‹ Histoire des drogues d'origine v©♭g©♭tale [electronic resource]Chapitre 49 sur 124 · RACINE DE SASSAFRAS · texte numérisé non relu

RACINE DE SASSAFRAS

Radia j Sassafras, Lignum Sassafras; angl., Sassafras Root ; allem., Sassafrasholz.

Origine botanique. — Sassafras officinalis Nees ( Laurus Sassafras L.). Cet arbre croît dans l’Amérique du Nord, depuis le Canada jusqu'à la Floride et le Missouri. Dans le nord, il ne forme qu’un arbuste ou un petit arbre de 6 à 9 mètres de haut, mais dans le centre et le sud des Etats-Unis, et surtout dans la Virginie et la Caroline, il atteint une hauteur de 30 mètres. Ses feuilles sont dimorphes; les unes sont ovales et entières, tandis que les autres sont découpées en deux ou trois lobes, les premières paraissant plus âgées que les autres (a).

Historique. — Monardes rapporte que les Français, pendant leur expédition de la Floride, vers i 562 , guérissaient leurs maladies avec le bois et la racine d’un arbre nommé Sassafras, dont les Indiens leur avaient appris l’usage (2). Tené de Laudonnière, en exposant, en f 564, les objets curieux de la Floride, dit que le plus remarquable des arbres des

(1) M. W. H. Campbell, de Georgetown, Demerara, m’a assuré que ni l’écorce ni son alcaloïde ne sont estimés dans la colonie [D. H.].

(2) Historia médicinal de las cosas que se traen de nucslras Indias Occidentales 1574, 51.

forêts, à cause de son bois, et surtout du parfum de son écorce, est celui qui est désigné par les indigènes sous le nom de Pcwcime , et par les Français sous celui de Sassafras (1).

En IG 10, les instructions du gouvernement anglais au gouverneur de la nouvelle colonie de Virginie mentionnent, parmi les marchandises à expédier dans la métropole, « Small Sassafras Rootes » qu’on devra « arracher pendant l’hiver, et faire sécher, et non préparer pendant l’été; et qui valent 50 livres et davantage la tonne (2). » Les embarquements acquirent plus tard une importance relativement exagérée, car en 1622, on se plaignait que l'expédition des autres marchandises était négligée pour celle du tabac et du sassafras (3).

Le Sassafras fut introduit en Angleterre à l’époque de Gérarde (vers 1597), qui parle d’un de ces arbres croissant à Bow. A cette époque, le bois et l’écorce de la racine étaient employés surtout dans le traitement de la goutte.

Description. — Le Sassafras est importé en grands morceaux ramifiés, qui offrent souvent la portion inférieure de la tige, et qui ont de 15 à 30 centimètres de diamètre (4). Les racines proprement dites diminuent de taille jusqu’à avoir la dimension d’une plume; elles sont couvertes d’une écorce spongieuse, terne, rugueuse. Cette écorce offre une couche subéreuse inerte, molle ; et au-dessous une écorce interne d’une teinte très-brillante, riche en huile essentielle. Le bois de la racine se laisse facilement couper ; il est coloré en brun rougeâtre foncé ; il possède une odeur agréable, et une saveur épicée semblable à celle de l’écorce, mais moins forte. On le vend ordinairement en copeaux et en bandes produites par le rabot. L’écorce de la racine ( Cortex Sassafras ) constitue un article de commerce distinct, peu employé en Angleterre. Elle consiste en morceaux irréguliers, aplatis, pliés en gouttières ou recourbés, ayant rarement plus de 10 centimètres de long, 8 centimètres de large, et généralement beaucoup plus petits, épais de 1 à 5 millimètres. La couche externe, qui est inerte, a été soigneusement enlevée, et laisse une surface exfoliée. La face interne est finement striée, et offre de très-

(1) De Laet, Novus Orbis, 1633, 215. -• J’ai fait voir dans mes Documents pour servir à l’histoire de la pharmacie, Halle, 1876, 30-33, qu’en Allemagne les pharmacies étaient pourvues de bois de Sassafras dès l’année 1652. [F. A. P.]

(2) Colonial Papers, I, n. 23 (manusc. in the Record Office, London).

(3) Colonial Papers, II, n. 4.

(4) Les bûches de Sassafras qu’on trouve dans le commerce anglais, renferment souvent une portion considérable d’aubier qui, de môme que l’écorce qui le recouvre, est inerte, et doit être rejeté avant de raboter le bois.

LAURACÉES.

petits cristaux brillants. Celte écorce possède une cassure courte, subéreuse, colorée en brun cannelle brillant. Son odeur est forte et agréable, sa saveur est astringente, aromatique, un peu amère.

Structure microscopique. - Le bois de la racine offre, sur une section transversale, des zones concentriques traversées par des ravons médullaires étroits. Chaque zone contient, dans sa partie interne, de lai ges vaisseaux, et, dans sa partie externe, des éléments plus serrés. La plus grande partie du bois est formée de cellules parenchymateuses. Des cellules globuleuses, remplies d’une huile essentielle jaune, sont distribuées dans le parenchyme ligneux. Ce dernier est riche en amidon ainsi que les rayons médullaires.

L écorce offre un grand nombre de cellules à huile, et des cellules remplies de mucilage. Elle doit son apparence spongieuse, et son exfoliation, à la formation de couches subéreuses secondaires, en dedans du mésophlœum, et même dans le liber. Le tissu cortical abonde en matière colorante rouge ; il contient aussi de l’amidon, et, en moindre quantité, des cristaux d’oxalate de calcium.

Composition chimique. — Le bois de la racine fournit 1 à 2 pour 100 d huile volatile (1 ) et l’écorce de la racine deux fois autant . La tige et les feuilles n’en contiennent qu’une très-petite quantité. L’huile essentielle qui se trouve dans le commerce est toute fabriquée en Amérique ; elle possède l’odeur particulière du Sassafras; elle est incolore, jaune, ou d’un brun rougeâtre, d’après le caractère de la racine employée, au dire des distillateurs. Comme la coloration de l’essence n’influe pas sur son odeur et sur sa valeur commerciale, on ne fait aucun effort pour séparer les différentes sortes de racines. L’essence est constituée principalement par du Safrol C10H10O2, et du Safrène C'°H16 ; le premier forme à peu près les neuf dixièmes de l’essence brute (2). 11 est capable de se solidifier en cristaux superbes du système monosymélrique (3), de plus d’un décimètre de longueur et de 3 à 4 centimètres de diamètre. Ces cristaux de Safrol se maintiennent à une température de 8 à 10°, ot fondent à une température un peu plus élevée ; quand on l’expose alors, à l’état liquide à une basse température, il ne cristallise quelquefois qu’au bout de quelques semaines. La densité du safrol en cristaux

(1) D’après les résultats obtenus par Procter, onze fagots de copeaux, la charge d'un alambic, donnent de 1 ci S livres d’huile essentielle, la proportion de cette dernière variant avec la qualité de la racine et la quantité d’écorce qu’elle possède (Procter, Essay on Sassafras, in Proceedings of the Amer. Pharm. Assoc ., 1860, 217).

(2) Grimaux et Ruottë, in Compt. rend. Ac. sc., 1869, LXV1I, 928.

(3) Arzruni et FtiüciUGER, Pcggendorf Annalen, 1S8 (1876), 241.

est de 1,245, et de 1,11 à l’état liquide à 12°, 5 ; il bout à 233». Le safrol liquide ne possède pas de pouvoir rotatoire.

Le . Sa frêne, au contraire, dévie la lumière polarisée à droite, et bout à 156° ; sa densité est 0,834.

Quand on fait cristalliser le safrol, et que l’on décante le peu de liquide qui se refuse à cristalliser, on parvient à l’aide de la potasse caustique à en extraire une petite quantité d’une substance appartenant à la classe des phénols , qui se colore en vert bleuâtre avec le perchlorure de fer.

L’écorce et le bois de la racine contiennent de l'acide tannique qui produit, avec les persels de fer, une coloration bleue. Nous pouvons supposer que, sous l’influence de l’oxydation, il se convertit en cette substance rouge qui existe dans l’écorce, et en plus petite quantité dans le cœur du bois des vieux arbres. Le jeune bois est presque blanc. La substance rouge ressemble probablement à celle que Reinsch, en 1841, a nommée Sassafnde, et elle est, sans doute, analogue au rouge de quinquina et au rouge de ratanhia. Reinsch l’a obtenue dans la proportion de 9,2 pour 100.

Production et Commerce. — Baltimore est le principal marché de la racine, de l’écorce et de l’huile de Sassafras, qui y sont apportées de l’intérieur, dans un rayon de 300 milles. Les racines sont arrachées du sol à l’aide de leviers ; on les expédie sur le marché, en partie décortiquées, et en partie intactes, ou bien on les divise en copeaux pour les distiller sur place. Baltimore reçut, en 1866, jusqu’à 100000 livres d’écorce. La quantité d’huile produite annuellement, avant la guerre, était évaluée à 15000 ou 20000 livres. Il existe des distillateurs, répandus dans la Pensylvanie et le West New-Jersey, autorisés par les propriétaires de Sassafras sauvages, « sassafras ivilderness », à arracher du sol les racines et les souches, sans rien payer.

La racine même du Sassafras n’est pas employée en médecine aux États-Unis ; on lui préfère, avec raison, son écorce, qui est beaucoup plus aromatique (1).

Usages. — Le Sassafras est considéré comme sudorifique et stimulant. Dans la pratique médicale anglaise, on ne l’administre que combiné à la salsepareille et au gaïac.On vend les copeaux de Sassafras pour faire du Thé de Sassafras. En Amérique, l’huile essentielle est employée pour

(I) La •moelle de Sassafras y est employée comme remède populaire; elle est entièrement dépourvue d’odeur et de saveur, et n’est que très-peu muoilagineuse.

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