THYM VULGAIRE
fferba Thymi vulgaris ; angl., Garden Tliyme ; allem., Thymiankraut.
Origine botanique. — Thymus vulgaris L. C’est une petite plante suffrutèseente, ligneuse, dressée, ne dépassant pas 20 à 25 centimètres de haut. Elle vit en abondance dans les terrains incultes du Portugal, de l’Espagne, de la France et de l’Italie, et dans les parties montagneuses de la Grèce (a).
Sur le mont Ventoux, près d’Avignon, elle s’élève jusqu’à 1 100 mètres au-dessus du niveau de la mer (Martins). On la cultive communément dans les jardins anglais (2).
(1) Phil.Mag ., 1838, XIII, 442.
(2) Un grand nombre des détails chimiques que nous donnons sur le Thym s’appliquent au Thym sauvage ( Thymus Serpyllum ) et non au Thymus vulgaris L.
Historique. — Le Thym vulgaire était beaucoup cultivé en Angleterre au seizième siècle, et a été bien figuré et décrit à cette époque par Gcrarde. Il passe môme pour avoir ôté cultivé sur une grande échelle, pour l’usage médical, dans les environs de Deal et de Sandwich, dans le I^nt (1). Le Thymol ou Camphre du Thym fut décrit par Neumann, apothicaire de la cour, à Berlin, en 1725 (2).
Description. - La plante produit des tiges ramifiées, ligneuses, grêles, à feuilles sessiles, linéaires-lancéolées, ou ovales-lanceolecs ; longues de i centimètre environ, révolutées sur les bords, plus ou moins blanchâtres, surtout sur la face supérieure, et couvertes de glandes à huile. Les fleurs sont petites, pourpres ; elles sont disposées en inflorescences capitées, terminales, et en groupes situés plus bas sur la tige, dans l’aisselle des feuilles. La plante entière possède une coloration grisâtre due à des poils blancs et très-courts. Elle exhale, lorsqu’on la froisse, une odeur très-vive, et possède une saveur aromatique trèsprononcée (3).
Production de l’huile essentielle. — Le Thym n’est cultivé dans les jardins anglais que pour les usages culinaires. Son huile essentielle ( Oleum Thymi ), qui seule intéresse les droguistes, est distillée dans le sud de la France. Dans les environs de Nîmes, où nous avons observé les procédés d’extraction, on emploie la plante entière, et on fait deux distillations par an : l’une pendant les mois de mai et de juin, tandis que la plante est en fleur, et l'autre en automne. L’essence est colorée en brun rougeâtre, foncé ; elle devient incolore, et en même temps moins odorante, lorsqu’on la redistille. Les deux sortes d essences se trouvent dans le commerce, sous les noms d 'Huile rouge de Thym , et d 'Huile blanche de Thym. Dans le commerce anglais, on désigne fréquemment l’essence de Thym sous le nom de Oïl of Onganum , mais elle ne ressemble nullement à l’essence d’Origan qui, à notre connaissance, ne se trouve jamais dans le commerce (4).
Composition chimique. — L’essence de Thym, sous l’influence de distillations fractionnées, se divise en deux parties : la première, bouillant entre 178° et 180°, est un mélange de Cymène, C10H1 2 3 4\ et de Thymène, C10HIG. La seconde constitue le Thymol , C10HuO, dont les relations
(1) Bootii, in Treasury of Botany, 1866, II, 1149.
(2) Pliil. trans., n° 389. ...
(3) Cette description est faite d’après des échantillons sauvages. La plante cultivée dans les jardins est plus luxuriante, plus verte, et beaucoup moins tomeuteuse.
(4) Voyez une note sur V Essence véritable d’Origan , in Phurm. Journ. 1831 , X, 3- i.
LABIÉES
avec le Phénol sont indiquées par la formule C6H3.OILCH3.C3H3, qui repiésonte la structure du thymol. 11 forme de gros cristaux du système hexagonal, fondant h 44°, et entrant en ébullition à 230°. Le thymol peut facilement être extrait de l’essence brute de Thym à l’aide des alcalis caustiques, dans lesquels il se dissout aussi facilement que le phénol. Le thymol présente le plus grand intérêt théorique.
Usages. — L’essence de Thym est un stimulant externe efficace, et est parfois employée en Uniment. Elle trouve son emploi le plus important dans la médecine vétérinaire. Le thymol a été proposé, sous le nom d’acide thymique, comme désinfectant, à la place de l’acide carbolique, pour les cas ou 1 odeur et les propriétés toxiques de ce dernier font rejeter son emploi. L herbe elle-même n’est pas usitée dans la médecine anglaise moderne, mais on l’emploie souvent sur le continent.
(a) Les Thyms ( Thymus L., Généra, u° 727, ex parte) sont des Labiées de la tribu des Saturéinées. Le calice est tubuleux, campanulé, parcouru par 10 à 13 nervures, bilabié, la lèvre supérieure étant formée de trois lobes aigus, et l'inférieure de deux lobes plus étroits et plus profondément divisés. La gorge du calice est munie de poils blancs. La corolle est formée d’un tube à peine plus long que le calice, et d’un limbe bilabié, à lèvre supérieure droite, plane, simplement éehancrée au sommet, à lèvre inférieure étalée, divisée profondément en trois lobes égaux, ou le médian un peu plus développé. L’androcée est formé de quatre étamines exsertes, situées deux de chaque côté du pétale moyen de la lèvre inférieure, et deux entre les pétales latéraux de cette lèvre et les lobes de la lèvre supérieure. Les deux dernières sont plus courtes que les autres. Les anthères sont biloculaires, à loges parallèles ou divergentes. L’ovaire est celui de toutes les Labiées; il est surmonté d’un long style exsert, recourbé en haut et bifide au sommet. Le fruit est constitué par quatre nucules ovoïdes ou subglobuleux. Les fleurs sont petites, blanches ou roses, ou purpurines; elles sont disposées en cy mes rapprochées en épis au sommet des rameaux.
Le Thymus Serpyllum L. ( Spec ., 82o, ex parte) vulg. Serpolet, Thym bâtard, Pouliot bâtard , auquel s’applique en grande partie ce qui a été dit des propriétés chimiques du Thym dans l’article ci-dessus, se distingue du Thymus vulgaris par sa souche traçante, très-rameuse, et par ses rameaux nombreux, couchés sur le sol, radicants, redressés au sommet, et portant des branches ascendantes simples ou rameuses, munies de cymes multiflores dans l’aisselle de leurs feuilles supérieures. Les rameaux sont plus ou moins pubescents. Les feuilles sont très-petites, sessiles, glabres ou pubescentes, ovales ou oblongues, étroites ou linéaires-oblongues, aiguës au sommet, entières et ordinairement ciliées sur les bords, qui sont repliés en
Fig. 176.
Thymus Serpyllum.
HISTOIRE DES DROGUES D’ORIGINE VÉGÉTALE. I8o
, elles sont ponctuées, glanduleuses soc la face inférieure. Les fleurs sont
disposée’s en cymos multiflores réunies en
T : « d. caiic; es,
n“£Tun f eeu de poils I, loues, serrés. Le Serpolet habite les endroits secs,
Fig. 177. Fleur entière.
Fig. 178. Fleur ooupée verticalement.
Thymus Serpyllum.
sablonneux, où il couvre souvent de grandes surfaces. Dans les environs de Paris, il fleurit de juin à octobre.
MM. Cosson et Germain de Saint-Pierre ( Flor . Par., 394) en distinguent deux
a. Serpyllum ( Thymus Serpyllum Fries), à tiges appliquées sur le sol, t è radicantes, couvertes sur toute leur surface de petits poils réfléchis ; a feuilles atténuées à la base et munies de nervures saillantes, à cymes rapprochées en tetes globuleuses ou ovoïdes très-compactes.
b Chamœdris {Thymus Chamœdris Fries), à tiges couchées ascendantes, offrant seulement de deux il quatre rangées de poils ; à feuilles ordinairement pét.olees munies de nervures peu saillantes ; à cymes disposées en épis interrompus. LIrad.J
romarin.
Herba Rosmarini ; Herba'Antlios ; angl., Rosemary ; allom., Rosmcinn.
Origine botanique. — Rosmarinus officinalis L. — C’est un arbuste toujours vert, atteignant de 90 centimètres à lm,c20 de hauteur, abondant sur les collines sèches et rocheuses de la région méditerranéenne, depuis la péninsule espagnole jusqu’à la Grèce et à l’Asie Mineure. Il recherche d’ordinaire le voisinage de la mer, mais on le trouve jusque dans le Sahara, où il est recueilli et transporté par des caravanes
jusque dans le centre de l’Afrique (I).
Historique. — Le Romarin (2) est mentionné par Pline, qui lui assigne
(1) Duveyrier, Les Touaregs du Nord, 1864, 187. . .
(2) De ros et marinus, littéralement rosée marine. Diverses opinions ont été émises
au sujet de l’allusion contenue dans ce nom.
180 LABIÉES
do nombreuses vertus. Il était bien connu des médecins arabes d’Espagne. L un d eux, Ibn Baytar, au treizième siècle, dit qu’il fait partie du commerce des vendeurs d’aromates (1). Au moyen âge, le Romarin était incontestablement très-estimé, ainsi que nous pouvons en juger par ce fait qu’il figure parmi les plantes dont Charlemagne ordonna la culture dans les fermes .impériales. John Philip de Lignamine (2), écri- Aain (1li quinzième siècle, le décrit comme un condiment ordinaire
des viandes salées. On le cultivait probablement en Angleterre avant la conquête des Normands, car son emploi est recommandé dans un herbier anglosaxon du onzième siècle (3). L’huile essentielle de Romarin fut distillée pour la première fois, vers 1330, parRaymundus Lullus (4).
Description. — Le Romarin possède des feuilles opposées, entières, sessiles, linéaires, longues de 2 centimètres et demi environ, révolutées sur les bords, coriaces, vertes et glabres en dessus, couvertes en dessous d’un tomentum dense et blanc. Quand on examine à la loupe je tomentum des feuilles et des jeunes bourgeons, il se montre formé de poils blancs, pressés les uns contre les autres, étoiles. Paimi les poils étoilés qui forment le tomentum des pousses et
Fig. 179.
Rosmarinus officinalis.
Fig. 180. Fleur entière.
Fig. 181. Fleur coupée verticalement.
Rosmarinus officinalis.
qui sont plus ou moins serrés, on peut distinguer de petites glandes à essence. Ces. glandes sont de deux sortes : les unes grandes, les autres
(1) Traduction de Sontheimer, 1,73.
(2) Conservatorium Sanitatis, cap. 81.
(3) Herbarium Apuleii ( Leechcloms , etc., of Early England, 1864, 1, 185).
(4) Manget, Ribtiotheca chemica curiosa, Genevæ, 1702, I, 829.
eU„ ne fournissent probablement pas la même essence. Les
Tels offrent un caliee bi.abié, campanulé, et une corolle blanche ou in ,m0 Tn lpvre supérieure du limbe de la corolle est
émargbôe et dressée; la lèvre inférieure est trilobée, avec le lobe médian concave et pendant. La plante entière ^ ^odenr res agréable, et possède une saveur aromatique, forte. Elle lleu.it
"" essentielle. - Le Romarin est cultivé sur une
très-grande échelle dans les jardins anglais de production, mais qu i „u i Pait parfois distillée, l’huile essentielle anglaise ne constitue pas
un obiet de commerce. .Celle qui figure sur les marches est fabriquée
dans le sud de la France et sur les côtes voisines de 1 Ita ha. La plante y pousse abondamment à l’état sauvage ; on la recolle a 1 automne, et non pendant la floraison. Les distillateurs sont parfois des herboristes ambulants qui transportent leur appareil de place en place, et le m lent dans les endroits où l’herbe est abondante, et ou un courant c eau permet d’employer un condensateur de construction tres-pr.mitive L’essence de Romarin est aussi fabriquée, en assez grande quantité, dans nie de Lésine, au sud de Spalato, dans la Dalmatie, d ou elle est exp tée, par la voie de Trieste, en France, et en Italie, en quantité cens.-
dérable, de 300 à 330 quintaux par an (1).
Quelques fabricants français offrent une essence de Romarin d un prix élevé, comme retirée clés fleurs. Nous pensons qu il faut entendre par cette expression les sommités fleuries, car on ne pourrai retirer des fleurs seules qu’une très-faible quantité d’essence. La plus grande quantité de celle qu’on trouve dans le commerce est obtenue par
distillation de la plante entière.
composition chimique. - L’odeur du Romarin est due à l’essence, que nous avons trouvée lévogyre. En soumettant cette essence a la distillation fractionnée, on remarque qu’elle fournit à peu près les 4/o de son poids d’une essence bouillant entre 165° et 172°, qui correspon aux essences de térébenthine lévogyres. Mais les portions de 1 essence qui passent à partir de 200» présentent un pouvoir rotatoire a droite, et prennent une odeur décidément camphrée, quand on les chaufle légèrement avec de l’acide azotique. v ,
Traitée par l’acide ebromique, l’essence de Romarin a onn a o
(1) Unger, Ber Romarin und seine Verwcndung in Dalmatien (in Sitzungsberichte der Wiener Akademie, 1867, LVI, 686).
LABIÉES
(1853) de 1 acide Limettique; nous estimons que c’est simplement de V acide Téréphtalique , C°H*(COOH)«.
L essence de Romarin laisse déposer, à une basse température, un stéaroptène qui, d’après les recherches de Montgolfier (1876), paraît être constitué par deux camphres doués de pouvoirs rotatoires opposés.
Usages. -Les sommités fleuries et les feuilles sèches sont conservées par les herboristes, mais ne sont pas employées dans la médecine officielle. L huile essentielle est employée comme stimulant externe, en liniments, et comme parfum. On admet généralement dans le public que le Romarin provoque la pousse des cheveux.