FEUILLES DE JUSQUIAME
Folia Byoscyami ; angl., Henbane Leaves ; allcrn., Bilsentcraut.
Origine botanique. — Hyoscyarffus niyer L. C’est une herbe trapue, h feuilles molles, visqueuses, velues, douées d’une odeur désagréable; à fleurs pâles, jaunâtres, élégamment veinées de pourpre ; à calice tubuleux, cinq-denté (a). On la trouve en Europe, depuis le Portugal et la Grèce jusque dans le centre de la Norwége et de la Finlande ; en Égypte, dans l’Asie Mineure, le Caucase, la Perse, la Sibérie, et le nord de l’Inde. On la cultive aujourd’hui dans l’Amérique du Nord (I) et le Brésil. Eu Angleterre, on la trouve à l’état sauvage, surtout dans le voisinage des habitations, et on la cultive pour l’usage médical. La Jusquiame existe à l’état de deux variétés, connues sous les noms d 'annuelle et bisannuelle, mais n’offrant guère aucun caractère botanique différentiel.
La Jusquiame bisannuelle ( Hyoscyamus niyer , var. a biennis ) est plus estimée pour les préparations pharmaceutiques. On l’obtient de graines. La plante ne produit la première année qu’une rosette de nombreuses
(1) Elle a été naturalisée dans l’Amérique du Nord avant 1672. Elle est, eu effet, mentionnée par Josselyn, dans son New England’s Rarities discovered (Lond., 1672), parmi les plantes « sprung up since lhe English planted, and kept cattlc in New Eugglatid. »
feuilles pédonculées, longues de 25 centimètres ou davantage. La seconde année, clic émet une tige fleurie haute de 30 à 60 centimètres. La plante entière meurt après la maturation des fruits.
La Jusquiame annuelle ( Hyoscyamus niger , var. P annua, vel agrestis) est plus petite, et parcourt toutes les périodes de son développement pendant une seule saison. Elle constitue la forme sauvage commune, mais elle est également cultivée par les herboristes (1).
Historique. — L 'Hyoscyamus, nom sous lequel on distinguait probablement autrefois une espece voisine, du sud de 1 Europe, I Hyoscyamus albci, était considéré comme médicinal par les anciens. Cette plante est particulièrement recommandée par Dioscoride. En Europe, la Jusquiame est employée depuis une époque très-reculée. Benedictus Grispus, archevêque de Milan, dans un ouvrage écrit peu avant 681, la mentionne sous le nom d 'Hyoscyamus et de Symphoniaca (2). Au dixième siècle, ses propriétés furent particulièrement rappelées par Macer Floridus (3) qui la nommait Jusquiamus. Il en est fait mention, fréquemment, dans les ouvrages médicinaux anglo-saxons du onzième siècle (4). Elle y est appelée Henbell et parfois Belene; ce dernier nom dérive peut-être, de ptXivo’JViia, terme que Dioscoride (5) indique comme le nom gaulois de la plante'. Le mot Hennebone se trouve, avec les synonymes Jusquiame et Chenille , dans un vocabulaire du treizième siècle, et le mot Hennebane dans un vocabulaire latin et anglais du quinzième siècle (6). Dans YArbolayre , herbier français du quinzième siècle (7), la plante est décrite sous le nom d 'Hanibcine ou Hanebane de la façon suivante : « Elle est aultrement appelée cassilago et aultrement simphoniaca. La semence proprement a nom jusquiame ou hanebane, et herbe a nom cassilago...» Les termes Hyoscyamus et JuSquiamus dérivent du grec Tocy.ùajzoç, c’està-dire : f'eve à cochon. Quoique la Jusquiame constitue un remède d’une puissance incontestable, elle tomba en désuétude pendant la première moitié du siècle dernier. Elle ne figura pas dans les Pharmacopées de Londres de 1756 et de 1778, et n’y fut rétablie qu’en 1809. Sa réintroduction dans la médecine est due surtout aux expériences et aux recommandations de Store k (8).
(1) Pharm. Journ., 1860, I, 414.
(2) S. de Renzi, Collectio Salcrnitana, Napoli, 1862, I, 74, 84.
(3) De viribus Hcrbarum, édit, par Ciioulant, Lips., 1832, 108.
(4) Leeclidoms, etc., ofEarly England, 1866, III, 313.
(5) Lit>. iv, c. 69 (éd. Sprengel).
(6) Wright, Volume of Vocabularies, 1887, 141, 263.
(7) Voy. t. I, p. 279, note 1; et Brunet, Manuel du Libraire , 1860, I, 377.
(8) Voy. p. 140, note 3.
SOLANACÉES.
Description. — Les tiges de la Jusquiame, celles de la forme annuelle comme celles de la forme bisannuelle, sont couvertes de feuilles molles, visqueuses et velues. Les supérieures sont larges, sessiles, grossièrement dentées, et constituent lesbractées d’unecyme unilatérale ; les moyennes sont munies de dents plus prononcées et amplexicaules ; les inférieures sont pétiolées, ovales-oblongues, découpées en larges dents, et atteignent une grande taille. La tige, les feuilles et le calice de la Jusquiame sont épais, et couverts de longs poils noirs articulés. Le dernier article d un grand nombre de ces poils excrète un liquide visqueux, qui rend la plante gluante. Les poils diminuent sous l’influence de la culture. Après la dessiccation, la nervure médiane, qui est plus claire, devient trèsvisible; le reste de la feuille se ride beaucoup, et prend une coloration d’un vert grisâtre. La drogue, provenant de plantes fleuries, qu’on trouve dans le commerce, est ordinairement très-brisée. L’odeur fétide et opiacée des feuilles fraîches diminue beaucoup par la dessiccation. La plante fraîche ne possède que peu de saveur.
On vend la Jusquiame desséchée sous trois formes qui généralement ne sont pas distinguées par les droguistes : i° plante annuelle. On vend les feuilles et les pousses vertes; 2° plante bisannuelle : feuilles de la première année; 3° plante bisannuelle .'feuilles et pousses vertes. La troisième forme est toujours considérée comme la meilleure, mais il n'a pas été fait d’expériences dans le but de déterminer, d’une façon précise, la valeur relative des trois variétés de la drogue.
Composition chimique. — Le plus important des principes de la Jusquiame, Vlhjoscyamine, fut obtenu, à l’état impur, en 1832, par Geiger et Hesse. Hôhn, en 1871 , l’isola pour la première fois des graines, qui sont beaucoup plus riches que les feuilles (I). On dépouille les graines de l’huile grasse qu’elles contiennent dans la proportion de 26 pour 100, et on les traite par de l’alcool contenant de l’acide sulfurique, qui enlève l’hoscyamine sous la forme de sulfate. On évapore alors l’alcool et on ajoute de l’acide tannique. On mélange le précipité, ainsi obtenu, avec de la chaux, et on l’épuise par l’alcool. L’hyosciamine est de nouveau convertie en sulfate, dont on précipite la solution aqueuse avec du carbonate de sodium; on dissout ensuite l’alcaloïde à l'aide de l’éther. Après évaporation de ce dernier, l’hyoscyamine se présente sous la forme d’un liquide huileux qui, au bout de peu de temps, se concrète
(1) D’après les expériences faites par Schoonbroodt, en 1SG8, il est permis de penser que le principe actif do la Jusquiame peut être extrait plus aisément de la plante fraîche que de la plante sèche.
en touffes de cristaux verruqueux, solubles dans la benzine, le chloroforme, l’éther et l’eau. Hûhn et Reichardt assignent à l’hyoscyamine la formule G15Hs3Az01 2 3 4. Les graines n’en contiennent que 0,05 pour 100.
L’hyoscyamine est facilement décomposée par les alcalis caustiques. Quand on la fait bouillir avec de la baryte, dans une solution aqueuse, elle se décompose en Hyoscine, C°H13Az, et en acide ffyoscinique, C9R10O3. Le premier est un alcaloïde volatil. L’acide hyoscyamique est une substance cristal! isable, ayant une odeur semblable à celle de l’acide benzoïque empyreumatique (1). Attfiekl (2) a montré que 1 extrait de Jusquiame est riche en nitrate de potassium, et autres sels inorganiques. Dans les feuilles, la proportion du nitrate de potassium est, d après Thorey (3), plus considérable avant la floraison. La même observation s’applique à l’hyoscyamine.
Usages. — La Jusquiame est employée, sous forme de teinture, comme médicament anodin, sédatif ou hypnotique. Les expériences de Garrod (4) ont démontré qu’il ne faut pas l’administrer mélangée avec de la potasse ou de la soude libre, qui la rendent tout à fait inerte. L’Hyoscyamine possède, comme l’atropine, la propriété de dilater la pupiUe.
Substitutions. — L ' H yoscyamus albiis L., plante plus grêle que 1 Hyoscyamus niyev , avec des feuilles et des bractées pédonculées, oiiginaiie de la région méditerranéenne, est parfois employée, dans le sud de l’Europe, de la même façon que la Jusquiame officinale. L’ Hyoscyamus insanus Stocks, plante du Beluchistan, est mentionnée dans la Pharmacopœia of India comme douée d’une virulence particulière; on la fume parfois.
(a) Les Jusquiames ( Hyoscyamus Tournefort, lnslit., t. 42) sont des Solanacées de la tribu des Hyoscyamées, ;\ calice campanule, accrescent ; à corolle un peu irrégulière ; à anthères déhiscentes par des fentes longitudinales ; à fruit capsulaire, enveloppé du calice persistant, et déhiscent vers le haut par une fente ciiculaire.
L ’ Hyoscyamus niger L. ( Spec ., 237), vulg. Jusquiame , llanebane , Heibe des chevaux , est une plante annuelle ou bisannuelle, à racine persistante, chai nue, peu ramifiée. Lorsque la plante est bisannuelle, la partie inférieure de la tige peisiste au-dessus delà racine sous la forme d’un cylindre court, couvert de cicatrices et de portions de feuilles. La tige aérienne est haute de 30 à 80 centimètres, dies-
(1) Nous avons eu l’occasion d’examiner, en 1871, ces substances préparées par les chimistes dont nous parlons. [F. A. F.]
(2) Pharm. Jouru., 1 802, III, 447.
(3) Jahrcsbericlit, de Wiggers et Husemann, 18G9, 56.
(4) Pharm. Journ., 1858, XVII, 462; 1809, XVIII, 174.
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SOLANACÉES.
„ont Z !!’ , 1 î’ Bt T <le ',oiIs **«««. visqueux. Les feuilles
t alternes, simples, molles, pubescentcs, les radicales pétioles, les oaulinaires
sessiles et presque amplexicaules. Elles sont longues de S A 10 centimètres enviion Leur contour général est elliptique ou ovoïde, avec une pointe allongée. Leur bord est sinueux, denté, ou bien elles sont dans le bas presque pinnatifides, avec des segments inégaux, tr.angulaires-lancéolés. Vers le haut de la tige, elles sont beaucoup moins découpées, et n’offrent qu’une ou deux paires de dents coniques largessur les rameaux elles sont même fréquemment entières. Les Heurs sont solitaires et sessiles dans 1 aisselle des feuilles supérieures, qui sont très-rapprochées. L’ensemble de l’inflorescence forme ainsi une sorte d’épi florifère, roulé en crosse au sommet, avec les fleurs disposées sur sa face extérieure en par deux rangées verticales. Après la floraison, la portion fructifère do l’axe , s allonge, mais reste courbé en arc. Le calice est tomenteux, à tube cylindrique, un peu renflé à la base, découpé dans le haut en cinq dents courtes, triangulaires, pointues. Il s accroît autour du fruit, et l’enveloppe à la maturité d’un sac desséche, jaunâtre, très-résistant. La corolle est infuudibuliforme, à tube de la même longueur que le calice, à limbe relativement grand, oblique. Son limbe est divisé profondément en cinq lobes imbriqués en quinconce dans le bouton, inégaux, trois plus larges et deux plus étroits et plus courts; il est jaune et parcouru de nervures violettes très-nombreuses , anastomosées en un réseau élégant ; la face interne du tube est colorée en violet foncé. Dans la variété pallidus, la corolle est blan- , châtre, et les nervures ne sont pas colorées. L’androcée
est tonne de cinq étamines alternes avec la corolle, un peu saillantes hors du tube, avec lequel elles sont connées ; leurs filets sont un peu réfléchis et arqués ; leurs anthères sont violettes, courtes, ovoïdes, biloculaires, recourbées en dehors après la déhiscence, qui s’effectue, au niveau de la face interne, par deux fentes longitudinales. Le gynécée est formé d’un ovaire supère, biloculaire, surmonté d’un style cylindrique, oblique, plus long que les étamines, et terminé par une tète stigmatique simple. Chaque loge ovarienne contient un grand nombre d’ovules anatropes, insérés sur un gros placenta porté par la cloison. Le fruit est une pyxide allongée, presque cylindrique, terminée par un dôme qui se détache circulairement. Les graines sont nombreuses, petites, réuiformes et renferment, au centre de l’albumen, un embryon arqué. [Trad.]
Fig. 167.
Eyoscyamus niger.