FÈVE DE SAINT-IGNACE
Scme,i Ignatii ; Faba Sancti Ignatii ; Fine do Saint-Ignace; Aol Iyasur, angl , St fgnatm Béons; allem., Jgnatiusbohnen (1).
Origine botanique. — Strychnos Ignatii Bergius (2) (S. philippensis Blanco, Ignaliana philippinica Loureiro). C’est un grand arbuste grimpant qui croît à Bohol, Samar, et Çebu, îles du groupe Bisaya des Philippines, et, d’après Loureiro, en Cochinchine où il a été introduit. Son inflorescence et son feuillage ne sont connus des botanistes que d’après les descriptions de Loureiro (3) et de Blanco (4). Le fruit est sphérique, ou parfois ovoïde. Il a 10 centimètres ou davantage de diamètre, et est formé d une enveloppe lisse, cassante, renfermant environ 24 graines (a). G. Bennett (5) qui vit les fruits à Manille, où on les vendait dans les bazars, dit qu’ils contiennent de 1 à 12 graines immergées dans une pulpe glutineuse noirâtre (6).
Historique. — D’après Murray (7) et d’autres écrivains, la graine fut transportée des Philippines en Europe par les jésuites qui, à cause de ses propriétés, lui donnèrent le nom d’Ignace, fondateur de leur ordre. Quoi qu’il en soit, les plus anciens renseignements relatifs à cette drogue paraissent avoir été fournis par le jésuite Camelli, missionnaire de Manille, à Ray, et Petiver, qui les communiquèrent à la Société royale de Londres, en 1690(8). Camelli prétendait que cette graine était la Nux
(1) La plante et les graines sont connues dans la langue bisaya sous les noms de Pangaguason, Aguason, Canlara, Mananaog , Dancagay, Catalonga et Igasur. Dans les îles Bohol et Çebu, où les graines sont produites, on les nomme Cogacoy. Les Espagnols des Philippines les nomment Pépita cle Bisaya ou Pépita de Catbalogan (Clain, Remedios faciles, Manila, 1857, CIO). Le nom de Fèves de Saint-Ignace qu’on leur applique en Europe, est employé, dans l’Amérique du Sud, pour désigner les graines de plusieurs Cucurbitacées médicinales, notamment celles duj Feuillea trilobata L., des Hypanthera Guapeva Manso et celles de Y Anisosperma Passiflora Manso.
(2) Materia Medica , Stockholm, 1778, I, 146. — Nous ne citons pas YIgnatia amara, Bentham ayant montré que la plante ainsi nommée par Linné fils est le Posogueria longiflora Aublet, de la famille des Rubiacées, originaire de la Guyane.
(3) Flora cochinchinensis, éd. Willd., 1793, I, 155.
(4) Flora de Filipinas, éd. 2, 1 8 45, 61.
(5) Fond Med. and Phys. Journ., janvier 1832.
(6) Le seul échantillon du fruit que j’aie vu était en la possession de mon défunt ami Morson. Il mesurait exactement 10 centimètres de diamètre, et lorsqu’on l’ouvrit (15 janvier 1872), on trouva dans son intérieur 17 graines mûres, bien formées, avec des restes de pulpe desséchée. Il existe également un de ces fruits au Muséum de Paris. D’après Camelli, le fruit est ovoïde, et mesure 17 centimètres de long sur 1 1 centimètres de large. [D. Hanb.]
(7) Apparatus Medicaminum , 1792, VI, 26.
(8) Phil. Trans., 1699, XXI, 44, 87. — Ray, Hist. pl., III, lih. xxxi, cxvin.
■vomica légitima du médecin arabe Serapion, qui vivait au neuvième siècle, mais nous pensons qu’il n’existe aucun motif de supposer qu’elle ait été connue à une époque aussi reculée (1). Camclli dit que la gi aine nommée par lui Nux pepita seu Faba Sancti Ignatii est très-éstimée comme remède contre diverses maladies ; mais il connaissait bien ses propriétés toxiques lorsqu’elle est administrée en trop grande quantité. En Allemagne, la Fève de Saint-Ignace fut signalée, vers la même époque, parBohn, de Leipzig (2).
Cette drogue se trouve dans les bazars indiens sous un nom qui vient évidemment, par corruption, de l’espagnol pepita. On la trouve aussi dans les drogueries chinoises sous le nom de Leu-sung-kwo , c’est-à-dire fruit de Luzon.
Description. — La Fève de Saint-Ignace a environ 2 centimètres et demi de long. Sa forme est ovoïde, mais rendue trèsirrégulière par pression réciproque ; elle offre trois, quatre, ou cinq faces anguleuses ou aplaties, et un hile bien visible sur l’une des extrémités. A l’état frais, elle est recouverte de poils déprimés, argentés. Sur celles qu’on trouve dans le commerce on voit encore,
Fi". 148.
çà et là, quelques restes de l’épiderme, mais la plupart Fève de°Saint ignaoei ont une surface d’un gris foncé, granuleuse, 'répon- entière. Grand, nat. dant à la face externe de l’albumen. A part la différence d’aspect extérieur, la Fève de Saint-Ignace offre une organisation semblable à celle de la noix vomique. Cependant, sa radicule esL plus longue, plus épaisse, quelquefois un peu recourbée, et les cotylédons sont plus pointus. Son albumen est brunâtre, corné, translucide, très-dur, et se fend difficilement. La graine entière se ramollit beaucoup, se gonfle par digestion prolongée dans l’eau chaude, et exhale alors une odeur désagréable, terreuse; son goût est très-amer. La Fève de Saint-Ignace est éminemment toxique.
Structure microscopique. — Les poils de l’épiderme ont une structure analogue à celle des poils de la noix vomique, mais plus simple. L’albu-
(1) Les Philippines ôtaient tout à fait inconnues des Européens de l’antiquité et du moyen âge. Elles furent découvertes par Magellan en 1521, mais leur conquête par les Espagnols ne commença effectivement qu’en 1565. Avant l’occupation espagnole, elles étaient gouvernées par de petits chefs, et étaient fréquentées, dans un but commercial, par les Japonais, les Chinois, et les Malais.
(2) Ma ht in y, Encyhlopüdie d. Rohwaarenkunde., 1813, 1, 576.
Fig. 149. Fève do Saint - Igniioe.
Coupe verticale.
90 LOGANIACÉES.
men et les cotylédons ont aussi la môme structure que les parties correspondantes de la noix vomique.
Composition chimique. — La Strychnine existe dans ces graines dans la proportion d’environ 1,5 pour 100. Elles contiennent aussi 0,5 pour 100 de Brucine. Desséchées au-dessus de l’acide sulfurique, et brûlées avec de la chaux sodique, elles nous ont donné une moyenne de 1,78 pour 100 d’azote, répondant à environ 10 pour 100 do matières albuminoïdes.
Commerce.— Nous ne possédons aucun renseignement sur la récolte de cette drogue. Les graines arrivent dans le commerce anglais d’une façon très-irrégulière ; elles sont parfois très-abondantes, tandis que d’autres fois il est difficile de se les procurer.
Usages. — Ils sont les mêmes que ceux de la noix vomique. Lorsqu’on peut se les procurer à prix modéré, les fèves de Saint-Ignace sont recherchées pour l’extraction de la strychnine.
(a) L eStrychnos Ignatii Bergius ( Materia medica, 1778, 1, 146) se distingue par ses feuilles ovales, aiguës, presque sessiles, portées par des rameaux très-longs, comme sarmenteux; ses fleurs, ;ï corolle très-allongée, blauche, exhalent une odeur de jasmin et sont disposées en petites panicules de cymes qui portent de 3 il o fleurs. [Trad.]
RHIZOME DE SPIGÉLIE.
Radix Spigeliæ ; Radix Spigeliæ marilandicæ ; angl., Indian Pink Root, Carolina Pink Root ;
Spigelia (1).
Origine botanique. — Spigelia marilandica L. C’est une plante herbacée, de 30 centimètres de haut environ, indigène des forêts de l’Amérique du Nord, depuis la Pennsylvaniejusqu’auWisconsin, et encore plus au sud. D’après Wood et Bâche, on la recueille particulièrement dans
les Etats de l’Ouest et du Sud-Ouest (a).
Historique. — Les propriétés anthelminthiques du rhizome, découvertes par les Indiens, furent signalées en Europe, vers l’année 1754, par Linning, Garden et Chalmers, médecins de Charleston, dans la Caroline du sud. Cette drogue fut admise dans la Pharmacopée de Londres en 1788.
Description. — La « racine de Spigélie » offre une très-grande res-
(1) Dans quelques catalogues, la racine de Spigélie est parfois latinisée, par erreur, sous le nom de Radix Caryophylli.
Fig. 150.Rhizomo de Spigélie, sec.
Grandeur naturelle.
semblance avec la Serpent aire. Elle consiste en un rhizome court, noueux, d’un brun foncé, émettant des racines grêles et souples. La Spigélie est tout à fait dépourvue de l’odeur particulière de la Serpentaire, et de tout autre arôme. Son goût est légèrement amer et âcre. On importe parfois la plante entière, avec ses tiges quadrangulaires, hautes de 30 centimètres environ. Les feuilles sont opposées, longues de 7 centimètres environ, sessiles, ovales-lancéolées, acuminées, lisses ou pubescentes.
Structure microscopique. — Le rhizome a 4 millimètres environ de diamètre. Il offre, sur une coupe transversale, une petite zone ligneuse enveloppant une moelle large, à contour elleptique, formée de cellules à parois minces. Le tissu central est ordinairement détruit. Dans les racines, la couche corticale moyenne prédomine. Elle se gonfle dans l’eau, et ses larges cellules otîrent des épaississements spiralés remarquables. Le noyau, qu’on observe dans la Serpentaire, manque dans la racine de Spigélie.
Composition chimique. — Elle n’est pas suffisamment connue. Les vaisseaux du bois contiennen t de la résine, et le parenchyme de l’amidon. On trouve du tannin dans la partie corticale du rhizome, mais non dans les racines. Feneulle assura, en 1823, que la drogue contenait un peu d’huile essentielle. Les expériences de Bureau (I) ont montré que la Spigélie agit sur les lapins et d’autres animaux comme un poison narcotico-âcre.
Csages. — La Spigélie a longtemps été regardée comme un médicament efficace pour déterminer l’expulsion de l’Ascans lumbncoides. Mais, d’après Stillé (2), son action a été probablement exagérée. Cet auteur parle de ses propriétés altérantes et toniques. En Angleterre, elle est rarement prescrite par les médecins, mais elle est employée, dans quelques endroits, comme médicament domestique. Aux Etats-Unis, elle est beaucoup usitée.
(1) De la famille des Loganiacées, 1856, 130.
(2) Therapeittics and Materia Mediea, Philadelphia, 1868, II, 651.
Fig. 151. Rhizome de Spigélie, après macération dans l’eau.
9“ LOGANIACÉES.
co^r,^^LlNDT {NalUr- Sj/s*’’.ed- 2> 2!)8) 80111 d°8 Eoganiacées à h îbuhforme dont lo limbe est divisé en cinq lobes égaux; à anthères
convergentes ; à fruit capsulaire, contenant un nombre indéfini do graines didvnamo, bdoculaire, déhiscent en quatre valves.
Le Spigelia marilandica L. ( Syst . vègèL, 197) est une plante à rhizome vi- \ft0e omettant de nombreux rameaux aériens, dont les souches portent les cicatrices circulaires, et qui sont dressés, simples, quadrangulaires, presque lisses, renflés au niveau des nœuds. Les feuilles sont opposées, sessiles, ovales, acuminées, entières, parfois pubescentes au niveau des nervures et sur les bords, lisses dans le reste de leur étendue. Les fleurs sont petites, hermaphrodites et régulières, disposées en une petite cyme scorpioïde terminale, ordinairement solitaire, et portées par de très-courts pédoncules. Le réceptacle est convexe. Le calice est gamosépale, à cinq divisions profondes, linéaires, subulées, finement serruléex sur les bords, imbriquées en quinconce dans la préfloraison; il est persistant, et réfléchi au-dessous du fruit au moment de la maturité. La corolle est beaucoup plus longue que le calice, gamopétale, infundibuliforme, à tube renflé et anguleux au sommet, à limbe divisé en cinq lobes aigus et étalés, valvaires dans le bouton. Elle est colorée, extérieurement, en écarlate, ou en cramoisi, eteu orange, à l’intérieur. L’androcée’ est formé de cinq étamines alternes avec les pétales, insérées sur la gorge de la corolle, à filets très-courts, et à anthères oblongues, cordées, biloculaires, déhiscentes, sur' la face interne, par deux fentes longitudinales. Le gynécée est supère, formé de deux carpelles, l’un antérieur, l’autre postérieur, unis en un ovaire bdoculaire, petit, ovale, surmonté d’un style plus long que la corolle, articulé près de sa base, et barbu à l’extrémité, qui estterminée par un stigmate renflé. Les loges ovariennes contiennent de nombreux ovules semi-anatropes, insérés dans l’angle interne, sur un gros placenta. Le fruit est une capsule bdoculaire, globuleuse, contenant de nombreuses graines, et se séparant, à la maturité, du réceptacle qui s’est aplati peu à peu, puis déprimé jusqu’à devenir cupuliforme. A la maturité, les deux carpelles se séparent l’un de l’autre, puis s’ouvrent à la fois par la face ventrale et par la face dorsale, chacun en deux valves. Les graines sont nombreuses, et renferment un embryon logé dans l’axe de l’albumen. [Trad.]
(6) Le rhizome de Spigélie offre de dehors en dedans : 1° une zone de faux suber, formée par certain nombre des couches corticales superficielles devenues brunes et sèches; 2« un parenchyme cortical, à grandes cellules polygonales, munies de parois claires ; 3° un liber peu épais, mou, formé de fibres rectangulaires à parois minces et molles ; 4° en dedans, une mince couche de cambium. Le bois forme une zone circulaire peu épaisse, dans laquelle il est impossible de distinguer des rayons médullaires. La plus grande partie des éléments qui le composent offrent, sur une coupe transversale, un contour presque quadrangulaire ; un certain nombre, épars au milieu des autres, sont plus grands et plus arrondis ; ou elliptiques. Les parois de tous ces éléments sont relativement minces. Sur les coupes longitudinales, soit radiales, soit tangentielles, il est également impossible de reconnaître des rayons médullaires. Presque tous les éléments se ressemblent ; ils sont ordinairement courts, ou séparés les uns des autres par des cloisons obliques, et munis de grandes ponctuations elliptiques. Quelques-uns cependant, ceux qui sur la coupe transversale se montrent arrondis ou elliptiques, sont plus larges que les autres et offrent, sur leurs cloisons transversales, un très-large orifice arrondi qui fait communiquer les cavités de deux éléments superposés et les transforme en vaisseaux. La moelle qui occupe le centre du rhizome offre un diamètre relativement
considérable ; elle est formée de grandes cellules parenchymateuses, polyédriques, A parois molles et claires.
La racine de Spigélie offre la même structure fondamentale que le rhizome, mais la moelle manque complètement. Au-dessous de l’épiderme, existe une couche trèsépaisse de parenchyme cortical à grandes cellules polygonales, munies de' parois minces et laissant entre elles de petits méats inter cellulaires. Le liber est très-étroit, formé seulement de trois ou quatre couches de fibres rectangulaires, à parois molles et blanches. Le bois occupe tout le centre de la racine. Il offre la même structure que le rhizome, mais les vaisseaux sont plus larges et les éléments du centre sont polygonaux et plus larges que les autres. Le bois du rhizome et de la racine du Spigelia marilandica ressemble beaucoup h celui que nous avons figuré dans la racine du Cephœlis Ipecacuanha. Sur la coupe transversale, les éléments larges, à contour arrondi ou elliptique delà Spigélie et, sur la coupe longitudinale, la largeur un peu plus grande de tous les éléments et les larges orifices de communication des éléments pseudovasculaires, sont les seuls caractères qui permettent de distinguer histologiquement le bois de ces deux plantes. [Trad.]
RHIZOME ET RACINE DE GELSEMIUM.
Ang., Yelloio false Jessamine Root; Yellow Jasmine Root.
Origine botanique. — Gelsemium nitidum Michaux.
Les Gelsemium Jussieu ( Généra , n. ISO; — Medicia Gardn. ; Leptopteris Bl.) ont été placés par les différents auteurs dans des familles très-distinctes. M. Asa Gray les considérait comme des Rubiacées à ovaire libre (1) ; d’autres les ont réunis auxScrofulariacées, auxApocynacées, aux Gentianacées, ou en ont fait, comme Endlicher (Généra), une famille distincte. Enfin, M. A. De Candolle (2) et MM. Bentham et Hooker (3) ont placé ce genre dans la famille des Loganiacées dont il a tous les caractères principaux, et en ont fait le type d’une tribu des Gelsemiées : à lobes de la corolle imbriqués dans la préfloraison, à style divisé en deux branches linéaires bifides et à capsule bivalve, septicide. Trois espèces seulement constituent actuellement le genre Gelsemium. Elles ont pour caractères communs, génériques: des carpelles contenant de nombreux ovules, des graines suborbiculaires, entourées d’une aile large, et une tige volubile.
Le Gelsemium nilidum Michaux (Flor. Bor. Amer., I, 120 ; — Bignonia sempervirens L. ; Lisianlhus sempervirens Miller ; Anomjmos sempervirens Walt. ; Gclsemium lucidum Poir.; Gelsemium sempervirens Ait.) habite les terrains plats des côtes et des bords des fleuves, dans la Virginie, la Caroline, la Géorgie, la Floride, et même le Mexique.
C’est un arbuste grimpant, glabre et lisse, à feuilles opposées, entières, persistantes d’après les auteurs anciens, caduques pendant l’hiver, d’après Catesby, simples, entières, ovales ou lancéolées, luisantes, munies d’un pétiole très-court. Les fleurs sont belles, jaunes, très-odorantes, disposées en cymes axillaires parfois réduites à une seule fleur, ordinairement formées de trois à cinq fleurs portées par des pédicelles munis de plusieurs bractées. Les fleurs sont régulières, hermaphro-
(1) Manaal of thc. Rotang of the North United-Stàtes, éd. 2; J 8üG, 703.
(2) Prodr., IX, 23.
(3) Généra, II, 789.
94 LOGANIACÉES.
dites, à réceptacle convexe. Le calice est gamosépale, -à cinq divisions profondes, imbriquées dans la préfloraison, sèches sur les bords. La corolle est infundibuliforme, dilatée au niveau de la gorge, à cinq lobes imbriqués dans le bouton. L’androcée se compose de cinq étamines connées au tube de la corolle, incluses, à anthères oblongues, sagittées, biloculaires, introrses, déhiscentes par deux fentes longitudinales. Le gynécée est formé de deux carpelles unis en un ovaire oblong, biloculairc, surmonté d’un style filiforme, long, bifide, chaque branche étant ellemême bilobée et couverte, sur la lace interne, de papilles stigmatiques. Chaque loge ovarienne contient de nombreux ovules insérés dans l’angle interne de la loge, sur trois ou quatre rangées verticales. Le fruit est une capsule elliptique, aplatie, biloculaire, déhiscente en deux valves septicides, creusées en carène. Chaque loge contient cinq ou six graines aplaties, larges, orbieulaires, rugueuses et tuberculeuses, entourées d’une aile à bord déchiqueté, contenant un albumen charnu et un embryon droit, à cotylédons ovales, aplatis, courts, et à radicule cylindrique.
Historique. Le rhizome et la racine de Gelsemium sont depuis longtemps employés, dans 1 Amérique du Nord, contre les fièvres intermittentes, concurremment avec la quinine, et dans les affections inflammatoires des enfants, mais son étude chimique et physiologique n’a été faite que dans ces dernières années et son emploi thérapeutique, assez répandu en Angleterre et en Allemagne, est encore très-restreint en France. Il a surtout été tenté à Paris par M. Dujardin-Beaumetz.
Description. — On trouve dans le commerce la racine véritable et le rhizome du Gelsemium mélangés et aucune expérience n’a encore été faite sur la valeur relative de ces deux parties de la plante. Elles sont aussi, parfois, mélangées de fragments de la tige aérienne.
Les trois portions axiles de la plante sont souvent expédiées en Angleterre à 1 état de fragments très-petits et mélangés, comprimés à l’aide d’un presse hydraulique. On les trouve aussi en fragments longs de o à 10 et même 20 centimètres ou davantage.
Les fragments de rameaux aériens sont faciles à distinguer ci la présence d’une cavité centrale produite par la destruction de la moelle, à leur coloration pourpre et à la structure très-fibreuse de leur écorce, dont le liber est constitué par des fibres souples et longues, semblables à celles du chanvre.
Les fragments de rhizome ont un diamètre de 1 à 3 centimètres environ. Ils sont généralement droits, colorés extérieurement en brun jaunâtre clair, avec des rayures longitudinales plus foncées. Ils offrent parfois, de distance en distance, des ramifications assez volumineuses et des racines adventives grêles, longues et souples. Leur cassure est fibreuse. Sur la coupe transversale, on voit à l’oeil nu: une écorce mince fibreuse ; un bois de coloration brunâtre, traversé par des rayons médullaires blancs, de longueur inégale, plus larges vers la périphérie que vers la portion interne du bois ; une moelle centrale peu épaisse, mais nettement visible à l’œil nu et plus foncée en couleur que le bois.
Les fragments de racine se distinguent sans peine à l’absence de moelle. Leur diamètre ordinaire est de 1 à 2 centimètres environ. Les gros fragments sont rarement ramifiés, mais ou trouve à leur surface un assez grand nombre de petites racines filiformes jaunâtres, assez résistantes et rigides. Les fragments sont souvent tordus sur eux-mêmes. Leur surface extérieure est très-rugueuse, marquéede crevasses et de sillons irréguliers, longitudinaux, avec de nombreuses cicatrices des petites radicules. Sa coloration est d'un jaune grisâtre plus ou moins foncé. Sur une section transversale de la racine, on distingue, à l’œil nu, comme le montre la figure 1 52,
semium. Section transversale. Grand, natur.
une couche corticale mince, jaune brunâtre, très-adhérente au bois, et une partie centrale ligneuse, colorée en jaune clair, traversée par des rayons médullaires blancs, très-inégaux en longueur, s’amincissant à mesure qu’ils s’enfoncent davantage dans le centre du bois. Lorsqu’on mouille la surface de section, les rayons médullaires se détachent plus nettement en blanc sur le fond du bois, dont le jaune devient plus vif avec une teinte brun clair au centre. On peut alors suivre h la loupe et même à l’œil nu les rayons médullaires jusque dans la couche interne de l’écorce. Le rhizome et la racine de Gelsemium n’ont Fiff- 1S2- Racine do Gelaucune odeur particulière marquée. Leur saveur est un peu amère, surtout celle de l’écorce.
Structure microscopique. — Un fragment de racine de Gelsemium sempervirens ayant 2 centimètres et demi de diamètre m’a offert la structure suivante : sur une coupe transversale examinée à un faible grossissement, on voit en dedans de l’écorce un cercle de faisceaux fibrovasculaires pressés les uns contre les autres et se prolongeant jusqu’au centre de la racine où existent de nombreux vaisseaux ; les faisceaux sont nettement cunéiformes et séparés par des rayons médullaires très-larges dont les uns se prolongent jusque vers le centre de la racine, tandis que d’autres n’ont qu’une longueur beaucoup moindre.
L’écorce offre, de dehors en dedans, ainsi que le montre la figure 153 : 1° une couche de suber a, assez épaisse, formée de cellules quadrangulaires, aplaties, vides, à parois brunes et sèches ; 2» une couche 6, de parenchyme cortical, relativement peu épaisse, formée de cellules allongées tangentiellement , à parois minces etblanches ; 3°un liber c, dont les faisceaux sont séparés les uns des autres par de très-larges rayons médullaires, h cellules quadrangulaires, allongées dans le sens du rayon. Les faisceaux libériens sont formés de fibres irrégulières, à parois minces, et de parenchyme dont les éléments paraissent, sur la coupe transversale, disposés en couches irrégulièrement concentriques. Entre les éléments du liber et le bois de chaque faisceau, existe une couche de cambium à éléments petits et pressés les uns contre Fig. 133. Racine de Gelsemium.
les autres. Le contour extérieur du fais- Coupo transversale,
ceau libérien est nettement indiqué par la direction des éléments ; il est convexe en dehors. Les faisceaux ligneux sont cunéiformes, à bords latéraux droits et à bord externe concave en dehors. Ils sont séparés les uns des autres par de larges rayons médullaires qui continuent directement en dehors ceux du liber et offrent la même organisation. Un petitnombre de faisceaux seulement sc prolongent jusqu’au centre de la racine, les autres sont de longueur très-inégale. Chaque faisceau est formé de fibres ligneuses fusiformes, à parois très-épaisses, à cavité linéaire, il contour quadrangulaire ou polygonal sur la coupe transversale. Au milieu de ces fibres, sont
LOGANIACÉES.
distribués de très-nombreux vaisseaux, larges, arrondis, à parois épaisses et ponctuées. Le centre de la racine offre des fibres ligneuses très-pressées les unes contre les autres et des vaisseaux de plus en plus étroits à mesure qu’ils sont plus rapprochés du centre. Les cellules de l’écorce contiennent de nombreux grains d’amidon arrondis, et un petit nombre de cristaux d’oxalate de chaux. Les fibres ligneuses renferment une matière résineuse colorée en jaune clair.
Composition chimique. — En 1870, M. Wormley a retiré de la racine de Gelsemium un acide cristallisable, l’acide Gelséminique, qui a été ensuite bien étudié par M. Fredigke. Pour l’obtenir, M. Wormley épuise par l’alcool un extrait fluide de la racine, il traite le produit alcoolique par l’eau pour précipiter la résine, puis il ajoute au liquide aqueux de l’acide chlorhydrique. Agité avec de l’éther, ce nouveau mélange lui cède l’acide gelséminique qu’on obtient à l’état impur par évaporation de l’étlier. M. Fredigke, pour obtenir l’acide gelséminique, réduit la racine en poudre qu’il soumet à des décoctions répétées dans l’eau, il filtre les décoctés bouillants et les réduit en un extrait qu’il traite, à diverses reprises, par l’éther. Ce dernier en s’évaporant abandonne l’acide gelséminique. Pour obtenir cet acide à l’état de pureté complète, on le transforme en un sel de plomb qu’on traite par l’hyclrogène sulfuré; l’acide gelséminique est ainsi mis en liberté à l’état d’aiguilles cristallisées, diversement groupées, incolores, inodores, et «à peu près dépourvues de saveur. Cet acide sature facilement les bases. Il est très-soluble dans le chloroforme et l’éther ; l’eau froide n’en dissout qu’un millième de son poids ; l’eau bouillante le dissout mieux, mais le laisse déposer par refroidissement à l’état cristallin. Il se dissout bien dans les alcalis, en donnant des solutions qui possèdent une fluorescence bleue très-prononcée. Il se sublime sans décomposition. Il donne avec le bichlorure de mercure un précipité jaune, et avec le nitrate d’argent un précipité jaune brun. M. Fredigke a retiré, par le procédé que nous venons d’indiquer, 2ç,47 d’acide gelséminique de 373 grammes de racine.
M. Fredigke a retiré de la racine de Gelsémium un alcaloïde auquel il a donné le nom de Gelsemina ou Gelsémine qui représente la partie active de la plante, mais n’a pas encore été obtenu à l’état cristallin. Ce chimiste concentre l’extrait aqueux auquel il a enlevé, préalablement, par l’éther, l’acide gelséminique ; puis il l’agite avec le double de son poids d’alcool concentré qui précipite une matière gommeuse ; il filtre le liquide, le concentre, puis ajoute de la potasse, et agite la liqueur avec du chloroforme ou de l’éther qui enlèvent la gelsémine. C’est une substance solide, amorphe, incolore, inodore, à saveur amère très-prononcée, sensible même dans une solution qui n’en renferme qu’un millième. Elle est à peine soluble dans l’eau pure, soluble dans 2o parties d’éther, dans le chloroforme, le bisulfure de carbone, l’eau acidulée d’acide chlorhydrique. Les alcalis la précipitent de ses solutions acides. Ses sels, notamment le sulfate, le nitrate et l’acétate, sont très-solubles dans l’eau ; ils fondent à 100° C. et forment en se refroidissant une masse vitreuse ; au-dessus de 100° C., la gelsémine se volatilise et va se condenser en petites gouttelettes sur les parois du vase. Le bichlorure de mercure précipite la gelsémine en blanc; le tannin, l’acide carboazotique, le biiodure de potassium, le bichlorure de platine, le chlorure d’or, donnent des précipités dans des solutions qui ne renferment qu’un millième de grain. Un excès d’alcalis ajouté à l’un de ses sels le précipite en blanc qui passe au rouge ou rouge-brique ; l’acide sulfurique concentré colore la gelsémine ou scs sels en rouge brun qui passe au pourpre quand on élève la température (I).
(11 Voyez Holmes, in Pharm. Journ ., décembre 1875. — Journal de Pharm. et de Chimie, 1876, XXIII, 216. — Bullet. génàr. de Thérapeut., 1876, XG, 255,
,wES Ml - Le Gelsémium et la gelsémine constituent des agents toxiques et usages y,. injection de 3 milligrammes de gelsémine sous la
E" t!.S.-»pev.Uqu0, on s'ert Sé.-vi surtout Th c t e Je CMmim (1 Partie ■'« Gelsémium p.- 5 parties d’alcool) mais cette teinture détermine tacilement dos accidents touques lorsqu on dépasse la.dosc le 2 centimètres cultes. Les accidents mortels signalés sont déjà trop nombreux pour de 2 centime! e tent pas une prudence extrême dans son emploi. La poudre
Tl “radne » été «commandée par le docteur Satvjer (2) à la dose de 6 à 12 cen- “ imm " Sous cette forme, le médicamenta également occasionne des acc.den s mort”” u docteur Grorer Coe donne la gelsémme a la dose de 32 a 6o mtllt-
Te'Gelsémium et la gelsémine produisent la paralysie des mouvements volon- ,,ires et réflexes. Cette paralysie serait due, d'après Ringer et Murell, i une ac ton di eete sù la moelle épinière. A la suite de la paralyste, ,1 peu survenu- des ph.non nés convulsifs qui ont été décrits sous le nom de tétanos gelum,que On a pense eue cette double action paralysante et tétanisante était due il des substances différés Ainsi la solution aqueuse de Gelsémium serait exclus, yement paralysante,
tandis crue la gelsémine serait tétanisante.
On a attribué au Gelsémium la propriété de diminuer la fréquence de la respiration Il agirait peu sur le pouls, et déterminerait dans le cœur des phénomènes variables Son action sur la pupille serait variable suivant le mode d administration de la drogue. Prisa l’intérieur, le Gelsémium produirait le resserrement de la pupille tandis qu’administré localement, à l’extérieur, il amènerait la dilatation de 1» pupille. Il détermine chez les animaux, et particulièrement chez le lapin, de exophthalmie. On a particulièrement recommandé le Gelsémium contre les névra gies e la cinquième paire, et surtout contre les névralgies dentaires. On 1 administre aussi, comme calmant, dans les affections fébriles. [Trad.]
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