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Elle est de l'an

2. Voir sur cette affaire le récit très détaillé et très précis du P. M. Jacquin, dans la Revue d'histoire ecclésiastique^ V (1904), p. 266 et suiv.

questions abstruses qui s'agitaient, on resta ou l'on devint hérétique par crainte de verser dans l'hérésie contraire. C'est le cas des semi-pélagiens ^

Le premier auteur de cette époque en qui se montrent d'une façon consciente les idées semi-pélagiennes est l'abbé de Saint-Victor de Marseille, Jean Cassien ^. Cassien avait séjourné en Egypte, en Palestine, à Constantinople où il avait reçu le diaconat des mains de saint Chrysostome. Ce dernier maître avait fait sur lui une impression profonde ; et cette circonstance explique assez bien qu'il n'ait éprouvé que peu de goût pour les doctrines de saint Augustin. Ayant encore dans l'oreille les continuelles exhortations de saint Chrysostome à Teffort et à l'action personnelle, devant lui-même chaque jour pousser ses moines dans la voie du renoncement et du sacrifice, Cassien ne pouvait comprendre l'espèce de passivité à laquelle il semblait que l'évêque d'Hippone réduisît la volonté humaine sous l'action de la grâce. Si Dieu fait tout en nous, où est le mérite? Et si nous ne pouvons rien sans la grâce, que devient notre liberté?

C'est surtout dans la conférence xiii. De protectione Deî, écrite entre les années 420-426, que Cassien a exposé ses principes. Il semble d'abord abonder dans le sens de saint Augustin, et affirme « non solum actuum verum etiam cogitationum bonarum ex Deo esse principium, qui nobis et initia sanctae voluntatis inspirât, et virtutem atque opportunitatem eorum quae

1. Notons que le mot semi-pélagianisme esl inconnu à l'antiquité. Saint Prosper désigne les semi-pélagiens comme les « pelagianae pravitatis reliquiae » [Inter epist. Augiist., epist. CCXXV, 7). Le mot est cependant assez juste.

2. Cassien est cité ici d'après la P. L., tom. XLIX, L. Les Conférences se trouvent au tome XLIX. Travaux : A. Hoch, Lehre des Joannes Cassianus, Freiburg-im-Br., 1893. 0. Abel, Studien zu dem gallischen Presbyter Johannes Cassîanus, Miinclien, 1904. J. Laugier, Saint Jean Cassien et sa doctrine sur la grâce^ Lyon, 1908.

LE SEMI-PELAGIANISME. 277

recte cupimus tribuit peragendi » (3). Les hommes ont besoin du secours de Dieu « in omnibus », et l'humaine fragilité ne peut rien « quod ad salutem pertinet per se solam, id est sine adiutorio Dei perfîcere^ » (6). Mais bientôt Cassien précise son enseignement. 11 pense que de nous-mêmes nous pouvons avoir, quelquefois du moins, un commencement de bonne volonté : « In his omnibus et gratia Dei et libertas nostri declaratur arbitrii, et quia suis interdum motibus liomo ad virtutum appetitus possit extendi, semper vero indigeat adiuvari... Etiam per naturae bonum quod benefîcio creatoris indultum est, nonnunquam bonaram voluntatum prodire principia, quae tamen, nisi a Domino dirigantur, ad consummationem virtutum pervenire non possunt^ » (9). Une liberté qui ne permettrait pas à l'homme de vouloir et de pouvoir le bien « asemetipso » ne serait pas une vraie liberté (12) ^. Aussi Dieu, pour dispenser sa grâce, exige-t-il et attend-il quelquefois de nous des efforts préalables, « ut nonnunquam etiam ab eo (arbitrio) quosdam conatus bonae voluntatis [gratia Dei] vel exigat vel exspectet ^ » (13). Les hommes sont appelés par lui diversement : les uns, comme André et Pierre, le sont sans qu'ils y

1. Cf. Collât, ni, 16, 19. Au chapitre 18 de la conférence XHI, Cassien résume ainsi, d'après les Pères {ab o?n^^^■6ws Pairièws), la fonction delà grâce: « Primuni ut accendatur unusquisque addesiderandum omne quod bonum est, sed ita ut in alterutram partem plénum sit liberae voluntatis arbitrium. Itemque etiam secundum, divinae esse gratiae ut effici valeant exercitia praedicta virtutum, sed ita ut possibilitas non exstinguatur arbitrii. Tertium quoque ad Dei munera pertinere ut acquisilae virtutis perseverantia teneatur , sed ita ut captivitatem libertas addicta non sentiat. Sic enim universitatis Deus omnia in omnibus credendus est operari ut incitet, protegat atque confirmet, non ut auferat quam semel ipse concessit arbitrii libertatem. » On sent combien, dans l'expression de la même doctrine, le ton est ici différent de celui de saint Augustin.

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