‹ Histoire des drogues d'origine v©♭g©♭tale [electronic resource]Chapitre 44 sur 124 · ÉCORCE DE CANNELLE · texte numérisé non relu

ÉCORCE DE CANNELLE

Cortex Cinnamomi : Cortex Cinnàtiïomi Zeylanici; Cannelle de Ceylan ; angl., Cinnamon allem., Zimmt, CeylonZimmt, Kaneel.

Origine botanique. — Cmnamomum zeylcinicim Breyne. C’est un petit arbre toujours vert, couvert de belles feuilles luisantes, ordinairement un peu glauques en dessous, et portant des panicules de fleurs verdâtres, à odeur désagréable (a). Il est originaire de Ceylan, où, d’après Thwaites, il est généralement répandu dans les forêts jusqu’à une altitude de 90Û mètres environ, et même, pour une de ses variétés, jusqu’à 2 500 mètres. Sa. taille est très-variable, ainsi que les contours, les dimensions, et la consistance de ses feuilles; plusieurs de ses formes ex trêmes diffèrent beaucoup les unes des autres, et ont reçu des noms spécifiques particuliers. Cependant, les formes intermédiaires sont trèsnombreuses, et, lorsqu’on examine un grand nombre d'échantillons, on

(1) Consiliav Reports, août 1873, 952-9Ü3.

HISTOIRE DES DROGUES D’ORIGINE VÉGÉTALE. m

en trouve qu’on ne sait à quelle espèce rapporter. Thwaites (1) pense que certaines espèces, encore admises aujourd hui, notamment les C. obtusifolium Nees et C. iners Reinw., devront, lorsqu’elles seront mieux connues, être considérées comme de simples formes du C. zeylanicum.

Beddome (2), conservateur des forêts à Madras, fait remarquer que, dans les forêts humides du sud-ouest de l’Inde, il existe sept ou huit variétés bien déterminées, qu’on pourrait aisément regarder comme autant d’espèces distinctes ; mais, comme elles sont reliées entre elles par des formes intermédiaires, il est impossible de trouver des caractères assez constants pour établir des distinctions spécifiques. Elles croissent depuis le niveau de la mer jusqu’aux plus grandes hauteurs. Beddome pense que les différences qu’elles présentent sont dues à des influences locales, et il est disposé à les considérer comme de simples formes du C. zeylanicum.

Historique. — La Cannelle a été tenue en grande estime dès les époques historiques les plus reculées. D’après ce que dit le savant docteur Vincent, doyen de Westminster (3), la Cannelle paraît avoir été la première épice demandée dans les voyages en Orient. La Cannelle et le Cassia sont mentionnés, l’un et l’autre, comme des substances odoriférantes précieuses, dans les écrits mosaïques, et dans les livres bibliques des Psaumes, des Proverbes, des Cantiques, d’Ezékiel et des Révélations, ainsi que dans les ouvrages de Théophraste, d’Hérodote, de Galien, de Dioscoride, de Pline, de Strabon, et de plusieurs autres écrivains de l’antiquité. D’après ce que nous savons, il paraît y avoir des raisons de croire que les épices dont ils parlent étaient très-analogues à celles que nous connaissons aujourd’hui. Nous trouvons une preuve que le Cassia et la Cannelle étaient très-analogues, dans cette remarque de Galien, que le meilleur Cassia diffère si peu de la qualité la plus inférieure de Cannelle, qu’on peut le substituer à cette dernière, pourvu qu’on en emploie un poids double.

Il est évident aussi que ces deux substances étaient rangées parmi les aromates les plus précieux, car au nombre des présents offerts par Seleucus II, roi de Syrie, et par son père Antiochus Hierax, au temple d’Apollon de Milet (246-227 av. J.-C.), et consistant surtout en vases

(1) Enumératio plant. Zcylaniœ, 1804, 252. — Voyez aussi : Meissner, in DC, Proch'., XV, S. 1, 10.

(2) Flora sylvatica for Southern India, 1872, 262.

(3) Commerce and navig. ofthe Ancients in the lndiun Océan, 1807, II, 512.

HIST. Dl'.S DROGUES, T. II. 13

22G LÀURACÉES.

d’or et d’argent, il se trouvait 2 livres de Gassia (-/.aaîa) et une quantité égale de Cannelle (vuvvap.<I)p.ov) (1).

Nous devons, à cet égard, signaler un fait important, c’est que les anciens ne tiraient pas du tout de Cannelle de l’île de Ceylan. « Dans aucun écrit, soit européen, soit asiatique, dit Tonnent (2), on ne trouve, depuis l’époque la plus reculée jusqu’à la fin du treizième siècle, aucune mention relative à la Cannelle, ni comme produit indigène, ni même comme objet de commerce de Ceylan. » Dans les annales des Chinois, qui, du quatrième au huitième siècle, eurent des relations fréquentes, et firent des échanges de marchandises avec les habitants de Ceylan, on ne trouve pas non plus le nom de la Cannelle parmi ceux des produits de l’île. Les livres sacrés, et les autres anciens souvenirs des Singalais, sont également muets à cet égard.

Le Cassia est mentionné, sous le nom de Kwei , dans le plus ancien traité de botanique Chinois, celui de l’empereur Shen-Nung, qui régnait vers 2700 av. J. -G.; dans les anciens Classiques Chinois (3), et dans le lîh-ya, herbier datant de 1200av. J.-C. Dans le Hai-yao-pên-tsao, écrit au huitième siècle, il est fait mention du Tien-chu-Kivei ; Tien-chu étant le nom ancien de l’Inde, peut-être la dénomination se rapporte-t-elle à l’écorce de Gassia du Malabar.

A ces documents, extrêmement anciens, nous pouvons ajouter qu'une écorce, supposée être le Cassia, est mentionnée comme importée en Egypte, avec l’or, l’ivoire, l’encens, les bois précieux, et les singes, au dix-septième siècle av. J. -G. (4).

Les renseignements fournis par Dioscoride, Ptolémée, et l’auteur du Périple de la mer Erythrée, indiquent que la Cannelle et le Gassia provenaient de l’Arabie et de l’Afrique occidentale. Nous savons, en outre, que les importateurs étaient les Phéniciens, qui trafiquaient avec 1 Arabie à travers l’Egypte et la mer Rouge. On a beaucoup discuté pour savoir si l’épice désignée sous ce nom était réellement un produit de l’Arabie ou de l’Afrique, ou si elle était apportée du sud de la Chine, qui produit actuellement la meilleure sorte de Gassia. Nous sommes partisans de cette seconde manière de voir, d’abord parce que nous ne connaissons aucune substance de la nature de la Cannelle qui soit produite par

(1) Ghishull, AntiquitatéS Asiaticx, 1728, 63-72.

(2) Ceylon, 1859, I, 573.

(3j Nous devons au docteur Brestchneider ees renvois à la littérature chinoise. Pour les détails sur les livres cités, voyez son mémoire On the study and T alue of Chincse Hotanical Works, 1870.

(4) Dümichen, Flect of an Ëgyptian Quecti , Leipzig, 1808, 1.

l’Afrique, et, en second lieu, parce que les relations commerciales qui ont, sans contredit, existé entre la Chine, 1 Arabie, 1 Inde, et entre l’Arabie, l’Inde et l’Afrique, suffisent largement pour expliquer l’importation du produit chinois (1). Le nom même de Darchini, qui lui était donné par les Arabes et les Persans, et qui vient de Dar, bois ou écorce, et Chini , chinois, indique suffisamment que la Cannelle était une production de l’extrême Orient.

Nous regardons aussi l’ancienne Cannelle comme étant la substance connue aujourd’hui sous le nom de Cassia lignea de Chine , ou Cannelle de Chine. Le Cassia est une des écorces les plus épaisses, et les moins aromatiques qu’on trouve actuellement dans le commerce. Nous ne possédons aucun renseignement sur les circonstances qui ont amené les Geylanais à recueillir la Cannelle véritable, et sur l’époque à laquelle cette récolte a commencé. IJ est permis de supposer que les Chinois n’y furent pas étrangers, si l’on se rappelle qu’ils faisaient le commerce avec Ceylan, et qu’ils connaissaient les espèces de Cinnamomum qui fournissent, dans le sud de la Chine, les écorces de Cassia, et qui sont très-semblables au Gannelier de Ceylan. Quoi qu’il en soit, les notions les plus anciennes, relativement à la Cannelle produite par Ceylan, ne sont pas antérieures au treizième siècle. La première indication qu’on en trouve est fournie, d’après Yule (2), par Kazwini, écrivain arabe de 1275 environ; bientôt après, elle est signalée par John de Montecorvino, missionnaire qui visita l’Inde. Dans une lettre datée de H292 ou 1293, existant encore dans la Bibliothèque des Medici, à Florence, il dit que l’arbre à la Cannelle est de moyenne taille, qu’il ressemble au laurier par son tronc, son écorce et son feuillage, et qu’une grande quantité de son écorce est exportée de l’ile située près de Malabar (3). Elle est de nouveau mentionnée par le voyageur mahométan Ibn Batuta,

(1) « 11 est indubitable qu’il se faisait un commerce au-delà de Ceylan ; car à Ceylan les commerçants venus de Malacca et de la Chersonèse d’Or, trouvaient les marchands de l’Arabie, de la Perse et de l’Egypte. Ce commerce peut avoir été entre les mains des Malais ou môme des Chinois, qui paraissent avoir été, à toutes les époques, des navigateurs, comme les Arabes.» (Vincent, op. cit., II, 284, 285.) — A l’époque de Marco Polo, le commerce de la Chine avec l’Occident ne rencontrait plus le commerce de la mer Rouge à Ceylan, mais sur la côte de Malabar, apparemment à Calicut, où les Portugais le trouvèrent dès leur arrivée. Là, dit Marco, les bâtiments venus d’Aden prenaient leur chargement de marchandises venues de l’Orient, et les transportaient dans la mer Rouge à destination d’Alexandrie; elles passaient de là en Europe par l’intermédiaire des Vénitiens. — Voyez aussi : Yule, Book of Ser Marco Polo , 1871, II, 325, 327.

(2) Op. cit.. II, 255.

(3) Yule, Cathay and thc way thithev , I, 213.

m LAURACÊES.

vers 1340(1), cl un siècle plus tard, par le marchand vénitien Nicole di Gonti, qui donne une description très-correcte de 1 arbre (2). Les voyages de circumnavigation du Gap de Bonne-Espérance conduisirent à la découverte complète de Ceylan parles Portugais, en 1505, et à leur occupation permanente de l’île, en 1536, surtout au point de vue du commerce de la Cannelle. C’est seulement à partir delà première de ces dates que des renseignements précis sur la Cannelle commencèrent à parvenir en Europe. En 1511, Barbosa distingua la belle Cannelle de Ceylan de la sorte inférieure de Cannella trista du Malabar. Garcia d’Orta, dans le milieu du même siècle, établit que la Cannelle de Ceylan coûtait quatre fois autant que celle du Malabar. Clusius, le traducteur de Garcia, vit des branches du Cannellier, dès 1571, à Bristol et en Hollande. A cette époque, on prenait l’écorce sur les Cannelliers qui vivaient à l’état sauvage dans les forêts de l’intérieur de Ceylan ; l’écorce constituait un tribut levé par les Portugais sur les chefs du pays. Une caste particulière, nommée Chalias, qui passe pour avoir émigré de l’Inde à Ceylan, au treizième siècle, se livra à la décortication, et vendit l’écorce aux Portugais. L’oppression cruelle à laquelle étaient soumis les Chalias ne cessa pas sous la domination des Hollandais qui, dès 1656, se rendirent virtuellement maîtres de toute la côte, et concédèrent le monopole du commerce de la Cannelle à la Compagnie des Indes Orientales. Celle-ci l’exerça- avec une très-grande rigueur (3). L’écorce était minutieusement examinée, avant son embarquement, par des agent? spéciaux, afin de prévenir la fraude de la part des Chalias.

Vers 1770, De Koke conçut l’idée heureuse, en opposition avec le préjugé universellement répandu en faveur des Cannelliers sauvages, d’essayer la culture de cet arbre. Ce projet fut mis en pratique sous le gouvernement de Falck et celui de Van der Graff, et couronné d’un très-grand succès, au point que les Hollandais purent, sans compter le royaume de Kandy, fournir environ 400000 livres de Cannelle par an, et satisfaire entièrement aux demandes de l’Europe. Ils accaparaient complètement ce commerce, et brûlaient même la Cannelle en Hollande, lorsqu’elle était trop abondante, pour empêcher les prix de tomber.

Après que Ceylan eut été enlevé aux Hollandais par les Anglais, en 1796, le commerce de la Cannelle devint le monopole de la compagnie des

(1) Travels of Ibn Batuta, trad. par Là?, Lond., ^29, 184.

(2) Ramusio, Baccolta dalle navigation et viaggi, 1563, h 339. Kenntniss Indiens im fünfzehnten Jahrhundert, 1803, 39.

(3) Tennknt, op. cit ., II, 52.

— Kunstmann ,

Indes orientales, qui retira une plus grande quantité de Cannelle des forêts, surtout après 1815, époque à laquelle le royaume de Kandy tomba au pouvoir de l’Angleterre. Cependant, quoique lesChalias aient beaucoup augmenté en nombre, la production annuelle de la Cannelle ne paraît pasavoir excédé 500000 livres. La condition malheureuse des Chabas ne fut améliorée qu’après 1833, époque à laquelle le monopole concédé à la Compagnie fut définitivement aboli. Le gouvernement, cessant d’être le seul exportateur de la Cannelle, permit aux marchands de Colombo et de Galles de se livrer à ce commerce.

La Cannelle fut encore, cependant, frappée d’un impôt d’exportation égal au tiers ou à la moitié de sa valeur, par suite duquel la Cannelle de Ceylan trouva des concurrents dans la Cannelle cultivée a Java, dans le Cassia de Chine et d’autres localités, et les cultures de Ceylan commencèrent à souffrir. Cet impôt ne fut supprimé qu’en 1853.

La plus ancienne notice, relative à la présence de la Cannelle dans le nord de l’Europe, que nous ayons trouvée, est contenue dans un diplôme délivré par Chilpéric II, roi de France, au monastère de Corbie, en Normandie, en 716. 11 y est fait mention d’une certaine quantité d epices, parmi lesquelles se trouvent 5 livres de Cannelle (I).

La valeur extraordinaire, accordée à la Cannelle a cette époque, est bien indiquée par quelques lettres écrites d’Italie, dans lesquelles il est fait accidentellement mention de présents d’épices et d’encens (2). En 745, Gemmules, diacre romain, envoie à Boniface, archevêque de Mayence, cum magna reverentiâ , 4 onces de Cannelle, 4 onces de costus, et 2 livres de poivre. En 748, Theophilacias, archidiacre romain, offre au même archevêque des épices semblables, et de l’encens. Lullus, successeur de Boniface, envoie à Eadburga, abbatissa Thanetensis (3), vers 732-751, « unum graphium argenteum, et storacis et cinnamomi partem aliquam » ; et, vers la même époque, un autre présent de Cannelle est envoyé à l’archevêque Boniface. A la date de 732-742, trois personnes écrivent à l’abbesse Cuneburga, à laquelle elles offrent « turis et piperis et cinnamomi permodica xenia, sed omni mentis aflectione destinata». En Angleterre (4), la haute valeur pécuniaire de celte épice

(1) Pardessus, Diplomata, etc., Paris, 1849, II, 309.

(2) Jaffé, Bibliotheca Renan Germanicarum , Berlin, 1866, III, 134, 199, 214, 216, 218, 109.

(3) Sans doute Eadburh , troisième abbesse du monastère do Minster dans 1 île de Thanet, dans le Kent. Elle mourut en 751.

(4) Eden, State of the Poor, 1797, II, appendice. — Rogers, Hist. aj Agriculture and Priées in England, 1866, II, 543.

LAURÀCÉES.

est indiquée dès 1264, et plus tard. Au seizième siècle, elle était probablement rare, autant que nous pouvons en juger par ce fait, qu’elle figure parmi les présents de nouvel an offerts à Philippe et Marie(1556-57), et à la reine Elizabeth (1561-62) (t).

Production et Commerce (2). — La meilleure Cannelle est produite, d'après Thwaites (3), par une forme cultivée et choisie de l’arbre (var. a), distinguée pardo grandes feuillesun peu irrégulières. Cependant, l’écorce de toutes les formes possède l’odeur de Cannelle, à un degré plus ou moins élevé. Il n’est pas toujours facile de juger de la valeur de l’écorce d’après la forme du feuillage ; les décortiqueurs qui récoltent l’écorce sur des arbres non cultivés ont l’habitude de goûter l’écorce avant de commencer leur opération, et laissent de côté les arbres qui ne leur offrent pas les conditions voulues. L’écorce des variétés £ multiflorum, et 7 ovalifolium, est de qualité très-inférieure, et passe pour n’être jamais recueillie que dans le but de falsifier l’autre. La meilleure variété paraît trouver les conditions les plus favorables à sa culture dans une partie de l’île, ayant 12 à 15 milles de large, située sur la côte sud-ouest, entre Negumbo, Colombo et Matura. L’arbre y croît à une altitude de 150 mètres au-dessus du niveau de la mer. Un sol argileux et sablonneux ou un beau quartz blanc, avec un bon sous-sol, et l’exposition au soleil et à la pluie, sont les conditions les plus favorables à la culture du Cannellier. L’aménagement des plantations ressemble à celui des taillis de chênes en Europe. On taille la plante pour l’empêcher de devenir un arbre, et on lui fait former une souche, de laquelle partent quatre ou cinq rameaux, qu’on laisse croître et qu’on coupe à l’âge d’un an et demi ou deux ans, lorsque l’épiderme commence à devenir grisâtre, par suite de la formation d’une couche subéreuse. On ne les coupe pas tous à la fois, mais seulement à mesure qu’ils arrivent à la maturité désirée. Ils ont alors de lm,80 à 3 mètres de haut, et de 3 à 5 centimètres de diamètre. Dans quelques-uns des jardins à Cannelle de Colombo, il existe des souches très-grosses et très-vieilles, qu’on suppose dater de l’époque des Hollandais.

En raison de la circulation de la sève, qui se produit après les pluies,

en mai et juin, et de nouveau en novembre et décembre, l’écorce est, à

ces époques, facile à séparer, du bois ; aussi fait-on la principale récolte ♦

(1) Nicholls, Progresses and Processions of Q. Elizabeth, 1823, I, xxxiv, 118.

(2) On trouvera des détails, complémentaires dans deux mémoires de Marshall, in A, mais of Philosophy de Thomson, 1817, X, 241, 346. - Voyez aussi Leschenault de la Toun, Mém. du Musée d'Hist. nat., 1822, VIII, 436-440.

(3) Op. cit., 252-253.

au printemps, et une autre, moins importante, àlafin de l’année. On coupe les rameaux à l’aide d’une longue serpe en forme de faucille, nommée catty; on enlève les feuilles, on nettoie légèrement les rameaux avec un couteau ; les petits morceaux ainsi enlevés sont mis de côté, et vendus sous le nom de Cinnamon chips (raclures de Cannelle). On coupe alors l’écorce à des distances de 30 centimètres environ, et on la fend dans le sens de la longueur ; on l’enlève ensuite avec soin et complètement à l’aide d’un couteau particulier nommé marna; on facilite sa séparation en la tournant vigoureusement avec la main. On emboîte soigneusement les morceaux d’écorce les uns dans les autres, et on lie les tubes emboîtés en faisceaux. On les abandonne pendant vingt-quatre heures ou davantage à une sorte de fermentation, qui facilite l’enlèvement ultérieur des parties périphériques. Pour cette dernière opération, on place chaque tube sur une baguette de bois, d’une épaisseur convenable, et on racle avec soin, à l’aide d’un couteau, la couche externe de l’écorce. Quelques heures après cette opération, le décortiqueur place les petits tubes dans les plus grands, et emboîte entre les grands tubes les petits fragments, de façon à former une baguette solide, ayant à peu près 1 mètre de long. On laisse la Cannelle, ainsi préparée, pendant un jour à l’ombre, et on la place ensuite sur des claies d’osier pour la faire sécher. Lorsque la dessiccation est suffisante, on réunit les baguettes en faisceaux pesant chacun à peu près 30 livres (1).

De 1860 à 1864, on estimait que les Cannelliers cultivés de Ceylan occupaient une aire de 14400 acres environ (2). Aujourd’hui, la culture du café a remplacé, en partie, celle de la Cannelle. M. Howe, du jardin botanique de Maurice, faisait remarquer, en 1866, qu’on ne fait plus aucune plantation nouvelle, et que plusieurs des anciennes tombent en ruine. Les exportations de Cannelle faites par . Ceylan ont été, en 1871, de 1359327 livres, valant 67 966 livres; en 1872, de 1 267 963 livres, valant 64 747 livres.

Sur cette dernière quantité, 1 179516 livres furent expédiées en Angleterre, 53 439 livres aux Etats-Unis, et 10000 livres àHamburg. Indépendamment des exportations de Cannelle que nous venons d’indiquer, les

(1) Autrefois nommé farclelo ou fardello yUom qui signifie, dans les langues romanes, faisceau ou paquet.

(2) Cependant la culture était beaucoup plus étendue pendant la première partie du siècle, autant que nous pouvons en juger par le fait que les cinq principaux jardins a Cannelle entourant Negumbo, Colombo, Barberyn, Galle et Matura, avaient chacun de 15 à 20 milles de circonférence (Tennent, Ceylan, II, 163). Un mille anglais vaut 1 609 mètres. L’acre vaut 40,46 ares.

232 LAUBACÉES.

statistiques officielles (I) signalent, en 1871, une exportation de 8846 livres, et, en 1872, une exportation de 23 449 livres de « Cinnamon Dark ». Sous cette dénomination, sont compris deux articles distincts : les rognures de Cannelle , et une écorce très-épaisse provenant des vieilles tiges. Les rognures de Cannelle proviennent, comme nous l’avons dit plus haut, du premier nettoyage des rameaux; elles sont très-aromatiques, mais on les considère, d’habitude, comme sans valeur, et on les rejette. Le second article, auquel les marchands de Londres donnent le nom de Cinnamon Dark , se présente en morceaux aplatis ou légèrement creusés en gouttières ; ils ontjusqu’à8 millimètres d’épaisseur, et rappellent l’une des écorces de Quinquina de la Nouvelle-Grenade. Us sont très-dépourvus de propriétés aromatiques, et tout à fait impropres aux usages pharmaceutiques. Dans la plupart des autres pays où l’on a transporté le Cinnamomum zeylanicum, on a remarqué que partout, à cause de la tendance de cet arbre à fournir de nouvelles variétés, et peutêtre en partie à cause du manque de soin apporté à sa culture, ou de l’absence de décortiqueurs expérimentés, l’écorce qu’il produit diffère d’une manière sensible de celle de Ceylan. Parmi les autres districts producteurs de Cannelle, ceux du sud de l’Inde peuvent être mentionnés comme fournissant la Cannelle de Malabar ou Tinnevelly , et la Cannelle de Tellicherry du commerce. Cette dernière est presque aussi bonne que celle de Ceylan (2). On a commencé, à Java, à se livrer à cette culture en 1825. D’après Miquel, la plante qu’on y cultive est une variété du C . zeylanicum , distincte par des feuilles très-grandes, ayant fréquemment 20 centimètres de long sur 12 centimètres de large. Cette île a exporté, en 1870, 1 109 péculs, et en 1871, seulement 446 péculs d’écorce de ce Cannellier (3).

Le Cannellier est également cultivé dans la Guyane française, et au Brésil, mais sur une petite échelle. Les échantillons d’écorces de ces pays, que nous avons examinés, sont tout à fait différents de l’écorce de Ceylan. L’écorce du Brésil, en particulier, avait évidemment été prise suides tiges âgées de plusieurs années.

L’importation de la Cannelle de Ceylan, dans le Royaume-Uni, va en diminuant: en 1869, elle fut de 261 1473 livres; en 1870, de 2 148 403 livres; en 1871, de 1 430518 livres; en 1872, de 1 015461 livres. En 1872, il y fut importé 56000 livres de Cannelle provenant d’autres pays.

(1) Ceijlon niue Books for 1871 et 1872, imprimés à Colombo.

(2) Quelques morceaux cependant sont très-épais, quoique nettement roulés en tube.

(3) Consulat' Reports , août 1873, 932.

Description. — La Cannelle de Ceylan, la plus belle, est importée sous forme de baguettes ayant environ I mètre de long et 2 centimètres d’épaisseur, formées de morceaux tubuleux d’écorce longs de 30 centimètres environ, emboîtés les uns dans les autres, de façon à former, un ensemble dur ot solide. Les fragments d’écorce ne sont pas roulés en tubes simples, mais ils forment des gouttières dont les deux bords sont roulés en dedans, ce qui donne à l’ensemble de la baguette la forme d’un cylindre un peu aplati. Les écorces sont extrêmement minces ; elles n’ont, d’ordinaire, pas plus de 2 millimètres d’épaisseur. Leur surface est mate, colorée en brun clair, marquée de lignes brillantes, ondulées, et offrant, çàet là, de petites cicatrices ou des trous qui correspondent à l’insertion des feuilles ou des bourgeons. La surface interne est plus foncée en couleur. L’écorce est cassante et se brise facilement en éclats ; elle exhale une odeur particulière à elle-même et aux écorces voisines du même genre; elle possède une saveur saccharine, piquante, aromatique et agréable.

Les balles de Cannelle qui arrivent à Londres sont toujours réemballées dans les docks, ce qui détermine la production d’une certaine quantité de débris. Ces derniers sont mis de côté, et vendus sous le nom de petite Cannelle. On les emploie d’habitude en pharmacie; ils sont fréquemment d’excellente qualité.

structure microscopique. — A l’aide du raclage dont nous avons parlé plus haut, la Cannelle de Ceylan est débarrassée de la couche subéreuse et de la plus grande partie de la couche corticale moyenne, de sorte qu’elle est formée, en majeure partie, de liber (enduphlœum).rYvo\?1 couches différentes peuvent être distinguées sur une coupe transversale des tissus de cette écorce :

1° La couche externe est composée d’une à trois rangées de grandes cellules à parois épaisses cohérentes. Elle n’est interrompue que par des faisceaux de fibres libériennes, qui se voient même à l’œil nu, et forment les lignes onduleuses dont nous avons parlé plus haut;

2° La couche moyenne est formée de dix rangées environ de cellules parenchymateuses à parois minces, entremêlées de cellules beaucoup plus grandes, contenant des dépôts de mucilage, tandis que d’autres cellules, pas plus grandes que celles du parenchyme lui-même, sont remplies d’huile essentielle ;

3° La couche interne offre les mêmes cellules à parois minces, mais plus petites, entrecoupées de rayons médullaires étroits, plus foncés et entremêlés de cellules à mucilage et à huile essentielle.

LAURACÉES.

Indépendamment des faisceaux do fibres libériennes, des ûbres ordinairement isolées sont disposées dans les deux couches internes, dont le parenchyme abonde en petits grains d’amidon, accompagnés de matière tannique. Sur une coupe longitudinale, la longueur des fibres libériennes devient plus évidente, de même que les conduits à huile et ù gomme (b).

Composition chimique. — Le principe constituant le plus intéressant et le plus utile de la Cannelle est l’huile essentielle, que l’écorce fournit dans la proportion de 1/2 à 1 pour 100, et qu’on distille à Ceylan, trèsrarement en Angleterre. Elle fut préparée par Valerius Cordus avant 1544 (1). Vers la fin du siècle dernier, les Hollandais avaient l’habitude de la transporter en Europe. De 1775 à 1779 inclus, la quantité moyenne, mise annuellement en vente par la Compagnie hollandaise des Indes orientales, fut de 176 onces. Son prix, à Londres, était, entre 1776 et 1782, de 21 shillings l’once ; mais de 1785 à 1789 il s’éleva à 63 shillings et 68 shillings, renchérissement occasionné par la guerre entre l’Angleterre et la Hollande, commencée en 1782. Ceylan produit aujourd’hui une grande quantité de cette essence. En 1871, il en a été exporté 14796 onces, etenl872, 39 100 onces(2). Celte essence est expédiée surtout en Angleterre. L’essence de Cannelle est un liquide jaune doré , son poids spécifique est 1 ,035 ; elle possède une odeur forte de Cannelle, et une saveur douce, aromatique, non brûlante. Elle dévie la lumière polarisée très -faiblement à gauche.

Cette essence est formée surtout d 'Aldéhyde Cinnamique , C9H»0, mélangée d’une proportion variable d’hydrocarbones. Aune basse temperature, elle devient trouble, par suite du dépôt d’un camphre que nous n’avons pas examiné. Elle absorbe rapidement 1 oxygène, et est aloi s contaminée par une résine et de 1 acide cinnamique.

La Cannelle contient du sucre, de la mannite, du mucilage et de l’acide tannique. Wittstein amontré que la Cinnamomine de Martin (1868) n’est très-probablement que de la mannite. L’action de 1 iode sur la décoction de Cannelle. sera signalée au chapitre du Cassia lignea. La Cannelle a donné à Schatzler, en 1862, 5 pour 100 de cendres, constant, surtout en carbonates de calcium et de potassium.

(1) Be artificiosU extractionibus liber, p. 226 de l’édition des œuvres de tordus par Gesner. Strasbourg, 1561. Cordus remarque que lee essences de Cannelle et de Gno gaKnent dans la distillation, le fond du récipient, au lieu de surnager comme les autres essences. Cordus, professeur de matière médicale à \\ îttenberg, est mor a

Rome, en 1544 [F. A. F.]

(2) Ceijlon Blue Books for 1871-1872.

Usages. Dans la médecine, la Cannelle est employée comme cor-

dial et stimulant, mais elle est consommée en quantité beaucoup plus considérable comme épice.

Falsification. — L’écorce de Cassia lignea, étant beaucoup moins coûteuse que la Cannelle, lui est fréquemment substituée. Tant que cette écorce est entière, il n’est pas difficile de la reconnaître; mais si elle a été réduite en poudre, il en est tout autrement. Les réactifs suivants nous ont rendu quelques services dans l’examen de cette poudre : on prend une décoction de Cannelle pulvérisée, de qualité bien connue, et une décoction semblable de la poudre suspecte. Lorsque les décoctions sont froides, on les fdtre, et on ajoute, à 30 grammes de chacune d’elles, une ou deux gouttes de teinture d’iode. La décoction de Cannelle n’est que peu affectée, mais celle de Cassia prend immédiatement une coloration d’un bleu noir. Les sortes bon marché de Cassia, connues sous le nom de Cassia vera, peuvent être distinguées du Cassia de Chine et de la Cannelle par leur richesse en mucilage. On peut extraire ce dernier, à l’aide de l’eau froide, à l’état d’un liquide épais, glaireux, formant, avec le sublimé corrosif ou l’acétate neutre de plomb, mais non avec l’alcool, un précipité dense, visqueux.

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