du terrain. On ne sera pas surpris cependant de la retrouver chez saint Cyrille d'Alexandrie. Elle était, pour ainsi parler, dans la tradition de son Eglise, et cadrait d'ailleurs trop bien avec l'ensemble de sa christologie pour qu'il la négligeât : « N'est-il pas évident et clair par tout homme, écrit-il, que le Monogène

1. In Joannem, liomil. LXVIII, 2, 3 ;In epist. ad Rom., hom. XIII, 5.

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