GOMME-RÉSINE D’EUPHORBE
Euphorbium ; angl., Gum Euphorbium ; allem., Euphorbium.
Oi'igiuR botanique. — Euphorbia resinifera Berg. C’est une plante vivace, aphylle, glauque, semblable à un Cactus, atteignant lm,80 ou davantage de haut. Sa tige est dressée, charnue, quadrangulaire, chaque face ayant à peu près 3 centimètres de large. Les angles de la tige sont munis, de distance en distance, de paires d’épines droites, divergentes, horizontales, longues de 15 millimètres environ, confluentes à la base en un disque ovale, subtriangulaire. Ces épines représentent des stipules. Au-dessus de chaque paire existe une dépression qui indique la place d’un bourgeon à feuille. Les inflorescences sont disposées au sommet des rameaux. Chacune est formée de trois fleurs, dont les deux extérieures sont portées par des pédicelles. Le fruit est formé de trois coques ; il est large de 6 millimètres, et formé de carpelles comprimés et carénés (a).
Cette plante est originaire du Maroc. Elle croît sur les pentes inférieures de l’Atlas, dans la province méridionale de Suse. Le docteur Ilooker et ses compagnons de voyage la trouvèrent, en 1870, àlmsfuia, au sud-est de la ville de Maroc. Ce point paraît êti'e sa limite occidentale.
Historique. — La gomme-résine d’Euphorbe était connue des anciens. Dioscoride (1) et Pline (2) décrivent sa récolte sur le mont Atlas, en Afrique, et signalent son extrême âcreté. D’après le dernier de ces écrivains, le nom de cette drogue lui a été donné en l’honneur d’Euphorbus, médecin de Juba II, roi de Mauritanie. Ce monarque, qui mourut après un long règne, en l’an 18, est remarquable par ses œuvres littéraires ; il est l’auteur de plusieurs ouvrages (3), parmi lesquels se trouvent des traités sur l’opium et sur la gomme-résine d’Euphorbe. Ce dernier ouvrage était apparemment répandu à l’époque de Pline.
La gomme-résine d’Euphorbe est également mentionnée par de nombreux écrivains anciens sur la médecine, notamment par Rufus Ephe-
(1) Lib. III, c. 86.
(2) Lib. X, c. \ ; lib. XXV, c. 38.
(3) Smith, Dict. of Greelc and Roman Biography , 1846, II, 636.
• • o-f ni'nhnhlemerit à l’époque de Trajan; par Galien, au pre-
sius, quivivait proDaoieiuouu t 1
micr siècle ; par Vindicianus' et par Oribase au quatneme siècle. Aebus et Paul d’Æginète. qui vivaient, le premier au s.x.eme, et le second au septième siècle, connaissaient aussi cette gomme-restne. Elle Otait egalement connue de l'Ecole médicale arabe. Cette drogue est inscrite
dans toutes les anciennes pharmacopées imprimées.
La plante qui fournit la gomme-résine d’Euphorbe fut décrite pour
la première fois, au commencement de notre siècle, par un marcian anglais nommé Jackson, qui résida pendant plusieurs années au i ai oc. D’après les figures qu’il publia (I), l’espèce fut identifiée, avec doute, avec VEuphorbia canariensis , grand arbuste semblable à un cactus, qui croît sur les rochers nus et arides des îles Canaries. En 1849, il fut signalé dans le ( Admiralty ) Manual of Scientific Enquiry , que les tiges, dont les fragments sont mélangés à la gomme-résine d’Euphorbe du commerce, ne ressemblent pas à VE. canariensis. Berg poussa cette étude plus loin, et dressa enfin, d’après ces fragments, une description botanique à laquelle il ajouta une excellente figure (2), et créa une espèce nouvelle sous le nom VEuphorbia resmifera. La justesse de ses observations a pu être vérifiée sur des individus (3) qui ont été envoyés au jardin de Kew, et qui maintenant sont en pleine prospérité.
Récolte.— On obtient la gomme-résine d’Euphorbe à l’aide d’incisions pratiquées sur les branches vertes et charnues de la plante. Ces incisions fournissent une exsudation abondante d’un suc laiteux qui durcit à l’air, et se dessèche sur la tige le long de laquelle il coule. On le recueille vers la fin de l’été. L’âcreté de ce suc est telle que les collecteurs sont obligés de se couvrir la bouche et les narines pour les mettre à l’abri de sa poussière irritante. La drogue passe pour être recueillie dans les districts situés à l’est et au sud-est de la ville de Maroc,
Description. — La drogue se présente en morceaux irréguliers, ayant rarement plus de 2 centimètres et demi de diamètre, colorés en jaune foncé, offrant un aspect cireux, et mélangés de fragments anguleux et épineux de la tige. Un grand nombre de morceaux contiennent des touffes d’épines et de pédoncules floraux, ou sont
(1) Account o fi lie Empire of Morocco and the district of Suse, Loncl., 1800, 81, t. 7. — Celle planche représente une plante entière, et aussi une portion de branche de grandeur naturelle. Cette dernière est réellement la figure d’une espèce differente, probablement celle qui a été récemment nommée par Cosson Euphor/na Beaumicrana.
(2) Berg et Schmidt, Offizinclte G-ewcichsc, 1 863, IV, t. 24, d.
(3) Ils ont été récoltés par M. William Grâce, etenvoyés en Angleterre par M. C. L< . Carstensen, vice consul d’Angleterre à Mogador.
UIST. DES nnOGUES, T. II.
■{0(> EUPHORBIÂCÉES.
crcusos en goultière. La gomme-résine est cassanle et translucide; des lames minces, examinées sous le microscope, n’offrent aucune structuie, même dans la lumière polarisée; on n’y trouve pas de grains d amidon. L odeur de la drogue est un peu aromatique, surtout quand on la chauffe; cependant 10 livres soumises à la distillation ne fournirent pas du tout d’essence. Son goût est très-âcre et peisistant , sa poussière provoque 1 eternument, et, lorsqu’on inhale la drogue pulvérisée, il se produit des phénomènes alarmants.
Composition chimique. — D’après les analyses faites par l'un de nous (I), la gomme-résine d Euphorbe olïre la composition suivante :
Résine amorphe, C!0H32O4 38
Euphorbone, Cî6HwO* 22
Mucilage
Malates, surtout de calcium et de sodium. 12 Composés minéraux 10
La résine amorphe se dissout facilement dans l’alcool contenant 30 pour 100 d’eau. Cette solution ne possède pas de réaction acide, mais sa saveur est très-âcre et brûlante. C’est à cette résine amorphe et neutre que la gomme-résine d’Euphorbe doit son extrême âcreté.
Après que ce principe constituant a été enlevé, l’éther s’empare de 1 Euphorbone, qu’on peut obtenir en cristaux incolores, mais mal définis, et doués au début d’une certaine âcreté. Par cristallisations répétées, et ébullition dans une solution faible de permanganate de potassium, on peut les purifier au point de les rendre tout à fait insipides. L’euphorbone est insoluble dans l’eau ; elle exige, pour se dissoudre, à la température ordinaire, 60 parties environ d’alcool à 0,830. Elle se dissout abondamment dans l’alcool bouillant, dans l’éther, la benzine, l’alcool amylique, le chloroforme, l’acétone et l’acide acétique froid. Elle fond à H6 degrés C. sans émettre aucune odeur. Par distillation sèche, 011 en retire une substance qui exige de nouvelles recherches.
Lorsqu’on abandonne une dissolution alcoolique d’euphorbone en couche mince dans une capsule en porcelaine, et qu’on y ajoute ensuite un peu d’acide sulfurique, il se produit au contact d’une goutte d’acide nitrique une belle coloration violette. La même réaction est offerte par
(I) Fluckigrii, in Vierteljahresschrift für prakt. Pharmacie de Wittstein, 1868, XVII. 82-102. — La drogue analysée consistait en fragments choisis, débarrassés de toute substance étrangère.
la lacluoérine (voy. II, 31), à laquelle l'euphorbona ressembla par la
plupart de ses caractères. , ,
On peut retirer le mucilage de la partie de la drogue qui a ete épuisée par l’alcool froid et par l’éther. L’acétate neutre de plomb, le silicate et le borate de sodium, le précipitent, ce qui n a pas lieu avec la
gomme arabique.
Lorsqu’on mélange un extrait de gomme-résine d Euphorbe avec de l’alcool, et qu’on évapore le liquide, le résidu prend uneappaience ciistalline, et offre la réaction de Y acide indique. Si on le soumet à la distillation sèche, il se produit, par décomposition de l’acide malique, des écailles blanches et des cristaux aciculaires diacide Maléique et d'acide Fumarique , qui se subliment dans le sommet de l’appareil. On peut parfois obtenir une sublimation analogue en chauffant des fragments de gomme-résine d’Euphorbe.
Parmi les principes minéraux de cette drogue il faut noter les chlorures de sodium et de calcium ; on y trouve à peine des traces de sels de potassium.
Commerce. — La gomme-résine d’Euphorbe est expédiée de Mogador. La quantité importée dans le Royaume-Uni, en 1870, a été, d’après Y Annual Statement oflrade, de 12 quintaux.
Usages. — La gomme-résine d’Euphorbe était autrefois employée comme émétique et purgative, mais elle est, aujourd’hui, tout à fait abandonnée comme médicament interne. Nous avons entendu dire qu’elle était recherchée comme ingrédient de peintures pour les carènes des bâtiments.
(a) Les Euphorbes ( Euphorbia L., Gen ., 243) constituent le type d’une série d’Ëuphorbiacées à fleurs ordinairement hermaphrodites, régulières ou irrégulières, munies d’un calice en forme d’involucre, accompagne de glandes qui alternent avec ses divisions, d’étamines à filets articulés, d’un ovaire stipité, et de glandes ou de bractéoles disposées eu faisceaux alternes avec les groupes d’étamines.
Parmi les espèces très-nombreuses qui constituent le genre Euphorbia, Y Euphorbia resinifera Berg ne constitue une exception que par son port de Lactée, mais ses fleurs offrent l’organisation générale du genre. Elles sont polygames et régulières. Le réceptacle est creusé en forme de coupe profonde, et porte cinq sépales arrondis, imbriqués en quinconce dans la préfloraison, étalés après l’anthèse. En dedans du calice, sont des appendices peu développés, opposés
EUIMIORUIACÉES.
à scs divisions. L’androcée est constitué par un nombre indéfini ordinairement peu considérable d’étamines formées chacune d’un filet articulé, et d’une anthère biloculaire, déhiscente par deux fentes longitudinales, latérales. Dans l’intervalle des étamines se trouvent un très-grand nombre de languettes charnues. Le gynécée est supporté par un long pédicule formé par le prolongement de la partie centrale du réceptacle. Il est constitué par un ovaire arrondi, triloculaire, surmonté d’un style trifide. Chaque loge contient un ovule anatropc, inséré dans l’angle interne, descendant, à raphé tourné vers le placenta, à micropyle dirigé en haut et en dehors, et coiffé d’un obturateur formé par un épaississement localisé du placenta. Le fruit est une capsule triloculaire, contenant dans chaque loge une seule graine à albumen abondant, et à embryon droit. [Trad.]