ÉCORCE D’ORME ROUGE
Slippenj Elm Bark.
Origine botanique. — Ulmus fulva Michaux. L’Orme rouge est un arbre de petite ou de moyenne taille, ayant rarement plus de 9 à 12 mètres de haut. Il croît sur le bord des cours d’eau, dans le centre et le nord des Etats-Unis, depuis le New-England occidental jusqu’au Visconsin et au Kentucky. On le trouve aussi dans le Canada (a).
Historique — Les Indiens de l’Amérique du Nord attribuent à l’écorce de l’Orme rouge des propriétés médicinales ; ils l’emploient en applications externes contre les plaies, et en décoction, contre les maladies des reins. En Europe cette écorce était connue sous le nom de Cortex unguentarius (Schôpf, Materie medica Americana, Erlanger, 1787). Bigelow, en 1824, fait remarquer que les propriétés mucilagineuses de la portion interne de l’écorce sont bien connues.
Description. — L’écorce de l’Orme rouge employée en médecine est constituée uniquement parle liber. Elle se présente en grands morceaux aplatis, souvent longs de 60 à 90 centimètres, et larges de plusieurs pouces, ordinairement épais de 1 à 2 millimètres, souples et fibreux. Leur coloration est d’un brun rougeâtre clair; leur odeur ressemble à celle du fenugrec, et est également présentée par les feuilles de l’arbre ; leur saveur est simplement mucilagineuse.
Pour recueillir l’écorce on détruit l’arbre, et on ne prend aucun soin pour sa reproduction, parce que son bois est à peu près sans valeur. La drogue diminue ainsi d’année en année. Les collecteurs, qui autrefois en retiraient de grandes quantités de New-York et des Etats de l’Est, sont aujourd’hui obligés d’aller la chercher dans les Etats de l’Ouest (I).
structure microscopique. — Sur une section transversale, on observe
(1) Proceedings uf the American Pharmaceutical Association , 1873, XXI, 435.
une série de couches ondulées de larges faisceaux jaunâtres de fibres libériennes jaunes, alternant avec de petites bandes de parenchyme brun. Le tissu entier est traversé par de nombreux rayons médullaires étroits, et entremêlé de larges conduits intercellulaires à mucilage. Pour observer ces derniers, il faut humecter les coupes longitudinales avec de la benzine, parce que les liquides aqueux déterminent une grande altération. Sur les coupes longitudinales, les canaux à mucilage paraissent longs de 70 à 100 millimètres, et contiennent des masses incolores de mucilage, qui offrent de nombreuses couches très-visibles. Le parenchyme voisin contient des cristaux d’oxalate de calcium, et de petits grains d’amidon qu’on ne trouve pas dans les conduits à mucilage.
Composition chimique. — Le principe constituant le plus intéressant de cette écorce est le mucilage. Il est enlevé par l’eau chaude ou froide, mais sans former de solution véritable. L’écorce, humectée avec 20 parties d’eau, se gonfle beaucoup, et est bientôt enveloppée par une couche épaisse de mucilage neutre, qui n’est altéré ni par l’iode, ni par le pei’chlorure de fer. Ce mucilage dilué, même avec trois fois son volume d’eau, ne laisse filtrer que quelques gouttes. Le liquide qui filtre est précipitable par l’acétate neutre de plomb. Quand on ajoute de l’alcool absolu, le mucilage ne se trouble pas, mais forme un dépôt fluide, transparent et incolore.
Usages. — L’écorce d’Orme rouge est émolliente comme l’Althæa et le Lin. On utilise beaucoup sa poudre (1), en Amérique, pour faire des cataplasmes. Elle passe pour jouir de la propriété de préserver le lard contre la rancidité ; pour cela il suffit de la mélanger avec le lard, et de la laisser en contact avec lui pendant un peu de temps.
(a) L’Uhnus fulva Michaux (Flor. Bor.-Amer., I, 172) se distingue de ÏUlmus campeslris L. par ses feuilles grandes, oblongues, acuminées et aiguës au sommet, inégales, obtuses ou subcordées à la base, doublement serretées, à dents larges, pubescentes en dessous, couvertes en dessus de poils rudes ; ses bourgeons tà écailles internes et à bractées munies de poils rouges et serrés; ses fleurs réunies en capitules subglobuleux et denses; ses samares oblongues, courtement stipitées, à ailes plus ou moins glabres et à disque pubérulent. [Trad.J
(1) Celle qu’on vend en Amérique est souvent mélangée de substances féculentes.
EUPHORBIÀCÉES.