Livre d'Hér., p. 132, 282, 127. 12S
LE NESTORIANISME. 29
eu lieu l'union, de sorte que celui-ci soit celui-là, et celui-là celui-ci ^ »
Mais encore, pouvons-nous savoir comment, d'après Nestorius , s'établit cette unité de personne dans le Christ? Nestorius parle souvent dans le Lwre d'Hèraclide d'une sorte d'échange mutuel des personnalités entre le Verbe et Ihomme, le Verbe se servant du prosôpon de l'humanité, et l'humanité se servant du prosôpon de la divinité; et l'on pourrait croire qu'il veut par là expliquer l'origine de l'unité dont nous parlons et le lien même de l'incarnation. « L'incarnation est conçue comme l'usage mutuel des deux [prosôpons] par prise et don-. » Et encore : « Les natures subsistent dans leurs prosopons et dans leurs natures, et dans le prosôpon de l'union. Quant au pj^osôpon naturel de l'une , l'autre se sert du même en vertu de l'union : ainsi il n'y a qu'un prosôpon pour les deux natures, he prosôpon d'une essence se sert àuprosôpon même de l'autre ^. » Mais ce n'est pas là, je crois, le fond de sa pensée. L'usage mutuel des prosopons, dans la théorie de Nestorius, ne constitue pas l'unité personnelle de Jésus-Christ: il est seulement une conséquence de cette unité. C'est parce que Jésus-Christ, Dieu-Homme, est une seule personne par le prosôpon d'union, qu'en lui « la divinité se sert du prosôpon de l'humanité, et l'humanité de celui de la divinité-* » ; c'est-à-dire que Jésus-Christ Dieu (mais toujours homme) agit en homme, et que Jésus-Christ homme {mais toujours Dieu) agit en Dieu. L'unité personnelle de Jésus-Christ est constituée par une « prise » et un « don ». La personne du Verbe prend en elle la per-
hilare
d'Hér..
L ivre
d'Hér.
Id.
sonne de l'homme, et elle-même se donne, en compensation, à cette personne. Par cette prise et par ce don, les deux prosôpons se compénètrent, sont « l'un dans l'autre » : ils ne forment plus qu'une personne, la personne du Christ, puisqu'ils perdent, dans cette union, leur être à part, et deviennent partie d'un tout. Cette unité personnelle du tout ne résulte pas cependant d'une fusion ou combinaison des prosôpons divin et humain entre eux. Pareille fusion ou combinaison n'est pas nécessaire , pas plus que la fusion ou combinaison entre eux du corps et de l'âme pour former l'unique personnalité de l'homme. Les prosôpons du Verbe et de l'homme continuent donc de subsister de quelque façon comme prosôpons subordonnés au prosôpon du Christ dont ils sont les composants ^ Celui-ci les domine, et s'en sert comme il se sert des natures ; mais eux aussi, considérés dans le tout, se servent l'un de l'autre comme l'âme se sert du corps et le corps de l'âme. Ils s'appartiennent mutuellement et « se portent l'un l'autre ». « Il n'y a pas de condescendance pareille à celle-là, écrit Nestorius, que le prosôpon de l'homme) soit sien [de Dieu], et que lui-même donne à l'homme son prosôpon. C'est pourquoi il [Dieu] s'est servi de son prosôpon [de l'homme], parce qu'il l'a pris pour lui ^. » Et encore : « Le Fils unique de Dieu et le Fils de l'homme, le même (formé) des deux, est dit les deux, parce qu'il a attribué (les propriétés) de leurs prosôpons à son prosôpon^ et dorénavant il est désigné par celui-ci et par celui-là comme par son propre pros-
1. Il est bien difficile de savoir exactement ce que Nestorius a pensé de la persistance formelle des profiôpons du Verbe et de l'homme dans l'union. Logiquement ces prosôpons doivent disparaître, et l'auteur insiste effectivement sur l'unité personnelle de Jésus-Christ. Mais d'autre part, et comme on peut le voir par les textes, il parle de ces prosôpons comme d'éléments qui ont une existence propre.