‹ Histoire des drogues d'origine v©♭g©♭tale [electronic resource]Chapitre 30 sur 124 · FLEURS DE LAVANDE · texte numérisé non relu

FLEURS DE LAVANDE

Flores Lavandulæ ; ang)., Lavander Flowers; allern., Lavendelblumen,

Origine botanique. — Lavandulci vera DG. C’est une plante suffrutescente, haute, à l’état sauvage, de 30 à 60 centimètres, mais atteignant 90 centimètres ou davantage de haut, sous l’influence de la culture. Elle est indigène des régions montagneuses des contrées qui bordent la moitié occidentale du bassin méditerranéen. On la trouve dans l’est de l’Espagne, le sud de la .France, s’étendant vers le nord jusqu’à Lyon et dans le Dauphiné; on la trouve encore dans la haute Italie, la Corse, la Calabre, et le nord de l’Afrique, dans la région de l’Olivier (1). A l’état de culture, elle croît très-bien en plein air dans la majeure partie de l'Allemagne, et vers le nord, jusque dans la Norwége et la Livonie (a).

Historique. — On a fait beaucoup de recherches dans le but de reconnaître la Lavande dans les écrits des auteurs classiques, mais les résultats obtenus ne sont pas satisfaisants, et on n’a trouvé dans les

(1) Sur le mont Ventoux, près d’Avignon, la région du Lawndula vera est comprise, d'après Martins, entre 430 et 1 350 mètres au-cles9us du niveau de la mci (m - nn. sc. nat., 1838, X, 145,149).

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auteurs aucun détail qui puisse se rapporter, d'une façon incontestable, soit au Lavandula ver a, soit au L.spica (I). La plus ancienne mention de la Lavande, que nous ayons pu trouver, existe dans les écrits de l’abbesse Hddegard (2), qui vivait près de Bingen, sur le Rhin, au douzième siècle, et qui, dans un chapitre De Lavandula, fait allusion à l’odeur forte et aux nombreuses vertus de cette plante. Dans un poëme de l’Ecole de Salerne, intitulé Flos medicinæ (3), on trouve les lignes suivantes :

Salvia, castoreum, lavendula, primula veris,

Nasturtium, allianas hæc snnant paralytica membra.

La Lavande fut introduite en Angleterre vers 15G8 (4).

Description. Les (leurs de la Lavande commune sont disposées en un épi lâche, terminal, supporté par un long pédoncule nu. Elles sont disposées en six ou dix groupes, dont les plus

inférieurs sont très-écartés des supérieurs. Chaque

groupe consiste en deux cymes, dont chacune, lorsqu’elle est entièrement développée, est formée d environ trois fleurs. Chaque cyme est située dans 1 aisselle d’une bractée rhomboïdale, acuminée ; 'des bractées plus petites et étroites accompagnent chaque fleur. Le calice est tubuleux, rétréci au niveau de son ouverture, parcouru de treize nervures, et divisé en cinq dents, dont la postérieure est beaucoup plus grande que les autres. La corolle est tubuleuse, colorée en violet, bilabiée, la lèvre supérieure formée de deux lobes, et l’inférieure de trois lobes. La corolle et le calice sont couverts , ainsi que les feuilles et les pédoncules, d'un tomentum dense de poils en étoile, parmi lesquels on peut voir, à la loupe, de petites glandes à huile, luisantes. Les fleurs exhalent,

(1) F. de Gïngins-Lassaraz, Hist. clés Lavandes , Genève et Paris, 1826. — Le Lavanclula Stoechas L. est manifestement confondu avec ces deux espèces par Dioscoride et par Pline.

(2) Opéra omnia, accuranteJ. P. Migne, Paris, 1855, 1143.

(3) S. de Renzt, Collectio Saleniitana, Napoli, I, 417-516. Le Napolitain Porta, qui s’occupait beaucoup de la distillation, recommande, dans son livre De Distillationibus, Rome, 1008, p. 78, de préférer l’essence d’Aspic il celle de la Lavande de France.

(4) D’après Samuel Perks il Hitchin dans le Ilertfordshire. Voir Proc. American Pharm. Assoc., 1876, 819. [F. A. F.]

Fig. 174. Lavandula vera DC.

Extrémité florifère, et fleur avant la déhiscence.

lorsqu’on les froisse, une odeur délicieuse, et possèdent une saveur aromatique agréable.

Les feuilles sont oblongues-linéaires ou lancéolées, révolutées sur

les bords, et très-velues cà l’état jeune.

Pour l’usage pharmaceutique et pour la parfumerie, on sépare les fleurs de Lavande des pédoncules, et on les fait sécher à une douce chaleur. On ne les conserve que rarement dans les boutiques. On ne les

cultive guère que pour 1 huile essentielle.

Production de l'huile essentielle. — On cultive la Lavande a Mitcham, à Carshalton, àBeddington, et dans un petit nombre de localités voisines, toutes situées dans ie comté de Surrey. L’aire de cette culture est d’environ 300 acres. On la cultive aussi à Market Deeping, dans le Lincolnshire, et il Hitchin, dans l’Hertfordshire. Dans ces dernières localités, 50 acres environ étaient consacrées à cette culture en 1871.

Les plantes sont de petite taille, et croissent dans les champs secs , elles fleurissent en juillet et en août. On coupe ordinairement les fleurs avec leurs pédoncules, on les entasse sur des nattes, et on les transporte à la distillerie : la distillation est effectuée dans les vastes appareils qu’on emploie pour la menthe. On distille communément les fleurs avec leurs pédoncules, soit dans l’état où elles ont été récoltées, soit dans un état de dessiccation plus ou moins avancé. Quelques cultivateurs ne distillent, que les bourgeons floraux, dans le but d’obtenir un produit de qualité supérieure. Plus rarement encore, on sépare les fleurs des pédoncules, et on rejette tout à fait ces derniers. D’après les expériences soigneuses de Bell (1), l’huile essentielle fabriquée par cette dernière méthode est d’une qualité exceptionnelle. En 1846, il retira 26 onces et demie de 100 iivres de fleurs entièrement privées de leurs pédoncules ; en 1847, il en retira 25 onces et demie; et en 1848, 20 onces. Les quantités de fleurs employées pendant ces diverses années s’élevèrent à 417, 633, et 933 livres. L’huile essentielle, obtenue par distillation des pédoncules seuls , possède une odeur particulière , rance. Dans la distillation de la Lavande, l’huile essentielle qui distille pendant la première partie de l’opération passe pour posséder un parfum plus agréable que celle de l’essence qui distille ensuite.

Nous ne possédons aucune donnée certaine relativement à la production de l’essence obtenue parles procédés ordinaires, mais onadmetgénéralement que le rendement est extrêmement variable, suivant la saison.

(1) Pharm. Journ., 1849, VIII, 27G.

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Warren (1) fixo à 10 ou 12 livres, et exceptionnellement à 24 livres, le produit de chaque acre consacré à cette culture. A Ilitchin (2), le rendement paraît se rapprocher du dernier de ces chiffres. Les expériences faites dans le laboratoire de Bell, citées plus haut, montrent que les fleurs privées de leurs pédoncules donnent, en moyenne, I et demi pour 100 d’huile essentielle.

On distille de 1 essence de Lavandula vera en Piémont, et dans les parties montagneuses du sud de la France, ainsi que dans les villages voisins du mont Ventoux, près d’Avignon, et dans quelques communes des environs de Montpellier (Saint-Guilhen-le-Désert, Montarnaud et Saint-Jean de Fos). C’est toujours la plante sauvage que l’on y emploie. Cette essence se présente dans le commerce sous diverses qualités, dont la meilleure atteint à peine le dixième du prix de l’essence fabriquée à

Mitcham (3). Les sortes inférieures sont obtenues par distillation de la plante entière.

Composition chimique. — Le seul principe constituant des fleurs de Lavande qui ait attiré l’attention des chimistes est l’huile essentielle (Oleum Lavandulæ) . C’est un liquide jaune pâle, mobile, dont le poids spécifique est de 0,87 à 0,94 (Zeller). Son odeur est très-agréable, semblable à celle des fleurs de la plante. Son goût est aromatique et trèsprononcé. Une huile essentielle, distillée à Mitcham, déviait le plan de polarisation de 4°, 2 à gauche, en colonne de 50 millimètres. L huile essentielle de Lavande est un mélange, en proportions variables, d’un hydrocarbure, C^H™ et de stéaroptène. Le premier de ces corps bout entre 200° et 210° C. Le stéaroptène est identique, d’après Dumas, avec le camphre commun. On prétend qu’il existe dans quelques échangions dans la proportion de moitié. Il se sépare quelquefois de l’huile sous l’influence du froid ; nous n’avons cependant pas pu nous assurer de ce fait.

Commerce. — Les fleurs de Lavande desséchées sont, dans le sud de l’Europe, l’objet d’un certain commerce. D’après le Tableau général du commerce de la France , HO 958 kilogrammes de fleurs de Lavande et de fleurs d’oranger (qui ne sont pas séparées dans la statistique) furent exportés en 1870. La plus grande partie fut expédiée vers la Barbarie,

(1) Pharm. Journ., 1865, VI, 257.

(2) Ibid., 1860, I, 278. — On dit qu’un acre de Lerre fournit environ « 6 Winchester quarts » d’huile essentielle.

(3) L’huile essentielle de Mitcham coûte de 30 à 60 shillings la livre, suivant la saison.

la Turquie et l’Amérique. Nous ne possédons aucune donnée relative au chiffre de l’importation de la Lavande en Angleterre.

Usages - On ne prescrit pas les fleurs de Lavande dans la pratique médicale moderne anglaise. L’huile volatile possède des propriétés qui lui sont communes avec les corps de la même classe ; elle est beaucoup employée dans la parfumerie.

autres espèces employées.

r Lamndula spica DG. - Cette plante ressemble beaucoup au Lavanclula vera , dont Linné la considérait comme une simple variété ; aujourd’hui on la regarde comme une espèce distincte. Son aire est beaucoup

plus étendue que celle du Lamndula vera , mais elle remonte moins vers le nord, et on ne la trouve pas dans des régions aussi élevees, ou en dehors de la limite des oliviers. Elle est réellement plus méridionale et craint davantage le froid, de sorte qu’on ne peut pas la cultiver en Angleterre en plein air, si ce n’est dans des endroits abrites. Dans le Languedoc et la Provence, elle est commune jusqu’à une altitude e G00 mètres ; elle est, à partir de cette hauteur, remplacée par le Lavandula vera (i). .

Le Lamndula spica est distillé dans le sud de la France. On emploie

pour cela la plante entière. Son huile essentielle, désignée en France sous le nom d ’ Essence d' Aspic, est connue des droguistes anglais sous les noms de : Oleum Lavandulæ Spicæ , Oleum Spicæ ou Oil ofSpike. Elle ressemble à l’huile essentielle véritable de Lavande, mais elle possède un parfum beaucoup moins délicat que l’essence distillée en Angleterre ("2). Elle ressemble par sa composition chimique à l’huile essentielle àe, Lavandula vera. L’essence de Lavandula spica est employée dans la peinture sur porcelaine, et dans la médecine vétérinaire.

2° Lavandula Stœchas L. - Cette plante était bien connue des anciens. Dioscoride fait remarquer qu’elle a donné son nom aux Stœchades, les îles d’Hyères, près de Toulon, oùla plante est encore très-abondante . Son aire est encore plus étendue que celle des deux espèces précédentes, car on la trouve dans les Canaries, en Portugal, et vers l’est, dans toute la région méditerranéenne, jusqu’en Grèce, et en Asie Mineure. Elle se distingue

(1) Dans les régions montagneuses moyennes situées entre Nice etlurbiaj ai observe les deux espèces croissant ensemble. Le Lavandula vera y est en eurs eux ou

semaines plus tôt que le L. spica. [D. H.] ..... \

(2) Cependant, les fleurs des deux espèces {L. vera et L. sp^ca), qui croissen côte dans les jardins anglais, se distinguent beaucoup par leur par uni.

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I SCS n°U,'s- llommées Flores Slœchadot ou Stœcha, arabica (t) se vendaient autrefois dans les boutiques, et eurent leur place dan, la Pharmacopée do Londres jusqu’en 1746. Nous ignorons si elles sont dis-

T P°‘" exl,'acl,°n do l'huile essentielle, quoiqu'elles soient considerees comme la source de la véritable essence d' Aspic (2).

son' Jes ^ek

sue: I,, I vre supérieure formée ,1e deux lobes, et l'inférieure di^is lob", plt petits que ks supérieurs. Dans le Bouton, les deux lobes supérieurs recouvrent les ois infeneurs. L androcee est formé de quatre étamines incluses, opposées deuxaux sépales latéraux, et deux aux sépales antérieurs, ces dernières plus longues 1 es filets son connés au tube de la corolle, et les anthères sont bilocufairL inCes déS rentes par des fentes longitudinales. Le gynécée est formé de deux carpelles unis en un ovaire supere, biloculaire, contenant, dans chaque loge, deux ovules anatrones ascendants, insérés dans le bas de l’angle interne, \ micropyle dir^é en bteTe^ dehois Une fausse cloison se forme ensuite dans chaque loge, et la divise en deux ST un-iovulés. L’ovaire est surmonté dJstvle^obasique, bifide.au ommet. Le fruit est constitué par quatre nucules lisses, oblongs, convexes au somt, contenant chacun une seule graine dressée, qui renferme un embrvon droit, -ans a bumeu. Les Lavandes sont des plantes vivaces, ou frutescentes, à fleurs disposées en longs épis terminaux de cvmes pauciflores. [Trad.]

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