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RHIZOME DE FOUGÈRE MALE

’ Ithizoma Filicis, JViizoma Filicis maris ; angl., Male Font Rhizome, Male Fera Roui;

allom., Farnwurzcl.

Origine botanique. — Aspidium Filix-mas Swahtz (Polypodium L.). — La Fougère male est une des espèces les plus répandues. On la trouve dans toute l’Europe, depuis la Sicile jusqu’à l’Islande, dans le Groenland, dans l’Asie centrale et russe, jusqu’à l’Himalaya, et au Japon. Elle se trouve en Chine, à Java et dans les îles Sandwich. Dans l’Amérique du Nord, elle manque aux Etats-Unis, où elle est surtout remplacée par les espèces voisines, Aspidium marginale Sw. et Aspidium Goldieanum Hook.; mais on la trouve dans le Canada, la Californie et le Mexique, de même que dans la Nouvelle-Grenade, le Vénézuéla, Je Brésil et le Pérou. En Afrique, elle s’étend depuis l’Algérie jusqu’à la colonie du Cap et à Maurice (a).

Historique. — L’usage du rhizome de Fougère comme vermifuge était connu des anciens (I), mais cette drogue fut ensuite négligée jusqu’au- moment où son emploi fut de nouveau mis en relief par l’introduction de certains remèdes secrets contre les vers ronds, dont le rhizome de Fougère mâle pulvérisé et mélangé à des purgatifs drastiques formait le principal constituant.

Un médicament de cette sorte fut préparé par Daniel Mathieu, de Neuchâtel, né en 1741, qui s’établit comme apothicaire à Berlin. Son traitement contre les vers obtint tant de succès, qu’il attira l’attention de

(l) Murray, A pparalus Medicaminum, 1790, V, 453-471. — Un coup d’œil jeté dans les auteurs (U les tarifs pharmaceutiques des seizième et dix-septième siècles nous apprend cependant que les propriétés vermifuges de cette drogue n’étaient point tombées eu oubli. Voir par exemple : Tragus , De Stirpium Ilistoria, Argcntorali,

1332. — Flückiger, Documente zur Geschkhte (1er Pharmacie, Italie, 1876, 26. •— Schrôder, M ed i c in isch ■ C hym isch c Apotheke, Nürnberg, 1636, 920. [P. A. F.]

FOUGIÏIŒS.

de 200 thalers, indépendamment de la qualité de conseiller aulique qu’il conféra à l’inventeur (1). Une célébrité considérable fut aussi obtenue, grâce à sa méthode de traitement des vers fusiformes, par Mmo Nufller ou Nufl'or, veuve d’un chirurgien de Murten (Moral), en Suisse. Eu 1770, après des eesais faits par les savants de l’époque (Lassone, Marquez, Goulez de la Motte, A. L. de Jussieu, J. B. Caburi, Cadet), elle vendit son secret à Louis XIV moyennant 18000 livres. Sa méthode de traitement consistait dans l’administration : 1° d’une panade faite avec du pain et un peu de beurre ; 2° un lavement d’eau salée et d’huile d’olive; 3° le « spécifique », qui consistait en rhizome de Fougère pulvérisé; 4° un bol purgatif composé de calomel, de gomme:gutte, de scannnonée et de Confectio hyacynthidis /le tout administré dans l’ordre que nous venons d’indiquer (2).

Peschier (3), de Genève, recommanda de substituer à la masse trop considérable de poudre de rhizome un extrait éthéré, préparation efficace qui, quoique préconisée en 1823, était àpeine adoptée en Angleterre en 1851; aujourd’hui, c’est la seule forme sous laquelle on emploie la Fougère mâle.

Description. — • Le rhizome de Fougère mâle frais est court et épais ; il atteint souvent 5 à 8 centimètres de diamètre ; il est décombant ou s’élève de quelques centimètres au-dessus du sol et porte à son extré-

Fig. 27 j. Rhizome de Fougère mile, partie supérieure a été détruite. De ces bases foliaires charnues, partent des racines noires, filiformes, ramifiées. Le rhizome est un peu charnu et se laisse facilement couper avec un couteau; il est coloré intérieurement en vert jaunâtre clan-; son odeur est très-faible; sa saveur est douceâtre et astringente.

(1) ConNAZ, Les familles médicales de la ville de Neuchâtel, 1864, 20.

(2) Traitement contre le Taenia ou ver solitaire, pratiqué à Moral, en Suisse , examiné et éprouvé à Paris, publié par ordre du Roi, 1774, in-4°, 30, 3 planches dont une représentant la plante., son rhizome et ses feuilles. — Il en existe une traduction anglaise par le docteur Simmons, Lond., 1778, in-8°.

(3) liihliothèque universelle, 1823, XXX, 205 ; 1826, XXX, 326.

mité une touffe de feuilles ou frondes qui, dans leur partie inférieure, sont accompagnées d’écailles brunes. Audessous des frondes vertes, le rhizome

) offre les bases de celles des années précédentes, qui restent vivaces pendant plusieurs années après que leur

Pour l’usage pharmaceutique, il faut Je cueillir à la fin de l'automne, pendant l’hiver ou au commencement du printemps ; il faut le débarrasser des portions mortifiées, le fendre, le faire sécher à une douce chaleur, le réduire en poudre grossière et l’épuiser de suite avec l’éther. L’extrait obtenu par ce procédé est plus efficace que celui qui est préparé avec le rhizome préalablement conservé pendant quelque temps.

Structure microscopique. — Sur une section transversale, le rhi-

zome se montre tonné d’un tissu à cellules polyédriques ponctuées ; les cellules des couches extérieures sont brunes et petites, mais n’offrent pas la forme aplatie régulière qui caractérise les cellules subéreuses. En

dedans de celte couche corticale, existe un cercle d’environ dix gros laisceaux fibro-vasculaires, et un nombre plus considérable de faisceaux plus petits, dispersés en dehors du cercle. Les bases des feuilles offrent

une structure un peu différente ; leurs faisceaux fibro- vasculaires, ordinairementau nombre de huit, forment un cercle irrégulier.

Les cellules parenchymateuses contiennent de l’amidon, des granulations verdâtres ou brunâtres de matière tannique et des gouttes d huile. Dans les parties vertes et vigoureuses du rhizome, se voient de nombreux petits espaces intercellulaires, dans lesquels se prolongent un petit nombre de glandes pédonculées, ainsi que l’a montré le professeur Schacht, de Bonn, en 1863. Ges glandes globuleuses prennent naissance sur les cellules qui bordent les espaces intercellulaires. Après leur complet développement, et lorsque l’amidon s’est déjà formé dans le pareilch} me adjacent, ces glandes exsudent un liquide Verdâtre qui se solidifie en cristaux aciculaires (1) quand on conserve pendant quelque temps dans la glycérine les coupes minces du rhizome. Ges glandes paraissent manquer dans la plupart des espèces voisines, notamment dans 1 Aspulmm Oreoptens Sw. et dans V Asplénium Füix-feniina Bernh. Elles ont été observées par l’un de nous (F.) dans le rhizome de VA. spinulo sam Sw. Des glandes semblables, mais n’exsudant pas de liquide vert, se fiouvent entre les écailles, sur le cône végétatif du rhizome.

Composition chimique. - Parmi les nombreuses analyses de celte drogue qui ont été faites, celles de Bock (1852) et de Luck (1860) doivent cli e plu» pat ticu librement mentionnées. Indépendamment des principes qui existent généralement dans les plantes, ils ont trouvé dans le rhizome de la Fougère mâle 3 à 6 pour 100 d’une huile grasse verte, des traces d’huile volatile, de la résine, du tannin. {acides Tannaspidique et

m!!i f,!,wiC v éMdlmr la nalurG chimifIuc ces corps. Les cristaux sont probableont formes d arndc flhcique, accompagné de chlorophylle et d’huile essentielle.

FOUGÈRES

Ptéritannique de Luck) et un sucre cristallisablc qui, d’après Bock, est probablement du sucre de canne.

L’extrait médicinal éthéré dont le rhizome fournit environ 8 pour 100, laisse déposer une substance cristalline incolore, granuleuse, signalée par Peschicr dès 1826, et désignée plus tard par Luck sous le nom d'acide Filicique. Grabowski (1807) lui a assigné laformule G“H,805. Le professeur Buchhcim nous informe qu’il regarde l’acide filicique comme le principe médicinal actif de la plante. Par fusion avec delà potasse, l’acide filicique se convertit en phloroglucinc et acide butyrique. La portion liquide verte de l’extrait est formée, en majeure partie, d’un glycéride nommé Filixoline. Luck a obtenu par sa saponification deux acides : l’un volatil, acide Filosmylique ; l'autre non volatil, acide Filixolique.

Malin, en 1867, a montré que l’acide tannique de la Fougère mâle peut être décomposé, par ébullition dans les acides dilués, en sucre et en une substance rouge, le rouge de Fougère , G8GH18Ol!, analogue au rouge de Ginchona.

Schoonbroodt (1) a montré que le rhizome de Fougère mâle contient des acides volatils de la série grasse, parmi lesquels se trouve probablement l’ acide Formique , et aussi un acide fixe accompagné d’une huile à odeur désagréable. Le liquide distillé de la racine sèche ne dégage pas d’odeur analogue et ne contient aucun corps acide. Une petite quantité d’huile essentielle peut être retirée au moyen de l éther de l’extrait alcoolique du rhizome frais, mais non du rhizome sec.

La substance nommée Aspidine, considérée par Pavesi comme le principe actif du rhizome, paraît être l’acide filicique. Le rhizome de la Fougère mâle abandonne 2 à 3 pour 100 de cendres, consistant surtout en phosphates, carbonates et sulfates de calcium et de potassium et en silice.

Usages. — L’extrait éthéré a été prescrit contre toutes les sortes de vers intestinaux ; mais des expériences récentes ont montré que son action s’exerce particulièrement sur les vers plats. Il agit avec la même efficacité sur le Tænia solium , le T. mediocanellata et le Dothrioccphalus

latus.

Substitution. — Les rhizomes de V Asplénium Filix-femina Beunii., de VAspidium Oreopteris Sw. et de l’A. spinulosum S\v. peuvent être confondus avec celui de VA . filix-mas. Le meilleur moyen de les distin-

(1) Journal de Médecine de Bruxelles , 1867, 1868, et Vierteljahresschrift fSrpraki. l'harm.. 1869, XVIll. 106.

guer est de pratiquer des sections transversales dans la base des feuilles. Dans la Fougère mâle, la coupe offre huit faisceaux fibro-vasculaires, tandis que dans les autres olle n’en présente que deux. Cette différence est facile à constater, même avec une loupe.

Les Aspiclium Swartz ( Journ . de Schrader, 1801) sont des Fougères do la tribu des Aspidiées, A indusie plane, réniforme ; à nervilles pennées ; â pinnules non articulées,

•libres ou conuiventes ; à sporanges s’élevant perpendiculairement des nervilles.

L’ Aspidium Filix - mas Swartz (in Journ. de Schrader, 38) est une plante à souche vivace, traçante, recouverte de feuilles très-pressées les unes contre les autres au niveau de leur base et étroitement imbriquées de façon à recouvrir entièrement le rhizome. Dans le voisinage de leur point d’insertion sur ce dernier, elles émettent des racines adventives noires, filiformes et ramifiées, destinées à

nourrir la plante. Le rhizome et la „ , , .

. , , , Fig. 27b, Aspidium Filix-mas.

base des pétioles sont couverts de

longs poils brunâtres très-pressés les uns contre les autres. Le rhizome est terminé par un sommet aplati qui ne se ramifie pas. Dans le voisinage de ce sommet nais-

Fig. 277. Aspidium Filix-mas. Sommet du Rhizome. Coupo longitudinale.

Fig. 278. A. Filix-mas.

Foliole fructifère.

sent successivement des feuilles alternes, disposées en spirale, recourbées en crosse à l’état jeune, comme on le voit dans les figures 27G et 277. Les feuilles adultes sont constituées par un pétiole principal élargi à la hase qui persiste longtemps dans sa portion souterraine après la destruction du reste de la feuille, et par un limbe formé HIST. DES DROGUES, T. II. 38

FOUGÈRES

<lo folioles primaires opposées par paires pemiatiséquées, à segments également opposes, [.es pétioles sont couverts sur la face inférieure de poils squamiformes,

I'ig. -79. Coupe verticale d’un lobe do feuille d'Aspidium Filix-mas, passant par un sore (d’après Sachs).

laige>, brunâtres:. Lcs^ feuilles sont réunies en touffes partant du sommet du îhizome , elles sont longues de 30a GO centimètres, oblongucs lancéolées et acuminées dans leur contour général, avec des segments primaires étalés, lancéolés, acuminés, segmentés en quinze a vingt-cinq paires de lobes plus volumineux vers le milieu qu’aux extrémités, oblongs, obtus, dentés sur les bords (Gg. 278), plus pi ofondément séparés les uns des autres vers la base du segment qu’au niveau de son extrémité supérieure, où ils sont confluents. Chaque lobe offre une nervure principale médiane qui le parcourt dans toute sa longueur et émet de chaque côté, à angle un peu aigu, des nervures secondaires latérales se bifurquant bientôt chacune en deux nervures tertiaires grêles qui se terminent dans la même dent du lobe. C est sur la face dorsale du lobe et sur ces nervilles que sont disposés les sores (Gg. 278).

Fig. 280. Sporange Fig. 281. Sporange d’Aspidium

d'Aspidium Filix-mas jeune Filix-mas , à peu près mûrs, portant (d’après Sachs). une glande (d’après Sachs).

Fig. 282. Sporange d'Aspidium Filix-mas * après la déhiscence.

La plante que nous venons de décrire représente la génération asexuée de YAspi- (lium Filix-mas. On donne le nom de sores aux organes reproducteurs asexués qu’elle porte et qui sont fixés comme nous venons de le dire sur la face dorsale des

folioles ; chaque sore est constitué par un pédicule fixé sur la face inférieure de la nervure qui lui donne naissance et par une lame protectrice ou indusie recouvrant • des sacs pédioulés ou sporanges. Dans Y Aspidium Filix-mas l’indusie (fig. 279, a, a) est une lame aplatie, réniforme, fixée au niveau de son bord concave par un pédicule très-court à la face inférieure d’une nerville foliaire ; ses bords sont au début très-rapprocliés de la face inférieure de la feuille, mais au moment de la maturité ils s’en écartent et laissent voir les sporanges situés au-dessous de l’indusie. Chaque sporange est constituée par un sac ovoïde, pédicule, contenant les spores. Dans l’espèce de Fougère qui nous occupe ici les sporanges sont nombreux, insérés tout autour du pédicule de l’indusie sur le bourrelet formé par l’épaississement de la nervure de la feuille. Chaque sporange (fig. 280) provient d'une cellule de l’épiderme de la feuille et représente morphologiquement un poil. 11 est constitué par un pédicule grêle, formé d’un petit nombre de cellules allongées. Ce pédicelle porte fréquemment, comme dans la figure 281, une glande pédicellée a , dont la cavité renflée en tête contient de l’huile essentielle. La cavité du sporange est renflée, ovoïde, U' ' cl"1111cmon1, cI° 1 Aspidnim Filix-mas.

un peu aplatie ; ses parois sont formées sur les deux faces par une seule couche de cellules polygonales, et au niveau du pourtour par une rangée de cellules plus épaisses, constituant un bourrelet saillant, qui fait tout le tour du sporange et a reçu le nom d’a?ine<2u. Ici l’anneau est longitudinal, c’est-à-dire qu’il part de°chaque côté de la base de la cavité du sporange pour atteindre son sommet. Les cellules qui

Fig. 284. Développement du prothallo Fig. 28b. Protliallo adnlto

de V Aspidium Filix-mas (d’après Behq). de l' Aspidium Filix-mas.

le forment sont plus consistantes que celles des deux parois latérales du sporange ; elles sont très-hygrométriques et, sous l’influence de la contraction qu’elles subissent quand elles se dessèchent, l’anneau se rompt à la maturité (fig. 282) et sa déchirure entraînant celle des parois latérales du sporange, il se produit une fente transversale, bientôt béante, par laquelle s’échappent les spores. Tandis que les cellules de 1 anneau et celles des parois du sporange acquièrent leurs formes et? leurs propriétés

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particulières, la cellule unique qui occupe le centre du renflement se divise pour donner naissance aux spores (fig. 280 et 280). Par une première segmentation, cette cellule centrale donne naissance à deux autres qui elles-mêmes se segmentent à leur tour ; la cavité du sporange contient alors quatre cellules (fig. 280) qui en se divisant donnent naissance à un certain nombre de cellules arrondies dites cellules mères des spores. Chacune de ces dernières se segmente en deux, puis en quatre cellules tilles représentant autant de spores. La figure 283 montre ces segmentations successives: a est une cellule mère pourvue d’un noyau; en b, elle a perdu son novau ; en c, elle possède deux noyaux nouveaux et elle est déjà divisée en deuxcellules tilles. Dans les figures suivantes on voit les quatre spores se séparant peu à peu l'une de l’autre ; il montre une spore adulte, remarquable par sa membrane ex-

terne munie de nombreux plis saillants.

Placée sur un sol humide cette spore germe (fig. 284) et donne naissance à une lame verte, cordiforme (fig. 285), qui se fixe au sol et se nourrit à l’aide de filaments radiculaires et qui produit des organes mâles ou anlhéridies et des organes femelles ou archégones. Cette lame verte, munie d’organes reproducteurs, a été désignée sous le nom de prothalle ; elle représente la génération sexuée de la plante ; ses dimensions sont peu considérables.

Dans YAspidium Filix-mas l’anthéridie est représentée par une cavité saillante,

production de l’épiderme du prothalle, contenant un nombre assez considérable de cellules-mères d’anthêrozoïdes donnant chacune naissance à une cellule filamenteuse, enroulée en spirale, mobile, munie de cils vibratiles à l’aide desquels Y anthérozoïde peut aller à la recherche de la cellule femelle.

L’archégone ou organe femelle (fig. 286) est constitué par un mamelon celluleux, saillant, contenant une cellule femelle destinée après fécondation à donner naissance à un embryon qui se développe

JFig. 286. Archégono d ’Aspidium Filix-mas (d’après Berg).

rapidement en une jeune plante asexuée comme celle que nous avons décrite au début. [Trad.]

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