‹ Histoire des drogues d'origine v©♭g©♭tale [electronic resource]Chapitre 48 sur 124 · CAMPHRE · texte numérisé non relu

CAMPHRE

Camphora; angl., Camphor (1). Common Camphor, Laurel Camphor ; aliéna., Campher.

Origine botanique. — Cinnamomum Camphora Fr.Nees et Ebermaier (■ Laurus Camphora L., Camphora officinarum C. Batjii.). Le Camphrier vit dans une aire très-étendue, car on le trouve dans toute la Chine centrale et les îles du Japon. En Chine, il abonde 'particulièrement dans les provinces de l’Est et du Centre, celles de Ghekiang, de Fokien et de

(1) Le mot Camphre, généralement écrit par les auteurs latins Caphura, et par les anciens Anglais Camphire, dérive de l’arabe Kapûr, qu’on suppose venir du sanskrit Karpura, blanc.

LAURACÉES.

Kiangsi. Il est également abondant dans l’île de Formose, où il couvre toute la chaîne de montagnes qui s’étend du nord au sud, et s’élève jusqu’à une altitude de 600 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il croît vigoureusement dans les contrées tropicales et subtropicales. Dans les jardins de l’Italie, il se développe en un grand et bel arbre qu’on peut cultiver jusqu’au lac Majeur vers le Nord (1).

Les feuilles sont petites, luisantes, glauques en dessous, longuement pétiolées ; les tiges fournissent un excellent bois, très-estimé à cause de son odeur, et employé dans la fabrication des malles, des tiroirs d’armoires et d’un grand nombre do petits objets (a).

On retire du camphre d’autres plantes que le Camphrier de Chine, parmi lesquelles la plus remarquable est le Dryobalanops aromatica, grand arbre de l’Archipel indien.

Historique. — Les deux sortes de Camphre, fournies par les deux arbres dont nous venons de parler, ont toujours été regardées par les Chinois comme parfaitement distinctes. Ce fait doit être présent à l’esprit quand on étudie l’histoire du Camphre.

En parcourant les notions qui sont fournies sur le Camphre par les écrits chinois (2), on s’assure que, quoique l’arbre fût évidemment connu au sixième siècle, et probablement à une époque antérieure, et particulièrement signalé à cause de son bois précieux, il n’est fait aucune mention de son camphre.

Le-She-Chin, l’auteur du célèbre traité de botanique Pun-Tsao-Kang- Muh, écrit au milieu du seizième siècle, connaissait bien les deux sortes de camphre, l’une produite par le Camphrier de son propre pays, l’autre importée des îles Malaises. Il raconte qu’on prépare le premier en faisant bouillir le bois, et qu’on le purifie à l’aide de sublimations répétées. Marco Polo, vers la fin du treizième siècle, visita les forêts de Fokien, dans le sud-est de la Chine, et raconte qu’elles possèdent un grand nombre d’arbres qui donnent du Camphre (3). Il paraît en résulter que le Camphrier était connu à l’époque de Marco Polo ; cependant, il est bien certain que les renseignements les plus anciens que nous ayons pu trouver sont relatifs au Camphre très-estimé des îles Malaises, qui con-

(1) Le Camphrier était cultivé dès le commencement du dix-huitième siècle dans les serres de Dresde et de Leipzig.

(2) Des passages de plusieurs auteurs chinois ont été traduits et mis obligeamment à notre disposition par M. A. Wylie. Le docteur Bretschneider, de Pékin, nous a aussi aidés de la môme façon.

(3) Yule, Ilook of Ser Marco Polo, 1871, II, 185.

stitue encore aujourd hui un des corps les plus en faveur parmi ce groupe de substances.

11 ne paraît pas que le Camphre soit parvenu en Europe pendant la période classique de la Grèce et de Rome. La première mention, relative à ce corps, qui nous soit connue, se trouve dans l’un des plus anciens monuments de la langue arabe, le poëme d Imru-I-Kais (I), prince de la dynastie de Kindahs, qui vivait, dans l’Hadramaut, au commencement du sixième siecle. A peu près a la meme époque, Actius, d Amidn (la moderne Diarbekir), employait le Camphre en médecine; mais, d'après la façon dont il en parle, il était, à cette époque, évidemment fort rare (2). Pendant plusieurs siècles consécutifs à cette époque, le Camphre fut considéré comme l’un des parfums les plus rares, et les plus précieux. Il est mentionné, en 636, avec le musc, l’ambre gris, et le bois de santal, parmi les trésors que Ghosroes II, roi de Perse, de la dynastie de Sassanian, possédait dans le palais deMadaïn, sur le Tigre, au nord de Babylone (3). Parmi 1, 'immensité des choses précieuses, dispersées au Caire, à la chute du Khalif Fatimite Mostanser, au onzième siècle, les historiens arabes (4) signalent avec étonnement les masses de Camphre, et les figures de melons de Camphre ornés d’or et de bijoux, ainsi que de grandes quantités de musc et de bois d’aloès. Nous devons rappeler aussi que, vers 642, les princes indiens envoyaient du Camphre, comme tribut ou présent, aux empereurs de la Chine (5), et qu’à l’époque de Teenpaou (742-755) les Cochinchinois apportaient à la cour de Chine un tribut de Camphre de Barus, recueilli, d’après le dire des ambassadeurs, dans le tronc des vieux arbres, et possédant un parfum tel, qu’on n’en trouverait jamais de pareil (6). Masudi(7), quatre siècles plus tard, mentionne un présent semblable offert par les Indiens à un potentat chinois : d 000 menns (8) de bois d’aloès étaient accompagnés

(1) Dans la description de l’Arabie faile par Ibn Hagik el Hamdany, fol. 170 du manuscrit d’Aden (Prof. Sprenger).

(2) Il indique d’ajouter 2 onces de Camphre à une certaine préparation, pourvu qu’on ait assez de Camphre (Tetr. iv, sermo 4, c. 114).

(3) G. Weil, Geschichte der Clialifen, Mannheim, 1846, I, 75.— Des faits analogues se trouvent rapportés de plus dans Tabari, chronique, traduite par Zotenberg. Paris, 1867-1874, vol. II, 304, vol. III, 335, 373, 417, 504, vol. IV, 159. [P. A. F.]

(4) Quatremère, 51/dm. sur l’Egypte, 1811, II, 366-375. — Il est intéressant de trouver que le mot Kàfüre-Kaisùri, c’est-à-dire Camphre de Kaisùri , est encore le terme employé dans les bazars indiens.

(5) Kauffer, Geschichte von Ostasien, 1859, II, 491.

(6) Traduction du chinois, communiquée par M. A. Wylie. .

(7) Les Prairies d’or, Paris, 1861, 1, 200.

(8) Le menti ou menu arabe vaut 933 grammes.

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de \ 0 menns de Camphre, dont la qualité supérieure était indiquée par ce fait qu’il se présentait en morceaux aussi gros ou plus gros qu’une pistache. Entre 1342 et 1332, une ambassade quitta Pékin, portant une lettre du Grand Khan au pape Benoît XII, et des présents de soie, de pierres précieuses, de musc, de Camphre et d’épices (1).

Le célèbre voyageur Ibn Batuta rapporte qu’après avoir visité le roi de Sumatra, on lui présenta, au moment de son départ (1347), du bois d’aloès, du Camphre, des clous de girofle, du bois de santal, et diverses provisions.

Ishâk Ibn Amrân, médecin arabe, qui vivait vers la fin du neuvième siècle, et Ibn Kurdadbah, géographe de la même époque, furent les premiers. à signaler que le Camphre était un produit d’exportation de l’archipel Malais. Leurs renseignements sont reproduits par les écrivains arabes du moyen âge, qui affirment tous que le meilleur Camphre est un produit deFansür. Cette localité, nommée aussi Kansürou Kaisür, fut visitée, au treizième siècle, par Marco Polo, qui parle de son Camphre comme se vendant au poids de l’or. Yule (2) pense que cette localité est la même que Barus, ville située sur la côte occidentale de Sumatra, et qui donne encore de nos jours son nom au Camphre produit par cette île.

De tous ces faits, et de plusieurs autres que nous pourrions ajouter (3), il est permis, sans aucun doute, de conclure que le premier camphre employé fut celui qu’on trouve tout formé dans le tronc du Dryobalanops aromatica de Sumatra, et non celui du Camphrier. Nous ignorons même à quelle époque, et sous l’influence de quelle instigation, les Chinois commencèrent à exploiter le Cinnamomum Camphora pour en extraire du Camphre.

Le Camphre était connu en Europe, comme médicament, dès le douzième siècle. Cela est prouvé par la mention qu’en font l’abbesse Hildegard (4), qui le nomme Ganphora, Otho de Crémone (5), et le chanoine danois Harpestreng, mort en 1244. Garcia d’Orta dit, en 1363, que le Camphre de Chine est seul importé en Europe, celui de Bornéo et de Sumatra coûtant cent fois plus cher, et étant consommé tout entier par

(1) Yule, Cathay and the way thither, II, 357.

(2) The Book of Ser Marco Polo, II, 1874, 282, 285.

(3) Pour plus de détails historiques, voyez mon mémoire dans Schweizerische Wochenschrift f. Pharmacie, 27 septembre, 4 et 11 octobre 1867, et daus le Repertorium f. Pharmacie de Buchner, 1868, XVII, 28. [F. A. F.].

(4) ’S. Hildegardis Opéra omnia, accurante J. P. Migne, Paris, 1855, 1145.

(5) Croulant, Macer Floridus, Lips., 1832, 161.

les peuples de l’Orient. Kampfer (1), qui visita le Japon en 1690-92, et qui figura l’arbre au Camphre du Japon sous le nom de Laurus camphorifera, déclare expressément que cet arbre diffère entièrement de celui qui fournit le camphre de l’archipel Indien. Il dit aussi que le Camphre de Bornéo figurait parmi les marchandises les plus précieuses importées au Japon par les Hollandais, dont les cargaisons de retour comprenaient le Camphre du Japon, dans la proportion de 6000 à 12 000 livres par an (2). Ce camphre était raffiné en Hollande par un procédé qui fut tenu longtemps secret ; on l’introduisait ensuite sur le marché. A l’époque de Pomet (1694 et auparavant), le Camphre brut était commun en France, mais on l’envoyait en Hollande pour le faire

purifier.

Il est douteux qu’à cette époque, et même beaucoup plus tard, on retirât aucun Camphre de l’île de Formose. Du Halde (3) n’y fait aucune allusion comme production de cette île , il ne le mentionne pas non plus parmi les marchandises d’Emouy (Amoy), port chinois qui était alors en relations fréquentes avec Formose.

Production. — Le Camphre du commerce européen est produit par les îles de Formose et du Japon. Rien ne prouve qu’on en fabrique aujourd’hui en Chine.

A Formose, les districts producteurs de Camphre occupent une bande étroite de terre, qui sépare les établissements chinois du littoral du territoire encore occupé par les tribus aborigènes. On retire le Camphre du bois. On enlève aux arbres de petits copeaux de bois à l’aide d'une gouge à long manche. Ce procédé est très-destructif, parce qu’après avoir coupé les arbres on laisse perdre une grande partie de leur bois. On expose le bois aux vapeurs de l’eau bouillante, et on recueille le Camphre qui se volatilise avec ta vapeur. Les alambics destinés à cette opération sont disposés de la façon suivante : une grande auge en bois, figurant un tronc creusé, est fixée au-dessus d’un fourneau, et protégée par une couche d’argile. On remplit cette auge d’eau, et on lute, au-dessus d’elle, une planche percée de nombreux petits trous. Au-dessus de ces trous, on place les copeaux, qu’on recouvre avec des pots en terre. On allume du feu dans le fourneau, l’eau s’échauffe, et sa vapeur, en traversant les copeaux, entraîne le Camphre qui se condense en petits cristaux dans le fond des pots. On l’enlève des pots au

(1) Amœnitates exoticæ, 1712, 770.

(2) ttist. o f Japon, trad. par Sciieuciizeu, 1727, I, 353, 370.

(3) Description de la Chine, 1735, I, 161.

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bout de quelques jours ; il est alors très-pur et translucide. Quatre appareils, surmontés chacun de dix pots, sont, en général, disposés en dessous d’un hangar. On change ces appareils de place de temps à autre, suivant que l’épuisement du bois dans la localité rend ce changement nécessaire. On fabrique aussi dans les villes une quantité considérable de Camphre; on y apporte les copeaux des localités qui les produisent.

Le Camphre est apporté de l’intérieur à Tamsui, principal port de lile Formose, dans des paniers qui en contiennent chacun un demipécul environ, et qui sont revêtus de toiles, et couverts de grandes feuilles. A 1 arrivée, on place le Camphre dans des cuves contenant chacune de 300 à 330 kil . , ou bien on l’emballe dans des barils, ou des caisses en bois doublées de plomb, dans lesquels on l’exporte. Il s’écoule des barils ou des cuves une huile essentielle jaunâtre, connue sous le nom d Huile de Camphre, employée par les Chinois contre le rhumatisme (1).

Kampfer (2) raconte que, dans les provinces japonaises de Satzuma, et dans les îles de Gotho, on lait bouillir les copeaux dans une marmite en fer, recouverte d un chapiteau en terre, contenant de la paille, dans laquelle le Camphre se dépose. Il ne fait pas mention de l’écoulement de l’huile essentielle (3).

Purification. A son arrivée en Europe le Camphre doit être purifié par sublimation. A l’état brut, il est formé de petits granules cristallins qui adhèrent les uns aux autres en masses irrégulières, friables, colorées en blanc grisâtre ou rosé. Quand on le fait dissoudre dans 1 alcool, il abandonne de 2 à 10 pour 100 d’impuretés, consistant en gypse, en sel commun, en soufre, et en fragments végétaux.

En Europe, on sublime le Camphre avec un peu de charbon ou de sable, de la limaille de fer, ou de la chaux vive. On l’envoie ensuite sur le marché sous la forme de calottes ou de gâteaux concaves, ayant 25 centimètres environ de diamètre et 8 centimètres d’épaisseur, et poli) Les détails ci-dessus sont tirés surtout du Tra'de Reports of Tamsui, par E.-C. Taintor, agent des douanes, publié dans les Reports on trade at the Treaty Ports in China for 1869, Shanghai, 1870, et des Commercial reports of H. M. consuls in China, 1874.

(2) Op. cit., 772.

(3) Nous devons des détails récents relatifs au Japon il M. de Roretz [Journal polytechnique de Dingler, 318, 1875, p. 450). Il donne la figure de l’appareil dont on se sert dans la province de Posa, dans l’île de Sikok. On y établit un tonneau en bois au lieu d’une auge, et le Camphre, imprégné de l’essence liquide, va se condenser dans une caisse en bois, refroidie par de l’eau courante. L’essence liquide est séparée par une légère pression à laquelle ou soumet le Camphre. [F. A. F.]

sant de 9 à 12 livres (I). Chaque calotte offre à son centre un trou qui correspond à l’ouverture de l’alambic dans lequel on a fait la sublimation. Cette opération est faite dans des vases en verre spéciaux, nommes en Angleterre bomboloes , et dans la partie supérieure desquels le Camphre se concrète. On charge ces alambics, et on les placé dans un bain de sable qu’on chauffe rapidement entre 120° et 190° C., afin d enlever l’eau. On l’élève ensuite à une température un peu plus haute, à 204° C. environ, et on la maintient à ce point pendant vingt-quatre heures. On brise ensuite les vases.

Comme le Camphre est neutre, la chaux sert sans doute à retenir les traces de la résine et de l’huile empyreumatique. Le fer retient le soufre et l’eau qui pourraient s’y trouver.

Le raffinage du Camphre se fait sur une large échelle, en Angleterre, en Hollande, à Hamburg et à Paris. Cette opération exige beaucoup de soins à cause de l’inflammabilité du produit. La température doit aussi être bien réglée pour que le Camphre sublimé se dépose, non en cristaux épars, mais en masses compactes. Dans l’Inde, où la consommation du Camphre est très-considérable, les indigènes effectuent la sublimation dans un alambic en cuivre, dont la charge est d’environ \ maund et demi (19 kil.). On place le feu dans la partie inférieure, tandis qu’on refroidit l’extrémité supérieure (2).

Description. — Le Camphre purifié forme une masse incolore, cristalline, translucide, traversée par de nombreuses fissures ; malgré une certaine élasticité, il se casse facilement sous des coups répétés. Par évaporation lente et spontanée à la température ordinaire, le Camphre se sublime en plaques ou en prismes hexagonaux lustrés, n’ayant que trèspeu de dureté. Lorsqu’on le triture dans un mortier, il adhère au pilon, et ne se laisse pas pulvériser; mais si on V humecte avec de l’alcool, de l’éther, du chloroforme, ou une huile essentielle ou grasse, la pulvérisation s’effectue sans difficulté. La poudre conservée pendant un certain temps acquiert une forme cristalline. Le Camphre additionné d’un poids égal de sucre se laisse aisément pulvériser.

Le Camphre fond à 175o C. ; il bout à 205° C., et se volatilise assez rapidement, même à la température ordinaire. On peut attribuer a cette dernière propriété, et à sa faible solubilité, le curieux phénomène de dotation que présentent les petits morceaux de Camphre (aussi bien que

(1) Ce sont les dimensions des pains fabriqués dans le laboratoire do MM. Howard, de Stratford, mais elles varient beaucoup avec les fabricants.

(2) Mattiieson, England to Delhi , Lond., 1870, 474.

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les fragments de butyrate de baryum, de bromure d’étain et de quelques autres substances) lorsqu’on les place sur l’eau.

La solubilité du Camphre dans l'eau est très-faible; \ 300 parties d’eau ne dissolvent qu’une partie de Camphre; et cette faible quantité se sépare partiellement quand on ajoute un sel alcalin ou terreux, comme le sulfate de magnésium. Les alcools, les éthers, le chloroforme, le bisultuie de carbone, les huiles fixes et volatiles, et les hydrocarbones liquides dissolvent le Camphre facilement.

Le poids spécifique du Camphre, à 6° C. et au-dessous de 6° C., est le môme que celui de l’eau ; cependant, à une température un peu plus élevée, il se dilate plus rapidement, et, entre 10° et 12° C., son poids spécifique est seulement 0,992.

Ln solution concentrée, ou à 1 état de fusion, le Camphre dévie fortement le plan de polarisation à droite. La solution officinale de Camphre (■ Spiritus Camphoræ) est trop faible, et ne produit guère de déviation de la lumière polarisée (IJ. Les cristaux de Camphre sont dépourvus de pouvoir rotatoire (2).

Le Camphre possède une saveur et une odeur sui generis, ou qui du moins n’appartiennent qu’au groupe de substances dont il fait partie. Il ne s’altère pas par exposition à l’air ou à la lumière. Il brûle avec facilité en donnant une flamme brillante, fuligineuse.

Composition chimique. — Le Camphre, C'°H160, traité par divers réactifs, donne un grand nombre de produits intéressants. Lorsqu’on le distille à plusieurs reprises avec du chlorure de zinc ou de l’acide phosphorique anhydre, il se convertit en Cymène , G10HU, corps contenu dans plusieurs huiles essentielles, ou qui du moins peut en être retiré. Le Camphre et l’huile de Camphre, soumis à des agents oxydants puissants , absorbent de l’oxygène et se transforment graduellement : d abord en acide C amphorique, Cl0Hl6Ol, puis en acide Camphrétique, C'°HuO' ; de 1 eau et de l’acide carbonique sont en même temps éliminés.

Plusieurs huiles essentielles, résines et gommes-résines donnent ces mêmes acides sous l’influence du même traitement. Au moyen d’agents oxydants moins énergiques, on peut convertir le Camphre en Oxy- Camphre, C,0H1(îO2, qui garde l’odeur et la saveur primitives (3).

(!) Pharm. Journ., 18 avril 1874, 830.

(2) Des Ci.oizeaux, Comptes rendus Ac. sc., 1870, LXX, 1209.

(3) Pour les détails relatifs aux nombreux autres composés du Camphre, consultez le Dictionnaire de chimie de Wurtz.

Commence. — Ou connaît sur le mut clic anglais deux sortes de Gainphre brut :

1° Camphre de Formose ou de Chine. — Il est importé en caisses doublées de feuilles de plomb, ou en caisses de fer étamé qui pèsent chacune 1 quintal. Sa coloration est d’un brun clair ; il est en petits grains et toujours humide, parce que les marchands ajoutent de l’eau dans les caisses avant rembarquement, dans le but, dit-on, de diminuer la perte par évaporation. Les exportations de ce Camphre faites par le port de Tarnsui, dans l’île Formose (I), pendant les années 1870, 1871, 1872, ont été les suivantes: en 1870, 14481 péculs (2); en 1871, 9691 péculs; en 1872, 10281 péculs. Les embarquements de Camphre effectués à Takow, autre port de Formose, ont été insignifiants. On exporte maintenant une certaine quantité de planches de Camphrier, de Tamsui.

2° Camphre du Japon. — Il est plus clair en couleur, et parfois rosé ; il est aussi en grains plus volumineux. Il arrive dans de doubles fûts, non doublés de métal ; il est par suite plus sec que le précédent. Chaque fût en contient environ 1 quintal. Il atteint un prix un peu plus élevé que le Camphre de Formose.

Hiogo et Osaka en ont exporté, en 1871, 7 089 péculs, et Nagasaki, 745 péculs, dont la valeur totale était de 116 718 dollars (3). Les importations de Camphre non raffiné dans le Royaume-Uni s’élevèrent, en 1870, à 12 368 quintaux, celles de Camphre raffiné furent, pendant la même année, de 2 361 quintaux (4).

Le Camphre est beaucoup consommé par les indigènes de l’Inde. La quantité de drogue brute importée à Bombay, pendant l’année 1872-73, fut de 3 SOI quintaux (5).

Usages. — Le Camphre jouit de propriétés stimulantes ; il est fréquemment employé en médecine soit à l’intérieur, soit à l’extérieur. Dans l’Inde, on en fait un grand usage. 11 est inutile de rappeler les propriétés anaphrodisiaques qui lui ont été attribuées et l’importance que lui accordent certaines personnes. On l’administre particulièrement' en frictions et autres applications externes, à l’état de solution dans l’alcool ou l’eau-de-vie.

(1) Rcturns of Trade at the Treaty Ports in China for 1872., P. 11,124.

(2) Commercial Reports from H.M. Consuls in Japan, n» 1, 1872. — Le rapport pour Hiogo et Osaka s’appuie sur l’autorité de la Chambre de commerce.

(3) Statement of the Trade and Navigation of the united Kingdom for 1870, 61 .

(4) Le pécul vaut 60.47 kil.

5) Statement of the Trade and Navigation of Bombay for 1872-73, II, 27. Le quintal vaut 60.8 kil.

LAURACÉES.

autres sortes de camphres, huiles de camphre.

Camphre de Barus, Camphre de Bornéo, Camphre Malais, Camphre de Dryobaianops. - Comme nous l’avons dit plus haut, c’est à cette substance que se rapportent les plus anciens documents. L’arbre qui le fournit est le Dryobaianops aromatica Gærtn. {D. Camphora Colebrooke), de la famille des Diptérocarpacées, l’une des plus belles du règne végétal. Le tronc est très-élevé, cylindrique, droit, dilaté, près de la base, en énotmes arcs-boutants. Il s’élève jusqu’à 30 ou 45 mètres sans produire une seule branche, et se termine alors par une cime touffue de feuilles luisantes, large de 15 à 20 mètres, sur laquelle sont semées de magnifiques fleurs blanches, d’une odeur délicieuse (1). Cet arbre est indigène des résidences hollandaises, sur la côte nord-ouest de Sumatra, entre 0° et 3° de latitude nord, depuis Ayer et Bangis, jusqu’à Barus et Singkel. Il habite aussi la partie nord de Bornéo, et la petite île anglaise de Labuan (c).

Le Camphre est retiré de son tronc, dans les fissures longitudinales duquel on le trouve à l’état solide et cristallin; on l’extrait péniblement en fendant le bois. On ne peut l’obtenir qu’en détruisant l’arbre complètement. Tous les arbres n’en contiennent pas, et pour éviter un abatage inutile, on a aujourd hui l’habitude de les choisir en pratiquant un trou sur le côté du tronc ; cependant l’observation ainsi faite est souvent tiompeuse. Spenser Saint-John, consul anglais à Bornéo, dit que le plus beau Camphre se trouve souvent dans les arbres en voie de dépérissement (2). Après avoir retiré le Camphre, on le trie avec soin, on le lave et on le nettoie ; on le divise ensuite en trois qualités, dont la meilleure est formée des plus grands et des plus beaux cristaux, tandis que 1 inférieure est grisâtre et pulvérulente. Il est difficile de dire combien 1 on retire d ordinaire de Camphre d’un seul arbre ; mais le témoignage de Colebrooke, d après lequel un seul arbre pourrait produire 1 1 livres, nous paraît vraisemblable (3). Une grande partie de la petite quantité

(1) Pour des observations récentes sur la botanique du Dryobaianops, voyez un mémoire de W. T. Thiselton Dyer, in Journ. of Botan. de Trimen, avril 1874, 98.

(2) Life in the For ests of the Far East, \ 862, II, 272.

(3) De Vriese et Motley, in Journ. of Botany de Hooker, 18S2, IV, 33, 302. De Vriese déclare que ces chiffres sont exagérés, et que le plus haut et le plus vieux des arbres en contient rarement plus de 2 onces! Si ce dernier chiffre était vrai, il faudrait au moins mille arbres pour donner un seul pécul de camphre. Miquel ( Prodr . Floræ Su matranæ, 66) confirme les chiffres de Colebrooke en disant que 100 livres lui avaient été indiquées comme le produit de neuf arbres. Il cite un autre témoignage d’après lequel

produite est consommée dans les cérémonies funéraires des princes de Batta, dont les familles sont souvent ruinées par les achats de Camphre et de buffles que nécessitent d’ordinaire ces obsèques. Le Camphre exporté est acheté surtout pour le marché de la Chine, mais une petite quantité est également expédiée au Japon, dans le Laos, la Gochinchine, le Cambodge et Siam.

La quantité annuellement expédiée de Bornéo fut évaluée, en 1851 , par Motley, à environ 7 péculs. L’exportation de Sumatra fut estimée, par de Vriese, à 10 ou 15 quintaux par an (I). La quantité importée à Canton, en 1872, fut évaluée à 23 7/10 péculs valant 42 326 taels, la livre (2). Dans VAnnuai Statement of the Tracle of Bombay, pour l’année 1872-73, on trouve 2 quintaux de Malayan Camphor signalés comme ayant été importés à Bombay. Ils valaient 9 141 rupies (24 450 francs) (3). A Bornéo, le prix du Camphre de belle qualité était, en 1851 , de 30 dollars le catty, ou environ 250 francs le kil. La drogue ne pénètre par suite jamais dans le commerce européen.

Le Camphre de Bornéo, ou Bornéol, est un peu plus dur que le Camphre commun, et un peu plus lourd; il s’enfonce dans l’eau. Il est moins volatil, et ne cristallise pas dans l’intérieur du flacon dans lequel on le conserve. Ses cristaux appartiennent au système cubique. Il exige pour fondre une température plus élevée, 198° C. Son odeur est un peu différente ; elle ressemble à la fois à celle du Camphre commun, et à celle du patchouly ou de l’ambre gris. La composition du Bornéol est représentée par la formule C10H18O. Il peut être converti, par l’action de l’acide nitrique, en Camphre commun. Berthelot a montré, en 1858, que l’on peut préparer le Bornéol à l’aide du Camphre commun, en chauffant ce dernier avec de la potasse alcoolique. On peut le faire aussi, d’après Baubigny (1866), en traitant une solution de Camphre ordinaire dans le toluol par du sodium.

Huile de Camphre de Bornéo. — Indépendamment du Camphre, le- Dryobalanops fournit un autre produit qui est liquide, et se nomme Huile de

un seul arbre donnerait seulement un petit nombre de catties (1 oatty vaut 1 livre 1/3 ou 604 grammes).

(1) A l’époque de Milbdrn ( Oriental Commerce, 1813, II, 308) Sumatra passait pour en exporter 50 péculs, et Bornéo 30 péculs, par an. L’assertion de Rondol, que la Chine importe environ 800 péculs de Camphre de Barus par an, est tout à fait erronée.

(2) Retums of Tradc al the Treaty Ports in China for 1872, 30. Le tael chinois vaut à peu près 7 fr. 50.

(3) Le nouveau tarif de la douane anglaise dans l’Inde, de 18.75, porte le droit d’entrée du camphre de Bornéo (camphor Bhemsaini) à 80 rupies par livre, c’est-à-dire à plus de 400 francs par kilogramme, [P. A. F.]

LAURACÉES.

Camphre. Il 11e laut pas la confondre avec l'huile do Camphre qui s'écoule du Camphre brut du Camphrier, h' Huile de Camphre de Bornéo ou de Sumatra est obtenue par la ponction ou l’abatage des arbres (voy. aussi 1. 1, p. 170). Motley, après avoir abattu un arbre dans le Labuan, en mai 1851 , pratiqua dans son tronc un réservoir duquel il retira environ 5 gallons d’huile de Camphre (1). Ce liquide était une huile volatile, tenant en solution une résine qui, après quelques jours d’exposition à 1 air, se déposa à 1 état sirupeux. Cette huile de Camphre, nommée Bornééne, est isomôrique de l’essence de térébenthine, G'°H16, mais à l’état brut, elle tient en solution du bornéol et de la résine. Par distillation fractionnée, on peut la diviser en deux parties, l’une plus volatile que l’autre, mais toutes les deux semblables par la composition.

Huile de Camphre de Formose. — Nous avons dit déjà qu’elle s’écoule du* Camphre brut du Cinnamomum Campkora. C’est un liquide tenant en solution une grande quantité de Camphre commun, qui se dépose en cristaux lorsqu on abaisse un peu la température. Elle se distingue de l’Huile de Gamphre de Bornéo, par son odeur de Sassafras. Nous n’avons trouvé aucune différence optique dans le pouvoir rotatoire de ces deux huiles ; toutes les deux sont dextrogyres avec la même intensité ; il en est de même lorsqu’on a séparé par refroidissement le Camphre commun de son huile. Un échantillon d’essence de Camphre de Bornéo, qui nous a été donné par le professeur de Vriese, ne laissa pas déposer de Camphre, même en étant maintenu à 15° C.

Camphre de Ngaï, Camphre de Blmnea. — On sait depuis plusieurs années que les Chinois ont l’habitude d’employer une troisième variété de Camphre, ayant une valeur pécuniaire intermédiaire à celles du Camphre commun et du Camphre de Bornéo. Il a été montré récemment (1874) que cette substance se fabrique à Canton, et que la plante qui la produit est le Blmnea balsamifera DG., grande plante herbacée, de la famille des Composées, nommée en chinois Ngai, abondante dans l’Asie orientale tropicale (d).

Cette drogue nous a été envoyée à l’état brut et à l’état pur (2). Sous la première forme, elle est en grains cristallins d’un blanc sale, souillés par des débris végétaux. Sous la seconde forme, elle est en cristaux incolores ayant jusqu’à 2 centimètres et demi de long. Par sublimation, on peut obtenir cette substance en cristaux distincts, brillants, sem-

(1) Ibn Khurdadbah, au neuvième siècle, la mentionne comme étant obtenue par ce procédé.

(2) Grâce à la courtoisie de M. F. H. Ewer, des Douanes maritimes impériales chinoises, à Canton.

blables à ceux du Camphre do Bornéo, dont ils ont aussi l’odeur et la densité; ils sont également, comme eux, un peu plus lourds que l'eau, et ne se volatilisent pas comme le Camphre commun.

L’examen chimique du Camphre de Ngaï, fait par Plowmah (I), sous la direction du professeur Attfîeld, a prouvé qu’il possède la composition C‘°H180, comme le Camphre de Bornéo. Cependant ces deux substances diffèrent parleurs propriétés optiques (2), la solution alcoolique du Camphre de Ngaï étant lévogyre au môme degré que celle du Camphre de Bornéo est dextrogyre. L’acide nitrique bouillant transforme le Camphre de Bornéo en Camphre dextrogyre commun, tandis qu’il transforme le Camphre de Ngaï en un Camphre lévogyre, probablement identique avec le stéaroptène du C hrysantliemum Parthenium Pers.

Comme le Camphre de Ngaï coûte environ dix fois plus que le Camphre de Formose, il n’en parvient jamais en Europe, comme article de commerce. En Chine, il est consommé en partie dans la médecine, et en partie pour parfumer les belles sortes d’encres de Chine. L’exportation de ce Camphre, par la voie de Canton, est évaluée à environ 3 000 livres par an.

(a) Le Cinnamomum Camphora Nees et Ebermann [Med.

ph. Bot., Il, 430 ; PL off., I,

127), vulg. Camphrier du Japon, autrefois considéré comme le type d’un genre distinct sous le nom de Camphora (Nees) ofjicinarum , est un arbre à feuilles alternes, persistantes, protégées dans le bouton par de grandes écailles rigides et imbriquées, à branches lisses et assez écartées. Les feuilles sont pétiolées, simples, un peu coriaces, colorées en vert brillant et luisantes en dessus, un peu plus pâles en dessous, portées par un pétiole grêle et lisse, long de 3 â 4 centimètres, et munies d’une nervure médiane saillante, de laquelle partent un petit nombre de nervures latérales obliques, dont les deux inférieures sont saillantes, et munies, dans l’angle qu’elles

(1) Pharm. Joum ., 7 mars 4 874, 710.

(1 2) Fi.&ckioer, in Pharm. Joum., 18 avril 1874, 82!).

LAURACÉES.

forment avec la [nervure principale, d’une glande saillante en dessus, luisante, ouverte en dessous par un pore ovale. Les fleurs sont disposées en grappes axillaires ou terminales, lâches, ramifiées de cymes. La fleur est construite comme celle du Cannellier (voy. p. 236, note a) ; sa face extérieure est lisse et son ca- .lice se détache circulai remont, pendant la maturation du fruit, au niveau de son insertion, de façon à no laisser autour de la hase du fruit que la cupule réceptaculaire durcie, [Trad,]

(6) 11 n’existe dans le Camphrier aucun organe de sécrétion analogue soit aux canaux sécréteurs des Boswellia et des Garcinia (voy. 1. 1, p. 166, fig. 37), soit aux glandes des Citrons (t, I, p. 218, fig. 70). Le camphre paraît être sécrété par des cellules parenchymateuses assez semblables à leurs voisines, et le produit de sécrétion s’accumule dans des fentes et des cavités résultant de la destruction des parois cellulaires. Il se répand ainsi dans les diverses parties de l’arbre, où il se dessèche plus ou moins, et dont on l'extrait par sublimation. Les mômes faits se produisent

dans le Dryobalanops aromalica qui fournit le Camphre de Bornéo. [Trad.]

(c)Les Dryobalanops (GærtnerFil., Frucl., III, S0, t. 187, 188) sont des Diptérocarpacées, de la série des Diptérocarpées, à fleurs régulières , hermaphrodites et pentamères , avec un réceptacle un peu concave, des étamines nombreuses, et un fruit entouré de cinq sépales persistants en ailes membraneuses d’égale longueur.

Le Dryobalanops aromalica Gærtner Fil.

(/oc. cit.), vulg. Camphrier de Sumatra , ou de Bornéo, est un très-grand et bel arbre à feuilles alternes, simples, entières, coriaces, penninerviées, à limbe porté par un pétiole court, et accompagné à la base de deux petites stipules qui tombent de très-bonne heure. De la nervure médiane du limbe partent un grand nombre de nervures secondaires parallèles qui s’en détachent obliquement. Les

Fig. 209. Dryobalanops aromalica.

fleurs sont disposées en grappes ramifiées, terminales ou axillaires, lâches. Chaque fleur est portée par un pédoncule articulé sur un petit coussinet saillant, au-dessous duquel se voit une petite bractée ou sa cicatrice. Le réceptacle est légèrement concave et cupuliforme. Le calice inséré sur ses bords est formé de cinq sépales à peu près égaux, imbriqués dans la préfloraison, obtus au sommet, persistants et accrescents. La corolle est formée de cinq pétales alternes avec les sépales, à peu près de la même longueur qu’eux, tordus dans la préfloraison, également insérés sur les

bords du réceptacle, en dedans du calice. L androcée se com-

Fig. 210. Dryobalanops pose d’étamines nombreuses, indépendantes, insérées en dedans aromatica. Fleur de ]a corolle et un peu périgynes comme cette dernière, comcoupée verticalement. p()sées chacune d’un filet court et d’une anthère allongée,

étroite, surmontée par un prolongement conique et aplati du connectif. Chaque anthère est formée de deux loges linéaires, introrscs, déhiscentes par des fentes Ion-

gitudinales. Le gynécée est formé d’un ovaire libre, inséré dans le fond delà cupule réceptaculaire, ovoïde, divisé en trois loges plus ou moins complètes, et surmonté d’un style cylindrique, de même longueur que les étamines, terminé par un stigmate un peu dilaté en forme de cupule crénelée sur les bords. Chaque loge ovarienne contient deux ovules insérés dans l’angle interne, collatéraux, incomplètement anatropes, à micropyle dirigé en haut et en dehors. Le fruit est une capsule arrondie, entourée par les sépales développés en cinq grandes ailes à peu près égales, allongées, arrondies au sommet, rigides, un peu coriaces, parcourues par des nervures longitudinales saillantes. La capsule s’ouvre à la maturité en trois valves à sommet triangulaire. Elle ne contient d’ordinaire qu’une seule graine qui renferme sous ses téguments uu gros embryon charnu, sans albumen, à cotylédons trèsirrégulièrement lobés ou ruminés, contortupliqués, très-inégaux, le plus grand entourant le petit, et à radicule supère conique. La graine germe souvent dans le fruit. [Trad.]

(d) Les Blumea DC (in Guillem. Arch. Bot., U, 514 ; Prodr., V, 432) sont des Synanthéracées, de la tribu des Inuloidées, à achaines petits ; à aigrette formée de soies grêles et nombreuses ; à capitules disposés en panicules terminales, oblongues ou pyramidales, ou en glomérules contractés, ou plus rarement presque solitaires ; à involucre formé de bractées étroites, aiguës, rigides ; à corolle des fleurs femelles filiformes ; à anthères appendiculées ; à style des fleurs hermaphrodites ordinairement bifide au sommet.

Le Blumea balsamifera DC (Prodr., V, 447 ; Coniza balsamifera L.) est une plante il tige suffrutescente à la base, à rameaux cylindriques, velus ou laineux; à feuilles pétiolées, oblongues ou elliptiques-lancéolées, doublement dentées, velues en dessus, laineuses en dessous. Les pétioles sont munis de lobes appendiculaires, linéaires-lancéolés. Les fleurs sont disposées en un corymbe subpaniculé, divariqué. L involucre est formé d’écailles linéaires, aiguës, velues. [Trad.]

ECORCE DE BIBIRU.

Cortex Bibiru ; Cortex Nectcindræ ; angl., Greenheart Bark, Bibiru or Bebeeru Bark.

Origine botanique. — Nectcindra Rocliœi Schomburgk. Le Bibiru est un grand arbre de forêt, croissant sur les terrains rocheux de la Guyane anglaise, jusqu’à 50 milles dans l’intérieur des terres. On le trouve en abondance sur les côtes élevées qui bordent les rivières d Essequibo, Cuyuni, Demerara, Pomeroon et Berbice. L’arbre atteint une hauteur de 24 à 30 mètres; son tronc est dressé, indivis, et fournit un excellent bois, qui est considéré, en Angleterre, comme un des premiers bois de constructions navales. On peut le débiter en poutres de 18 à 20 mètres de long [a).

Historique. — En 1769, Bancroft, dans son Ilistory of Guiana, appela 1 attention sur un excellent bois fourni par le Greenheart ou Sipeira. Vers 1835, on apprit que Hugh Rodie, médecin de la marine, qui avait séjourné à Demerara pendant vingt ans, avait découvert dans l’écorce

2Gi LAURACÉES.

do cet arbre un alcaloïde d’une grande efficacité comme fébrifuge (i).

En 1843, cet alcaloïde, auquel Rodie a donné le nom de Bébéérine, fut examiné par le docteur Douglas Maclagan, et l’année suivante l’arbre fut décrit par Schomburgk sous le nom de Nectandra Ilodiæi{2).

Description. — L’écorce de Bibiru se présente en longs morceaux aplatis, grossiei’s, assez fréquemment larges de 10 centimètres et épais de 6 millimètres à 2 centimètres et demi, colorés extérieurement en brun-grisâtre clair, avec une surface externe de couleur cannelle plus uniforme, munie de fortes stries longitudinales.

Celte écorce est dure et cassante ; sa cassure est grossièrement grenue, un peu foliacée, et fibreuse dans les coucbes internes seulement. La couche subéreuse grisâtre est toujours mince; elle forme souvent de petites verrues, et laisse voir, lorsqu’on l’enlève, des dépressions longitudinales, analogues aux dépressions digitales de l’écorce plate de calisaya, mais ordinairement plus longues. L’écorce de Bibiru possède une saveur amère très-prononcée, mais elle n’est pas aromatique. Son infusion aqueuse est colorée en brun cannelle très-pâle.

Structure microscopique (3). — La structure générale de cette écorce est très-uniforme, presque tout son tissu s’étant transformé en cellules à parois épaisses. Les cellules de la couche subéreuse elle-même offrent des dépôts secondaires ; l’enveloppe primaire a entièrement disparu, et il n’existe pas de transition entre le suber et le liber. Les éléments dominants de cette écorce sont des cellules pierreuses et des fibres libériennes très-courtes., entrecoupées par des rayons médullaires, et croisées transversalement par du parenchyme et de petites cellules prosenchymateuses à parois un peu moins épaisses, formant sur une section transversale des carrés ou de petits groupes. Les seules cellules qui affectent un caractère particulier sont les fibres pointues du liber interne, qui ont une curieuse forme de scie, due aux nombreuses protube rances et sinuosités dont elles sont pourvues. La très-petite cavité des cellules à parois épaisses contient une substance d’un brun foncé, qui se colore en noir grisâtre sous l’influence du sulfate de fer. La même coloration se produit dans le tissu moins dense qui entoure les groupes de cellules pierreuses. Cette coloration est due à la présence d’une matière tannique.

(1) Halliday, On ihe Bebeeru tree of British Guiana, and Sulphate of Bebeerine, the former a substitute for Cinchona, the lutter for Sulphate of Quinine (in Edinb. Med. and Surg. Journ., 1835, LX).

(2) Journ. of Botany, de Hooker, 1844, 624.

(3) Voir aussi Vogl, Jahresbericht, 1871, p. 44.

Composition chimique. — L’écorce do Bibiru contient un alcaloïde qui u été regardé pendant longtemps comme une espece chimique distincte sous le nom de Bibirine ou Bibirine. Walz a montré, en 1860, que ce corps est probablement identique avec la Buxine , substance .découverte, dès 1830, dans l’écorce et les feuilles du Buis ( Buxus sempervirens L.). En 1869, l’observation de Walz fut confirmée dans un certain sens par l’un de nous (I). Il démontra que la Pélosine, alcaloïde qui se trouve dans les tiges et les racines du Cissampelos Pareira L. et du C bondodendron tomentosum Roiz et Pavon, ne peut pas être distinguée de l’alcaloïde du Bibiru et du Buis. L’alcaloïde de l’écorce de Bibiru peut être facilement préparé à l’aide du sulfate brut employé en médecine sous le nom de Sulfate de Bibirine. C’est une substance amorphe, incolore, ayant pour formule C18II21Az03. Cet alcaloïde est soluble dans 5 parties d'alcool absolu, dans 13 d’éther, et dans 1 400 (1 800 d’après Walz) d’eau bouillante; ces solutions sont nettement alcalines au tournesol. lise dissout facilement dans le bisulfure de carbone, et dans les acides dilués. Les sels sont incristallisables. La solution de son acétate neutre donne un abondant précipité sous l’influence d’un phosphate alcalin, d’un nitrate, ou de l’iode, de l’iodo-hydrargyrate ou du platino-cyanure de potassium, du perchlorure de mercure, et de l’acide nitrique ou iodique.

Maclagan, l’un des plus anciens investigateurs du Bibiru, a récemment retiré, en collaboration avec Gamgee (2), des alcaloïdes du bois de l’arbre. Ces chimistes ont assigné à l’un de ces corps la formule C20H2:iAzO4, et lui ont donné le nom de Nectandria. Deux autres alcaloïdes, dont les caractères n’ont pas été suffisamment étudiés, ont été retirés du même bois.

L 'acide Bibirique, que Maclagan a retiré des graines, est décrit comme incolore, cristallin, déliquescent, fusible à 150° C., et volatil à 200° C. en formant alors des touffes d’aiguilles.

Commerce. — L’écorce de Bibiru ne se trouve pas toujours sur le marché. Elle est importée en barils contenant de 80 à 84 livres chacun, ou en sacs qui contiennent un demi ou un quart de quintal.

Usages. — L’écorce de Bibiru a été recommandée comme tonique amer et fôbifruge, mais elle n’est que peu employée, sauf sous la forme

(1) FlIIckiger, Noues Jnhrbuch fur Pharmacie, 1869, XXXI, 287 ; Pharm. Joum. 1870, XI, 192.

(2) Pharm. Joum., 1870, XI, 19.

2GG LAURACÉES.

de Sulfate de Bibirine, qui est un sulfate brut de buxine (f). C’est une substance noire, amorphe, qui, ayant été étendue à l’état sirupeux dans une assiette vernie, s’obtient en lames minces et transparentes. Elle nous a présenté à peine un tiers de son poids d’alcaloïde pur.

(a) Les Neclandra Roland (ex Rorrn., in Ad. litt. Jlafn. (1778), I, 279) sont des Lnuracées de la tribu des Ocotéées, à fleurs hermaphrodites ou polygames ; à réceptacle cupuliforme ; à périanthe étalé, souvent presque charnu, formé de six folioles, les trois intérieures souvent plus grandes, toutes valvaires dans la préfloraison, et caduques ; à androcée formé de neuf étamines munies chacune d’une grande anthère h quatre logettes, introrses dans les six étamines extérieures, latérales oy subextrorses dans les trois intérieures ; à fruit entouré par la base du réceptacle.

Le Nedandra Rodiœi Scuombdrgk (in Journ. of Botany de Hooker, 1844, 624) est un grand arbre à feuilles opposées, penninerviées, coriaces, arrondies ou aiguës à la hase, recourbées sur les bords, ovales, oblongues, aiguës ou courtement acumiuées au sommet, glabres ; à fleurs disposées en panicules courtes presque sessiles, couvertes de poils tomenteux fauves. Les fleurs sont portées par des pédicelles à peu près aussi longs que le calice. Elles exhalent une odeur de jasmin.

Le N. Cymbarum Nees ( Syst ., 305) qui produit une huile odorante (voy. p. 270) se distingue par ses feuilles allongées, oblongues-lancéolées, atténuées aux deux extrémités, et sa cupule réceptaculaire très-développée, turbinée, hémisphérique. [Trad.]

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