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RACINE DE JALAP

Radix Jalapæ ; Tubcr Jalapæ ; angl., Jalap, Vera-Crus Jalap , allcrn., Jalapc.

Origine botanique. — Ipnmæa Purga Hayne ( Convolvulus Purga Wenderoth, Exogonium Purga Bentham). C’est une plante herbacée, à racines tubéreuses et à tiges volubiles, à feuilles cordées, acuminées, munies d’auricules aiguës, et à fleurs élégantes, campanulées, colorées en rose foncé. Elle croît spontanément dans les parties orientales déclives des Andes mexicaines, aune hauteur d’environ 1500 à 2400 mètres audessus du niveau de la mer. On la trouve surtout autour de Ghiconquiaco et des villages adjacents, et aussi dans le voisinage de San Salvador, sur les pentes orientales du Cofre de Perote. Dans ces localités, la pluie tombe presque tous les jours, et la température diurne varie de 15° à 24° G. ; la plante y vit dans les bois ombragés, et réussit très-bien dans ce sol végétal riche et profond (a).

Le Jalap croît facilement dans le sud de l’Angleterre, lorsqu’on le plante le long d’un mur qui le protège, mais il fleurit trop tard, en automne, et ses fleurs ne s’épanouissent que rarement. Les tubercules, qui se produisent en assez grande abondance, périssent facilement pendant l'hiver, à moins d’être protégés contre la gelée.

La plante a été introduite dans les montagnes de Neilgherry, dans le

(1) Bulletin de l'Association française pour l’avancement des sciences, 1874, 453.

HISTOIRE DES DROGUES D’ORIGINE VÉGÉTALE. j|g

sud de l’Inde. Elle yré'ussit(l) d’une façon remarquable, et pourrait être facilement répandue, si l’on y trouvait quelque avantage. Cependant des nouvelles plus récentes ne confirment guère cette manière de voir.

Historique. — L’emploi, en qualité de purgatif, d’une plante convolvulacée du Mexique, fut indiqué par les premiers voyageurs espagnols. L’estime accordée à la nouvelle drogue fut si grande, que, pendant le seizième siècle, on en importa en Europe des quantités considérables.

Monardes, en 1565, dit que la nouvelle drogue était nommée Ruybarbo de las Indias ou Ruybarbo de Mechoacan, ce dernier nom lui étant donné par allusion à la province de Michoacan, d’où la marchandise provenait. Quelques écrivains ont émis l’opinion que la racine de Mechoacan était le Jalap moderne, mais rien ne confirme cette manière de voir. La description donnée du Mechoacan, et le lieu de sa production, ne s’appliquent pas bien au Jalap. Les deux drogues étaient en outre connues vers 1610. Elles sont parfaitement distinguées par Colin, apothicaire de Lyon (1619), qui mentionne le Jalap (î racine de Ialap) comme récemment apporté en France (2). Elles étaient cependant souvent confondues, ou du moins distinguées, seulement, par la différence de leur coloration. Le Jalap, qui était, à cette époque, importé en tranches tranversales (3), portait, à cause de Isa couleur noire, le nom de Mechoacan noir ; tandis que le mechoacan le plus pâle était, dans les derniers temps, connu sous le nom de Jalap blanc. On sait aujourd’hui que la racine de Mechoacan était constituée, du moins en partie, par le tubercule épais de Vlpomæa Jalapa Purs n(RatatasJalapa Choisy), plante du sud des Etats-Unis et du Mexique. Elle est depuis longtemps abandonnée, comme drogue, en Europe, et a cédé sa place au Jalap, qui est plus actif.

La source botanique du Jalap ne fut définitivement déterminée que vers l’année 1829, par le docteur Goxe, de [Philadelphie. Il publia une description et une figure coloriée, prises sur une plante vivante, qui lui avait été envoyée de Mexico deux années auparavant (4).

Mode de croissance. — Quoique nous ayons cultivé le Jalap pendant plusieurs années, nous n avons pas eu les moyens d’étudier la plante venue de semences. En jugeant par analogie, nous supposons qu’elle

( j ^ cn est ainsi, par exemple, à Ootacamund. M. Broughton, dans une lettre adressée ; 1 un de nous, dit qu’il a reçu « une grappe de tubercules b pesant plus de 9 livres.

II fait remarquer que la plante croît aussi facilement que l’igname.

(2) Monardes, Hist. des médicam., traduite par Colin, éd. 2, .1619, 131. — La premierc édition do ce livre paraît etre inconnue,

(3) Hill, Hist. of the Mat. Med. Lond. 1751, f; /, g .

(4) Amer. Journ. of Med. Se., 1829, V, 300, t. 1 et 2.

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possède d’abord une petite racine fusiforme qui s’épaissit ensuite peu à peu à la façon d’un radis. La racine renflée du Jalap, nommée par un grand nombre de botanistes tubercule de Jalap, produit, indépendamment des tiges aériennes, des pousses grêles, souterraines, desquelles naissent des racines à divers intervalles. Ces dernières, lorsqu’elles ont de 3 à 5 centimètres de long, s’épaississent, prennent la forme d’une carotte, et s’élargissent graduellement en corps napiformes, semblables à des tubercules, qui émettent par leur surface un petit nombre de radicules, et se prolongent inférieurement en longues ramifications grêles. Les racines épaissies n’offrent aucune trace d’organes foliacés. La tige aérienne puise sa nourriture dans la souche qui lui a donné naissance. Les racines fraîches de Jalap sont extérieurement rugueuses, et colorées en brun foncé ; à l’intérieur elles sont blanches et charnues.

Récolte. — Le Jalap passe pour être récolté au Mexique pendant toute la durée de l’année (1). Les petites racines sont séchées entières ; les plus grosses sont coupées transversalement, ou incisées de façon à ce qu’elles sèchent avec plus de rapidité. Comme la dessiccation au soleil serait presque impossible, à cause de la douceur du climat, on place les racines dans un filet qu’on suspend au-dessus du foyer, presque toujours allumé, des huttes indiennes. Les racines s’y dessèchent lentement, et contractent en même temps une odeur de fumée. Une grande partie du Jalap, importé dans ces derniers temps, était davantage coùpé en tranches, et avait dû être, par suite, desséché avec moins de difficulté.

D’après Schiede, dont le mémoire fut écrit en 1829 (2), les Indiens de Chiconquiaco commençaient, à cette époque, à cultiver le Jalap dans leurs jardins.

Description. — Le Jalap du commerce consiste en racines irrégulières, ovoïdes, dont la taille varie depuis celle d un œuf jusqu à celle d’une noisette ; parfois elles atteignent la grosseur du poing de l’homme. Elles sont, d’ordinaire, pointues à l’extrémité inférieure, profondément ridées et contournées, colorées en brun foncé, et marquées de petites cicatrices très-nombreuses, allongées, plus claires, disposées en cercles transversaux. Les grosses racines sont incisées dans le sens de la longueur, ou coupées en tranches ou en quartiers, taudis que les plus petite* sont ordinairement entières. Quelques-unes de ces dernières sont fusi-

(1) Il est évident qu’un pareil procédé est irrationnel. Les racines ne devraient être

arrachées que lorsque les tiges aériennes sont mortes.

(2) Linnæa, 1830, III, 473 ; Pharm. Journ., 1867, VIII, 652. Nous ne possédons pas de renseignements plus récents.

formes ou cylindriques. On peut en trouver de presque globuleuses, lisses et comme poisseuses, mais ces dernières sont rarement pleines. Le bon Jalap est pesant, solide, dur et souvent corné. Il devient cassant lorsqu’on le conserve longtemps. Sa cassure est résineuse, et non fibreuse. Il est coloré, intérieurement, en brun noirâtre pâle, ou en blanc sale. Il a une odeur faible de fumée, ou plutôt de café, et une saveur fade, accompagnée d’âcreté.

Structure microscopique. — Sur une coupe transversale, le Jalap n’offre pas de structure radiée, mais de nombreux petits cercles concentriques qui, 'sur un grand nombre d’échantillons, sont très-régulièrement disposés. Ils sont dus aux cellules laticifères, qui ne diffèrent du parenchyme environnant que par leur contenu et leurs dimensions plus considérables. Ces laticifères traversent le tissu en direction verticale, en constituant des bandes verticales, ainsi qu’on peut l’observer sur une coupe longitudinale. Les cellules qui les forment sont simples et disposées les unes au-dessus des autres, sans former de vaisseaux véritables comme ceux qu’on trouve dans la Laitue et le Pissenlit.

Les faisceaux fibro-vasculaires du Jalap ne sont ni nombreux ni larges ; ils sont accompagnés par des cellules à parois minces, de sorte qu’il n’existe pas de faisceaux ligneux durs. Les cellules parenchymateuses sont abondantes, et paraissent former, sur une coupe longitudinale, des couches concentriques. Les cellules laticifères se trouvent toujours dans la partie extérieure de chaque couche. La zone de suber qui recouvre la racine est formée, selon l’habitude, de cellules tabulaires. Le parenchyme du Jalap est rempli de grains d’amidon. Dans les morceaux qui ont été desséchés à la chaleur, l’amidon se présente en masses amorphes. La drogue, au lieu d’être farineuse, offre alors une consistance cornée et une cassure grisâtre. Les cellules laticifères contiennent le jalap à l’état de résine demi-fluide, même dans la drogue sèche. Lorsqu’on humecte les coupes minces avec un liquide aqueux, des gouttes d’huile sortent des cellules.

Composition chimique. — Le Jalap doit ses propriétés médicinales à une résine qu’on peut extraire en épuisant la drogue avec de l’alcool, concentrant la solution alcoolique jusqu’à réduction à un faible volume, et la versant ensuite dans l’eau. La résine se précipite; on la lave et on la dessèche. La racine en contient dans la proportion de 12 à 18 pour 100 (1).

(1) Guibourtcn retira 17 pour 100; Umney, 21,5; Squibb, de 11 à IG; T. et H. Smith, «pas plus de 15» Iianbury, de 11 îi 15,8 pour 100. Un Jalap poussé iiBonn en donna

118 CONVOLVULACÉES.

Do cette résine brute, qui constitue la Résina Jalapæ des pharmacopées, on extrait, à l’aide de l’éther, de 5 à 7 (12 d’après Umney) pour 100 d’une résine qui, d’après Kayser (1), se solidifie en partie en aiguilles cristallines, lorsqu’on la met en contact avec de l’eau. Nous ne pouvons pas confirmer l’assertion de Kayser. La résine insoluble dans l’éther constitue l’une des substances auxquelles on a appliqué le nom de Jalapine (2). W. Mayer, en 1852-1855, la désigna sous le nom de Convolvuline (3) ; il trouva sa composition représentée par la formule G31H50O16. Lorsque celte substance est purifiée, elle est incolore, se dissout facilement dans les alcalis fixes, et n’est pas reprécipitée par les acides parce qu’elle s’est transformée, par absorption d’eau, en acide Convolvulique qui est amorphe, et facilement soluble dans l’eau. La convolvuline et l’acide convolvulique se décomposent, lorsqu’on les chauffe doucement avec les acides dilués ou avec de l’émulsine, en Convolvulinol qui est cristallisable, C'26H50O7, et en sucre. Le convolvulinol, mis en contact avec des alcalis aqueux, se convertit en acide Convolvulinolique, CS8H480*, qui est peu soluble dans l’eau et cristallisable.

Lorsqu’on traite la convolvuline ou ses dérivés par l’acide nitrique, il se produit de l’acide oxalique, et un corps qui a été désigné sous le nom d’acide Ipomæique, C10Hl8O4, isomérique de l’acide sébacique.

La convolvuline sèche fond à 150" G., mais l’addition d’une faible proportion d’eau la rend fusible au-dessous de 100° G. Elle est insoluble dans l’huile de térébenthine et dans l’ammoniaque. Elle se dissout dans l’acide nitrique dilué, sans se colorer ou dégager de gaz. La convolvuline possède à un haut degré les propriétés purgatives du Jalap. 11 n’en est est pas ainsi du convolvulinol.

Les autres principes constituants du Jalap sont : de l’amidon, un sucre incristallisable, delà gomme et de la matière colorante. Le sucre y existe, d’après Guibourt, dans la proportion de 19 pour 100.

Commerce. — Nous ignorons dans quelle proportion le Jalap est produit par le Mexique. Les importations de la drogue dans le Royaume- Uni s’élevèrent, en 1870, à 169 951 livres. 11 en parut récemment (1873)

à Marquart 12 pour 100. Une racine cultivée il Municli en donna à Widnmann 22 pour 100. W. G. Smith en retira de 9 il 10 pour 100 de plantes venues h Dublin. Do beaux échantillons provenant d’Ootacamund, dans l’Inde, donnèrent à l’un de nous 18 pour 100 de résine. Broughton pense que l’exposition à l’air, pendant la dessiccation, des tubercules coupés en tranches, favorise la formation de la résine par oxydation d’un hydrure de carbone.

(1 J Gmelin, Chemistry, 18G4, XVI, 159.

(2) Notamment par Pereira, Elem. of Mat. Med., 1850, II, 1463.

(3) Gmelin, loc. cit., XVI, 154.

de très-grandes quantités dans les ventes de drogues de Londres.

Usages. — Le Jalap est employé comme cathartique énergique.

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