LAU K AGEES
donner une odeur agréable aux boissons effervescentes, au tabac et au savon de toilette (i).
Substitution. —L’odeur de Sassafras est commune à plusieurs plantes de la famille des Lauracées. Ainsi, l’écorce du Mespilodaphne Sassafras Meissn., arbre du Brésil, ressemble, par l’odeur, à celle du vrai Sassafras. Nous avons vu une écorce de Sassafras très-épaisse, apportée de l’Inde, que nous supposons être celle décrite par Mason (2), comme abondamment produite à Burma. Les deux larges cotylédons, séparés de deux Lauracées du Bio Negro, rapportées avec doute par Meissner au genre Nectandra, constituent la drogue désignée sous le nom de Noix de Sassafras ( Sassafras Nuis) ou Fèves de Puchury ou de Pichurime du Brésil, qu’on trouve parfois dans les vieilles drogueries. Sur les bords de l’Orénoque, dans la Guyane, le liquide nommé Huile de Sassafras s’obtient en perforant la tige de Y Oreodaphne opifera Nees, qui contient parfois, dans les cavités dont il est creusé, une grande quantité de ce liquide. Une huile semblable, Aceite de Sassafras, est fournie sur les bords du Rio-Negro, par le Nectandra C y mbarum Nees (3).
(0) Les Sassafras Bauhin (Pin., 431) sont des Lauracées de la tribu des Ocotéées, à fleurs dioïques ou polygames ; à étamines libres, toutes fertiles ; à anthères quadriloculaires et introrses ; à fruit accompagné à la base par le calice persistant et par le réceptacle que supporte un pédicelle renflé en massue.
Le Sassafras officinale Nf.es ( Siyst ., 488) est un petit arbre à feuilles caduques, membraneuses, d’un vert clair, lisses en dessus, finement laineuses en dessous, trèsvariables de formes ; les unes sont 'entières, obovales ; d’autres sont profondément découpées en trois lobes et trinerviées ; d’autres sont réduites à deux lobes, l’un des côtés restant entier ; toutes sont atténuées à la base en un pétiole grêle. Les fleurs sont diclines, disposées en grappes laineuses, et accompagnées de bractées subulées, caduques. Le réceptacle est à peine concave. Le périantke est formé de six folioles membraneuses, égales. L’androcée se compose de neuf étamines disposées sur trois verticilles concentriques et alternants, les trois intérieures munies à la base de deux glandes. Les anthères sont toutes fertiles, quadriloculaires, introrses. Le gynécée, tout h fait absent ou représenté par une sorte de cornet dans les fleurs mâles, est accompagné dans les fleurs femelles d’un nombre variable d’étamines rudimen taires. Il est formé d’un ovaire sessile, inséré dans le fond de la coupe réceptaculaire, et surmonté d’un style grêle plus ou moins arqué, capité et presque discoïde au sommet. L’ovaire est uniloculaire, et renferme un seul ovule anatrope. Le fruit est une baie de la grosseur d’un pois, ovale ou à peu près globuleuse, entourée à la base par le périanthe persistant, et supportée par un pédoncule charnu, claviforme. La graine est dépourvue d’albumen, et renferme sous ses téguments un gros embryon à cotylédons épais. [Trad.]
(1) Amer. Journ.of Pharm., 1871, 470.
(2) Burmah, its People ancl Natural Productions, 1860, 497.
(3) Spruce, in Journ. of Bot., de Hooker, 1833, VII, 278.
THYMÉLÉACÉES
ÉCORCE DE MÉZÉRÉON.
Cortex Meserei; angl., Mesereon Bar/c ; allem., Seidelbast-Rinde.
Origine botanique. — Daphné Mezereum L. C’est un arbuste dressé, haut de 30 à 90 centimètres, dont les branches sont terminées par des fleurs pourpres, se développant dès lespremiers jours du printemps, avant l’apparition des feuilles, qui sont oblongues, lancéolées, caduques. Aux fleurs succèdent des baies rouges. Cette plante est originaire des parties montagneuses de presque toute l’Europe, depuis l’Italie jusqu’aux régions arctiques, et vers l’est jusqu’à la Sibérie. Dans la Grande-Bretagne, elle se présente, çà et là, dans un petit nombre de contrées du centre et du sud, et même dans le Yorkshire et le Westmoreland, mais il y a des raisons de croire qu’elle n’y est pas véritablement indigène. Gerarde, qui la connaissait bien, ne la regardait pas comme une plante anglaise (a).
Historique. — Les médecins arabes employaient une plante nommée Mâzamyün, désignation qui certainement dérive du grec, quoique nous ne sachions pas l’expliquer; ils comparaient ses effets à ceux de l’euphorbe ; cette plante était probablement une espèce de Daphné. Le D. Mezereum était bien connu des premiers botanistes de l’Europe, sous les noms de Daphnoïcles, Chamælæa, Thymelæa ou Chamædaphne. Tragus le décrivit et le figura, [en 1546, sous le nom de Mezereum germanicum.
Description.— Le Mézéréon possède une écorce souple et fibreuse, qui se laisse facilement détacher en longues bandes, et se roule en dedans sous 1 influence delà dessiccation. On la recueille pendant l’hiver, et on la dispose en rouleaux ou en faisceaux. Elle a rarement plus de 1 millimètre d épaisseur; elle est revêtue d’une couche subéreuse grisâtre ou d un brun rougeâtre, qui se sépare facilement ; la couche interne est verte en dehors, blanche et satinée sur la face contiguë au bois. L’écorce des jeunes branches est marquée par les cicatrices proéminentes des feuilles. Cette écorce est trop flexible pour pouvoir être cassée, mais elle se laisse facilement diviser en bandes fibreuses, étroites. A l’état frais, elle possède une odeur désagréable, qui disparaît pendant la dessiccation. Sa saveur est brûlante, âcre et persistante. Appliquée à l’état humide sur la peau, elle occasionne, au bout de quelques heures, de la rougeur et môme de la vésication.
272 THVMÉLÉACÉES.
Structupc microscopique. — La zone cambiale est formée d’environ dix couches de cellules délicates et inégales. Le liber est constitué, en majeure partie, par des fibres simples, alternant avec des faisceaux parenchymateux. 11 est traversé par des rayons médullaires. Ses fibres sont très-longues ; elles ont fréquemment plus de 3 millimètres et de 5 à 10 millièmes de millimètre de diamètre; leurs parois sont toujours très-peu épaisses. Dans la partie extérieure du liber se trouvent des faisceaux d’éléments prosenchymatcux à parois épaisses. La couche corticale moyenne offre de la chlorophylle et des grains d’amidon. La couche subéreuse est formée d’environ trente couches serrées de cellules tabulaires à parois minces, qui, examinées sur une section tangentielle, possèdent un contour hexagonal. De petites quantités de matière tannique sont déposées dans les zones cambiale et subéreuse [b).
Composition chimique. — Le principe âcre du Mézéréon est une substance résinoïde, contenue dans la portion interne de l’écorce; elle n'a pas encore été étudiée. Martius trouva dans les fruits, en 1862, plus de 10 pour 1000 d’une huile grasse, vésicante, qui paraît exister aussi dans l’écorce de la tige et des rameaux.
Le nom de Daphnine a été donné à une substance cristallisable, trouvée par Vauquelin, en 1808, dans le Daphné alpina, et découverte plus tard par C. G. Gmelin et Baer dans l’écorce du D. Mezereum. Zwenger, en 1860, s’assura que ce corps est un glucoside à saveur amère, ayant la composition C31H3!>019-(- 4H20. Lorsqu’on fait bouillir la daphnine avec de l’acide chlorhydrique ou de l’acide sulfurique dilués, elle donne de la daphnétine , G19HU09, cristallisant en prismes incolores. Par la distillation sèche d’un extrait alcoolique d’écorce de Mézéréon le même chimiste a obtenu de V Umbelliférone (voyez t. I, p. 568).
Usages. — Le Mézéréon, pris à l’intérieur, est considéré comme altérant et sudorifique, et employé dans les maladies vénériennes, rhumatismales et scrofuleuses. Dans la pratique médicale anglaise, il n’est que peu administré, sauf comme ingrédient de la décoction composée de Salsepareille. On a employé, en 1867, un extrait éthéré de l’écorce comme ingrédient d’un Uniment très-stimulant. Sur le continent, on emploie parfois l’écorce elle-même, ramollie dans le vinaigre ou dans l’eau, pour produire la vésication.
Substitutions. — Par suite de la difficulté de se procurer l’écorce de la racine du Daphné Mezereum, les herboristes qui fournissent les droguistes de Londres ont, depuis longtemps, l’habitude de lui substituer celle du Daphné Laweola L., espèce toujours verte, qui n’est pas rare
dans les bois et les haies de plusieurs parties de F Angleterre. La Pharmacopée anglaise de 1864 et celle de 1867 autorisent à employer, comme Cortex Mezerei, l’écorce de l’une ou l’autre de ces deux espèces, et n’imitent pas le London College, qui insiste pour qu’on se serve seulement de l’écorce de la racine.
L’écorce de la tige du Daphné Laureola a la même structure que celle du D. Mezereum, mais elle n’offre pas les cicatrices de feuilles proéminentes qui marquent l’écorce des branches supérieures de la dernière espèce. L’écorce de Mézéréon, du commerce anglais, est aujourd’hui, en très-grande partie, importée d’Allemagne, et paraît être fournie par le D. Mezereum.
En France, on emploie l’écorce de la tige du D. Gnidium L., arbuste qui croît dans toute la région méditerranéenne, jusqu’au Maroc. Son écorce est d’un gris foncé ou brun, marquée de nombreuses petites cicatrices foliaires blanches, qui affectent une disposition spéciale. Les feuilles elles-mêmes, dont quelques-unes sont parfois mélangées à l’écorce, sont très-étroites etmucronées. Gomme particularités de structure, l’écorce du D. Gnidium possède des rayons médullaires plus nombreux et plus riches en matière tannique que ceux du D. Mezereum, mais la zone corticale moyenne est moins développée. Cette écorce, désignée sous le nom à' Ecorce de Garou, est employée comme épispastique, surtout en France.
(a) Les Daphné L. [Sysl. nat., ed. 1 ; Gen., u° 311) sont des Thyméléacées de la tribu des Thymélées, à fleurs hermaphrodites, tétramères; <\ calice ordinairement coloré, tubuleux ou infundibuliforme ; h androcée formé de huit étamines subsessiles, insérées au niveau de la gorge de la corolle , sur deux cercles situés à des hauteurs différentes; à ovaire uniloculaire et uniovulé ; à fruit drupacé.
Le Daphné Mezereum L. ( Species , 356) est une petite plante buissonneuse, .à rameaux dressés, alternes, lisses, flexibles, feuillus seulement à l’état jeune, et plus tard au niveau des extrémités. Les feuilles sont alternes, éparses, pétiolées, lancéolées, lisses, entières, longues de 5 centimètres environ. Elles se montrent après les fleurs, qui s épanouissent dès les premiers jours du printemps, et elles ne tardent pas a être accompagnées de bourgeons floraux destinés au printemps suivant. Les fleurs sont disposées en petits fascicules de quatre à six fleurs, au sommet des branches nues, dans 1 aisselle des feuilles de l’année précédente, et accompagnées de bractées ovales, lisses, brunes. Elles sont régulières et hermaphrodites, apétales, avec le réceptacle convexe. Le calice est tubuleux, coloré en rouge cramoisi ; son tube est cylindrique, coriace, velu en dehors, à peine'plus long que le limbe, qui est profondément divisé en quatre segments ovales, étalés, colorés. L’androcée se compose de huit étamines insérées sur deux rangées superpçsées et alternes, l’inférieure au niveau du milieu de la hauteur du tube calicinal, la supérieure sur la gorge. Les quatre étamines du vertici lie inférieur alternent avec les lobes du calice,
THYMÉLÉACÉES.
celles du verticillc supérieur sont situées en face de ces lobes. Les filets staminaux sont très-courts, filiformes. Les anthères sont basilixes, oblongues, incluses, biloculaires, introrses, déhiscentes par des fentes longitudinales. Le calice est caduc et entraîne landrocée dans sa chute. Le gynécée est entouré d’un disque hypogyne, et formé d’un ovaire supère, ovale, uniloculaire, surmonté d’un stvle terminal, court, à extrémité stigmatique capitée, déprimée, entière. La loge unique de 1 ovaire ue contient qu un seul ovule anatrope, suspendu, inséré vers le sommet de la loge, à micropyle dirigé en haut et en dehors. Le fruit est une drupe rouge, dont le noyau, revêtu d’une chair molle et succulente, renferme une seule graine suspendue, à tégument crustacé, à embryon charnu, accompagné d’une faible quantité d’albumen, et formé de deux gros cotylédons plan-convexes, appliqués l’un contre l’autre, et d’une radicule courte dirigée vers le micropyle. [Trad.]
Le Daphné Laureola L. ( Species , 356) est un arbrisseau dressé, ordinairement haut de 30 à 60 centimètres, mais ayant parfois jusqu’à près de 2 mètres. Ses feuilles sont très-glabres, oblougues ou obovales-lancéolées, aiguës, atténuées à la base, longues de 3 à 12 centimètres, persistantes. Les fleurs sont disposées en grappes axillaires, luisantes, subsessiles, munies de bractées, et portant de cinq à dix fleurs à pédicelles très-courts. Le calice est formé d’un tube infundibuliforme trois fois
plus long que le limbe, qui est divisé en lobes a ovales et aigus. Le fruit est une baie charnue 6 et glabre, noire à la maturité.
Le Daphné Gnidium L. ( Species , 3o7) est un c arbrisseau de 60 centimètres à lm,o0 de haut; à feuilles subcoriaces, annuelles, réunies au sommet des rameaux, lancéolées-linéaires, acuminées-mucronées, glabres, longues de 2 à rl 4 centimètres, larges de 4 à 8 millimètres, atténuées à la base ; à grappes terminales, rae initiées, dépourvues de bractées, et ne portant qu’un petit nombre de fleurs courtement pédicellées ; à calice caduc ; à tube calicinal campanulé-infundibuliforme, blanc ou rougeâtre, un peu plus long que le limbe, qui est divisé en i- lobes ovales et obtus ; à fruit ovale, rouge, de la grosseur d’un pois, charnu. [Trad.]
(6) L’écorce de Daphné Mezereum offre de dehors en dedans, ainsi que nous le montre la figure 211, représentant la coupe transversale d’un rameau de deux années : l°une couche a g de suber, formée de cellules quadrangulaires, aplaties, sèches et brunes ; 2<> un parenchyme ^ cortical, h, formé de grandes cellules très-irrégulières, laissant entre elles de vastes méats intercellulaires. Entre les cellules brunes de la couche subéreuse a, et les grandes .cellules irrégulières de la couche />, il existe un certain nombre de couches de cellules quadrangulaires comme celles du suber, mais encore remplies de protoplasma et en voie de segmentation. C’est cette zone qui produit le suber, sa couche la plus externe produisant sans cesse, par segmentation tangentielle, de nouvelles couches de cellules
Fig. 2H. Daphné Mezereum.
Rameau. Coupe transversale.
subcreuses, qui plus tard se dessèchent comme celles de la couche a, puis s’exfolient. En dedans de la couche 6, est une couche circulaire, étroite, c, formée d’éléments prosenchymateux, fusiformes, h parois très-épaisses, blanches, et à cavité linéaire. Cette couche est séparée du liber, d, jjar une zone assez épaisse de cellules parenchymateuses sans méats, à cellules polygonales. Le liber, d, est formé de faisceaux larges, séparés les uns des autres par des rayons médullaires à une seule rangée de cellules étroites et allongées radialement. Chaque faisceau libérien est formé de deux sortes d’éléments : des fibres à parois très-épaisses, à contours très-irréguliers, disposées en groupes irréguliers, et des éléments parenchymateux, polygonaux, à parois minces. Entre le liber et le bois, se trouve une couche très-nettement visible de cambium, e. Le bois, f, est constitué, en majeure partie, par des fibres ligneuses à contours polygonaux, à parois assez épaisses, au milieu desquelles sont épars un nombre relativement peu considérable de vaisseaux ponctués, et quelques éléments parenchymateux. En dedans du bois, se trouve une couche de liber interne, g, séparée de l’étui médullaire du bois par une zone de cellules parenchymateuses, claires, et constituée par des fibres à parois épaisses et claires, et à cavité linéaire, groupées en faisceaux qui forment un cercle à peu près continu. Au centre du rameau, la moelle, fi, est formée de grandes cellules polygonales ou arrondies, à parois minces et claires. [Tbad.]
ULMACÉES