SUCRE DE CANNE
Saccharum; angl., Ctma Sugar, Suyar, Sucrosc ; allcm.. Zuclcer, Rohrzucker.
Origine botanique. — Saccharum officinarum L. C’est une plante a tige articulée, haute de lm,80 à 2”, 60, solide, dure, dense, succulente en dedans, creuse seulement au niveau des pousses florales. On en cultive plusieurs variétés, notamment la Canne de Pays ( Counlry Cane), qui est la forme primitive de l’espèce ; la Canne rouge ( Ribbon Cane), dont la tige est munie de raies pourpres ou jaunes ; la Canne de Bourbon ou de Taïti , qui est plus allongée, plus forte, plus velue et très-productive. Lo Saccharum violaceum TossAC,qui constitue la Canne de Batavia, est également considéré comme une simple variété; mais le grand Sai charum chinense Roxb., introduit de Canton en 1796, dans le jardin botanique de Calcutta, peut être considéré comme une espèce distincte. 11 possède une longue panicule grêle, dressée, tandis que celle du Saccharum officinarum est chevelue et étalée, avec des ramifications alternes et plus composées, sans compter d’autres différences dans les feuilles et
les fleurs.
On multiplie la Canne à sucre à l’aide de' boutures, parce que engraines, qui sont très-petites, n’arrivent que rarement à maturité. Elle croît fort bien dans tous les pays tropicaux et subtropicaux, et s éleve, dans l’Amérique du Sud et le Mexique, jusqu’à une altitude de I 500 a ■1 800 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle est cultivée, dans a plus grande partie de l’Inde et de la Chine, jusqu’au 30 et 31° degré de latitude'nord, excepté dans les régions montagneuses.
D’après les recherches de Ritter (1), le Saccharum officinarum paraît être originaire du Bengale et de l’Indo-Ghine, ainsi que de Java, de Bornéo, de Bali, des Célèbes, et d’autres îles de l’archipel Malais, mais il n’est pas probable qu’on le trouve nulle part aujourd’hui à l’état sauvage.
Historique. — La Canne à sucre est probablement connue dans l’Inde depuis un temps immémorial ; et y a sans doute d’abord été cultivée pour servir directement à l’alimentation, comme elle l’est encore aujourd’hui dans les régions qui sont peu propres à la fabrication du sucre (2).
Hérodote, Théophraste, Sénèque, Strabon, et d’autres écrivains, avaient quelque connaissance du sucre brut; ils parlent en effet d’un Miel de canne, d’un Miel fait par les mains des hommes , différent de celui des abeilles. Mais c’est seulement à partir du commencement de l’ère actuelle que les anciens connurent incontestablement le sucre auquel ils donnèrent le nom de Saccharon.
Ainsi, Dioscoride (3), vers 77 ap. J.-C., mentionne le miel concrété nommé 2xx/apov qu’on trouve sur les cannes (èrà xwv xa\dp.wv) dans l’Inde et dans l’Arabie heureuse, et il dit que cette substance ressemble au sel par son aspect et sa cassure. Pline connaissait évidemment la même substance sous le nom de Saccharum , et l’auteur du Periplus de la mer Erythrée , vers 54-68, dit que le miel des Cannes, nommé cdx/apov, est exporté de Barygaza, dans le golfe de Cambay, pour les ports de la mer Rouge, à l’ouest du Promontorium Aromatum, c’est-à-dire sur la côte opposée à Aden. Il reste encore à savoir si à cette époque le sucre était un produit des Indes occidentales, ou s’il y fut apporté du Gange.
Le Bengale est probablement le pays dans lequel on fabrique du sucre depuis le plus long temps; car son nom dans toutes les langues de l’Asie occidentale et de l’Europe dérive du sanscrit Sharliarâ , qui signifie une substance ayant la forme de petits cailloux ou de prismes. Il est étrange que ce mot ne contienne aucune allusion à la saveur de la substance. Le mot C'andy, par lequel on désigne le sucre en gros cristaux, dérive de 1 arabe Kand ou Kandat, qui a la même signification que le mot sans-
(I) Erdkunde von Asien, IX, West-Asi&h., Berlin, 1840, 230-291.
rv!!i Pr°dUtU que 108 traducLeurs anSlais de la Bible ont rendu par le mot Swect doucc) et au(Rlel fait allusion le prophète Isaïe (ch. xli.i, 24) et Jérémie
e9'2r^ 7PChandise imP0I * 3'tée d’un éloigné, a été l’objeL de nombreutre, riT î' Quelques-uns ont supposé qu’il s’agissait de la Canne à sucre ; d’au-
sunnoser nue'r “ al'°malT°’ 1 ' Andropogon. Nous pensons qu’il y a plus de motif de | poser que celte dénomination s applique à une espéco de cannelle.
(3) Lib. II, c. 104.
crit. Un vieux nom sanscrit du Bengale central est Gura, d’où est venu le mot Gula, signifiant sucre brui , nom appliqué au sucre d’une façon générale dans l’Archipel Malais, où il existe des noms spéciaux pour désigner le sucre de canne, mais non le sucre en général. Ce fait vient à l'appui de l’opinion de Ritter, que la première préparation du sucre a
l’état cristallin est duc aux habitants du Bengale.
Sous le nom de Shi-mi, c’est-à-dire pierre de miel , le sucre est fréquemment mentionné dans les anciennes annales chinoises parmi les produits de l’Inde et de la Perse. Il y est dit que l’empereur Tai-tsung, en 627-650 de notre ère, envoya un ambassadeur dans le royaume de Magadha, dans l’Inde, le moderne Bahar, pour apprendre la méthode de la préparation du sucre (I). Les Chinois reconnaissent réellement qne les Indiens furent, entre 766 et 780, leurs premiers maîtres dans l’art de raffiner le sucre, car pour le désigner ils ne possèdent aucun
ancien caractère écrit spécial.
Un écrivain arabe, Abu Zayd al Hasan (2), nous apprend que vers 850 la canne à sucre était cultivée sur la côte nord-est du golfe Per-
S‘ An siècle suivant, le voyageur Ali lstakhri (3) trouva le sucre produit en abondance dans la province perse de Knzistan, ancienne
^VeTla même époque (950), Moses de Chorene, Arménien, dit aussi nue la fabrication du sucre était florissante près de la célébré Ecole de médecine de Jondisabur, dans la même province, et d existe encore dans les environs d’Ahwas des traces de cette industrie, représentée pa,
des meules en pierre, etc. .. , .
Les médecins persans du dixième et du onzième siècle, notamment
Rhazes Haly Abbas et Avicenne, introduisirent le sucre dans la mede- “es Arabes cultivaient la canne à sucre dans plusieurs de leurs établissements de la Méditerranée, notamment dans Vile de Chypre, en Sicile en Italie, dans le nord de l’Afrique et en Espagne.
En France, le sucre était parfaitement connu des le treizième s, ode, et beaucoup antérieurement sans doute ; nous trouvons en effet, » sucre in panibus et in pulvere » dans la collection des Cartulatres de I ra» ,
par Guérard (4).
(D BnETSCUNCieca, Cllbme IManical Works. «•
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treizième siècle. [F. A. F.]
Le Calendrier de Gordouc (I) montre que dès 961 sa culture était bien établie en Espagne, seul pays de l’Europe où il existe encore actuellement des moulins à sucre (2). Guillaume II, roi de Sicile, offrit en 1176 au couvent de Montréal des moulins pour broyer la canne à sucre, dont la culture existe encore à Avola, près de Syracuse; mais la canne n’y sert qu’à la fabrication du rhum. En 1767, les plantations de canne et les fabriques de sucre de cette région furent décrites par un voyageur (3) comme ayant une certaine importance.
Pendant le moyen âge, l’Angleterre et le reste de l’Europe du Nord étaient approvisionnés de sucre par les pays méditerranéens, surtout par l'Egypte et l’île de Chypre. Il était importé d’Alexandrie, dès la fin du dixième siècle, par les Yénitiens, pour lesquels il constitua longtemps un objet important de commerce. Ainsi, nous trouvons (4) qu en 1319 un marchand de Venise, Tommaso Loredano, expédia par mer à Londres 100 000 livres de sucre, dont la valeur devait être payée en laines, qui constituaient à cette époque le grand produit de l’Angleterre. Le sucre coûtait alors fort cher : de 1259 à 1350 son prix moyen, en Angleterre, était d’environ 1 shelling la livre, et de 1351 à 1400 il était de 1 shelling 7 deniers (5). En France, pendant la même période, il devait être trèsrépandu, mais également très-coûteux. Le roi Jean II ordonna, en 1353, aux apothicaires de Paris de ne pas employer le miel pour les préparations dans lesquelles devait entrer un bon sucre blanc nommé ca félin (6).
L’importance de la fabrication du sucre en Orient fut constatée de visu , dans la dernière moitié du treizième siècle, par Marco Polo (7), et en 1510 par Barbosa et d’autres voyageurs européens ; les nations commerçantes de l’Europe transportèrent rapidement la canne à sucre dans tous les pays où sa culture était rendue possible par le climat. Ainsi, elle fut introduite à Madère, en 1420; à Saint-Domingue, en 1494(8); dans les îles Canaries, en 1503; au Brésil, dès le commencement du seizième siècle ; au Mexique, vers 1520 ; à la Guyane, vers 1 600 ;
(1) Le calendrier de Cordoue de l’année 9GI, par R. Dozÿ, Lcyde, 1873, 3b, 41, 91.
(2) 11 en existe un certain nombre dans les environs de Malaga, d’Alicante et de Valencia.
(3) Riêdesel, Travels through Sicilg, Lond., 1773, 07.
(4) Marin, Commercio de Veneziani, V , 300.
(5) Rogers, Hist. of Agriculture and Priées in Engl and, 1866,1, 633, 641.
(6) Ordonnances des rois de France, 1729, II, 63b.
(7) Yole, Doolc of Ser Marco Polo, 1871, II, 79, 171, 180, etc.
(8) Letters of Christ. Columbus (Hakluyt Society), 1S70, 81-8Î.
GRAMINEES.
u la Guadeloupe, en 1 G40 ; à la Martinique, en 1650 (1); à Maurice, vers 1750 ; dans le Natal (2) et la Nouvelle-Galles du Sud, vers 1852 (3) ; tandis que dès une époque très- antérieure elle s’était propagée de l’Inde dans toutes les îles de l’océan Pacifique.
La culture qui se faisait autrefois en Egypte, et qui probablement ne s’y est jamais éteinte entièrement, a été entreprise de nouveau sur une grande échelle par le vice-roi actuel, Ismaïl Pacha. Il y avait en 1872 treize fabriques de sucre brut, appartenant au gouvernement égyptien, et environ 10000 acres de terres consacrées à la culture de la canne. L’exportation du sucre faite par l’Egypte, en 1872, a atteint 2 millions de kantars ou environ 89 200 tonnes (4).
L’imperfection des procédés chimiques employés au milieu du dixhuitième siècle ne permettait pas de recherches exactes sur la nature chimique du sucre. Cependant Marggraf, de Berlin (5), prouva, en 1747, que le sucre existe dans un grand nombre de végétaux, et parvint à le retirer à l’état cristallin du suc de la betterave. L’énorme importance de cette découverte ne lui échappa point, et,- dans le but de la rendre profitable, il détermina des essais sérieux ; ceux-ci obtinrent un succès tel, que la première fabrique de sucre de betterave fut établie en 1796, par Achard, à Kunern, en Silésie (6).
Cette nouvelle branche d’industrie (7) fut très-favorisée par les mesures prohibitives que prit Napoléon en interdisant l’entrée du sucre des colonies dans presque tout le continent. Elle est aujourd’hui tellement développée que l’Europe produit annuellement de 640 000 à 680 000 tonnes de sucre de betterave, la production de la Canne à sucre étant évaluée à 1 260000 ou 1413000 tonnes par an (8).
Parmi les colonies anglaises, Maurice, la Guyane anglaise, la Trinité,
(1) De Candolle, Géographie botanique, 836.
(2) La valeur du sucre exporté de Natal, en 1871, a atteint le chiffre considérable de 180,496 livres sterling.
(3) Cependant, par suite de la découverte de l'or en Australie, la culture de la Canne à sucre y fut un peu abandonnée jusqu’en 1866 ou 1867 : à cette époque on n’y fabriquait qu’une petite quantité de sucre.
(4) Consul Rogers, Report on the Trade of Cairo for 1872, présenté au Parlement.
(b) Expériences chimiques faites dans le dessein de tirer un véritable sucre de diverses plantes qui croissent dans nos contrées, par M. Marggraf, Lrad. du latin (Hist. de l’Ac. roy. des Sc. et Belles-lettres, 1747, Berlin, 1749, 79-90).
(6) Voir Scheibler, Actenstücke, etc. (Documents pour servir il l’histoire de l’industrie du sucre en Allemagne), Berlin, 1875.
(7) Et aussi, en Suisse, celle du sucre de lait qui était alors très-employé sur le continent pour falsifier le sucre de canne.
(8) Produce Markets Review, 28 mars 1808.
Bavbados et la Jamaïque sont celles qui produisent actuellement les plus grandes quantités de sucre.
Production. — On ne trouve pas de cristaux dans le parenchyme de la Canne à sucre. Le sucre y existe à l’état de solution aqueuse, surtout dans les cellules du centre de la tige. Sur une section transversale de la moelle, on voit de nombreux faisceaux fibro-vasbulaires répandus dans toute l’épaisseur du tissu, comme dans les autres tiges de monocotylédones. Cependant ces faisceaux sont plus nombreux dans la partie externe de la tige, où ils forment une couche dense, recouverte par un mince épiderme rendu très-dur par la silice qui se dépose dans les parois cellulaires (I). Au centre de la tige, les faisceaux fibro-vasculaires sont peu nombreux; le parenchyme y est beaucoup plus abondant, et contient dans ses cellules à parois minces une solution claire de sucre, avec une petite quantité de grains d'amidon et un peu de matière albuminoïde dissoute. Cette dernière existe en plus grande quantité dans la portion cambiale des faisceaux vasculaires. Des ' principes pectiques existent dans les parois des cellules de la moelle, qui cependant ne se gonflent pas beaucoup dans l’eau (Wicsner).
D’après les indications fournies par la structure microscopique, les procédés à suivre pour retirer de la Canne à sucre la plus grande quantité possible de sucre deviennent évidents. On devra faire macérer de minces tranches de la Canne dans l’eau ; celle-ci pénétrera dans le parenchyme rempli de sucre en attaquant beaucoup moins les faisceaux fibro-vasculaires qui contiennent plus de matières albuminoïdes que de matière saccharine. Par cette méthode, les couches épidermiques de la Canne ne se satureront pas de sucre et n’empêcheront pas son extraction, résultats qui se produisent lorsqu’on broie et presse la Canne (2).
Le procédé le plus généralement suivi dans les colonies, celui qui consiste à extraire le suc de la Canne par broiement et pression, a été soigneusement décrit et critiqué par le docteur Icery, de
(1) Les tiges de Cannes ii sucre d’Amérique desséchées à 100° C. donnent 4 pour 100 do cendres, dont près de la moitié est constituée par la silice (Popp, in Jahresberichl de Wiggeus, 1870, 315).
(2) Le procédé consistant à obtenir un sirop par macération dans l’eau de tranches minces de Canne fraîche, a été expérimenté à la Guadeloupe, mais il a ôté abandonné à cause de quelques inconvénients pratiques dans l’épuisement de la Canne, et par suite de la dimculté de faire évaporer les liqueurs avec une rapidité suffisante. Des expériences tentées dans lo’but do retirer un sirop pur eu traitant par l’eau chaude la Canne coupée en tranches et desséchée, paraissent promettre de bons résultats (voyez le Mémoire du docteur H. S. Mitchell, in Journ. of Soc. of Arts, 23 oct. 1808).
Maurice (1). Dans celte île, on cultive six variétés de Canne à sucre.
Lorsque la Canne à sucre est parvenue à maturité, elle se compose de : cellulose , 8 à 4 2 pour IÜ0 ; sucre , 48 à 21 pour 400; eau, contenant la matière albuminoïde et les sels, 07 à 73 pour 4 00. On a retiré par évaporation de 70 à 84 pour 100 de la quantité entière de suc contenue dans la Canne; et ce suc abandonne à l’état cristallin les trois cinquièmes environ du sucre contenu primitivement dans la Canne. Ce suc, nommé en français Vesou , possède en moyenne la composition
suivante :
Matières albuminoïdes 0,03
Matière granuleuse (amidon?; 0,10
Mucilage contenant de l’azote 0,22
Sels 0,20
Sucre 1 8,30
Eau 8b00
Les deux premiers groupes de substances rendent le suc trouble et provoquent sa fermentation, mais on les sépare aisément par 1 ébullition, et l'on peut alors conserver le suc pendant quelque temps, sans qu il subisse de modification.
Dans un grand nombre de colonies, le produit passe pour être trèsinférieur à ce qu’il devrait être; mais on obtient le suc dans un état qui rend sa purification plus facile lorsqu’on ne pousse pas son extraction jusqu’aux dernières limites.
Le sucre de Canne passe pour exister seul, soit dans la Canne, soit dans la racine de Betterave. Cependant Icery a montré que dans la Canne il existe également toujours une certaine quantité de sucre incristallisable ou sucre interverti. Sa quantité varie beaucoup avec les localités dans lesquelles la Canne croît et avec 1 âge de cette dernière. De jeunes Cannes poussées très-rapidement donnèrent un vesou contenant 2,4 pour 100 de sucre incristallisable, 3,6 de sucre de Canne, et 94 d’eau. L’humidité et l’ombre favorisent beaucoup la formation du sucre incristallisable, qui domine aussi dans le sommet des pousses, surtout avant la maturité. Icery en déduit que le sucre incristallisable se produit d’abord et est ensuite transformé en sucre de Canne sous l’influence de la végétation et surtout de la lumière. Les Cannes com-
m Annales de Chimie, et de Physique , 186b, V, 360-410. - Voyez aussi pour Cuba, Alvaro Reynoso, Ensayo sobre cl cultiva de la Cana de Azueav, Madrid, 1865,359 - Pour la Guyane anglaise, Catal. of Contributions from Brit. Guiana lo Pans Exhib., 1867, xxxvni-xLi.
plôtement mûres ne contiennent qu’un soixante-quinzième ou un cinquantième de la totalité de leur sucre à l’état incristallisable.
Description et Composition chimique. — Le sucre de Canne est le type d’une classe nombreuse de composés organiques bien définis, qui se présentent fréquemment dans les végétaux et les animaux, et peuvent être obtenus artificiellement par décomposition de certaines autres substances. Dans ce dernier cas, cependant, on obtient du glucose ou quelque autre sucre différent du sucre de Canne. Le sucre de Canne, C,2H2S0", fonda 160° C. sans subir de décomposition, tandis que plusieurs autres sortes de sucres donnent de l’eau, avec laquelle ils forment, à la température ordinaire, des composés cristallisés.
Le sucre de Canne cristallise en cristaux durs, du système rhombique oblique, ayant pour poids spécifique 1,59. Deux parties do ce sucre se dissolvent dans une partie d’eau froide (1), et dans beaucoup moins à une température élevée ; dans le premier cas, on observe une faible dépression du thermomètre. Une partie de sucre dissoute dans une partie d’eau forme un liquide ayant pour poids spécifique 1,23; deux parties de sucre dans une partie d’eau, un liquide ayant pour poids spécifique 1,33. Le sucre exige, pour se dissoudre, 65 parties d’alcool à 0,84 et 80 parties d’alcool anhydre; l’éther n’agit pas sur lui.
Une solution aqueuse de sucre de Canne dévie la lumière polarisée à droite ; mais d’autres sortes de sucres la dévient à gauche, ainsi que l’a montré le premier Biot. Ces propriétés optiques ont une grande importance au point de vue du dosage des solutions de sucre et au point de vue des études scientifiques à faire sur le sucre et les substances saccharogènes. Les propriétés optiques du sucre sont, comme ses propriétés chimiques, modifiées par diverses causes, notamment par l’action des acides ou des alcalis dilués et par celle de champignons microscopiques. Dans ces conditions, le sucre subit la fermentation alcoolique. D’autres ferments agissent sur lui en déterminant la production des acides butyrique, lactique ou propionique.
' Le sucre de Canne possède une saveur plus nette et plus sucrée que celle de la plupart des autres sucres. Quoiqu’il n’agisse pas sur le tournesol, il forme cependant, avec les alcalis, des composés, dont quelques uns sont cristallisables. Le sucre de Canne ne détermine, dans la solution alcaline de bitartratc de cuivre, aucun précipité de protoxyde. Quand on conserve pendant un peu de temps du sucre de Canne à
Ç) On admet généralement que 3 parties peuvent être dissoutes dans 1 parüe d’eau froide, mais cela n’est pas exact.
l’état do fusion à 160° CM il sc convertit on c/lucose et en lévulosane. Le premier peut être isole par cristallisation ou détruit par la fermentation ; la seconde est incapable de cristalliser et de fermenter.
Le sucre de Canne fjui a été fondu a 160° G. est déliquescent, et facilement soluble dans l’alcool anhydre; son pouvoir rotatoire est diminué ou entièrement détruit; il n’est plus cristallisable, et son point de fusion est descendu à 93° C. Avant de subir ces modifications évidentes, il devient amorphe quand on le fait fondre avec un tiers de son poids d’eau, et il est toujours coloré par quelques produits pyrogènes. Au bout d’un certain temps cependant, ce sucre amorphe reprend sa transparence et sa forme cristalline. De même que le soufre et l’acide arsénieux, il est susceptible d’exister soit à l’état cristallin, soit a 1 état amorphe.
Lorsqu’on chauffe le sucre à 190° C. environ, il se dégage de l’eau et on obtient un produit brun foncé, nommé généralement Caramel ou Sucre brûlé. Ce corps est doué d’une odeur forte particulière et d’une saveur amère ; il est incapable de fermenter et est déliquescent. L un des principes constituants du caramel, la Caramelane , C1-II190°, a etc obtenu par Gélis, en 1862, à l’état tout a fait incolore. Lorsqu on augmente la chaleur, le sucre finit par subir une décomposition qui ressemble à celle qui produit le goudron (voy. p. 406), et les principes pyrogènes formés sont semblables ou très-analogues à ceux qui se pio-
duisent pendant la distillation du bois.
Arariétcs de Sucre de Canne. — Les expériences de Marggraf, indiquées à la page 552, ont montré que le sucre de Canne ne se trouve pas seulement dans la Canne à sucre, mais qu’on peut le retirer encore de plusieurs autres plantes, dont les plus importantes sont les suivantes .
Racine de Betterave. — La fabrication du sucre de Canne à 1 aide de la racine de Betterave {Beta maritima L.) se fait aujourd hui dans 1 Lurope continentale et en Amérique, et donne des résultats admirables , 100 parties de racines fraîches contiennent en moyenne 80 pour 100 d’eau, 11 à 13 pour 100 de sucre de Canne et environ 7 pour 100 de matières pectiques et albuminoïdes, de cellulose et de sels. On extrait environ les huit neuvièmes de la quantité totale du suc contenu dans les racines , et par les meilleurs procédés aujourd’hui employés on retire 8 à 9 parties de sucre de 100 parties de racines fraîches. La proportion du sucre cristallin obtenue augmente chaque jour par suite des perfectionnements mécaniques et chimiques apportés dans les procec es
de fabrication.
Palmiers. — Plusieurs espèces de Palmiers sont d’une très-grande utilité pour la production d’une variété de sucre nommée par les Européens Jaggery (1). Cette substance est préparée par les indigènes de l’Inde de la façon suivante : on coupe très-près de la base les jeunes spadices en voie de croissance ou les bourgeons à fleurs et on place au niveau de la blessure des vases en terre destinés à recevoir le suc qui s'en écoule. On enlève le vase chaque jour, et en même temps on ravive la plaie en coupant à sa surface une mince tranche de tissu afin de favoriser l’écoulement d’une nouvelle quantité de liquide. Le suc ainsi récolté, soumis à l’ébullition, donne un sucre brut, brun, nommé Jaggery. Lorsqu’on le laisse fermenter, il produit une boisson alcoolique, nommée 7 ocldy ou Vin de Palme , ou bien il se convertit en vinaigre. L’alcool distillé du toddy porte le nom à’Arrack.
Parmi les palmiers à suc sucré de l’Asie, l’un des plus importants est le Phœnix silvestris Roxb., qui passe pour être la forme sauvage du Dattier. Le Cocotier, Cocos nucifera L. , lemagnifique Palmier de Palmyre, Porassus flabelliformis L. et le Sagou bâtard, Caryota urens L., fournissent aussi des quantités importantes de sucre. Dans l’archipel Indien, on retire du sucre de l’aubier de 1 ' Arengci saccharifera Mart. qui y croît en abondance, ainsi que dans les Philippines et dans l’Indo-Chine. On en retire aussi du Nipa frulicans Tiiunb., arbre des régions littorales basses, très-cultivé à Tavoy.
De A ry a prôné (2) la fabrication du sucre de Palmier comme la plus scientifique, parce que le suc de ces plantes est une solution aqueuse presque pure de sucre, parce que, aucun principe minéral n’étant enlevé au sol par le suc, les engrais très-coûteux et les procédés pénibles employés pour éliminer le suc de la Canne à sucre et de la Betterave sont ici inutiles ; enfin, parce que les palmiers sont vivaces et peuvent être cultivés dans un sol qui ne convient à aucune céréale.
Érable. — En Amérique, on obtient, dans les forêts du nord des Etats-Unis et du Canada, une quantité considérable de sucre par évaporation du suc de l Érable. L’espèce le plus généralement employée est Y Acer saccharinum Wang., Érable à sucre commun, et la variété nigrum, Érable à sucre noir. L’Acer pensylvanicum L.,1 'Acer Negundo L (■ Negundoaceroides Mœnch.) et Y Acer dasycarpum Emui., sont aussi employés ; l’aubier du dernier passe pour être le moins riche en sucre. Comme le suc de ces arbres ne contient pas plus de 2 pour 100
(1) C’est un mot d’origine sanscrite dérivé du canaris Sliarkari (sucre)
(2) Journ. dePharm., 1865, 1, 270.
de sucre, la fabrication de ce dernier exige une grande quantité do combustible, et elle ne peut être avantageuse que dans des pays éloignés des marchés sur lesquels on peut se procurer le sucic ordinaiie, ou dans ceux qui renferment une quantité considérable de combustible. Dans le nord de l’Amérique, on en fabrique surtout entre le 40° et le 48° degré de latitude nord. Nous ne possédons aucun chiffre indiquant sa production totale. Le recensement de la Pensylvanie, de 1870, donne les chiffres suivants pour la production du sucre d’Erable dans cet Etat: en 1870,2320523 livres ; en 1800, 2788 903 livres ; en 1870, 1 343917 livres (1).
Sorgho. — Une autre plante do la même famille que les Saccharum, le Sorghum saccharalum Pfias. ( Holcus saccharatus L.), originaire du nord de la Chine (2), a été, pendant ces dernières années, expérimentée comme plante à sucre en Europe et dans l’Amérique du Nord, mais sans grand succès, parce que la purification du sucre offre des difficultés particulières. 11 existe dans le Sorgho, comme dans la Canne à sucre, du sucre cristallisable et du sucre incristallisable, la proportion du premier atteint son maximum lorsque les fruits arrivent à la maturité. Cependant, l’importance de la plante est beaucoup augmentée par la valeur de ses feuilles et de ses fruits, qui sont très-propres à la nourriture des chevaux et du bétail, et par celle de ses tiges, qui peuvent etre employées à la fabrication du papier et de l'alcool.
Commerce. -La valeur de la quantité du sucre importé dans le Royaume-Uni augmente sans cesse, ainsi que le montrent les chiffres suivants : en 1868, il a ôté importé pour 13 339 738 livres sterling Ae
sucre brut et pour 1136188 livres sterling de sucre raffiné ; en 18/0,
pour 14 440 302 livres sterling de sucre brut et pour 2744 366 livres sterling de sucre raffiné ; en 1 872, pour 1 8 044 898 livres sterling de sucre brut et pour 3 142 703 livres de sucre raffiné. La quantité de sucre brut importée en 1872 a été de 13776 696 quintaux, sur lesquels 3 millions de quintaux environ ont été fournis par les îles espagnoles des Indes occidentales, 2 700 000 quintaux parles îles anglaises des Indes occidentales; 1 800000 quintaux par le Brésil; 1 100000 quintaux pai a
France, et 960 000 quintaux par Maurice.
Usa„cs. Le sucre raffiné est employé en pharmacie pour préparer
(!) Consul KoRTRi&in.in Consular Reports, présentés au Parlement en juillet 1873, — Joulte, Joum. de Pharm., 1805, 1, 188.
des sirops, dos électuaires et des pastilles ; il est également employé en grande quantité dans la préparation des enduits destinés à revêtir les médicaments à saveur désagréable et aussi à cause de l’action préservatrice qu'il exerce sur les principes actifs des autres drogues.
La cassonade ou sucre brut n’est pas employée en médecine. Le sirop noir incristallisable, connu sous les noms de Mélasse (Mêlasses, Treacle) (1) ou Syrupus Hollandicus vel communis de certains pharmaciens, qui se produit pendant la préparation du sucre raffiné, sous l’influence de la chaleur, des corps alcalins, des végétaux microscopiques et de l’oxygène de l’air, est parfois employé dans la préparation des masses pilulaires. On ne se sert pour cela que de la mélasse du sucre des colonies, celle du sucre de Betterave possédant une saveur désagréable et contenant de 19 à 21 pour 100 d’oxalate, de tartrate et de malate de potassium et seulement 56 à 6i pour 100 de sucre (2). La mélasse du sucre des colonies ne contient ordinairement que de 5 à 7 pour 100 de sels.
Les Saccharum L. ( Généra , n. 73) sont des Graminées de la tribu des Andropogonées, à épillets tous fertiles, disposés par paires sur l’axe commun de l’épi, articulés, l’un des deux sessile, l’autre courtement pédoncule. Chaque épillet est formé de deux fleurs, l’une neutre et pourvue d’une seule glumelle, l’autre fertile, à deux glumelles. L’androcée est formé de trois étamines. L’ovaire est lisse et surmonté de deux longs styles à extrémités stigmatiques munies de poils simples, dentés.
Le Saccharum o/Jîcinarum L. ( Species , 79) est une grande plante herbacée, à souche vivace, à tige pleine, haute de 1 m,20 à 3 mètres environ, colorée en jaune ou en rouge plus ou moins foncé, à nœuds peu saillants et d’autant plus distants les uns des autres que la croissance de la tige est plus rapide. Les feuilles sont engainantes, planes, atténuées et aiguës au sommet, longues de 60 centimètres à 1 mètre, larges de 4 h 5 centimètres, rudes, rapprochées les unes des autres. Les fleurs sont disposées en une grande panicule terminale, étalée, à forme générale à peu près pyramidale, dressée, longue de 30 à 90 centimètres. Les rameaux de cette grande inflorescence sont alternes et étalés, striés ; ils portent un grand nombre d’épillets disposés par paires, l’un sessile sur le rachis, l’autre courtement pédonculé, tous les deux articulés. Chaque épillet offre deux bractées ou glumes, l’une inférieure et externe, embrassant la seconde qui est un peu plus élevée et interne ; elles sont toutes les deux membraneuses et lisses et environnnées de poils persistants. En dededans des deux glumes, chaque épillet porte deux fleurs hermaphrodites, dont 1 une, inférieure, avorte et se trouve réduite à une seule bractée ou glumelle. La fleur fertile est munie de deux bractées ou glumelles, l’une uninerviée et l’autre
(1) Nous ignorons comment le mot anglais Treacle, qui autrefois désignait un médicament opiacé, a pu finir par être appliqué à la mélasse. Dans la description du sucre donnée par Salomon, dans son English Physicean or Druggist’s Shop opened, Lond., 16911, le treacle n’est jamais mentionné, mais seulement le mot « melussas ».
(2) Landolt, Zeitschr. fur analyt. Chem., 1808, VII, 1, 29.
binerviée. En dedans de ces bractées se trouvent deux petites écailles distinctes, obscurément divisées au sommet en deux ou trois lobes. E androcée se compose de trois étamines indépendantes, à filets grêles et allongés, a anthères versatiles, oblongues, biloculaires, introrscs, déhiscentes par deux fentes longitudinales. Lë gynécée se compose d’un ovaire supère, uniloculaire, lisse, ovoïde, surmonté de deux longs styles dont les extrémités stigmatiques ont la forme d’aigrettes à poils simples, dentés. La loge ovarienne contient un seul ovule anatrope, inséré dans l’angle interne de l’ovaire. Le fruit est un caryopse lisse contenant une graine à albumen féculent, et un embryon latéral de graminée. [Trad.]