‹ Histoire des dogmesChapitre 172 sur 426 · P. G., LXXn · texte numérisé non relu

P. G., LXXn

dire que « nous recevons en nous le Verbe de Dieu le Père, incarné pour nous, Verbe qui est vie et vivifiant ». Cette assertion, pense-t-il, demande un éclaircissement: il le donne aussitôt. Dieu, dans le principe, avait créé l'homme immortel ; mais le démon, en entraînant Thomme au péché, l'avait du même coup entraîné à la mort. La bonté de Dieu va réparer cette ruine. Or, pour que la chair mortelle recouvrât l'immortalité, il était nécessaire qu'elle devînt participante de la vertu vivifiante de Dieu (t^<; -rrapà Bsotî î^woTrotou §uv(X(jiea)<;Yeve<TOai(jLSTo/^ov), car Dieu est la vie par essence. Afin de procurer cette participation, le Père, vie en soi, envoie le Christ qui, lui aussi, est vie (^ojtiv ovta xal auTov), puisqu'il est le Verbe du Père, sa vertu vivifiante (êuva|Aiç fi Çwottoioç). Ce Verbe s'incarne sans changement ni conversion, sans cesser d'être Verbe : il prend notre chair; il la ressuscite, il en chasse la corruption, il la rend elle-même vivifiante. Comment cela, vivifiante? Cyrille s'efîorce de l'expliquer par des comparaisons. Si vous jetez une mie de pain dans un liquide, elle se trouve toute imbibée de ce liquide, et en possède la vertu ; si vous mettez du fer dans le feu, il reste fer, mais il devient lui-même brûlant. Ainsi la chair unie de la façon que Dieu sait au Verbe vivifiant est devenue elle-même vivifiante. Jésus-Christ nous l'affirme : « Je suis le pain vivant descendu du ciel : si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai est ma chair. » « Donc, conclut notre auteur, en mangeant la chair du Christ, notre Sauveur à tous, et en buvant son sang précieux, nous avons la Vie en nous, devenus comme un avec lui, et demeurant en lui, et le possédant en nousmêmes. 3)

Cyrille a prouvé à l'encontre de Nestorius sa première proposition : la chair du Christ, que nous rece-

vons dans « Teulogie mystique », est vivifiante, parce qu'elle est la chair du Verbe, unie étroitement et physiquement à lui ' . Or, cette chair vient en nous par la communion. Quelle relation établit-elle entre le Verbe et nous ? C'est la seconde question à laquelle Cyrille devait répondre. Dans le commentaire sur saint Luc, XXII, 19, dont j'ai interrompu l'analyse, le patriarche d'Alexandrie se fait une objection ; Si le Verbe rend vivifiante sa propre chair parce qu'il lui est uni, il doit donc aussi rendre vivifiant le corps de chacun de nous, en qui il vient habiter par la communion. C'est une conséquence que nie le saint docteur, parce que, observe-t-il, autre est l'union du Verbe avec sa chair, cette chair qu'il a faite sienne, autre est l'union que nous avons avec le Fils en le possédant en nous par une simple participation de relation (xarà jjieôe^iv (TysTixyjv)^. C'est là une expression bien vague et une union fort lâche : Cyrille va préciser sa pensée et présenter cette union comme beaucoup plus intime.

1. Saint Cyrille revient fréquemment sur cette idée à laquelle il paraît tenir beaucoup. La chair de Jésus-Christ • devenue la chair de la Vie, c'est-à-dire du Verbe de Dieu et du Père qui s'est manifesté, a reçu la vertu delà vie, et il est impossible que la vie soit vaincue par la mort» {bi loannem, XV, 1, col. 344). « Le saint corps du Christ vivifie donc ceux en qui il se trouve, et, en se mêlant à nos corps, il les conserve dans rincorruption, car il n'est pas le corps d'un homme quelconque, mais de la Vie par essence, possédant en lui toute la vertu du Verbe qui lui est uni, et comme revêtu des mêmes propriétés, bien plus, rempli de sa puissance d'action par laquelle tout est vivifié et conservé dans l'existence » {ibid., VI, 85, col. 5-20, 521; VI, 56, col. 58t; Adv. Nestor., lY, 5, col, 189-197; Cont. Iulian., YIlI, col. 896). Et comme pour consacrer toute cette doctrine, Cyrille la formule dans son anathématisme onzième, dans lequel cependant l'eucharistie n'est pas directement visée : « Si quelqu'un ne confesse pas que la chair du Seigneur est vivifiante, qu'elle est la propre chair du Verbe de Dieu le Père, mais dit qu'elle est [la chair] d'un autre que lui, qui lui est uni en dignité, ou qui est seulement son habitat-le; [si quelqu'un ne confesse pas], comme je l'ai dit, que cette chair est vivifiante parce qu'elle est devenue la propre [cliair] du Verbe qui peut tout vivifier, qu'il soit anathème » (col. 309,3112); et voyez Apolorj. cont, orientales [Col. 273, 276 ; contra Theodoretum (col. 448).

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