‹ Histoire des drogues d'origine v©♭g©♭tale [electronic resource]Chapitre 3 sur 124 · FLEURS DE CAMOMILLE · texte numérisé non relu

FLEURS DE CAMOMILLE

Flores Anthemidis ; Fleurs do. Camomille romaine; angl., Chamomilo Flowers ; allern.,, Jlûmischc Kamillcn.

Origine botanique. — L’ Anthémis nobilis L., Camomille commune ou romaine, est une petite plante vivace, couchée, qui donne, vers la fin de 1 été, des capitules floraux solitaires. Elle existe en abondance dans les terrains vagues des environs de Londres; elle est commune dans le sud de l’Angleterre et s’étend jusqu’en Irlande, mais elle n’est pas indigène en Ecosse. On la trouve en grande quantité dans le centre de la France,

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ou Espagne, en Portugal, en Italie et en üahnatic ; on la trouve dans le centre et le sud do la Russie, où il est douteux qu’elle soit indigène.

Historique. — Il paraît impossible de reconnaître la Camomille dans les auteurs classiques et autres anciens, à cause du grand nombre d<* plantes voisines qui ont des inflorescences semblables. Elle est cultivée, depuis des siècles, dans les jardins anglais et les fleurs constituent un médicament populaire. La variété double était bien connue, en Angleterre, au seizième siècle. Cette plante fut introduite, d’après Gessner, en Allemagne, vers la fin du moyen âge ; elle venait d’Espagne. Tragus la désigna le premier sous le nom de Chamomilla no b i lis (-1). Joachim Cnmerarius, qui avait constaté sa présence en grande quantité dans les environs de Rome, lui donna le nom de Camomille romaine.

Production. — La Camomille est cultivée à Nicham, près de Londres. En 1 864, la surface de terre consacrée à cette culture était de 55 acres (près de 3 000 hectares), et le rapport était d’environ 4 quintaux par acre. Les fleurs sont soigneusement recueillies et séchées à l’aide de la chaleur artificielle. Elles atteignent sur le marché un prix élevé (2). Cette plante est cultivée sur une large échelle à Kieritzsch, entre Leipzig et Altenburg, et près de Zeiz et de Borna, en Saxe, et, dans une certaine proportion, en Belgique et en France.

Description.— Les fleurs de Camomille qu’on trouve dans le commerce ne proviennent jamais de plantes sauvages. Elles appartiennent à une variété dans laquelle les fleurs tubuleuses sont toutes ou presque toutes transformées en fleurs ligulées. Dans les fleurs provenant de quelques localités cette métamorphose est moins complète. Ces fleurs, dont le centre est un peu jaune, sont désignées par les droguistes sous le nom de Camomilles simples, tandis que celles dont toutes les fleurs sont ligulées et blanches sont connues sous celui de Camomilles doubles.

Les fleurs de Camomille ont l’organisation générale des Composées. Elles ont de 1 à 2 centimètres de large et sont entourées de nombreuses bractées presque égales, scarieuses sur les bords. Le réceptacle est plein, conique ; il a environ un demi-centimètre de haut et il est muni d’écailler minces, concaves, mousses, étroites, de la base desquelles s’élèvent de nombreuses fleurs. Dans la plante sauvage, les fleurs extérieures

(1) De stv'pium... 1052, 149. — Eu Allemagne, l’épithète edel ( nobilis ) est fréquemment employée, dans la botanique populaire, pour désigner des plantes utiles ou remarquables. Tragus peut avoir été amené ;i donner cette épithète à l'espèce dont nous parlons, à cause de la supériorité qu’elle a sur le Mcitvicaria Chamomilla ou Camomille vulgaire des Allemands.

(2) Environ 9 livres st le quintal. La Camomille étrangère vaut de 3 a i livres.

ligulées, au nombre de douze ou davantage, sont blanches, étroites, en forme de lames et légèrement dentées au sommet. Les üeurs du contre sont jaunes et tubuleuses; leur limbe est campaniformo et laisse échapper deux stigmates réfléchis. Dans la plante cultivée, les fleurs liguléos prédominent ou remplacent entièrement les fleurs tubuleuses. Les (leurs sont entièrement dépourvues d’aigrette et sont réfléchies, de sorte que le capitule, lorsqu'il est sec, ofl're l’aspect cl’une petite boule blanche. Depotitcs glandes àhuile sont dispersées sur la portion tubuleuse des deux sortes de fleurs. Les fleurs de Camomille possèdent, comme les parties vertes de la plante, une odeur aromatique forte et un goût très-amer.

Dans le commerce, on recherche, de préférence, les fleurs de grande taille, doubles et d’un blanc pur; cette dernière qualité est due, en grande partie, à une dessiccation parfaite, effectuée au moment de l’épanouissement des fleurs. Celles qui sont colorées en chamois ou en brun, ou qui ne sont qu’en partie doubles, sont cotées à un prix inférieur.

Composition chimique. — Les fleurs de Camomille donnent environ I /5 pour 100 d’une huile essentielle qui est d’abord colorée en bleu pille, mais devient d’unbrun jaunâtre au bout de quelques mois. Les recherches récentes de D.emarçay (1873) montrent que cette huile doit être regardée comme un mélange d’angélate et de valérate butylique et amylique, corps qui se décomposent facilement sous l’action des alcalis caustiques. En chauffant, doucement, pendant quelques instants, 6 parties de cette huile avec 5 parties de potasse, Jaffé, en 1863, obtint de l’angélate de potassium, qui, traité par l’acide sulfurique dilué, donna de V Acide Angélique fusible 45 degrés centigrades. Toute la proportion d’acide angélique n’est pas de la sorte isolée sous forme de cristaux, mais on peut l’obtenir en faisant passer à travers le liquide un courant d’acide nitreux ; l'acide angélique flotte alors à la surface, où il forme une couche huileuse. Parce procédé, on peut, retirer de 100 parties d’huile 50 parties d'acide angélique brut ou 30 parties d’acide pur. Tous ces résultats paraissent douteux d’après les recherches récentes de Fittig etKopp (1876).

A Mitcham, on distille ordinairement l’huile de Camomille de la plante entière, après avoir cueilli les plus belles fleurs. Cette huile possède une teinte verte qu’on fait disparaître en l’exposant à la lumière du soleil. Elle acquiert ainsi une coloration jaune-brunâtre, en même temps qu’elle abandonne un dépôt abondant.

Gamboulises, en 1871, a extrait de la Camomille double un acide amer qui forme des prismes en forme d’aiguilles, mais en trop petite quantité, pour permettre l’analyse; il le regarde comme identique à

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l’acide A nthémique retiré parPatlone, en 1859, de Y Anthémis arvensis. Il n'a pu découvrir dans la Camomille ni V Antheinine de ce dernier chimiste, ni aucun autre alcaloïde. Nous avons fait un certain nombre d’expériences clans le but d’isoler le principe amer, mais nous n’avons pas pu l’obtenir dans un état satisfaisant de pureté. 11 forme un extrait brun qui est probablement un glucoside. Nous n’avons pas pu confirmer non plus l’absence d’alcaloïdes.

Usage. — On emploie l’infusion ou l’extrait de Camomille comme tonique amer.

Falsifications et substitutions. — Les capitules du Matricaria Camnmillci L., désignés, en allemand, sous le nom de Camomille commune (f/emeine Kamillen ), sont souvent employés, dans ce pays, à la place de la Camomille. Ils diffèrent beaucoup, par l’aspect et l’odeur, de la Camomille des pharmacies anglaises. Ils sont très-simples, dépourvus d’amertume, et leur réceptacle n’a ni écailles ni cavité.

Une variété cultivée de Chrysanthemum Parlhenium Pers., ou Matricaire, avec des fleurs blanches, toutes ligulées, et quelques écailles sur le réceptacle (mais dont le réceptacle n’est pas nu comme à l’état sauvage), commune dans lesjardins(l), a des capitules deux fois plus grands que ceux de la Camomille. On peut les distinguer de ces derniers à leur réceptacle convexe ou presque aplati, muni d’écailles lancéolées et aiguës, mais moins membraneuses.

Les Camomilles des bazars indiens qui sont apportées de Perse et connues sous le nom de Bâbünah sont (ainsi que nous pouvons en juger d’après ce que dit Royle) les fleurs du Matricaria suaveolens L., formo réduite du Matricaria Chamomïlla. Elle croît dans le sud de la Russie, la Perse, le sud de la Sibérie et le nord de l’Amérique.

La plante sauvage d 'Anthémis nobilis L. fraîchement arrachée du sol est vendue à Londres pour fabriquer un extrait; ce procédé est hautement répréhensible, en supposant qu’on vende l’extraît pour l’emploi médical.

(a) Les Anthémis L. ( Gen ., n° 970) sont des Composées de lu tribu des Anthémidées très-voisines des Anacyclus qui faisaient autrefois partie du même genre. Ils se distinguent, des Anacyclus principalement par leurs achaines, qui sont arrondis ou légèrement tétragoncs, striés ou lisses.

(1) N'est-ce pas cette plante qui est l’.<4n<Amis (?) parthenioides Bernh , dont De Candolle (Proclr., VI, 7)'dit : « Simillima M. Parthenio, sed paleis inter flores instructa. Fere semper plena in bortis occurrit, et forte ideo paleæ receptaculi ex luxuriante statu ortæ ut in Chrysantliemi indico et sinensi... » ?

L’ Anthémis nohilis L. [Species, 1260.— Ormcnis nobilis .1. Gay (Fl. Par. éd. I, 398) est mie plante à rhizome vivace, un peu traçant, à rameaux aériens ordinairement assez nombreux, atteignant de 20 à 30 centimètres, étalés, ascendants, ou parfois dressés, couverts, comme les feuilles, de poils plus ou moins, denses. Les feuilles sont alternes, pinnatiséquées, à segments découpés en lobes étroits et courts. Les achaines, dépourvus d’aigrette, sont munis de trois côtes filiformes. L' Anthémis nobilis est assez abondante à l’état sauvage dans les environs de Paris, sur le bord des routes et des allées des bois, dans les pâturages et les pelouses. (Voy. Coss. et Geiui. de St-Pierre, Fl. des envir. de Paris, 491.) [Trad.]

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