FEUILLES DE BELLADONE
Folia Belladonæ; angl., Belladonna Leaues ; nllem., Tollkraut.
Origine botanique. — Atropa Belladona L.
Historique. — Les feuilles de Belladone, et l’extrait qu'on prépare avec elles, furent introduits dans la Pharmacopée de Londres, en 1809. Pour plus de détails sur l’histoire de la Belladone, voyez l’article précédent.
Description. — La Belladone, ou Morelle meurtrière, produit des tiges herbacées épaisses, lisses, qui atteignent de ■lm,‘2üà lœ,50 de haut.
HISTOIRE des DROGUES D’ORIGINE VÉGÉTALE. 139
Elles sont simples dans la partie inférieure, puis ordinairement trifurquées ensuite bifurquées, et produisent, sur leurs branches supérieures un grand nombre de feuilles d’un vert brillant, disposées en paires inégales, portant, dans leur aisselle, des fleurs solitaires, pendantes, pourpres, en forme de cloches, et de grosses baies noires et
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Les feuilles ont 10 à 20 centimètres de long; elles sont pédonculées, largement ovales, acuminées, atténuées à la base, molles et juteuses ; celles des tiges stériles sont alternes et solitaires. Les jeunes pousses sont pubescentes, à poils noirs et courts, qui, sur le calice, sont parfois très-persistants, et prennent le caractère de glandes visqueuses. Les feuilles exhalent, lorsqu’on les froisse, une odeur désagréable, herbacée, qui disparaît par la dessiccation. Desséchées, elles sont minces et friables, colorées en vert brunâtre sur la face supérieure, grisâties en dessous. Leur saveur est désagréable, un peu amère. 1 00 livres de feuilles fraîches ne donnent que 16 livres de feuilles sèches (Squiie).
Compositiou chimique. — Le principe important des feuilles de Belladone est Y Atropine. Lefort, en 1872 (1), a déterminé sa proportion en épuisant, par l’alcool dilué, les feuilles préalablement desséchées à 100° G. concentrant la teinture, et précipitant l’alcaloïde a l’aide d’une solution d’iodohydrargyrate de potassium. Le précipité ainsi obtenu contenait, d’après le calcul de Lefort, 33,25 pour 100 d’atropine.
Lefort examina les feuilles de plantes cultivées et déplantés cioissant à l’état sauvage dans les environs de Paris ; il les recueillait avant et après la floraison. Il trouva que la culture ne modifie pas la proportion de l’alcaloïde ; que les fèuilles des jeunes plantes sont moins riches que celles recueillies pendant la floraison. Ges dernières, desséchées, lui donnèrent de 0,44 à 0,48 pour 100 d’atropine.
Les feuilles de Belladone contiennent de Y Asparagine qui, d’après Biltz (1839), cristallise dans l’extrait longtemps conservé. Cependant Attfield, en 1862, no trouva dans l’extrait que des cristaux de chlorure et de nitrate de potassium. Le même chimiste obtint, par la dialyse du suc de Belladone, du nitrate de potassium, et des prismes carrés d’un sel de magnésium, contenant un acide organique. Le suc lui donna aussi de l’ammoniaque (2). Les feuilles desséchées nous ont donné 14, o pour 100
(1) Journ. de Pharm., 1872, XV, 209, 341.
(2) Le suc frais conservé pendant quelques jours dégage des vapeurs iougcs (d acide ,e le vase qui le contient (H. S. Evans, in Pharm. Journ., 18b0,
nitreux?; lorsqu’on ouvr IX, ICO).
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Usages. — Les feuilles lie Belladone sont employées, à l’état frais pour la préparation de V Extrait de Belladone , et, à l’état sec, pour pré! ~ tdnture- 0n doil recueillir lorsque la plante est en pleine
STRAMOINE.
Herb“ Stramonii- anSl- Stramonium, Thornapple; nllcm., StechapfeMæltcr.
Origine botanique. - Datura (I) Stramonium L. C’est une grande lerbe dressee, annuelle, à croissance rapide, à fleurs blanches, rappelant par leur forme celles des Convolvulus, et à fruits ovoïdes, épineux On la trouve aujourd’hui à l’état de culture dans presque toutes les régions tempérées et chaudes du globe. Dans le sud de l’Angleterre on la
trouve fréquemment en grande abondance, surtout auprès des jardins et des habitations (a).
Historique. — Les botanistes ont beaucoup discuté sur la patrie de cette plante, et sur son aire primitive de distribution. Alphonse de CandoUe (2)> aPrès avoir discuté avec talent les arguments avancés en faveur de 1 opinion qui considère la plante comme originaire à la fois de 1 Europe, de 1 Amérique et de l’Asie, énonce son opinion de la façon suivante : « Le Datura Stramonium paraît être indigène de l’ancien monde, probablement des bords de la mer Caspienne et des pays adjacents, mais certainement pas de l’Inde. Il est douteux qu’il existât en Europe à l’époque des anciens Romains, mais il paraît s’être répandu de lui-même, entre cette époque et celle de la découverte de l’Amérique. » La Stramoine fut cultivée à Londres, vers la fin du seizième siècle, par Gerarde. Il en avait reçu les graines de Constantinople, et propagea beaucoup la plante, dont il tenait en haute estime les propriétés médicinales. Son emploi, à une époque plus récente, est dû aux expériences de Stôrck (3).
Description. — La Stramoine possède une tige herbacée, verte, dressée, vigoureuse, qui, cà peu de distance au-dessus du sol, émet des ra-
(1) Le mot Datura vient du sanskrit D'/iustùra, nom appliqué au Datura fastuosa L. Nous ignorons l’origine du mot Stramonium.
(2) Géographie botanique, 1855, II, 731.
(3) Libellas quo demonslratur Stramonium, Hyoscyamum, Aconitum... esse remedia Vindob., 1762.
meaux étalés, bifurques, dans l’angle desquels se développe une fleur solitaire, blanche, à laquelle succède une capsule ovoïde et épineuse. Au niveau de chaque bifurcation, en dehors, est une large feuille. Cette disposition des parties se répète plusieurs fois, et, lorsque la plante jouit d’une croissance vigoureuse, elle se ramifie beaucoup, et acquiert, dans le cours de l’été, une taille considérable.
Les feuilles de la Stramoine ont un long pétiole. Le limbe est inégal à la base ; il est ovale, acuminé, sinueux-denté, avec des dents ou des lobes larges, pointus; il est velu à l’état jeune, et glabre à la maturité. A l’état frais, les feuilles sont fermes et succulentes, et émettent, lorsqu’on les froisse entre les doigts, une odeur fétide, désagréable. Les plus grandes feuilles des plantes de moyenne taille ont de 15 à 20 centimètres, et plus, de long. Pour l’usage médicinal, on arrache la plante entière, on enlève les feuilles et les j eunes pousses, qu’on coupe en bandes courtes destinées à être introduites dans une pipe ou roulées en cigarettes; c’est surtout sous cette forme qu’on en fait usage en Angleterre. L’odeur forte de la plante fraîche disparaît sous l’influence de la dessiccation, et est remplacée par une odeur très-agréable. L herbe sèche possède une saveur salée et un peu amère.
Composition chimique. — Les feuilles de Stramoine contiennent, ainsi que les graines, un alcaloïde, la Datunne (voy. page 144) en trèsfaible proportion, pas plus de 2/10 à 3/10 pour 1000. Elles sont riches en principes salins et terreux. Les feuilles choisies, desséchées à 100° G., nous ont donné 17,4 pour 100 de cendres.
Usages. — Les feuilles de Stramoine ne sont guère employées qu’en cigarettes ou dans la pipe, et fumées, comme le tabac, contre l’asthme.
Substitution. — Datura Tatula L. Cette plante est très-voisine du Datura Stramonium L. Elle se propage dans les champs cultivés avec presque autant de facilité que la Stramoine, mais elle n’est pas aussi répandue. De Candolle pense qu’elle est indigène des parties chaudes de l’Amérique, d’où elle a été importée en Europe, vers le seizième siècle, et naturalisée en Italie, puis dans le sud-ouest de l’Europe. Plusieurs botanistes réunissent cette plante au Datura Stramonium, maisNaudin (1 ), qui a étudié les deux plantes avec la plus grande attention, surtout au point de vue de leurs hybrides, les considère comme distinctes. Le Datura Tatula diffère du Datura Stramonium par sa tige, les pétioles et les nervures de scs feuilles qui sont pourpres, au lieu d être verts,
(!) Comptes rendus Ac. sc., 18G2, LV, 32!.
SOLANACÉES.
]mi sa corolle et ses anthères violettes et non blanches; mais ces caractères, si toutefois on peut les admettre, n’ont qu’une bien faible importance botanique. On a recommandé de fumer le Uatura Tatula contie 1 asthme, et 1 on a considéré son action comme plus énergique que celle du IJatura Stramonium. Il nous est impossible d.’apprécier la valeur relative de ces deux plantes.
(a) Les )atura L. (Généra, n. 246) sont des Solanacées de la tribu des Solanées, à calice tubu eux, se divisant, <\ la maturité, en deux parties dont la supérieure tombe avec la corolle, et 1 inferieure persiste à la base d u fruit ; à corolle infundibuliforme * a anthères déhiscentes par deux fentes longitudinales ; à fruit capsulaire, déhiscent en quatre valves.
Le Datura Stramonium L. (Spec., 255) est une plante annuelle, herbacée, robuste, dressée, a rameaux entraînés de façon à former une ramification en apparence dichotomique. La plante est entièrement glabre et d’un vert sombre. Les feuilles sont alternes, longuement pétiolées, ovales-acuminées, lobées, îi lobes munis de dents aiguës et un peu recourbées. On trouve dans la partie supérieure de la tige, au niveau de chaque feuille, trois axes : deux latéraux, destinés à produire eux-
mêmes des feuilles, et un médian court, terminé par une fleur. Chacun des deux axes latéraux offre à son tour, un peu plus haut, une feuille, et à sa hauteur trois axes qui se comportent comme les précédents.
La fleur est ainsi toujours solitaire. L'axe qui la porte est court, cylindrique. Le calice est gamosépale, à tube long, formant, dans la préfloraison, un sac allongé et conique, pentagonal. Il est découpé en cinq dents courtes, triangulaires, aigues, dont les nervures médianes continuent les cinq côtes du tube. La préfloraison est valvaire. La corolle est blanche, très-grande, infundibuliforme, à cinq lobes acuminés-subulés, formant chacun, au niveau de leur nervure médiane, un pli saillant, et tordus dans la préfloraison. L’audrocée est formé de cinq étamines alternes avec la corolle, incluses, à filets connés au tube de la corolle, îi anthères oblongues, allongées, biloculaires, introrses, déhiscentes par deux fentes longitudinales. Le gynécée est formé d’un ovaire îi deux loges, contenant chacune de nombreux ovules anatropes insérés sur un placenta central. L’ovaire estsurmonté d’un style cylindrique, à peu près aussi long que les étamines, terminé par un renflement stigmatique un peu aplati et imparfaitement bilobé. Le. fruit est une capsule A deux loges, subdivisées chacune, dans le bas, en deux loges secondaires, à l’aide d’une fausse cloison formée par le placenta. Pour bien comprendre cette structure, il est nécessaire de faire des coupes transversales du fruit à différentes hauteurs, et mieux
Fig. 166. Datura Stramonium,
encore de suivra sa formation. Au début, la cloison inmce qui séparé les deux loges porte, sur chacune de ses faces, un placenta vertical chargcd ovules. Vers la base du Lt la lame placentaire fait bientôt, dans chaque loge, une saillie de plus en plus prononcée pendant que les deux lèvres de son bord externe, chargées d ovules, s épaississent ’ et s’écartent. Une saillie se forme ensuite entre ces deux lèvres, et va rejoindre la face' interne de la paroi dorsale de la loge. Cette dernière se trouve alors divisée en deux fausses loges, dont chacune offre un gros placenta saillant charge d ovules. La situation de ces deux lames placentaires sur la fausse cloison es tres-variable ; elles sont parfois tellement rapprochées delà paroi externe delà capsule, qu elles paraissent pariétales. Ces phénomènes ne se produisent pas dans la superieuie
du fruit qui reste biloculaire. La déhiscence est septicide, a quatre valves , elle s fectue par deux fentes longitudinales, qui se coupent en croix; Lune se produit au niveau de la vraie cloison, et l’autre au niveau des fausses cloisons. Les graines sont nombreuses, réniformes, à téguments noirs et chagrinés ; a albumen contenant un embryon courbé. [Trad.]
GRAINES DE STRAMOINE.
Sente» Stramonii; Semences de Stramoine; angl., Stramonium Seeds ; allem , S techapfelsamen.
Origine botanique.— Datura Stramonium L. (voy. l’article précédent).
Description. — La capsule ovoïde et épineuse de la Stramoine s’ouvre au sommet en quatre valves régulières. Elle est biloculaire ; chaque loge, incomplètement divisée en deux loges secondaires, contient un grand nombre (400 environ). de graines aplaties, réniformes. Les graines sont noirâtres ou d’un brun foncé; elles ont environ 4 milli mètres de long, et 1 millimètre d’épaisseur ; elles sont amincies au niveau du hile, qui est situé sur la face la plus droite. La surface de la graine est creusée de petites fossettes, et marquée d’un grand nombre de réticulations ou de rugosités plus prononcées. Sur une section parallèle aux faces de la graine, on voit un embryon contourné suivant la courbure de la graine, et plongé dans un albumen huileux, blanc. Sur une coupe transversale, l’embryon paraît cylindrique. Les graines ont une sa veur un peu amère, et exhalent, lorsqu’on les brise, une odeur désagréable. Lorsqu’on fait digérer les graines entières dans l’alcool, elles donnent une teinture douée d’une fluorescence verte.
structure microscopique. — Le testa est formé d une couche Iules allongées radialement, à parois épaisses. Loin foi me n e- 1 PdS simplement cylindrique, mais leurs parois sont sinueuses et pUocs dans le sens de la longueur. Vues sur une coupe tangenticllc par rapport a la surface, les cellules paraissent pénétrer les unes dans les autres. A la surface de la graine, les parois cellulaires s’élèvent en tubercules et en
SOLANACÉES.
plis qui donnent à la graine son apparence réticulée, et forment les fossettes dont elle est creusée. L’albumen et l’embryon offrent les contenus habituels, c est-à-dirc des gouttes d’huile grasse, et des substances albuminoïdes.
Composition chimique. — Le principe actif des graines de Stramoine est un alcaloïde puissamment toxique, la Daturine. Elles en contiennent seulement 1/10 pour 100, tandis que les racines et les feuilles en renferment encore moins (1). La daturine fut découverte, en 1833, par Gciger et Hesse. Elle fut considéré par A. von Planta, en 1850, comme identique avec 1 atropine. Il lui trouva la composition chimique de ce dei niei alcaloïde. Les deux corps se ressemblentparleur solubilité, et leur point de fusion, qui est de 88° à 90° C. Ils cristallisent avec la même facilité. Les expériences de Schroff (1852) tendent à montrer que la datuiine et 1 atropine agissent delà même façon, ce qui confirmerait encore l’identité des deux substances. Cependant, la dernière est deux fois plus toxique que la première. Il paraît résulter des observations faites par Erhard, en 1866, que la forme cristalline de quelques-uns de leurs sels est différente. Dans les graines de la Stramoine, la daturine paraît être combinée à l’acide malique. Les graines donnèrent à Cloëz (1865) 2,9 pour 100 de cendres et 25 pour 100 d’huile fixe.
Usages. — On prescrit les graines de Stramoine, sous forme d’extrait ou de teinture; on les considère comme sédatives et narcotiques.