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FEUILLES DE DIGITALE

Folia Digitalis ; angl., Floxglove Leaues ; allem., Finyerhutblatter.

Origine botanique. — Digitalis purpurea L. — C’est une belle plante répandue clans la plus grande partie de l’Europe, et recherchant les terrains siliceux. Elle manque d’ordinaire dans les terrains calcaires. On la trouve sur les bords des bois et des buissons, dans les terrains vagues, et les endroits déserts. Dans les parties chaudes de l’Europe, elle s’élève sur les montagnes. On la trouve dans le centre et le sud de l’Espagne, dans le nord de l’Italie, en France, en Allemagne, dans les Iles-Britanniques, dans le sud de la Suède, et en Nonvége jusqu’au 62e de latitude nord. Elle est très-inégalement distribuée, et manque complètement dans les Alpes suisses et le Jura (I). Elle est bien connue comme plante de jardin (a).

Historique. — Nous ne possédons aucun renseignement très-ancien

(1) Le docteur R. O. Cunningham a trouvé, en 1S68, le Digitalis purpurea complètement naturalisé dans les environs de San Carlos, dans Plie de Chiloe, au sud du Chili.

sur l’emploi de la Digitale dans la médecine. Fuchs (1) et Tragua (2), vers le milieu du seizième siècle, ont figuré la plante. Le premier lui donna le nom de Digitalis , en faisant remarquer qu’à l’époque où il écrivait elle ne possédait aucun nom grec ou latin. On la considérait à cette époque comme un médicament violent. Elle fut inscrite dans la Pharmacopée de Londres de 1650, et dans plusieurs éditions ultérieures. Les premières recherches sur son action thérapeutique (1776- 1779) et son introduction dans la pratique moderne sont dues surtout à Withering, botaniste et médecin anglais bien connu (3).

Le mot anglais Foxglove passe pour dériver de l’anglo-saxon Foxesglew, c’est-à-dire musiquede-renard , par allusion à un ancien instrument de musique qui consistait en une clochette suspendue à un support recourbé en arc (4).

Description. — La Digitale est bisannuelle ou vivace. On doit recueillir les feuilles lorsque la plante est en pleine floraison. Les feuilles inférieures sont ovales ; leur limbe s’atténue à la base en un long pétiole. Les feuilles caulinaires sont graduellement de plus en plus étroites, et deviennent ovales-lancéolées, avec un pétiole court, largement ailé de chaque côté; puis tout à fait sessiles, à mesure qu’elles sont plus élevées sur la tige. Toutes ont les bords crénélés, crénelés-dentés ou subserrés; elles sont plus ou moins recouvertes d’une pubescence molle, ou presque glabres sur la face supérieure, beaucoup plus pâles et très-pubescentes sur la face inférieure, qui est parcourue par un réseau de nervures saillantes. Les nervures principales partent en divergeant à angle aigu de la nervure moyenne, qui est épaisse et charnue. Les feuilles inférieures ont souvent 30 centimètres ou davantage de long, sur 12 à 15 centime-

Fig. 170.

Feuille do Digitalis purpurea, vue par la face dorsale.

(1) De Hist. Stirpium , 1542, 892.

(2) De Stirpium.... nomenclaturis, etc., Iüu2, — « Canipanula sylvestvis scu Diyitalis. »

(3) Withering (William), Account of the Floxylove , Birmingham, 1783, in-8u.

(A) Pnion, Popular Namcs of Britisli Plants , ed. 2, 1870, 84.

158 SCROFULAKIACÉES.

Ii'es de large; celles de la lige sont plus petites. A l’aide d’une loupe, on peut constater que la pointe de chaque crénelure ou de chaque dent de la feuille est munie d’une petite glande luisante, en forme de verrue. Les poils de la face inférieure sont simples, et formés de cellules articulées qui s’aplatissent en se desséchant; ceux de la face supérieure sont plus courts.

Dans la préparation de la Digitale pour l’usage médical, quelques droguistes ont 1 habitude d’enlever le pétiole tout entier et la partie la plus épaisse de la nervure médiane, en ne conservant que le limbe, qu’on fait dessécher à une chaleur douce (1). La feuille fraîche froissée exhale une odeur herbacée désagréable qui, après la dessiccation, devient agréable et semblable à celle du thé. La feuille sèche possède une saveur très-amère.

Composition chimique. — Depuis le commencement de notre siècle, de nombreuses tentatives ont été faites dans le but de préparer le principe actif de la Digitale, et le nom de Digitaline a été donné successivement à des substances très-différentes. Parmi les observateurs qui se sont livrés à ces recherches, nous devons indiquer particulièrement Walz (1846-1858), Kosmann (1845-46, 1860), Homolle qui a fait une partie de ses travaux en collaboration avec Quévenne (1843-61), O. A. Nativelle (4872) et Schmiedeberg (1874).

La Digitaline de Walz , d’abord nommée Digitasoline , a pour formule C28fP8Ou. Elle est amorphe, faiblement soluble dans l’eau froide, davantage dans l’eau chaude, très-soluble dans l’alcool. Sous l’influence des acides dilués, elle se décompose en sucre, en Digitalirétine et en Paracligitalétine. Ces deux derniers corps sont amorphes.

La Digitaline de Kosmann est décrite comme formant des écailles cristallines, faiblement solubles dans l’eau, facilement solubles dans l’alcool, et insolubles dans l’éther.

La Digitaline de Homolle et Quévenne , qui est adoptée par la Pharmacopée anglaise et par le Codex français, est une substance incolore,

« en masses verruqueuses ou en fines écailles », inodore, extrêmement amère, facilement soluble dans l’alcool, très-peu soluble dans l’eau et l’éther, soluble dans les acides, mais ne fournissant pas avec eux de composés neutres. Sa solution dans l’acide chlorhydrique est d’abord

(1) Celle méthode de préparation de la feuille a été prescrite par la Pharmacopée de Londres do 1831, mais elle est depuis longtemps en usage. La Pharmacopée anglaise ne donne à cet égard aucune indication.

jaune pâle, mais devient très-rapidement verte. Cette substance n’a pas une composition définie.

La Digitaline de Native lie. Les recherches de ce chimiste sur J a Digitale, récompensées, en 1872, par le prix Orfila de 6 000 francs, ont eu pour résultat l’extraction d’une digitaline cristallisée, possédant des propriétés médicinales actives. On peut l’obtenir par le procédé suivant : on épuise d’abord les feuilles avec de l’eau, puis on en fait un extrait à l’aide d’alcool à 0,930. La teinture est concentrée jusqu’à ce que son poids égale celui des feuilles employées, puis diluée de trois fois son poids d’eau. Il se forme alors un dépôt poisseux; la digitaléine, et d’autres substances restent dans la solution. On dessèche le dépôt sur du papier buvard, puis on le fait bouillir avec le double de son poids d’alcool à 0,907. Par le refroidissement, des cristaux se déposent peu à peu durant quelques jours. On lave ces derniers avec un peu d’alcool dilué à 0,938, puis on les dessèche. Pour les purifier, il faut les faire recristalliser dans le chloroforme, puis dans l’alcool bouillant à 0,828, en ajoutant du charbon. La digitaline ainsi obtenue se présente en cristaux incolores, en forme d’aiguilles. Elle prend une belle coloration vertémeraude, lorsqu’on l’humecte avec de l’acide chlorhydrique, et possède une saveur extrêmement amère. Elle produit sur l’économie animale tous les effets propres à la digitale; à la dose de 1 milligramme, une ou deux fois par jour, elle détermine, parfois, chez l’adulte, des effets inquiétants, mais à plus faible dose elle jouit des propriétés sédatives de l’herbe (1).

Schmiedeberg a isolé les principes suivants :

1° La Digitoxine, C31H33 07, substance cristalline, qui possède à un très-haut degré les propriétés physiologiques de la plante, de même que la Toxirésine qui résulte de la décomposition par les acides de la digitoxine sans qu’il y ait en même temps formation de glucose ;

2° La Digitaline , G5H802, matière amorphe, qui se dédouble en glucose et Digitalirésine, principe qui reste à étudier de plus près;

3° La Digitaléine , étroitement liée avec la digitaline, mais soluble^ dans l’eau aussi bien que dans l’alcool;

4° La Digitonine G3lli82017, substance cristal lisable de la série des saponines, susceptible de se dédoubler en glucose et les dérivés suivants : digitorésine, digitonéine, digitogénine et paradigitogénine.

(1) J’ai donné un résumé des recherches très- approfondies de Schmiedeberg' dans le Pharrn. Journ,, 20 mars 187S. [P. A. F.]

lbU SCROFULARIACÊES.

On trouve encore dans la Digitale un sucre cristallisable nommé Ino-

sùe- 11 a élé trouvé par Marmé dans les feuilles de cette plante, ainsi que dans celles du Pissenlit.

lisages. La Digitale est un médicament puissant. Elle jouit de la propriété de diminuer la fréquence et la force des contractions du cœur; elle est aussi employée comme diurétique.

Falsification. Les feuilles sèches de quelques autres plantes ont été vendues parfois à la place des feuilles de la Digitale, notamment celles du Verbascum , qu il est facile de reconnaître à la couche épaisse de poils ramifiés en étoiles qui les recouvre; celles de ïlnula conyza DC. et de 1 1. Helenium L. qui ont le bord presque entier, et, dans la dernière de ces plantes, des nervures secondaires partant à angle droit de la nervure médiane. Dans ces deux plantes, la face inférieure de la feuiUe est moins fortement réticulée que dans la Digitale. Cependant, pour éviter toute chance d'erreur, les droguistes doivent acheter la plante en fleur ; elle ne peut alors être confondue avec aucune autre, et ils doivent cueillir et faire dessécher les feuilles eux-mêmes.

(a) Les Digitales ( Digitulis Tournefort, lnstit., t. 73) sont des Scrofulariacées

de la tribu des Digitalées, à calice cinq-partite, à corolle campanulée ou tubuleuse-ventrue, à limbe oblique imparfaitement bi labié ; à quatre étamines fertiles; à capsule polysperme, septicide.

Le Digitalis purpurea L. (Spec., 866) vulg. Digitale, Gants de bergère , Gants de Notre-Dame , Queue de loup, est une belle plante herbacée, bisannuelle ou quelquefois vivace, à racines fibreuses, à tige dressée, haute de oO centimètres à 1 mètre, ordinairement simple, très-pubescente, d’un vert grisâtre, à feuilles alternes, les inférieures formant une large rosette d’abord presque dressée, puis plus ou moins étalée, et se détruisant peu à peu à mesure que les fruits approchent de la maturité. Les feuilles caulinaires sont de plus en plus petites, et se transforment graduellement en bractées dans l’aisselle desquelles naissent les fleurs. L’inflorescence occupe ainsi tout le haut de la tige et forme une longue grappe simple, lâche. Le calice est formé de cinq sépales unis à la base, oblongs, c:i peu r. ... n. .. pi’ès égaux, les deux antérieurs recouvrant dans le

bouton les deux latéraux qui couvrent le postérieur. La corolle est longuement campanulée ; son tube est d’abord cylindrique sur une faible hauteur, puis se renfle beaucoup et s’évase peu â peu jusqu’au niveau de son ouverture. Le limbe est court, oblique, incomplètement bilabié, divisé en cinq lobes, deux supérieurs formant une lèvre obtuse, tronquée ou légèrement émargiuée,

qui recouvre clans le bouton la lèvre inférieure formée de trois lobes courts et arrondis. La corolle est glabre en dehors, colorée ordinairement en rose pourpré, parfois blanche, munie en dedans, au niveau de la gorge, de taches pourpres entourées d’une aréole blanche. L’androcée est formé de quatre étamines incluses (la postérieure manquant tout à fait), didynames, deux opposées aux deux sépales antérieurs, et deuxplus courtes situées en face des deux sépales latéraux. Leurs filets sont connés au tube de la corolle dans leur tiers inférieur, et portent chacun une anthère biloculaire à deux loges unies au connectif par leur sommet seulement et divariquées, introrses, déhiscentes par des fenteslongitudinales. L’écartement des deux loges de l'anthère est assez considérable, surtout après la déhiscence, pour qu’elles paraissent alors n’en former qu’une seule, fixée par le milieu de sa longueur au sommet du connectif. Avant la déhiscence, elles sont moins écartées. Le gynécée est formé d’un ovaire biloculaire, entouré à la base d’un disque hypogvne, et atténué au sommet en un long style que terminent deux lamelles stiginatiques. Chaque loge ovarienne contient un grand nombre d’ovules anatropos insérés sur un gros placenta porté par la cloison. Le fruit est une capsule biloculaire, à déhiscence septicide, s’ouvrant par deux valves qui abandonnent les placentas chargés de petites graines ; celles-ci renferment un embryon entouré d’albumen. [Tiun.j

Fig. 172. Digitalis purpurea.

Corolle étalée.

ACANTHACÉES

ANDROGRAPHIS.

Hcvba Andrographidis ; nngl., Kariyat ou Cregat .

Origine botanique. — Andrographis (I) paniculata Nees ab EsenB. [Justicia Burm.). G est une herbe annuelle, haute de 30 à 60 centimètres, commune dans toute l’Inde, où elle croît à l’ombre des arbres. On la trouve aussi à Geylan et à Java, et elle a été introduite dans les Indes occidentales. On la cultive dans quelques districts de l’Inde (a).

Historique. U est probable que dans l’ancienne médecine des Hindous cette plante était administrée concurremment avec le Ghirayta, et quelques autres espèces d'Ophelia , car elle est désignée, dans l’Inde, à peu près par le même nom vulgaire. Ainslie affirme qu’elle entrait dans la composition de la fameuse teinture amère, nommée par les Portugais de 1 Inde Droga amara ; mais en consultant l’autorité .qu’il cite (2), nous

(t) De àvnp et qpa«pt;, par allusion uses étamines en forme de pinceaux.

(2) Paolino da San Bartoi.omeo, Voyage to the East Indies, 1770-1789, traduit de l’allemand, Lond. 1800, 14, 409.

162 ACANTIIACÉES.

avons trouvé que la drogue amère employée dans la fabrication de ce médicament était le Colombo, VAndrographis est connu au Bengale sous le nom de Maha-tita, c’est-à-dire roi des amers ; il mérite si bien ce titre, qu’il a été admis dans la Pharmacopée de l’Inde.

Description. — La tige est droite, noueuse, ramifiée, obtusément quadrangulaire, épaisse d’un demi-centimètre environ au niveau de sa base, colorée en vert foncé, et sillonnée dans le sens de la longueur. Les feuilles sont opposées, pétiolées, lancéolées, entières; les plus grandes ont un demi-centimètre ou davantage de large, et 8 centimètres de long. Leur face supérieure est colorée en vert sombre, l’inférieure est un peu plus pâle, et paraît, à la loupe, finement granuleuse. Les feuilles sont très-minces, cassantes, et entièrement glabres comme la tige. Dans les échantillons bien desséchés que nous avons sous les yeux, et qui nous ont été envoyés par le docteur G. Bidie, de Madras, les fleurs manquent, et il n’existe qu’un petit nombre de racines. Cette dernière est fusiforme et simple ; elle émet de nombreuses radicules minces ; elle est grisâtre au dehors, ligneuse et blanchâtre en dedans. La plante est inodore, et possède une saveur franchement amère et persistante.

Composition chimique. — L’infusion aqueuse de cette plante offre une réaction acide faible, et possède une saveur amère intense, qui paraît due à un principe indifférent, non basique, car les réactifs ordinaires ne décèlent la présence d’aucun alcaloïde. D’autre part, l’acide tannique y produit un précipité abondant, qui est constitué par une combinaison de cet acide avec le principe amer. L’infusion n’est que peu altérée par les sels de fer ; elle contient une quantité considérable de chlorure de sodium.

lisages. — On emploie VAndrographis , comme tonique amer, de la même façon que le Quassia, la Gentiane et le Chirayta ; on le confond quelquefois avec ce dernier.

(a) Les Andrographis NEEs(in Walligh, Catal., n.2454; Plant, asiat.rar., 111,77) sont des Acanthacées de la tribu des Andrographidées, à fleurs herinaphrodites>et irrégulières ; à corolle bilabiée ; à androcée formé seulement de deux étamines ; à ovaire biloculaire ; à capsule loculicide.

VAndrographis paniculata Nees (in Wall., PL as. rar., III, 116) est une herbe à tige dressée, ramifiée, grêle, haute de 30 à 60 centimètres, articulée, lisse, quadrangulaire. Les rameaux sont opposés, décussés, étalés. Les feuilles sont opposées, simples, courtement pédonculées, lancéolées, entières, lisses, longues de o a 7 centimètres. Les fleurs sont disposées en grappes terminales, unilatérales, lâches. Elles sont portées par de longs pédoncules, alternes sur l’axe principal, dressés, laineux, situés dans l’aisselle de larges bractées opposées, et munis chacun de deux bractéoles plus petites que le calice. Le calice est formé de cinq sépales étroits,

presque libres, égaux. La corolle est formée d’un tube recourbé, et d’un limbe divisé en deux lèvres linéaires et réfléchies, la supérieure plus ou moins bifide, l’inférieure plus large, divisée en trois dents. La corolle est colorée en rose. L’androcée est formé seulement des deux étamines antérieures. Leurs filets sont connés au tube de.la corolle, aussi longs que les lèvres de cette dernière, velus, et supportent chacun une anthère à deux loges introrses, obovales, barbues et unies à la base. Le gynécée est formé d’un ovaire biloculaire, atténué en un style terminé par une extrémité stigmatique aiguë. Chaque loge de l’ovaire contient de deux à quatre ovules anatropes. Le fruit est une capsule loculicide, déhiscente en deux valves. Chaque loge contient trois ou quatre graines scrobiculées, alvéolées, tronquées à la base, et munies d’un prolongement placentaire arqué. La graine renferme sous ses téguments un embryon sans albumen. [Trad.]

BIGNONIACÉES

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