‹ Histoire des dogmesChapitre 173 sur 426 · Loc. cit., col · texte numérisé non relu

Loc. cit., col

Dans son commentaire sur saint Jean, vi, 57, il compare l'union du communiant avec le Christ à celle de deux morceaux de cire fondue dont les éléments sont absolument mêlés, à celle du ferment et de la pâte, le ferment existant dans toute la pâte, et celle-ci existant dans tout le ferment. C'est ainsi, ajoule-t-il, que « celui qui reçoit la chair du Christ, notre Sauveur, et qui boit son sang précieux devient, suivant que Jésus- Christ le dit lui-même, comme un avec lui, comme mêlé à lui, et noyé en lui par cette participation, si bien qu'il existe dans le Christ et le Christ en lui^ ». Cette idée revient un peu plus loin dans le même commentaire sur saint Jean, xv, 1. Cyrille se sert de cette union corporelle avec le Sauveur dans la communion pour expliquer que saint Paul ait dit que les Gentils sont devenus conco/^poi-els (aua<j(o[xa) avec Jésus-Christ, que Jésus-Christ considère tous les fidèles comme ses membres : « Car il est bon de remarquer, continue-t-il, que (par les mots : Celui qui mange ma chaii\ etc.) le Christ n'affirme pas qu'il sera en nous seulement par une certaine relation d'affection, mais par une participation physique » (où xaxà aj^éffiv nvà (xovyjv,.. dXXà xal xarà {jLÉÔeiivcpuffixrjv). Et Cyrille donne la raison dernière pour laquelle cette union si étroite et en quelque sorte matérielle est nécessaire : c'est que « ce qui est corruptible de sa nature ne peut être vivifié qu'à la condition d'être uni corporellement (ffwfxaTixw;) au corps de celui qui est la vie par essence, c'est-à-dire du Monogène 2 ».

L'union du communiant avec le Verbe tient donc,

1. p. G., LXXIII, 584. La comparaison tirée des morceaux de cire est répétée à la 6n de la citation suivante.

2. P. G., LXXIV, 341. CI. In Joannem, XVll, 22, 23 (col. 564); Adv. Nestor., IV, 5 (col. 193) ; Glaph. in Genesim, I : aucrorcdfjLO: {/.èv yàp yeYovafASv aÙTw (xw Xpt<7Tô)) ôi'sù),OYta;TTiç fXuorTtx^; (col. 29).

suivant notre auteur, le milieu entre l'union liypostatique qui rendrait son corps vivifiant, et l'union morale qui ne saurait le vivifier. C'est une union physique avec le corps vivifiant du Verbe et le Verbe source première de la vie. La conséquence, en tout cas, est certaine : le saint corps du Christ nourrit le nôtre Trpoç àvaaTaaiav xa\ Çwyjv aîwviov ^ :

« Bien que la mort qui nous a envahis à cause de la prévarication ait soumis le corps à la nécessité de la corruption, cependant, parce que le Christ est en nous par sa propre chair, nous ressusciterons sûrement. Il est incroyable en effet, ou plutôt il est impossible que la vie ne vivifie pas ceux en qui elle se trouve. De même que l'on couvre d'une couche de paille une étincelle pour conserver la semence du feu, ainsi Notre- Seigneur Jésus-Christ cache en nous la vie par sa propre chair, et introduit comme une semence d'immortalité qui détruira toute la corruptibilité qui est en nous 2. »

On reconnaît en tout ceci le fond de la pensée sinon la philosophie de saint Grégoire de Nysse. Mais d'ailleurs, Cyrille ne borne pas à nos corps l'action de l'eucharistie. La participation du Christ n'est pas seulement vie, elle est aussi sanctification : ^ojy) yàp xat aYia<7|jLbç y) XpKJTou jxeToy vi ^ : elle ne chasse pas seulement la mort, elle guérit les maladies de l'âme, elle refrène en nous la loi de la chair, excite la'piété envers Dieu, mortifie les passions, bande celui qui est brisé, relève celui qui est tombé, délivre des attaques et de la tyrannie du démon '•. De là la nécessité de la communion et l'obligation de mener, pour en être digne, une vie pure et vraiment chrétienne ^.

Cette doctrine de saint Cyrille sur le caractère vivi-

1. In loann., VI, 56 (col. 581); Glaph. in Exodum, II (col. 428).

2. In loann., VI, 55 (col. 581). Cf. De recta fide ad Theodos., XXXVIII (col. 1189).

3. Glaph. in Exod., Il (col. 428); In Lucam, XXII, 49 (col. 908).

4. In Lucam, IV, v. 38 (col. 552) ; In loann., VI, 57 (col. 585).

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