FEUILLES DE TABAC
Folia Tabati; Herba Nicotianx; angl.. Tobacco; nllem., Tabakblüttcr.
Origine botanique. — Nicoticina Tabacum L. Le Tabac commun est originaire du Nouveau-Monde, et cependant on ne l’y trouve pas aujourd’hui à l’état sauvage (a).
Historique. — Von Martius (I ) a établi que l’habitude de fumer le Tabac était très-répandue, depuis un temps immémorial, parmi les indigènes de l’Amérique du Sud, de même que parmi les habitants de la vallée du Mississipi, limite la plus nord de l’aire dans laquelle sa culture est possible. Les Espagnols trouvèrent le Tabacà Cuba, en 1492, et l’introduisirent en Europe, à cause de ses propriétés médicinales. Ils apprirent des Indiens la façon de fumer cette herbe, et à la fin du seizième siècle cette habitude devint générale en Espagne et en Portugal, d’où elle se répandit dans le reste de l’Europe, en Turquie, en Egypte et dans l’Inde, quoique combattue sévèrement par les gouvernements chrétiens et musulmans.
On pense généralement que l’habitude de fumer le Tabac se propagea en Angleterre, et dans tout le nord de l’Europe, en grande partie grâce h l’exemple donné par sir Walter Raîeigh et ses compagnons.
Le Tabac fut introduit en Chine, probablement par la voie du Japon ou de Manille, pendant le seizième ou le dix-septième siècle; mais son usage fut interdit par les empereurs des deux dynasties de Ming et de Tsing. Il est maintenant cultivé dans la plupart des provinces de la Chine, et y est très-employé (2).
La première description suffisamment exacte de la plante au tabac fut donnée par Gonzalo Fernandez de Oviedo y Valdès, gouverneur de Saint-Domingue, dans son Historici general de las Indias (3), imprimée à Séville en 1535. Dans cet ouvrage, il est dit que l’on fume la plante dans un tube à deux branches, en forme d’Y, que les indigènes nomment Ta baco. C’est seulement vers le milieu de ce siècle qu’on vit des pieds de Tabac croissant en Europe. Les premiers pieds poussèrent à Lisbonne, d’où l’ambassadeur français Jean Nicot en envoya des graines en France, en 1560, en les décrivant comme celles d’une plante médicinale de grande valeur, alors répandue dans le Portugal (4). Monardès (5), en 1571, parle du Tabac comme d’une plante apportée en Espagne quelques années auparavant, et très-estimée à cause de sa beauté et de ses propriétés médicinales. Il s’étend beaucoup sur ces dernières, et décrit les procédés employés par les Indiens pour fumer et chiquer cette herbe.
(1) Beitrüge zur Ethnographie und Sprachenkunde Americas, ■ zumal Brasiliens, 1867, I, 719.
(2) Mayers, in Hong Kong Notes and Queries, mai 1807 ; F. P. Smith, Mat. med. and Nat. Ilist. of China, 1871, 219.
(8 J Lib. v, c. 2. .
(4) Nicot, Thrésor de la langue Fratiçoyse, Paris, 1606, 429.
(5) Segunda parte del libro de las cosas que se traen de nuestras Indias occidentales, que sirven al uso de medicina. Do se trata del Tabaco,,., Sevilla, 1671, 3.
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11 ajoute une petite figure sur bois représentant la plante, qu’il décrit vec des fleurs blanches, rouges au centre. Jacques Gohory (I), qui cul. •va la plante a Paris, dès 1 572, décrit ses fleurs comme tachées dc^ouge et énumère les düféren les préparations médicinales dans lesquelles elle entre. Dans la Maison rustique de Charles Estiennc, édition de J 583 l’auteur donne un « Discours sur la Nicotiane ou Peturri muscle» dans lequel il réclame pour la plante la première place parmi les herbes médicinales, a cause de ses propriétés singulières et presque divines.
La culture du Tabac a été prohibée en Angleterre, sauf en très-petite quantité dans les jardins, par une loi (2) qui est en vigueur depuis 1G60
Description , Parmi les diverses espèces de Mcotiana cultivées pour la fabrication du tabac à fumer et à priser, Je N. Tabacum est de beaucoup a p us frequente. Elle est presque la seule citée dans les Pharmacopées comme médicinale. Sa tige est simple; elle porte au sommet une panicule de fleurs tubuleuses, roses ; elle atteint la taille de l’homme; ses feuilles sont simples, oblongues-lancéolées, entières sur les bords.’ I es feuilles inférieures sont plus largement lancéolées, et atteignent à peu près GO centimètres de long sur 15 centimètres de large. Les feuilles caulinaires sont à demi amplexicaules et décurrentes à la base. Sous 1 influence de la culture, les feuilles deviennent parfois cordées-ovales, et les bords de leur limbe peuvent devenir inégaux ou presque révolutés. Toutes les parties herbacées de la plante sont recouvertes de longs poils, formés de cellules larges, rubanées, striées, et secrétant à leur extrémité un liquide glutineux. De petites glandes sessiles sont distribuées çà et là sur la surface de la feuille. Les nervures latérales partent de la nervure médiane en ligne droite, en formant un angle de 40 à 75 degrés; elles se recourbent un peu vers le bord. Sous 1 influence de la dessiccation, Jes feuilles deviennent cassantes et minces comme du papier, et prennent une coloration brune. On ne peut pas, même à 1 aide des plus grands soins, conserver la teinte verte des feuilles. L odeur de la plante fraîche est narcotique ; sa saveur est amère et nauséeuse. L’odeur caractéristique que possède le Tabac sec se développe pendant les opérations destinées à le conserver.
Composition chimique. — Le principe actif du Tabac, isolé pour la première fois, en 1828, par Posselt et Reimann, est un alcaloïde volatil,
(1) Instruction sur l’herbe Petum clitte en France l’herbe de la Roi/ne ou Mèdicée
Paris, 1572. "J
(2) 12, Car. II, c. 34 ; 15, Car. II, c. 7. — Pour plus de détails sur l’histoire du Tabac voyez : Tiedemann, Geschichte des l'aba/is, Frankfurt, 1854. — Fairiiolt, Tobacco , ils History; with Account of'the Plant, London, 1869.
la Nicotine, G1QHuAz2. On le retire facilement du Tabac au moyen de l’alcool et de l’eau, à l’état de malate, dont on peut séparer l’alcaloïde par agitation avec de la potasse caustique et de l’éther. On expulse l’éther en chauffant le liquide, qui doit être enfin mélangé avec de la chaux éteinte, et distillé dans un courant d’hydrogène. La nicotine commence à se dégager à 200° G. environ.
La Nicotine est un liquide huileux, incolore, lévogyre, ayant pour poids spécifique 1,027, à 15° G., bouillant à 250° C., et ne cristallisant pas, même à — 10° C. Elle possède une réaction alcaline énergique, une odeur désagréable, et une saveur brûlante. Elle acquiert rapidement, par exposition à l’air et à la lumière, une coloration brune, et paraît même subir une certaine décomposition sous l’influence de la distillation dans une atmosphère dépourvue d’oxygène. La nicotine se dissout dans l’eau, mais se sépare quand on ajoute de la potasse caustique. La plupart des sels de nicotine ne cristallissent que difficilement; son chlorhydrate forme avec le chlorure de zinc un composé qu’on peut obtenir en cristaux volumineux. La nicotine constitue le principe puissamment toxique du Tabac. On la trouve, dans les feuilles sèches, dans la proportion d’environ 6 pour 100; mais elle est sujette, à cet égard, à beaucoup de variations. Elle n’a pas pu être trouvée dans le Tabac à fumer par Vohl et Eulenberg (1871), quoique d’autres chimistes assurent qu’elle y existe. Vohl et Eulenberg trouvèrent que les vapeurs contenaient des substances basiques de la série picolinique, et abandonnaient à la potasse caustique de l’acide cyanhydrique, de l’hydrogène sulfuré, plusieurs acides gras volatils, du phénol, et de la créosote. Ils observèrent en outre, pendant la combustion incomplète du Tabac, la formation de lamelles fusibles à 94° G., et ayant la composition C19H18. Les feuilles de Tabac fraîches ou sèches fournissent, lorsqu’on les distille avec de l’eau, un produit trouble dans lequel, ainsi que l’observa Ilermbstâdt en 1823, il se forme, après quelques jours, des cristaux de Nicotianine ou Camphre de Tabac. D’après J. A. Barrai, la nicotianine contient7,!2 pour 100 d’azote (?). En soumettant 4 kilogrammes de bon Tabac de l’année précédente à la distillation avec une grande quantité d’eau, nous avons obtenu de la nicotianine qui flottait à la surface du liquide distillé sous ’ forme de petits cristaux aciculaires, dépourvus d’action sur la lumière polarisée. Ges cristaux n’ont aucun goût particulier, du moins en faible quantité. Ils possèdent une odeur semblable à celle du Tabac, due peutêtre uniquement à l’eau qui les mouille. Nous essayâmes de les séparer par la filtration, mais ils disparurent, probablement dissous dans une
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petite quantité d’huile essentielle qui les accompagnait. L’eau distillée était claire, et offrait une réaction alcaline due en partie à la nicotine; nous, pûmes nous en assurer en ajoutant une solution d’acide tannique, qui détermina un trouble très-prononcé.
Parmi les principes constituants ordinaires des feuilles, le Tabac contient de l’albumine, de la résine et de la gomme. Ces substances de meme que la cellulose de la nervure médiane, produisent pendant leur combustion des principes désagréables au consommateur. Pour éviter cet inconvénient, les fabricants de Tabac à fumer enlèvent la nervure médiane, et s’efforcent de déterminer la destruction des matières désagréables, en même temps que la formation de certains produits de fermentation, qui contribuent peut-être à donner au Tabac son arôme, surtout lorsqu’on y ajoute, pendant la macération, des substances saccharines, du suc de réglisse ou de l’alcool. Les feuilles de Tabac sont remarquablement riches en principes inorganiques. La proportion de ces derniers varie entre 16 h 27 pour -100. D’après Boussingault, ils contiennent câpres dessiccation \ pour 100 environ d’acide phosphorique, et de 3 à o pour 100 de potasse, avec 2 et demi à 4 et demi pour 100 d’azote, en partie a l’état de nitrate. Pour que la plante pousse bien, il lui faut un sol riche ou constamment fumé. Les cendres contiennent environ un quart ou une moitié de leur quantité totale de chaux, qui est combinée dans les feuilles avec des acides organiques, surtout l’acide malique, et peut-être aussi l’acide citrique. La proportion déjà potasse varie beaucoup, mais peut être évaluée, en général, à 30 pour 100 des cendres.
Commerce. — En 1872, il a été importé dans le Royaume-Uni 45549700 livres de Tabac non manufacturé ; plus de la moitié provenait des Etats-Unis d Amérique. La valeur totale de la marchandise importée s elev a à 1 563 882 livres sterling, et l’impôt levé sur la quantité retenue poui la consommation sur place, s’éleva à 6 694 037 livres sterling.
Usages. Le Tabac jouit d’une certaine réputation comme moyen de combattre les obstructions alvines, mais ses propriétés sont très-énergiques, et il n’est que rarement employé.
Substitutions. — Parmi les autres espèces do Nicotiana cultivées, le N. rustica ( b ) est probablement la plus répandue. Elle est facile à distinguer par ses fleurs d’un jaune verdâtre, et par ses feuilles ovales pétiolées. Par suite de leur texture plus serrée, ses feuilles sèchent plus rapidement que celles du N. Tabacum et l’on peut, avec quelques soins, leur conserver leur coloration verte. Le N. rustica produit le Tabac des Indes orientales, et les sortes connues sous le nom de Lalakié et de Tabac
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tia'C. Le N. persica Lindley fournit le Tabac de Shtraz. Les N. quadnv(ih)is Puitsii, iV. multivalvis Lindley, et.Ar. vcpcutda AYi li. d . , sont egalement cultivés. Le dernier ost cultive à la Havane, et est employé dans la fabrication d’une sorte Irès-eslimée de cigares.
(а) Les Tabacs {Nicotiana L., Généra , n° 248) constituent le type d’une série do Solanacées à fleurs régulières et hermaphrodites ; i\ anthères non con inven tes, déhiscentes par deux fentes longitudinales ; à stigmate bilobô; à l'ruit capsulaire, septicide.
Le Nicotiana Tabacum L. {Spec., 258) est une plante annuelle, à racine pivotante, àtige dressée, rameuse, cylindrique, haute de 80 centimètres à lm, 50, couverte d’une pubescence visqueuse. Les feuilles sont alternes, simples, ovales-aigues, atténuées à la base, mais dépourvues de pétioles , entières, pubescentes et visqueuses sur les deux faces. Les fleurs sont disposées à l’extrémité des rameaux eu sortes de panicules de cymes, et accompagnées de bractées ovales, étroites. Le calice est tubuleux, ventru, pubescent, persistant, divisé profondément en cinq lobes aigus au sommet, imbriqués en quinconce dans la préfloraison. La corolle est tubuleuse, infundibuliforme, grande, renflée au niveau de la gorge, colorée en rose au niveau du limbe qui est profondément divisé en cinq lobes plissés et imbriqués dans le bouton, puis étalés, larges, aigus. L’androcée est formé de cinq étamines alternes avec les pétales, de la même longueur que le tube de la corolle, et connées avec lui jusque vers le milieu de sa hauteur, à filets subulés, velus dans le bas, à anthères ovoïdes, obtuses, biloculaires, avec des loges écartées dans le bas, introrses, déhiscentes par des fentes longitudinales. Le gynécée est formé de deux carpelles unis en un ovaire bilooulaire, entouré à la base d’un disque hypogvne, atténué au sommet en un style cylindrique, à peu près de la longueur des étamines, glabre, un peu élargi vei’s le haut en un stigmate aplati, convexe, légèrement bilobé. Chaque loge ovarienne contient un grand nombre d’ovules anatropes, insérés sur un gros placenta charnu que porte la cloison de séparation. Le fruit est une capsule entourée à la base par le calice, ovoïde, pointue, septicide, à deux valves qui se séparent de la cloison munie de ses deux gros placentas. Les graines sont très-nombreuses et très-petites ; elles renferment un embryon petit, recourbé, entouré d’albumen.
[Trad.]
(б) Le. Nicotiana ruslica L. {Spec., 258), vulg. Tabac des paysans, Tabac femelle, se distingue du Nicotiana Tabacum par ses feuilles pétiolées, ovales, ob-
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tusi s, par ses fleurs beaucoup plus petites, disposées en grappes de cvmes • par sa corolle a tube court, colorée eu jaune verdâtre, et par sa capsule arrondie Su tire ne dépasse pas 00 à 90 centimètres de haut, et ses feuilles, beaucoup plus courtes que celles de l’espèce précédente, n’ont guère plus de 20 à 30 centimètres de Ionloute la plante est couverte de poils glutineux et fétides.
Le Nicotiana persica Lindley {Bot. Regist., t. 1392) sè distingue par ses feuilles radicales oblongues, spatulées, les caulinaires sessiles, semi-amplexicaules acuîninées ; ses fleurs blanches, à odeur agréable; le tube de la corolle hvpocratérimorphe, grêle, ventru au niveau de la gorge, le limbe à segments ovales, émanrinés, un peu inégaux.
Le Nicotiana quadrivalvis Punss ( Flor . Am. sept., I, lit) sc distingue par : ses feuilles oblongues, entières, à peu près nues sur les deux faces, les supérieures plus petites, longues d un doigt et larges d’un pouce, les médianes et les inférieures pétiolées, les supérieures subsessiles; sa corolle blanche en dedans, livide en dehors a tube pubescent deux fois plus long que le calice; ses capsules subglobuleuses,’ glabres, déhiscente^ en quatre "valves.
, Le Nicotiana mulliualvis Lindley (Bot. Regist., t. 1037), très-voisin du précédent, s'on distingue par ses feuilles ovales, lancéolées, épaisses, velues, glanduleuses^ glutineuses, les supérieures subsessiles, les inférieures longuement pétiolées; son calice enflé, multifide; sa corolle blanche; sa capsule multiloculaire.
Le Nicotiana repanda Willdenow {herb., ex. Lehm., Nie.; 40, n. 10., t. III) se distingue par ses feuilles amplexicaules, cordées, spatulées, presque arrondies, à peu près glabres à 1 âge adulte, longues de G centimètres environ; sa corolle blanche; sa capsule ovale, glabre, recouverte par le calice. [Trad.]
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