LICHEN D’ISLANDE
lichen Islandicus ; Lichen ou Mousse d'Islande ; nngl., Iceland Moss ; nllem., Isliindischcs Moos.
Origine botanique. — Celraria islandica Aciuiuus (I). — Il est abondant sous les latitudes septentrionales, notamment dans le Groenland, le Spitzberg, la Sibérie, la Scandinavie et l’Islande, où il croît même dans les plaines. On le trouve dans les parties montagneuses de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Italie et de l’Espagne, en Suisse et
(1) Le mol Celraria vient do Cetra , l’antique bouclier, à cause de la forme circulaire des apothécies.
dcins les régions méridionales du Danube. Ou le tiouvc aussi dans l’Amérique du Nord et dans les régions antarctiques.
Historique. — Dans le nord de l’Europe, ce lichen est depuis longtemps employé sous les noms de Mosi, Mossa ou Mus , dans l’alimentation. Ole Borrich, de Copenhague, en 1671, l’a nommé Muscus ’catharticus, parce que, au début du printemps, il possède des propriétés purgatives (1). Son emploi dans les affections pulmonaires fut préconisé par Hjârne, en 1633 (2), mais ce n’est qu’en 1757 qu’il devint général parmi les médecins, grâce surtout à la recommandation de Linné et de Scopoli.
Description. — La plante con- •siste en un thalle dressé, foliacé, ramifié, haut de 10 centimètres environ, plié, cannelé ou roulé en tubes, terminé par des lobes étalés, tronqués, aplatis, dont les bords sont frangés en petites proéminences. Le thalle est lisse, gris, ou coloré en brun olive clair. La surface inférieure est plus pâle et offre de petites dépressions irrégulières. Les fructifications ou apothécies sont rares; elles ont la forme de corps arrondis, semblables à des bosses, larges de 4 à 6 millimètres dans le sens transversal, colorées en jaune de rouille foncé (3). La coloration et le mode de division du thalle sont trèsvariables, et ont permis de distinguer un grand nombre de variétés de la plante.
A l’état sec, le lichen d’Islande est plus clair, rude et élastique. Il absorbe l’eau dans laquelle on le place, dans la proportion d’un tiers de son poids, en devenant mou et cartilagineux; il contient à l’état de siccitô 10 pour 100 d’eau; il est inodore, mais lorsqu’on le brise, il exhalé une légère odeur de varech ; sa saveur est un peu amère .
(1) Bergius, Materia Medica, Stockholm, 1 778, II, 856.
(2) Murray, Apparatus Mcdicaminum, 1790, V, 510. — Il se trouve, sous le nom de Muscus calharticus islandicus, dans le tarif des Pharmacies de Copenhague do 1672. [F. A. F.]
(3) Les apothécies, fig. 288, a, sont constituées par des cellules allongées, claviformes, désignées sous le nom d’as^wes, contenant chacune de G ;i 8 spores ovoïdes qui, en germant, produisent un nouvel hypha; entre ces asques existent un grand nombre de cellules également allongées, mais plus étroites et stériles, considérées comme des asques avortées et nommées paraphyses. [Trad.]
Fig. 287. Cetraria islandica.
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structure, microscopique.-- Sur une coupe transversale, on observe, a l’aide d’un Tort grossissement, une couche centrale lâche et large de cellules allongées, à parois épaisses, ramifiées, constituant Yhypha (fig. 288, c). Celte couche offre de nombreux espaces inter-cellulaires remplis d air. Sa partie moyenne renferme un certain nombre de
grandes cellules nommées gonidies , colorées en vert par la chlorophylle. Ces cellules ne a sont détruites ni par l’acide sulfurique concentré, ni par l’ébullition dans la potasse. Elles prennent une coloration violette quand on les traite par la potasse et qu’on les laisse b ensuite pendant vingt-quatre heures dans une solution dïodurc de potassium iodé. Le tissu situé de chaque côté de cette zone médiane, gonidiale, est formé de cellules d’hypha feutrées, très-serrées, sans espaces c inter-cellulaires, et ne paraissant contenir aucune substance spéciale. De ce tissu compacte et tenace, on passe à une couche à corticale mince (fig. 288, e) formée de cellules disposées en faisceaux très-serrés. Sous l'influence des réactifs, cette couche devient e
tres-évidente ; lorsqu’on l’humecle avec de l’acide sulfurique concentré ou de l’acide chlorhydrique, elle se sépare des tissus sousjacents sous la forme d’une membrane cohérente, et se replie en dehors sur elle-même. Sous l’influence de l’ébullition dans l’eau, le tissu intérieur se gonfle et les parois de ses cellules se dissolvent en partie. Des tranches minces du thalle se colorent en brun rougeâtre ou en bleu pâle sous l'influence de l’eau iodée, et plus nettement en bleu lorsqu’on les a traitées au préalable par l’acide sulfurique. La couleur se répand uniformément dans tout le tissu intérieur, mais on n’y peut pas découvrir de granules d’amidon. La couche corticale est simplement colorée en brun par l’iode. Les fossettes blanchâtres qui existent à la surface du thalle se réduisent, sous l’influence de la pression entre deux plaques de verre, à l’état de petits granules ronds, transparents, qui ne sont pas colorés par l’iode, et en cellules ramifiées, épaisses, semblables à celles de la couche centrale.
Fig. 288. Coupe transversale du Cetraria islandica, au niveau d’une npochccic (d’après Berg).
Les proéminences, courtes et épaisses, qui existent sur les bords du thalle se terminent fréquemment par une ou plusieurs petites cavités ou sacs, nommés spermogonies (fi g. 289), contenant une grande quantité de petites cellules, en forme de baguettes courtes, nommées spermaties, longues seulement de 6 millièmes de millimètre, enveloppées d’un mucus transparent, et faciles à expulser par pression entre les lames de verre. Stahl, en 1874 (I), a montré que ces petites cellules représentent l’analogue des corpuscules fécondateurs des algues de la famille des Floridées.
Les observations de De Bary (1868) et de Schwendener (1867-1870), confirmées et étendues par celles de Bornet (2) en 1873- 1874, ont montré que les gonidies des Lichens sont constituées par des espèces d’Algues inférieures, et sont susceptibles de vivre d’une façon indépendante; que les relations de l’hypha avec les gonidies sont de nature à exclure l’idée que l’un de ces corps peut être produit par l’autre, et, en outre, que la théorie du parasitisme est la seule capable d’expliquer d’une façon satisfaisante les relations de ces deux ordres d’éléments. D’après cette théorie, les Lichens sont des organismes composés d’une algue et d’un champignon, le dernier vivant en parasite sur la première (a).
Composition chimique. — L’eau bouillante retire du Lichen d’Islande jusqu’à 70 pour 100 d’une substance nommée Lichénine ou Amidon de Lichen , qui est tout à fait dépourvue de structure. La décoction (1 : 20) se gélatinise en refroidissant et prend une teinte rougeâtre ou bleuâtre sous l’influence de la solution d’iode. Cette propriété de la lichénine est facile à constater lorsque la drogue a d’abord été épuisée par l’alcool bouillant contenant un peu de carbonate de potassium ; on la fait alors bouillir dans 50 à 100 parties d’eau et on précipite la décoction à l’aide de l’alcool. La lichénine, ainsi obtenue à l’état de pureté, doit être privée d’alcool par un lavage soigneux à l’eau. Tant qu’elle est encore
(1) Botanisehc Zeitung, 20, Man., 1874, 1 80 .
(2) Recherches sur les gonidies des Lichens , in Ann. Sc. nat ., Rot., sér. 5, XVII, 4S- 110, 11 planches; XIX, 314-320.
Fig. 289. Spermogonies du Cetraria islandica.
LICHENS
humide, la poudre d'iode lui donne immédiatement une coloration bleue inle™e. Sa composition, ressemble à celle de l’amidon et
de la cellulose; on peut la considérer comme une modification de cette dernière devenue soluble dans l’eau et dans la solution ammoniacale de cuivre. La lichen inc ne peut pas être considérée comme une sorte de mucilage, car elle ne fournit que des traces insignifiantes d’acide mucique; lorsqu on la traite par l’acide nitrique concentré, elle ne contient pas de matières inorganiques (1). La très-petite proportion d’acide mimique qu elle fournit peut provenir d’un corps mucilagineux indépendant, mélangé à elle en petite quantité (2).
La chlorophylle des gonidies n’est pas soluble dans l’acide chlorhydrique et a été distinguée pour ce motif par Knop et Schnedermann sous le nom de Thallochlor. Sa quantité est extrêmement faible.
Le principe amer du Cetraria nommé acide Cétrarique ou Cêlrarine , GI8H,RÜ8, cristallise en aiguilles microscopiques; il est à peu près insoluble dans l’eau froide et forme avec les alcalis des sels jaunes, amers, facilement solubles. Le Lichen d’Islande contient aussi un peu de sucre, et, envii on I pour 100 d un corps particulier, 1 acide Lichénostéarique, G HJ O , dont les cristaux fondent à 120° G. L 'acide Lichénîque, trouvé par Pfaff , en 1826, dans le Lichen d’Islande et autrefois considéré comme un corps particulier, est en réalité identique avec l'acide Fumariquè.
De même qu’un grand nombre de lichens, le Cetraria contient de Yacide Oxalique et passe pour contenir aussi de l’acide tartrique. Ses cendres s’élèvent à la proportion de I à 2 pour 100 ; les deux cinquièmes sont formés d’acide silicique combiné surtout avec de la potasse et de la chaux.
Recolle et Commerce. — Le lichen d’Islande est recueilli dans plusieurs localités où il existe en abondance, notamment en Suède, d’où on l’expédie dans d’autres pays. On le recueille aussi en Suisse et particulièrement sur les montagnes du canton de Lucerne, et en Espagne (3). On n’en exporte pas du tout d’Islande.
Usages. — Le lichen d’Islande est administré en décoction comme
(1) Les différents mucilages ou gommes donnent de 4 à 20 pour 100 de cendres; la lichénine n’en donne pas du tout.
(2) D’après les recherclies de Berg (1873), la lichénine préparée comme nous venons de l’indiquer serait un mélange d’un corps auquel il conserve le nom de lichénine, accompagné d’une substance isomérique. Cette dernière serait soluble à froid dans l’eau; c’est elle qui sc colore en bleu pür l’iode, et non la lichénine proprement dite. [P. A. F.]
(3) Cat. of Spanish Product., Lond. Exhibif . , 1851.
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tonique léger, combiné avec des médicaments plus actifs. On l’emploie beaucoup en Islande, mais seulement dans les années de disette ; on le réduit alors en poudre et on le mélange avec de la farine pour faire le grout. On le mange parfois bouilli dans du lait. On ne le donne pas, comme cela a été affirmé, aux animaux domestiques.
On a récemment expérimenté en Suède et en Russie une utilisation intéressante du lichen d’Islande et d’autres lichens. Sten-Stenberg le traite par l’acide sulfurique ou l’acide chlorhydrique ; il se forme alors 72 pour 100 de glucose qui peut être converti en alcool (1).
(a) D’après cette théorie qui est admise aujourd’hui par le plus grand nombre des botanistes, chaque lichen se compose de deux végétaux déclassé différente associés : un champignon dépourvu de matière colorante verte, représenté par des filaments ramifiés qui constituent l’hypha du lichen, et une algue colorée par la chlorophylle qui constitue les gonidies. Les filaments du champignon vivent en parasites aux dépens des cellules vertes de l’Algue. La partie des lichens désignée sous le nom d'apolhécie représente les organes de multiplication propres aux champignons ascomycètes. Les spermogonies sont aussi des organes de reproduction habituels ce groupe de champignons, mais dont le rôle n’est pas encore nettement déterminé. Quant aux gonidies elles se multiplient par segmentation.
Des observations récentes communiquées au congrès des naturalistes de Munich, le 20 septembre 1877, par M. Stahl, apportent à cette théorie une confirmation importante en même temps qu’elles éclairent d’un jour nouveau les relations qui existent dans les lichens entre l’algue et le champignon. Il a constaté qu’une petite masse isolée de gonies offrait un accroissement considérable dans l’activité de sa végétation dès qu’on mettait en contact avec elle des filaments incolores de l’hypha du lichen et qu’en même temps ces dernières commençaient après ce contact à végéter avec une grande vigueur, comme si le champignon et l’algue se fournissaient mutuellement des éléments de nutrition. [Thad.]
CHAMPIGNONS