‹ Histoire des drogues d'origine v©♭g©♭tale [electronic resource]Chapitre 41 sur 124 · G0, IX · texte numérisé non relu

G0, IX

(2) Pseudolus, act. III, sc. 2.

(3) Mékat et de Lens, Dict. de Mat. raidie,, 1832, IV, 173.

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lée, par les Arabes, 'qui] les transmirent aux peuples de l’Occident. Aëtius, qui résida à la cour de Constantinople vers 540, paraît avoir connu la Muscade, si du moins c’est à elle que s’applique le mot Nuces Indicæ , qu’il cite avec les clous de girofle, le nard, le costus, le calamus aromaticus, et le bois de santal, comme ingrédients du Suffumigium rnoschatum (1). Masudi (2), qui paraît avoir visité l’Inde de 916 à 919, signala la Muscade avec les clous de girofle, la noix douce et le bois de santal, comme produits des îles orientales de l’archipel indien. Le géographe arabe Edrisi, qui écrivait au milieu du douzième siècle, mentionne les Muscades et le Macis comme articles d’importation àAden(3). Les « Nois mousccides » figurent parmi les épices sur lesquelles un impôt était levé à Saint-Jean d’Acre, en Palestine, vers 1180 (4). Un siècle plus tard environ, un autre auteur arabe, Kazwini (5), cite expressément les Moluques comme le pays d’origine des épices dont nous parlons. Un des plus anciens renseignements que nous possédions sur l’usage des Muscades, en Europe, se trouve dans un poëme écrit, vers 1195, par Petrus d’Ebulo (6). En décrivant l’entrée à Rome de l’empereur Henri YI, avant son couronnement, en avril 1191, il dit que les rues étaient parfumées avec des aromates qu'il énumère dans le vers suivant :

Balsama, thus, aloë, myristica, cynnama, nardus.

A la fin du douzième siècle, les Muscades et le Macis se trouvaient dans le nord de l’Europe, même en Danemark, ainsi qu’on peut le conclure des allusions qui y sontfaites dans les écrits de Harpestreng (7). En Angleterre, le Macis était bien connu, mais coûtait fort cher ; de 1284 à 1377, son prix fut en moyenne de Ash.l den. la livre, tandis que le prix moyen d’un mouton, pendant la même période, n’était que

(1) Aetius, Tetrabiblos, IV, serm. 4, c. 122. Le nom de Nux indicaa. ete appliqué, dans le courant des siècles, à différents produits, comme par exemple la Noix de coco (voir mes documents pour servir îi l’histoire de la pharmacie. Halle, 1876, p. 18). L’école de Salerne(dans Renzi, Collectio Salernitana, III, 1854, P- 270 etsuiv.) déclara: « Nux vomica, nux indica idem », et dans Berlu, the Treasury of drugs nulock rf; London, 1724, on trouve sous le nom de Nuces Indicæ très-distinctement la noix d Arec. [F. A. F.]

(2) Les Prairies d'or , 1861, I, 341.

(3) Géographie , traduction de Jaubert, 1836, I, 51.

(4) Dans l’ouvrage indiqué à la page 500 du t. I, note 1.

(5) Kosmographie, übersetzt von Ethé, 1869, I, 227.

(6) Carmen de motibus siculis, Basil., 1746, 23. - Une nouvelle édition de ce livre, par le professeur Winkelmann, a paru en 1874.

(7) Danske Lacgebog , cité par Meyer, Geschichte der Botanik, 1856, III, »37.

de 1 sh 5 den., et celui d’une vache 9 sh. 5 dm. (1). Il était, également très-cher en France, car dans le Compte de l'exécution du testament de Jeanne d’Evreux, reine de France, en 1372, six onces de Macis furent estimées 3 sols 8 deniers Fonce, ce qui répond à 8 sh. 3 den. de notre monnaie actuelle (2).

L’usa°e de ces épices s’était répandu en Europe longtemps avant que les Portugais découvrissent, en 1512, la plante mère dans les îles de Banda. Les Portugais possédèrent le commerce des îles à épices pendant un siècle environ; il leur fut ensuite enlevé parles Hollandais, qui employèrent, pour la Muscade, les mêmes mesures restrictives que pour les clous de girofle et la cannelle. Afin d’assurer leur monopole, ils s’efforcèrent de restreindre la culture des arbres à Banda et a Amboine, et les détruisirent partout ailleurs, notamment à Ceram et dans les petites îles voisines de Kelang et Nila. Le commerce de cette épice était tellement entre leurs mains, que les récoltes de seize années restaient entassées dans leurs magasins, et qu’on n’apportait jamais sur le marché le produit des années nouvelles. La récolte de 1 744, par exemple, ne fut vendue qu’en 1760. Cette année-là on brûla, à Amsterdam, une immense quantité de clous de girofle et de Muscades, pour empêcher que le prix ne tombât trop bas (3).

Pendant l’occupation des îles à épices par les Anglais, de 1796 à 1802, la culture du Muscadier fut introduite à Bencoolen et à Penang (4), et quelques années plus tard à Singapore. De grandes plantations de Muscadiers furent faites dans ces deux îles, et ne tardèrent pas à rapporter beaucoup, grâce à une culture soignée et continue (5). En 1860, les arbres furent envahis par un champignon destructeur, dont les cultivateurs furent impuissants à arrêter le développement, et qui détermina la ruine des plantations, au point qu’en 1867 on ne pensait plus à la

(1) Rogers, Hist. of Agriculture and Prices in England, 1866, I, 361-362, 628.

11 est à remarquer que les noix muscades ne sont pas mentionnées, quoique le macis soit plusieurs fois cité.

(2) Leber, Appréciation de la fortune privée au moyen âge, éd. 2, 1847, 9b.

(3) Valmont de Bomare, Dict. d’Histoire nat., 1775, IV, 297. — Cet auteur pai e en témoin oculaire de la destruction que nous rappelons : « Le 10 juin 1760, j en ai vu ^Amsterdam, près de l’Amirauté, un feu dont l'alimentation était estimee nu nui ions, argent de France; on devait en brûler autant le lendemain. Les pieds des spcc a cuis

baignaient dans l’huile essentielle de ces substances... »

(4) On peut juger des tentatives qu’a pu provoquer celte culture pai ce ai que e prix du macis était coté, le 3 janvier 1806, dans le London Pi icc Cuiren (qui 0,1 uc seulement les prix d’importation), îi 85 shillings ou 90 shillings la livie , a ce pnx î faut ajouter encore l’impôt de 7 shillings et 1 denier par livre.

(5) Seemann, in Journ. of Bot. de IIooker, 1852, IV, 83.

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culture du Muscadier à Penang et à Singapore (t). Quoique très-estimés en Europe et en Asie, les Muscades et le Macis n’ont jamais été employés comme condiments dans les îles qui les produisent (2).

Collection Ot préparation. - D’après M. Wallace (3), presque toute la surface des îles Banda est plantée de Muscadiers, qui croissent à l’ombre des grands Canarium commune. La nature volcanique, l’ombre, et 1 humidité excessive de ces îles, qui reçoivent de la pluie presque chaque mois de 1 année, paraissent convenir admirablement au Muscadier, qui n y exige aucune culture, et presque aucune attention. Dans le Bencoolen (4), les arbres produisent à peu près pendant toute l’année, mais la récolte principale se fait dans les derniers mois; une seconde, moins importante, est faite en avril, en mai et en juin. Lorsque le fruit se fend, on le cueille avec un crochet fixé à un long bâton ; on enlève le péricarpe, et on sépare avec soin le Macis. On fait alors sécher les graines dans une construction en briques, où on les expose sur des châssis a la chaleur douce d'un feu très-modéré, au milieu d’un courant d’air bien actif. La dessiccation dure deux mois, pendant lesquels on retourne les Muscades tous les deux ou trois jours. Au bout de ce temps, les amandes sont devenues mobiles dans les enveloppes, et y produisent un bruit de grelot quand on les secoue, ce qui indique que la dessiccation est complète. On brise alors les téguments avec un marteau en bois ; on enlève les amandes, on les assortit, et enfin on les roule dans de la chaux tamisée. Dans l’île de Banda, on retire celles qui sont noires, petites et moins belles, et on les réserve pour la préparation d’une huile par pression.

L’ancienne police commerciale des Hollandais donna naissance à la singulière habitude de briser les enveloppes de la graine, et d’immerger les amandes des graines, séchées artificiellement, dans un lait de chaux, parfois pendant une période de trois mois. On faisait cela dans le but de rendre impossible la germination des amandes transportées sur les marchés. L’inutilité de ce procédé fut prouvée par Teissmann; il montra qu’une simple exposition des graines au soleil, pendant une semaine, est suffisante pour détruire la vitalité de l’embryon. Pendant l’immer-

(1) Gollingwood, in Jourii. of Linné an Society , Bot., 1S69, X, 45.

(2) Crawfurd, Dict. of Vie Indian Islamh, 1856, 304. — On trouvera dans ce livre heaucoup de détails complémentaires.

(3) The Malay Archipelago, 1809, 1, 452. Voyez aussi : Bickmore, Travels in the Enst Indian- Archipelago, 1868, 225.

(4) Lumsdaîne, in Pharm. Journ , 1852, XI, 516. — Pour plus de détails sur les plantations de Muscadiers de Sumatra, consultez le mémoire original.

sion dans le lait de chaux, un certain nombre de graines se perdent, et une seconde dessiccation est rendue nécessaire. Lumsdaine a montré également que ce procédé est au moins entièrement inutile. Les Muscades se conservent très-bien dans leur enveloppe naturelle, et les Chinois ont le bon sens de les préférer dans cet état. Le procédé de chaulagc des Muscades est cependant encoie beaucoup employé, et le préjugé, en faveur de l’épice ainsi préparée, est si fort dans certains pays, que des Muscades, non chaulées dans le pays de production, le sont à Londres avant d’être expédiées dans d’autres contrées. Les Muscades de Penang sont toujours transportées à 1 état naturel, c’est-à-dire non chaulées.

Description.— Le fruit du Myristica fragrans est une drupe pendante, globuleuse, ayant S centimètres environ de diamètre, assez semblable à une petite poire arrondie. Elle est parcourue par un sillon qui l’entoure, et au niveau duquel, à la maturité, son péricarpe épais se fend en deux valves, et met à nu, dans sa cavité, une seule graine enveloppée par un arille charnu, foliacé, cramoisi, désigné sous le nom de Macis. La graine est colorée en brun foncé, luisante, ovale, marquée de dépressions qui correspondent aux lobes de l’arille ; sur une de ses faces, qui est plus pâle, et légèrement aplatie, se voit' une ligne qui indique le raphé. Le testa ligneux de la graine ne parvient pas dans le com-

Fig. 196. Fruit du Myristica fragrans entrouvert.

Fig. 197. Graine entourée de son arille ou maci3.

Fig. 198. Coupe verticale do la graine entière.

Graine du Myristica fragrans.

Fig. 199. Amande dépouillée de sou enveloppe.

mcrce européen, et la Noix muscade est formée uniquement par l’amande de la graine. La Noix muscade offre à peu près la même

MYIUSTICACÉES.

forme que la graine entière, avec une taille moindre. Les marchands anglais estiment les noix d’après la taille ; les plus grandes, qui ont environ 2 centimètres et demi de long, et 2 centimètres de large, et dont quatre seulement pèsent 1 once, atteignent le prix le plus élevé. Lorsqu’elles n’ont pas été chaulées, elles sont colorées en brun grisâtre. Elles sont lisses, mais sillonnées longitudinalement, et marquées, sur la face la plus plate, d’une rainure étroite. Sur une section transversale, on voit que le tégument interne, dont elles sont revêtues, pénètre dans l’albumen jusqu’au centre, en formant des bandes allongées, étroites, brunes, qui lui donnent un aspect marbré particulier et bien connu. Au niveau de la base de l’albumen, et près du hile, se trouve l’embryon, formé d’une radicule courte, et de deux cotylédons en forme de coupes, dont les bords, amincis et recourbés, pénètrent dans l’albumen. Le tissu de la graine se laisse couper avec la même facilité dans toutes les directions; il est très-huileux, et possède une odeur aromatique délicieuse ; son goût est épicé et un peu âcre.

Structure microscopique. — Le testa est formé de cellules rigides, longues, minces, disposées radialement, très-pressées les unes contre les autres, et n’offrant pas de cavités bien distinctes. L’endoplèvre, qui forme l’enveloppe de l’amande, et pénètre dans son épaisseur, est formé de cellules à parois molles, brunes, et offre des petits faisceaux fibro-vasculaires. Dans les couches extérieures de l’endoplèvre, existent de petites cellules aplaties ; mais la couche qui pénètre dans l’épaisseur de l'albumen est formée de cellules beaucoup plus grandes. Le tissu de l’albumen est formé de cellules à parois molles, remplies de grains d’amidon et de graisse en partie cristallisée. Parmi les cristaux prismatiques de la graine, se voient de grandes plaques épaisses, rhombiques ou à six faces. A ces substances se joignent des granulations de matières albuminoïdes.

Composition chimique. — Après l'amidon et la matière albuminoïde, le principe constituant le plus important de la Noix muscade est la graisse, qui forme environ le quart de son poids, et qui est connue dans le commerce sous le nom de Beurre de Muscade (voy. page 220). L’huile volatile, à laquelle sont dus le goût et l'odeur des Muscades, existe dans la proportion de 2 à.3 pour 100 (I) environ, et est constituée, d’après Cloëz (tSGi), presque en entier, par un hydrocarbone Cl0II16, bouillant à 163° G.; Gladstone, qui lui assigne la même composi-

(1) MM. IIerrings et O, de Londres, nous ont informés que 2 874 livres de noix muscades, distillées dans leur laboratoire, ont donné 67 livres d huile essentielle, c’està-dice 2,33 pour 100.

HISTOIRE DES DROGUES D ORIGINE VÉGÊTALIi.

lion a signalé de plus, dans l’essence brute, la présence d’un composé correspondant à la formule C10H“O, qu’il appelle Myristicol Quoique isomérique avec le carvol du Carvi, le myristicol ne s’unit pas avec

l’acide sulfhydrique.

Une huile essentielle de Noix muscade, distillée a Londic» par MM. Herrings et C°, examinée en colonne de 200 millimètres de long, nous a présenté une déviation de la lumière polarisée de 15°, 3 a droite. Celle de la Noix muscade longue ( Myristica falua Houtt.), qui nous avait été fournie par la même maison, dévia la lumière polarisée de

28°, 7 à droite.

MM. Herrings et Ce ont mis à notre disposition une substance cristalline, qu’ils avaient obtenue pendant la seconde partie de la distillation de la Noix muscade commune, et de la longue. C’est une masse graisseuse, grisâtre; par cristallisation répétée dans l’alcool, nous l’avons obtenue sous forme d’écailles incolores, brillantes, fusibles à 5-4“ C., et exhalant l’odeur de la Noix muscade. Ces cristaux se dissolvent facilement dans la benzine, le sulfure de carbone, et le chloroforme, difficilement dans l’éther de pétrole. Leur solution dans l’alcool possède une réaction nettement acide, et est dépourvue de pouvoii rotatoire. En les faisant bouillir dans l’alcool à 0,843, avec du carbonate anhydre de sodium, nous obtînmes une solution qui, après. enlèvement de l’alcool, abandonna un résidu tout. à fait soluble dans 1 eau bouillante, se prenant en gelée par le refroidissement. En ajoutant de 1 acide chlorhydrique à la solution aqueuse chaude, la substance cristalli sable primitive se montre de nouveau, mais elle est dépourvue d odeui. Cette substance n’est pas autre chose, en réalité, que de \ acide Myristique (1). On l’avait autrefois considérée comme un stéai'optène ( Myns licine).

Production et commerce. — Les Noix muscades et le Macis qu on apporte aujourd’hui sur le marché sont, en grande partie, produits pâlies îles Banda (2), parmi lesquelles, cependant, trois seulement, Lontar ou Grande Banda, Pulo Ai, et Pulo Nera, ont été désignées sous le nom de Parcs aux Muscades. D’après les documents officiels hollandais, la première de ces îles possédait, en 1864, environ 266000 arbres poitant des fruits ; Ternate, sur la côte ouest de Jilolo, en possédait 46000 ,

(1) Plückiger, Pharm. Journ., 15 août 1874.

(2) On aura une idée du peu de surface de ces fameuses lies par ce fait, que la Grande Banda, la plus vaste de toutes, n’a que 7 milles de long sur 2 milles de laige. la surface entière du groupe ne dépasse pas 17,0 milles géographiques carrés.

MYIUSTICACÉES.

Menado, dans le groupe des Célèbes, en avait 35000, et Araboine seulement 31000. Les Muscades des îles Banda sont expédiées à Batavia. La quantité exportée de Java, en 1871, et provenant, à notre avis, de Batavia, par conséquent produite par les îles Banda, fut de 8107 péculs, sur lesquels 2300 péculs furent expédiés aux Etats-Unis, et la plus grande partie à Singapore (1). Ce dernier port expédia aussi, pendant la même année, une très-grande quantité (310570 livres) de Noix muscade vers l’Amérique du Nord (2). Il a été exporté de Padang, port de Sumatra, pendant l’année 1871, 2766 péculs de Muscades, expédiés surtout pour 1 Amérique et Singapore. La quantité importée dans le Royaume-Uni, en 1870, fut de 537 978 livres.

Lisages. — La Noix muscade est un aromatique stimulant, particulièrement employé pour parfumer d’autres médicaments. On s’en sert aussi journellement comme condiment, mais elle est moins estimée qu’au trefois.

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