MENTHE POIVRÉE
llcrba Menthæ piperitx ; angl., Peppermint ; allem., Pfe/fci muue.
Origine botanique. - Mentha piperita Hroso» (non L). C’est une herbe vivace, dressée, ordinairement glabre, très-semblab e a la Menthe verte commune des jardins, dont elle diffère par ses feu es ou . es tiolées, ses fleurs plus grandes, ses groupes floraux super.eu s tre -kç nrochés les uns des autres, les intérieurs séparés. D api es Bentha , elle ne constitue peut-être qu'une simple variété du Mentha ht.nv.ta ., auquel elle se rattache par de nombreuses formes intemediair .
La Menthe poivrée se propage rapidement d elle-mem , coulants, et on la trouve maintenant dans beaucoup de localités gleterre, et sur le continent. Elle est cultivée sur une grande échelle Angleterre, en France, en Allemagne et dans l' Amérique du i 01 .
Historique. - Le Menti, a piperita fut observé d abord dans le Hei fordshire, par le docteur Eales, et communiqué à Ray qui, dans a seconde édition de son Synopsis StirpivM Britanmcanm, 1696, le mentionna sous le nom de Mentha spicis brmionhm et hahttoribus, fous Menthes fuscee, sapore fervido piperis, et dans son Htslorm Planlarum ( ), sous le nom de Mentha palmtris... Peper-mint (2). Dale, qui trouva plante dans le comté d’Essex (3), dit qu'elle est considérée comme spécifique contre les calculs des reins et de la vessie. Ray, ans a i
sième édition de son Synopsis, la déclare supérieure à toutes les au re Menthes, comme remède contre la faiblesse de l’estomac e a mu ' La Menthe poivrée fut admise dans la Pharmacopée de Londres, en sous la désignation de Mentha pipevitis sapoi e.
(1) T. 111, 1704, 284. • • i pnnservé oarmi les plantes de
(2) Nous avons examiné l’échantillon original en ressemblPe parfaitement îi la
Ray, dans le British Muséum, et nous trouvoi . I
plante cultivée aujourd’hui.
(3) Pharmacolorjix Supplemcntum , Lond., 1705,
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La culture de la Menthe poivrée à Mitcham, dans le Surrey, date de t7o0 environ (I). A cette époque, quelques acres seulement étaient consacrées à la culture de cette plante. A la fin du dernier siècle, 100 acies environ étaient plantés en Menthe poivrée. En 1805 il n’existait pas encore d’appareil à distillation à Mitcham, et l’on apportait la plante à Londres, pour l’extraction de son huile essentielle. Dans ces dernières années, l’imporlance de cette culture a diminué, à cause de la valeur toujours croissante des terrains, et de la concurrence faite a l’essence anglaise par les essences étrangères. En Allemagne, la Menthe poivrée fut pratiquement connue pendant la seconde partie du dernier siècle, et sa réputation fut faite surtout par Knigge (2).
Description (3). La souche de la Menthe poivrée est vivace, et émet
des coulants. La tige est dressée, haute de 90 centimètres à 1 m ,20, avec une ramification luxuriante. Ses branches sont dressées et un peu étalées, rigides, quadrangulaires, un peu velues, souvent teintées dé pourpre. Les feuilles sont toutes pêtiolées ; les pétioles des feuilles inférieures sont longs de 1 à 2 centimètres, nus ou à peu près ; le limbe est lancéolé, rétréci, ou un peu arrondi à la base, étroit et aigu au sommet ; celui des feuilles inférieures est long de 5 à 8 centimètres, et large de 2 centimètres environ, nu et d’un vert foncé en dessus, plus pâle et glanduleux en dessous, où il offre un petit nombre de poils sur scs nervures. Les bords sont découpés en dents fines, droites et étalées. L’inflorescence est formée d’épis lâches, lancéolés ou coniques, et, aigus, longs de 5 à 8 centimètres, et larges d’environ 2 centimètres; les groupes inférieurs de fleurs sont écartés les uns des autres, et accompagnés de bractées foliacées.
Fig. 175. Mentha piperita.
Extrémité florifère et fleur.
(1) Lysons, Environs of London, 1800, 1, 254.
(2) De Mentha piperitide Commentatio , Erlangat, 1780.
(3) Cette description est tirée du mémoire de M. Baker sur les Menthes anglaises, cité it la page 173, note 1.
Les bractéolcs sont lancéolées, acuminées, légèrement ciliées, à peu près de môme longueur que les fleurs. Les pédicules ont de 2 à 3 millimètres de long; ils sont pourpres, glanduleux, mais non velus. Le calice est souvent pourpré, son tube est long de 2 millimètres à peu près, et ses dents de l millimètre. Le tube est cylindrique-campanulé, pourpré, non velu, mais couvert de glandes proéminentes ; les dents sont lancéolôes-subulées, et munies de poils courts et dressés. La corolle est pourprée, à peu près deux fois aussi longue que le calice, nue en dedans et en dehors. Le fruit est lisse (j rugueux , d’après nos observations). L’odeur et la saveur de la plante cultivée sont trèsaromatiques.
Dans la variété vulgaris de Sole, M. pipemta [3 Smith, la plante est damntage velue; elle porte des épis plus larges et plus courts, ou même presque capités.
Composition ciiiniïf|uc. — Le principe pour lequel on cultive la Menthe poivrée est l’huile essentielle (Oleum Menthæ piperitæ). C’est un liquide incolore, jaune pâle ou verdâtre, dont le poids spécifique varie entre 0,84 et 0,92. Son odeur est forte et agréable ; sa saveur est aromatique, et accompagnée d’une sensation de froid, lorsque 1 air aspiré traverse la bouche. Une essence fabriquée à Mitcham, et examinée en colonne de 50 millimètres de long, déviait la lumière polarisée de 14° à gauche.
Lorsqu’on refroidit l’huile essentielle de Menthe poivrée à— 4° C., elle laisse parfois déposer des cristaux hexagonaux, incolores, d’un Camphre de Menthe , Cl0Hl9OH, nommé Menthol. Ce camphre, dont nous n’avons pas pu observer le dépôt dans l’essence, bout à 212° G., et possède l’odeur de l’essence brute. Sa solution alcoolique dévie la lumière polarisée à gauche. La proportion de menthol contenue dans les essences d’origines différentes est très-variable. Le menthol cristallisé, pur, se trouve parfois dans le commerce, sous le nom d 'Essence chinoise ou japonaise de Menthe poivrée (1).
La partie liquide de l’essence de Menthe poivrée n’a pas encore été étudiée chimiquement. Cette essence n’offre pas une constitution uniforme; son odeur et ses propriétés chimiques sont également variables, et nous ne possédons aucun moyen satisfaisant de nous assurer de sa valeur et de sa pureté. Lorsqu’on ajoute 1 goutte d’acide nitrique
(1) On la fabrique îi Canton, par distillation d’une plante qui paraît être le Mcntha arvensis L. var. javanica (M. javanica Bl.). En 1872, il fut exporté de Canton 800 livres de cette essence, estimée à 30 sliellings environ la livre, fVoy. Flückiger, in Phann. Journ., H oct. 1871, 321.)
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(d *’“) a ^ a ^0 gouttes d’essence, le mélange passe de la coloration jaunâtre au brun, puis, au bout d’une heure ou deux, devient bleuâtre, violet ou verdâtre ; dans la lumière réfléchie, il paraît rougeâtre et non transparent. Cette magnifique coloration dure pendant une quinzaine de jours (1). Nous avons examiné, à ce point de vue, les divers échantillons, d essence de Menthe poivrée que nous avons eus à notre disposition, et nous nous sommes assurés que les essences les meilleures sont celles qui prennent les plus belles colorations ; mais ces dernières sont soumises à des variations très-appréciables. Une essence inférieure, d origine américaine, ne se colora pas; un vieil échantillon d’une essence anglaise, primitivement excellente, ne se colora pas non plus sous l’influence du réactif. Le menthol, qui est considéré comme l’essence de Menthe poivrée de la Chine, n’est pas modifié par le même réactif (2). Cette réaction de l'acide nitrique ne peut pas révéler les falsifications de l’essence de Menthe poivrée, car la coloration caractéristique se produit avec une essence à laquelle on a mélangé une quantité considérable d’essence de térébenthine. Des colorations remarquables se produisent encore dans l’essence de Menthe poivrée, sous l’influence de divers autres agents chimiques. Ainsi, elle se colore en vert ou en brun sous l’influence du chloral anhydre; elle devient bleuâtre, ou verdâtre, ou rose, lorsqu’on l’agite avec une solution concentrée de bisulfure de sodium. Il est important de faire remarquer que les essences d’origine différente, qui ne peuvent pas être distinguées au moyen de l’acide nitrique, offrent des colorations tout à fait différentes lorsqu'on les mélange avec l’un des liquides que nous venons de mentionner. Ces réactions peuvent être utilisées dans l’examen des diverses sortes commerciales d’essences de Menthe poivrée. Le bisulfure de sodium forme, avec certaines sortes d’essences de Menthe poivrée, une petite quantité d’un composé solide que nous n’avons pas encore étudié.
Production et commerce. —Dans plusieurs parties de l’Europe et dans les Etats-Unis, on cultive la Menthe poivrée sur une grande échelle, comme plante médicinale. En Angleterre, cette culture se fait dans
(1) Elle peut même persister beaucoup plus longtemps si on ajoute une grande quantité d’alcool ou d’éther. La solution alcoolique, convenablement diluée, de l’essence de Menthe qui a été colorée par le contact avec l’acide azotique, présente des particularités très- remarquables quand on l’examine au spectroscope. Elle fait voir une très-large bande d’absorption entre la partie rouge et la partie orange du spectre, et plusieurs autres vers le bleu. (F. A. F.)
(2) Pharm. Journ., 25 février, 1871, 682.
les environs do Mitch8.ni dfiiis le Surjcy, pi os de Wisbocich dans le Gambridgeshire, à Market Deeping dans le Lincolnshire, et à Hitchin dans l’Hertfordshire. A Mitcham, en 1850, 500 acres étaient employés à cette culture ; en 1864, il n’y en avait plus que 219 acres (1); à Market Deeping, il y en avait, en 1871 , 150 acres environ. Le produit ordinaire en essence peut etre évalué entre 8 et 12 livies pai acie. Les champs de Menthe poivrée de Mitcham sont plats ; le sol est riche, bien fumé, et naturellement humide. On le débarrasse des mauvaises herbes, et on l’entretient avec beaucoup de soin. On fait la récolte en août, et on laisse d’ordinaire sécher l’herbe dans les champs avant de la soumettre àla distillation. Les alambics sont très-grands; ils contiennent de 1 000 à 2 000 gallons ; on les chauffe avec le charbon de terre. Chaque alambic est muni d’un appareil condensateur ordinaire, qui se déverse dans une petite cage en fer, fermée avec un cadenas, et contenant le vase dans lequel l’essence se dépose. La distillation est effectuée à une température aussi basse que possible. L’eau qui passe avec l’essence n’est pas redistillée avec un autre lot de plantes ; on la laisse en majeure partie s’écouler, et on n’en conserve qu’une faible portion comme bénéfice de l’ouvrier. Le rendement est très-variable, et il n’est pas facile de l’évaluer avec soin (2). On estime cependant qu’une tonne de Menthe poivrée sèche fournit de 2 livres 1/2 à 3 livres 1/2 d’essence, c’est-à-dire 0,11 à 0,15 pour 100; un cultivateur de Mitcham nous a assuré que le rendement pouvait s’élever jusqu’à 6 livres par tonne, c’est-à-dire à 0,26 pour 100.
A Mitcham et dans les environs, on admet aujourd’hui deux variétés de Menthe poivrée: l’une est connue sous le nom de Menthe blanche , et l’autre sous celui de Menthe noire ; il n’existe entre les deux qu’une trèsfaible différence. La Menthe noire possède une tige pourprée, tandis que celle de la Menthe blanche est verte ; les feuilles de cette dernière sont aussi, d’après nos observations, plus grossièrement serretées que celles de la Menthe noire. Celle-ci donne plus d’huile essentielle, et est
(1) Pharm. Journ., 1851, X, 297, 310 ; — Warren, in Pharm. Journ., 1868, VI, 257. C’est à ces mémoires, et à nos recherches personnelles, que nous devons la plupart des détails que nous donnons sur la culture de la Menthe poivrée il Mitcham. L’acre vaut 0,104 hectare, le gallon vaut 1,54 litres.
(2) Les grands cultivateurs seuls possèdent des appareils à distillation. Ils les louent aux petits propriétaires, qui payent une certaine somme par chaque charge do l’appareil, c’est-à-dire pour la quantité qu’il peut contenir, sans qu'on s’occupe du poids des plantes ; il en résulte qu’on préfère distiller les plantes à l’état sec, parce que l’appareil peut en contenir davantage que si elles étaient fraîches.
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plus généralement cultivée, mais l’essence de la Menthe blanche possède une odeur plus délicate, et atteint un prix plus élevé. La Menthe blanche passe pour être cultivée principalement dans le but d’être desséchée en faisceaux ou, comme on dit, en « bouquets ».
On cultive la Menthe poivrée sur une large échelle en Amérique, et particulièrement dans le sud du Michigan, dans l’ouest du New-York et dans l’Ohio. La plante fut introduite dans le Michigan en 1858 ; elle y occupe aujourd’hui une surface de 2 000 acres environ, situés, à l’exception d’une centaine, dans le district de Saint-Joseph. La production moyenne de cette localité était évaluée, en 1858, à 15000 livres, mais elle varie beaucoup. Pendant la saison exceptionnelle de 1855, elle fut de 30000 livres. Nous pouvons supposer qu’elle est aujourd’hui beaucoup plus considérable, car M. H. G. Hotchkiss, de Lyons, l’un des distillateurs les plus connus, nous informe, dans une lettre du 10 octobre 1871, que la quantité expédiée par lui-même, pendant l’année précédente, s’éleva au chiffre énorme de 57 365 livres. D’après les statistiques indiquées par Stearns (I), il paraît que le rendement en essence, par acre, est un peu plus élevé qu’en Angleterre, mais ces documents ne présentent guère aucune certitude.
On cultive la Menthe poivrée en France, à Sens, dans le département de l’Yonne (2). On la cultive aussi en Saxe, et tout récemment, elle a été introduite dans le sud de l’Inde, dans les montagnes de Neilgherry.
La valeur commerciale de l’huile essentielle de Menthe poivrée est très-variable. Celle de Mitcham se vend deux ou trois fois plus cher que la belle essence d’Amérique, mais sa qualité n’est pas non plus uniforme, et certains champs donnent un produit beaucoup plus odorant que d’autres. Un sol humide, et imparfaitement drainé, est connu comme défavorable à la qualité et à la quantité de l’essence. La présence des herbes sauvages parmi les pieds de Menthe constitue, à Mitcham, une cause importante de détérioration de l’essence. Certains cultivateurs donnent une gratification particulière aux ouvriers pour les encourager à rejeter avec soin toutes les herbes étrangères, lorsqu’ils coupent la Menthe pour la distillation. Un cultivateur de notre connaissance fut
(L) Nous devons à son mémoire On the Peppermint Plantations of Michigan (in The Proceeclings of the Amer. Pharm. Assoc., 185S), les quelques détails que nous donnons, et que le manque d’espace nous oblige à réduire.
(2) Journ. de Pharm., 1868, VIII, 130. - Extrait de : Roze, la Menthe poivrée, sa culture en France, ses produits; falsifications de l'essence, et moyens de les reconnaître, Paris, 1868, 13 pages.
obligé d’abandonner la culture de la Menthe poivrée, à cause de l’impossibilité dans laquelle il se trouvait de détruire le Mentha amenais, qu’on ne pouvait pas séparer de la Menthe poivrée, et qui détruisait le parfum de cette dernière. En Amérique, de grandes pertes sont causées parla présence, dans les champs de Menthe poivrée, de Y Eriger on canadense L. Les champs nouvellement défrichés, et plantés de Menthe poivrée, sont aussi très-souvent envahis par une autre plante de la famille des Composées, VErechtites hieracifolia Raf., qui est également
très-nuisible à la qualité de 1 essence (I).
Usages. La solution aqueuse ou alcoolique d’essence de Menthe
constitue un bon stimulant, qu’on ajoute fréquemment à d’autres médicaments. On consomme beaucoup l’essence de Menthe poivrée pour parfumer les bonbons et les liqueurs.