GO
Dans le point où le pédoncule du réceptacle fructifère se rattache au renflement sphérique ou un peu aplati, ce dernier est déprimé et entoure le pédoncule d’une bordure annulaire. Au bout de peu de temps, il se montre à la surface du renflement, qui est large de 2 millimètres environ, un grand nombre de verrues brunâtres, munies d’une ouverture qui conduit dans une petite cavité. Ces dernières sont désignées sous le nom de conceptcieles ou périthèces. Sur une coupe transversale, elles paraissent disposées radialement en cercle autour du renflement. Dans chaque cavité, se trouvent un grand nombre de petits sacs délicats, larges de 3 à S millièmes de millimètre seulement et longs de 100 millièmes de millimètre environ ; ce sont les thèques ou asques. Ils représentent la fructification véritable du champignon. Chacun contient huit spores, représentées par des cellules filiformes entourées d’une substance homogène. .
Les asques s’ouvrent au niveau de leur extrémité la plus large, pendant qu’ils sont encore contenus dans les conceptacles ; les spores en sortent unies en une seule masse et sont expulsées par l’ouverture dont le conceptacle est muni. Par suite de leur consistance un peu glutineuse, elles restent unies même après leur sortie et forment des filaments blancs et soyeux. Le nombre des spores contenues dans les vingt ou trente réceptacles capités produits parfois par un seul ergot dépasse souvent un million. Les réceptacles eux-mêmes se détruisent deux ou trois semaines après leur apparition. Cet état de la plante paraît avoir été découvert en 1801, par Schumacher, qui le nomma Sphæria; il fut désigné plus tard sous les noms de Cordiceps, Cordyliceps, Kentrosporium, etc., jusqu’à ce que Tulasne ait montré qu’il constituait la dernière phase du développement de l’ergot (1).
Ces trois différentes formes d’organisation : le mycélium, l’ergot et les renflements ou réceptacles fructifères, ne sont que des états successifs d’un seul champignon bisannuel que Tulasne a désigné sous le nom de Claviceps purpurea. Le solérotium n’est qu’un état intermédiaire, qui se présente dans un grand nombre de champignons différents ; ce n’est qu’une phase de repos de ces végétaux. La preuve directe que le mycélium est produit par les spores contenues dans les concep-
(U Lorsque les spores produites par les asques du réceptacle fructifère tombent sur une jeune fleur du seigle, elles y germent et produisent un nouveau mycélium mou, conidifère, et le cycle de développement qui vient d’être décrit recommence. L’état de repos du mycélium qui constitue l’ergot se constituant pendant l’été, et l’ergot ne produisant de réceptacles fructifères qu’au printemps suivant, les spores produites par ces réceptacles arrivent à maturité au moment même de la floraison des graminées. [Trad.]
CHAMPIGNONS
lacles que produit l’ergot fut donnée par Kühn, en 1863. Nous avons dit déjà que le mycélium pouvait aussi être produit parles conidies, d’où il résulte que dans le champignon qui nous occupe, comme dans beaucoup d’autres, il existe deux formes différentes de multiplication.
Description. — L’ergot de Seigle, tel qu’il se trouve dans le commerce, est formé de corps fusiformes, longs de 25 à 35 et même GO millimètres et épais de 2 à 4 ou même 6 millimètres, subeylindriquês ou prismatiques-obtus, amincis au niveau des extrémités, ordinairement arqués, et munis, sur chaque face, d’un sillon longitudinal. Au sommet de chaque ergot, se trouve souvent un petit appendice blanchâtre qui se détache facilement, tandis que l’extrémité opposée est un peu arrondie. L’ergot est ferme, corné, un pou élastique ; sa cassure est courte et nettç ; quand il est sec, il est cassant, mais difficile à pulvériser. Sa substance interne est blanchâtre ; il offre souvent ^des fentes transversales profondes. Son tissu ne se laisse que difficilement pénétrer par l’eau et de minces sections ne se gonflent même que peu dans l’eau.
L’ergot de Seigle possède une odeur particulière, désagréable et une saveur de moisi, rance. Il se détériore facilement avec le temps, surtout lorsqu’il a été réduit en poudre, en partie par suite de l’oxydation de l’huile qu’il renferme et aussi sous l’influence d’une mite du genre Trombidium. Pour pouvoir le conserver, il faut le faire dessécher complètement et l’enfermer dans des flacons bien clos.
Structure microscopique. — Dans un ergot bien développé, il est impossible de distinguer aucun organe. Il consiste en un tissu uniforme, très-serré, formé de cellules filiformes à parois épaisses, irrégulièrement disposées et si bien enchevêtrées qu’on ne peut les isoler qu’en faisant bouillir de minces tranches de l’ergot pendant longtemps dans la potasse et en traitant les coupes alternativement par les acides et l’éther. Observées sans ce traitement, les cellules paraissent, même sur les coupes les plus minces, être presque arrondies et pourvues de diamètres égaux. Le tissu de l’ergot offre ainsi un aspect un peu différent de celui de l’hypha des autres champignons. Cependant, sur des coupes longitudinales minces de la portion interne de l'ergot, traitées par une solution d’acide chromique à 1 pour 100, on peut distinguer des cellules d’hypha qui sont plus courtes que celles des autres champignons. Elles contiennent de nombreuses gouttes d’huile, mais on n’y voit ni amidon ni cristaux. 11 est remarquable de voir un parenchyme formé de cellules si peu épaissies constituer un tissu aussi compacte et aussi résistant.
u. sssx
S0US >e te» a L préalablement
S par l'acide sulfurique ou conservé pendant quelques jours en coule avec la potasse et l'alcool absolu à 100- 0. Sous ce rapport, la cel- ! se L champignons diffère de celle des plantes phanérogames Un net t nombre des couches extérieures de l'ergot sont formées de seuls cils en violet, mais on ne peut pas les distinguer, ad autres égU des cellules incolores, si ce n'est peut-être par l'épaisseur un peu
plus considérable de leurs parois. . , lWe-ot de
composition chimique. — La composiUon chimique de l é got de
Seigle a été plusieurs fois étudiée, notamment par Wtggers, des 1830. La drôle contient environ 30 pour 100 d'une huile grasse, non s, ce tive jaunâtre, saponifiable, consistant surtout en oleine, pa mi i" une petite proportion d'acides gras volatils, surtout d acide acetiqu butyrique, combinés avec la glycérine. L'huile est accompagnée de petites quantités de résine et de cholestérine. Ce serait une ; erreur d attribuer à cette huile les propriétés toxiques de l'ergot, quoique Ganse. (I ait montré que, prise à la dose de 6 grammes environ, elle jouit de p.opriétés irritantes ; mais les effets observés paraissent dépendre de la icsine qui l’accompagne dans la proportion de 7 pour 100.
D’après Wenzell (1861), l’ergot de Seigle contient deux alcaloïdes particuliers qu’il a nommés Ecboline et Ercjotine (2). Ils sont solubles dans l’ean ; leur réaction est alcaline et leur saveur est un peu amere. On ne les a pas obtenus à l’état de pureté, mais seulement sous la forme de substances amorphes formant, avec les acides, des composes déliquescents, également amorphes. Ganser, cependant, dit avoir obtenu de longs cristaux aciculaires de chlorhydrate d’ergotine. L’ecbolme possédé, à un haut degré, les propriétés médicinales de l’ergot de Seigle ; ergotine, qui est moins amère, n’est que peu active. Manassewitz, en 186 , a obtenu 0,12 pour 100 d’ergotine; Ganser a obtenu 0,04 pour 100 c u même alcaloïde et 0,16 pour 100 d’ecboline. Les deux corps peuven être facilement séparés à laide du chlorure mercurique, qui donne un
composé insoluble avec l’ecboline seule.
Wenzell a trouvé que les deux bases de l’ergot de Seigle sont combi-
IC Avùlnv der Phcirm., 1870, GA.LIV, 200. , ,
2 Le nom d ’Ergotine a été donné aussi à un extrait médicinal de 1 Ergot, préparé
d’après la méthode indiquée par Bonjean, pharmacien è Chmbery; voyez . Journ. c 6 Pharm ., 1843, IV, 107. — P ereira, Elem. of Mut. Med., 18b0, II, 1012. ^
CHAMPIGNONS
iïiïiïïïtr
J^z:zt^:z: tzz r r r» n -
nommé rnieUe Seigle. diffère par ses caractères
1'““* idà T'' !’aIC°01 °° d° |,eau méla”«és d'nn peu d’ammoniaque
. ‘ )e dos. ac,des nnnéraux, mais non à l'aide de l'acide acétique
C e est précipitée par l’acétate de plomb de sa solution alcoolique neu
du fer et de ,'azolc <wi"dde"’ Ma— .
1 examinant a 1 aide du spectroscope, nous avons trouvé que «a so
lution éteint les rayons bleus et verts Q '
Schoonbroodt, en 1860, et Ludwig, en 1869, ont signalé, dans Permit Seigle, la presence de la Cholestérine, principe cristallisable, très ;-ré-
gnons o“n uU’S “l “llimaIet qUi a é‘é tr°UVé da"S d'a“tr‘* champigno ns. On peut 1 isoler en agitant l'huile grasse de l’ergot avec de Pal-
100 nart^Td3 T J ’ P!“' °° Pr0Cédé’ °'°313 Parties dc ^olestérine de 0 parties de la drogue. Schoonbroodt a aussi trouvé, dans l’ergot
dc lac.de lactique. Plusieurs autres chimistes y ont signalé auTl ’ presence des acides acétique et formique. L’amidon manque complètement dans 1 ergot à toutes les époques de son développement La ( . ogue fournit 3 pour 100 environ d’azote, qui répondent probablement a une fo, te proportion de matières albuminoïdes. Ganser, cependant Il a obtenu que 3, SpourlOO d’albumine soluble dans Peau.
Lorsqu’on traite l’ergot ou son extrait alcoolique par un alcali, il donne, comme produit de décomposition, des matières albuminoïdes, de
1 TTT6 et dCS bases ammonia“les, d’après Ludwig et Stahl, de a Metkylammc, et d’après d’autres de la Triméthylamim. Manassewitz t ■ endell assurent qu’il existe du phosphate de triméthylamine dans 1 extrait aqueux d’ergot, mais Ganser s’est assuré que celte base ne
(1) Voyez : Müktz, in Comptes vendus , As. sc., 1873, LXXV1, 64».
préexiste pas dans l’ergot lui-même. Nous avons trouvé que les cristaux qui abondent dans l’extrait, après qu’il a ôté conserve pendant un certain temps, sont constitués par un phosphate acide de sodium et t o magnésium avec une faible proportion de sulfate (i).
réduction Ct commerce. -L’ergot' de Seigle est importe a Londres, en majeure partie de Vigo en Espagne, de Ténériffe de Mogador et même de Calcutta. Le docteur de Lanessan, écrivant de Vigo a 1 un de nous en 1872, fait remarquer qu’on cultive dans la Galice de grandes quantités de Seigle qui, grâce à l’humidité du climat, est toujours tresergotô ; un épi sur trois en moyenne est envahi par ce parasite ; au moment de la récolte, on enlève les ergots, et le Seigle est ainsi rendu
propre à l’alimentation. , ,
Le sud et le centre de la Russie produisent de grandes quantités de la drogue. Dans les parties centrales de l’Europe, l’Ergot n existe pas en quantité suffisante pour être recueilli et sa proportion diminue a mesure que les procédés d’agriculture se perfectionnent. Nous avons remarqué que l’Ergot qui vient d’Odessa offre une teinte ardoisée et se présente en grains plus petits que celui d’Espagne (2).
m La couleur rouge de la solution alcoolique peut servir à révéler dans la farine la présence d’une petite quantité d’ergot. La réaction avec la potasse et la production de l'odeur caractéristique de hareng saur peut aussi être utile à cet egard. L extraction de l’huile grasse à l’aide du bisulfure de carbone peut aussi être recommandée comme réactif, car les bons grains de céréale ne contiennent qu’une tres-petite quantité de
Nous devons de nouvelles recherches chimiques sur l’ergot de Seigle îi Dragendorff eUes élèves d’un côté, et h Tanret, d’autre part. Les premiers en ont isolé (1876 et 1877) les principes immédiats suivants : l’acide Sclèrotinique , [auquel ils attribuent surtout l’activité de l’ergot de Seigle; 2° la. Scier omucine, matière gommeuse, mais également douée de propriétés thérapeutiques ; 3» la Scléroxanthine, matière colorante jaune, dont les cristaux offrent la composition C7H703 -+- H20 : la Sclérocrystalline, qui u est autre chose que l’anhydride de la substance précédente ; 5» la Sclérérytlirine, matière colorante rouge très-voisine de la purpurine fournie par la garance; 6° la Sclérojodine matière colorante d’un bleu très-foncé quand on la dissout dans la soude ou l’acide sulfurique concentré; la Picrosclérotine, alcaloïde amer; 8° l’acide Fuscosclérotinique , qui a probablement pour formule Cl4H^07 et qui paraît être capable de cristalliser. (Pour les détails, voir les Jahresberichte de Dragen>dorff.)
M. Tanret, de Troyes, dit [Journ. de Pharm., octobre 1873, p. 321) avoir retiré de l’ergot de Seigle 1 ’Ergotinine, alcaloïde parfaitement incolore et cristallisable, jouissant d’éminentes propriétés hémorrhagiques. Cette subtance est très-altérable, ses solutions alcooliques virent bientôt au vert et rouge; elles sont fortement fluorescentes. Le même cliimste a de plus retiré de l’ergot de Seigle une substance volatile à la température ordinaire, qui ressemble au camphre ; ses cristaux fondent à 163° et entrent en ébullition à 209°. [F. A. F.]
(2) L’ergot se développe tout aussi bien dans les pays du Nord, en Norwége jusqu’au 60° degré de latitude, et dans les régions alpines que dans les pays méridionaux. [F. A. F.]
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Usages — L ergot dc Seigle est particulièrement employé à cau<c a°tl0n sPécifi(Iue sur ï’^lérus pendant la parturition '
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dWeTfi ) '0eV7V?T CT80tS C"CZ 108 dl'°«l,istes- Curbonneaux Le Perel (I) s est efforcé dc montrer que l’ergot du froment s’altère moins
■ p.dement que celui du Seigle et qu'il ne produit jamais les effets xiques qui sont parfois provoqués par ce dernier
Le même écrivain affirme que l 'ergot d’ Avoine est' parfois recueilli et 'en u séparément ou mélangé avec celui du Seigle. Il diffère de ce dermer par une taille plus grande. L’ergot d’une herbe de l’Amérique du Noid, connue sous le nom de Dm, Arundo AmpelodemosCwuo, est pars '«cueilli pour I usage médicinal. D’après Lallemant (2), il est deux OIS plus actif que celui du Seigle. Il a de 25 millimètres à 8 centimètres te ong et seulement 2 millimètres de large ; il est ordinairement arqué ou pa. fois, quand ,1 est très-long, tordu en spirale. Nous lui avons trouvé la meme organisation qu’à l’ergot de Seigle.