‹ Histoire des drogues d'origine v©♭g©♭tale [electronic resource]Chapitre 47 sur 124 · AUTRES PRODUITS ANALOGUES · texte numérisé non relu

AUTRES PRODUITS ANALOGUES

Bourgeons de Cassia ( Cassia Buds ). — On désigne ainsi les fruits non encore mûrs de l’arbre qui produit le Cassia lignea de Chine. Us sont employés en Europe depuis le moyen âge. Dans le Journal des Dépenses (1359-60) de Jean, roi de France, alors prisonnier au château de Somerton, en Angleterre, on trouve cette épice inscrite, à plusieurs reprises, sous le nom de Flor de Cannelle ; elle coûtait fort cher, de 8 à 10 shillings la livre, plus du double du prix du macis et du girofle. Dans une circonstance, on fit venir de Bruges (2) deux livres de cette drogue pour l’usage du roi. D’après le Form of Cary (3), écrit en 1390, il paraît que les bourgeons de Cassia [Flô de Queynel ) étaient employés à la préparation d’un vin épicé, désigné sous le nom d ' Hippocras.

Les bourgeons de Cassia sont expédiés de Canton, mais leur exportation a beaucoup diminué. Rondot, en 1848 (4), estimait leur exportation à 400 péculs (53 333 livres) par an. En 1866, on en expédia de Canton 233 péculs ; en 1867, 165 péculs (5). La quantité de bourgeons de Cassia importée dans le Royaume-Uni en 1870 fut de 29 321 livres (6). Cette épice est vendue surtout par les épiciers.

Dans le sud de l’Inde, on recueille pour l’usage les fruits plus mûrs d’une des variétés du Cinnamomum iners Reinw., mais ils sont très-inférieurs aux bourgeons de Cassia de Chine.

Folia Malabathri ou Folia Indien. — On donne ce nom aux feuilles desséchées, aromatiques, de certaines espèces indiennes de Cinnamomum. On les employait autrefois dans la médecine européenne, mais elles sont aujourd’hui abandonnées. Elles sont encore utilisées dans l’Inde sous le nom de Taj-pàt. On les cueille dans le Mysore sur des arbres sauvages.

(1) Annual Statement of the trade and navigation of the United Kingdom for 1870, 290.

(2) Douet d’Arcq, Comptes de l’argenterie de France, 1851, 206, 218, 222, 239, etc.

(3) Voyez t. I, 440, note 5.

(4) Commerce d’exportation de la Chine, 45.

(5) Report on trade at the Treaty Ports in China for 1867, Shanghai, 1868, 94.

(6) Animal Statement of the Trade and navigation of the United Kingdom for 1870, 101.

Ishpingo. On désigne ainsi à Quito le calice d’un arbre de la fa-

mille des Lauracées, employé dans 1 Equfiteur et au Déi ou à la place de la cannelle. Cette drogue est peu connue en Europe, mais son histoire est remarquable.

Les conquérants espagnols, ayant entendu parler de 1 existence, dans le sud de l’Amérique, d’une région productive d’épices, considérèrent le fait comme si important, qu’ils organisèrent une expédition pour explorer cette contrée. La direction de l’entreprise fut confiée à Gonzalo Pizarro. Il partit de Quito le jour de Noël 1539, avec 340 soldats, etplus de 4 000 Indiens chargés de provisions. L’expédition dura deux ans, et ne produisit que des résultats lamentables; 130 Espagnols seulement survécurent aux fatigues du voyage. Dans le compte rendu qui en fut fait par Garcilasso de la Yega, l’arbre à cannelle est décrit comme ayant de grandes feuilles semblables à celles du laurier, avec des fruits semblables à des glands, et disposés en grappes (1). Oviedo (2) a aussi donné quelques détails sur cette épice, accompagnés d’une figure qui représente bien sa forme remarquable.

Ce sujet a été traité en outre par plusieurs autres écrivains espagnols, notamment par Monardes (3).

Malgré la célébrité ainsi accordée à cette épice, et le fait qu’elle donne son nom à une vaste région (4) et qu’elle est encore l’objet d’un trafic considérable, l’arbre lui-même est tout à fait inconnu des savants. Meissner le place, avec doute, dans le genre Nectandra, avec le nom spécifique de Cinnamomoïdes , mais il avoue que ses fleurs et ses fruits sont également inconnus (5).

Cette épice, dont nous devons un riche échantillon à M. Destruge, de Guayaquil, consiste en un calice ligneux, large et mûr ; il a de 3 à 5 cen-

(1) Travels of Pedro de Cieza de Leon, 1532-50, trad. par Markham (Hakluyt Society), Lond., 1864, ch. 39-40; Expédition of Gonzalo Pizarro to the Land of Cinna mon, par Garcilasso Inca de la Vega, faisant partie du même volume.

(2) Historia de las Indias, Madrid, 1851, I, 357, lib. ix, c. 31.

(3) De la Canela de nuestras Indias. — Historia de las cosas que se iraen de nuestras Indias occidentales, Sevilla, 1574, 98.

(4) Le village de San Iosé de Canelos, qui peut être considéré comme le centre de la région à cannelle, est situé, d’après Spruce, par 1°20' de latitude sud, et 77°45' de longitude ouest, <i une altitude d’environ 1590 pieds au-dessus du niveau de la mer. Les «forêts do Canelos», ainsi qu’on les nomme, n’ont pas, d’après ce qu’on nous a dit, de limites naturelles. Mais cette dénomination est donnée vulgairement à toute la région supérieure du Pastasa et de ses affluents, depuis une hauteur de 1 200 il 2100 mètres sur les flancs des Andes, jusqu’à la vallée de l’Amazone et le point de confluence du Pastasa et du Bombonasa.

J5) De Candolle, Prodromus, XV, sect. I, 167.

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timètres de diamètre ; sa forme est celle d’un entonnoir peu profond, dont l'ouverture ressemble à la cupule d’un grand Y, avec des bords larges, irréguliers, ordinairement récurvés. Sa surface extérieure est

rugueuse et veinée. Le calice entier est coloré en brun foncé, son goût est très- '' sucré, aromatique, semblable à celui de la cannelle, qu’il remplace communément dans l’Equateur.

Le docteur Destruge nous a aussi enté °

voyé un échantillon de Yécorce. Elle est en très-petits tubes dépouillés de leur suber, et tout à fait semblables à la cannelle véritable. Nous ne savons pas e si l’on prépare ainsi cette écorce en grande quantité.

[a) M. Thorel nous communique au dernier moment une note dans laquelle il émet l’opinion que le Cassia lignea de Chine est produit par le Cinnamomum Cassia , dont il a rapporté un échantillon du Laos. Nous placerons cette note à la fin du présent volume. [Trad.]

(b) L'Ecorce de Cassia lignea offre, ainsi que l’indique la figure 206, représentant la coupe transversale d’une écorce de Cassia épaisse, qui

Fig. 206. Ecorce de Cassia lignea.

Coupe transversale.

nous a été donnée par M. Dorvault, une structure microscopique très-analogue à celle de la Cannelle de Ceylan (voy. p. 238, note b). On y trouve également de dehors en dedans : 1° une couche de suber o; 2° une couche de parenchyme cortical h, d dans laquelle est disposée une zone c de cellules sclérenchvmateuses. Cette dernière est formée des mêmes éléments que la zone correspondante de la Cannelle de Ceylan, mais elle est beaucoup plus irrégulière. Dans la couche d se forme aussi, ii un moment donné, une zone de phellogène qui produit : en dehors, du liège, et en dedans une nouvelle couche de parenchyme cortical. Le liber e offre la même structure que dans la Cannelle de Ceylan, mais les fibres lignifiées y sont beaucoup plus nombreuses et réunies par groupes souvent volumineux. Dans le liber, sont dispersées de nombreuses cellules à huile essentielle, très-larges. [Trad.]

(c) D’après Nees von Esenbeck, l’écorce qu’on désigne dans le commerce sous le nom de Cannelle de Chine, serait produite par le Cinnamomum aromaticum Nees (Laurin., 62), arbre à branches anguleuses et à pétioles couverts de poils laineux. Les feuilles sont oblongues, aiguës aux deux extrémités, munies de trois nervures longitudinales. Les fleurs sont disposées en grappes de cymes, étroites et soyeuses.

M. Dorvault, directeur de la Pharmacie Centrale de Paris, a mis à notre disposition un très-bel échantillon de cette variété de Cannelle qui se distingue aisément soit de la Cannelle de Ceylan, soit du Cassia lignea figuré plus haut, par ses caractères extérieurs, mais moins par sa structure anatomique.

Cette Cannelle se présente en morceaux tubuleux, enroulés, simples, et non emboîtés les uns dans les autres comme ceux de la Cannelle de Ceylan. Leur épaisseur est de 1 à 2 millimètres, intermédiaire à celle du Cassia lignea, qui est plus grande, et à celle de la Cannelle de Ceylan qui est moindre. La surface extérieure est raclée et colorée en jaune fauve plus ou moins foncé. Elle offre parfois, en certains points, des plaques de la couche subéreuse grisâtre, fendillée, et pointillée de petites taches plus claires. La surface interne est colorée en jaune brunâtre plus foncé, mais brillant et parcourue de très-fines stries longitudinales, courtes, visibles surtout â la loupe. Sa cassure est nette et colorée en gris jaunâtre un peu plus foncé vers la surface externe. Son odeur est moins agréable que celle de la Cannelle de Ceylan ; il s’y mêle un peu d’odeur de punaise. Sa saveur est piquante et mucilageuse. La structure microscopique de cette écorce ne diffère que fort peu, ainsi que le montre la ligure 207, de celle de la Cannelle de Ceylan et du Cassia lignea. On y trouve également, de dehors en dedans : une couche de suber a, un parenchyme cortical b, d, contenant de grandes cellules à huile, et divisé par une zone c de cellules sclérenchymateuses. Cette dernière est beaucoup plus régulière que dans le Cassia lignea, et elle offre, de distance en distance, dans les jeunes écorces, des groupes d’éléments prosenchymateux fusiformes, à parois blanches, très-épaisses, à cavité linéaire, à contour extérieur arrondi ou polygonal. Ces éléments sont beaucoup plus étroits que les cellules sclérenchymateuses voisines. Le liber e, semblable au fond à celui de la Cannelle de Ceylan et du Cassia lignea s’en distingue par ses fibres libériennes lignifiées beaucoup moins nombreuses et éparses. On trouve parfois certains éléments parenchymateux du liber devenus sclérenchymateux, et réunis par petits groupes jaunâtres de trois ou quatre éléments. Ces groupes sont toujours rares, et la plupart des faisceaux libériens des écorces que j’ai observées n’en offraient pas. [Trad.]

Fig. 207. Fcoroe de Cannelle de Chine.

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