RHIZOME ET RACINE DE BELLADONE
P a dix Belladonæ; angl., Belladonna Root; allem., Belladonna Wurzel.
Origine botanique. — Atropci Bellcidonu L. C’est une grande herbe glabre ou légèrement velue, à souche vivace. Elle est originaire du centre et du sud de l’Europe, où elle croît dans les clairières des bois. Elle s’étend vers l’est jusque dans la Crimée, le Caucase et le nord de l’Asie Mineure. En Angleterre, on la trouve surtout dans les* districts du Sud, mais il est douteux qu’elle y soit à l’état indigène. Elle n’est pas indigène non plus en Norwége, et ne supporte pas, même à l’état cultivé, le climat de Christiania (Schübeler). Dans quelques parties de 1 Angleterre et de la France, on la cultive pour l’usage médical (a).
Historique. — Quoique la Belladone ne puisse guère avoir été incon-
(1) Statement of the t rade and navigation of Bombay for 1872-73, P. II, 58, 91.
nue des auteurs classiques de l’antiquité, il est difficile de la reconnaître dans les écrits qu’ils nous ont laissés.
Saladinus d’Ascoli (I), qui fit, vers 1430, une énumération des plantes médicinales, nomme les feuilles du Solatrum furialee t du Solatrum minus ; la première de ces plantes est probablement la Belladone. Cependant, la première mention indubitable de cette plante que nous ayons trouvée, est peut-être celle du Grand Herbier , imprimé à Paris, probablement vers 1304 (5). Elle est mentionnée, vers la même époque, sousle nom de,Sblatruni mortale ou Dolwurtz dans les écrits d’Hieronymus Brunschwyg (3).
En 1342, la Belladone fut bien figurée, sous le nom de Solanum Somniferurn ou Dollkraut, par le botaniste allemand Leonard Fuchs, qui connaissait bien ses propriétés toxiques (4). Elle fut méconnue par d’autres écrivains de cette époque , notamment par Tragus (5) qui reproduisit la figure de Fuchs sous le nom de u Solanum hortense! » Matthiolus, en 1548, la nomme Solanum majus, et dit qu’elle est désignée par les Vénitiens sous le nom d'Herba Bella donna , parce que les dames italiennes emploient l’eau distillée de la plante comme cosmétique. L’introduction de la racine de Belladone dans la médecine anglaise est de date récente ; elle est due à M. Peter Squire, de Londres, qui, vers 1860, la recommanda comme base d’un liminent anodin très-employé.
Description. —La Belladone possède une grande racine (6) épaisse de 2 à 5 centimètres, et longue de 30 centimètres ou davantage, de laquelle partent des branches divergentes. Extérieurement, les racines fraîches sont d’un brun terreux, rugueuses, avec des cicatrices et des rides transversales. L’écorce est épaisse et succulente, et colorée intérieurement, ainsi que la portion centrale, en blanc crémeux foncé. La racine principale offre une structure radiée bien marquée. Cette racine possède une odeur terreuse, et une saveur d’abord faible puis brûlante, (t La racine sèche de Belladone » se vend en morceaux irréguliers, rugueux, colorés en gris sale au dehors, blanchâtres à l’intérieur. Ils se cassent
(1) Compendium Aromatariorum, 1488.
(2) Le Grand Herbier en francoys, contenât les qualités, vertus et propriété: des herbes, etc., Paris (sans date), in-4°, cap. De Solastro rustico.
(3) Bas dcstillier Buch (sub. voce NachtschetWasser) , Strassb., 1545; il en existe une édition de 1S0Ü.
(4) Historia Slirpium, Basil., 1342, 689.
(5) De Stirpium Historia, 301.
(6) La partie que les auteurs nomment ici « racine t et ailleurs « racine principale », est, en réalité, une tige souterraine, un véritable rhizome. La « Racine de Belladone », dos Pharmacopées, est constituée à la fois par ce rhizome et par les racines véritables, Le rhizome a une moelle, tandis que les racines en sont dépourvues. [Trad.]
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facilement; leur cassure est courte ; ils exhalent une odeur terreuse qui n’est pas sans analogie avec celle de la racine de réglisse. On doit préférer les racines qui n’excèdont pas la grosseur du doigt. Celte drogue est importée, en majeure partie, d’Allemagne ; elle est souvent de qualité douteuse. Les racines cultivées en Angleterre, et achetées à l’état frais, (on rejette celles qui sont vieilles et grosses), lavées, puis divisées transversalement en morceaux, et séchées à une chaleur douce, constituent un article de meilleure qualité.
structure microscopique.— Il existe une différence anatomique considérable entre «la racine principale» et les branches, la première contenant seule une moelle distincte enfermée dans un cercle ligneux que traversent des rayons médullaires étroits. Dans la partie extérieure du cercle ligneux, le tissu parenchymateux est plus abondant que les faisceaux vasculaires. Sur la section transversale des branches de la racine, on trouve une colonne fibrovasculaire centrale à la place de la moelle. Les faisceaux vasculaires extérieurs n’offrent pas d’arrangement régulier, et les rayons médullaires ne sont pas nettement visibles dans la coupe transversale.
Lapartie ligneuse de «la racine principale » et de ses branches offre des vaisseaux ponctués très-larges, accompagnés de tissu parenchymateux. Les cellules de ce dernier ont toujours des parois minces, et l'absence de tissu ligneux proprement dit rend compte de la cassure facile de la racine. Le prosenchyme, dont les vaisseaux sont entourés, prendparfois une teinte brunâtre, présente une apparence cireuse, et offre alors une structure très-irrégulière. Dans la portion corticale de la racine de Belladone, un grand nombre des cellules de la couche moyenne sont, comme les cellules de la moelle, remplies de cristaux octaédriques, extrêmement petits, d’oxalate de calcium, mais le plus grand nombre des cellules contiennent des grains d’amidon.
Composition chimique. — En 1833, Mein retira de la racine de Belladone un alcaloïde cristallisable l'Atropine, C17H23Az03, que Geiger et Hesse retirèrentdes parties herbacées. Les recherches de Lefort, en 1872,
Fig. 164. Tigo souterraine de Belladone. Coupe transversale.
ont prouvé que les racines contiennent cet alcaloïde en proportion très-variable et que les jeunes en sont plus riches que les vieilles (I). La proportion maximum obtenue fut 0,6 pour 100. Elle fut retirée d’une racine delà grosseur du doigt. Les grosses racines, âgées de 7 à 8 ans, en donnèrent d°e 0,25 à 0,31 pour 100. Elles possèdent une écorce relativement plus mince que les jeunes racines, et c’est particulièrement dans l’écorce que paraît résider l’alcaloïde. Les fabricants d’atropine emploient uniquement la racine.
Ludwig et Pfeiffer (1861), en décomposant 1 atropine par le chromate de potassium et l’acide sulfurique, obtinrent de l’acide benzoïque et de la propylamine. D’autres produits se forment lorsqu’on traite l’atropine par l’acide chlorhydrique concentré, l’eau de baryte ou la soude caustique; on obtient l’équation suivante : Atropine, C17H23Az034-IT1 20 == acide Tropique , C9H,0O3 + Tropine , C8HlsAzO.
L’acide tropique est cristallisable, et se décompose facilement en acide Atropique, et en acide Isatropique, qui sont l’un et l’autre isomères avec l’acide cinnamique, C0H8O2. La tropine est fortement alcaline, soluble dans l’eau et dans l’alcool, et forme, par évaporation de ses solutions étbérées, des cristaux tabulaires. Ni la tropine, ni l’acide tropique ne préexistent, d’après Kraut (1863), dans les feuilles et la racine de Belladone.
Hübschmann a découvert, en 1858, dans la racine de Belladone, un second alcaloïde, la Belladonine, qui est incristallable, et possède un aspect résineux, une réaction alcaline manifeste, et émet comme 1 atropine, lorsqu’on le chauffe, une odeur particulière.
La racine de Belladone contient en outre, d’après Richter (1837) et Hübschmann, une substance fluorescente, et une matière colorante rouge nommée Atrosine (2). Cette dernière existe en grande quantité dans le fruit, et demande probablement de nouvelles recherches.
Usages. — La racine de Belladone est surtout employée dans la fabrication de l’atropine, qui sert pour dilater la pupille. On emploie aussi, contre les douleurs névralgiques, un Uniment préparé avec la racine de Belladone.
Les AtropaL. ( Généra , n. 249, ex parte) sont des Solanacées de la tribu des Atropéesà calice accrescent, étalé en étoile à la base du fruit mûr ; a corolle campa-
(1) Pour le procédé employé par Lefort clans l’estimation de- 1 alropine, voyez p. 139.
(2) Gmelin, Chemistry, 18GG, XVII, 1. Voir de plus Fassbisndeu, Deutsche chemisette Gesellschaft, 1870, 1357.
SOLANACÉES.
miléc; a anthères déhiscentes par des fentes longitudinales, non commentes • à haie pulpeuse et succulente.
I. Alropa belladona L. (Spec., 200) est une plante à souche vivace, épaisse, charnue, ramifiée, un peu traçante, que les auteurs confondent avec la racine, émettant au printemps des rameaux aériens verts et charnus, à feuilles et à rameaux très-entraines, de taçon que, la ramification paraisse dichotome. Les rameaux sont verts, finement pubescents ou glanduleux vers le haut. Les feuilles sont d’un vert foncé, glabres ou finement pubescentes, alternes, simples, entières ou légèrement sinuôes ; elles sont longues de 1 0 a 20 centimètres et larges de 6 à 1 0 centimètres, ovales, atténuées à la base en un pétiole
court, acuminées. Les fleurs sont solitaires à l’aisselle des feuilles qui, par suite d’entraînements, sont disposées par deux à la même hauteur,
1 une grande, et l’autre beaucoup plus petite. Les fleurs sont grandes, pédicellées, un peu penchées. Le calice est profondément découpé en cinq lobes verts, pubescents, beaucoup plus courts que la corolle, mais s’accroissant en même temps que le fruit, et formant autour de lui, à la maturité, une grande collerette "verte, en étoile. La corolle est campanulée, un peu rétrécie a la base, violette, pubescente en dehors, un peu plissée longitudinalement, divisée en cinq lobes courts, arrondis, réfléchis en dehors. L’androcée est formé de cinq étamines alternes avec les lobes de la corolle, connées à son tube, incluses, à filets assez longs, velus à la base, à anthères courtes, biloculaires, introrses, déhiscentes par deux fentes longitudinales, non conniventes, réfléchies sur le filet après la déhiscence. Le gynécée est formé d’un ovaire biloculaire surmonté d’un style cylindrique, inclus, capité. Chaque loge ovarienne contient, sur un gros placenta charnu, un grand nombre d’ovules anatropes. Le fruit est une baie grosse comme une cerise, arrondie, colorée en violet-noir à la maturité, très-pulpeuse, à suc noirâtre, contenant un grand nombre de graines aplaties, albuminées à embryon recourbé. [Thad.]