‹ Histoire des drogues d'origine v©♭g©♭tale [electronic resource]Chapitre 57 sur 124 · GRAINES DE CROTON TIGLIUM · texte numérisé non relu

GRAINES DE CROTON TIGLIUM

Semen Tig/ii; Semen Crotonis ; Graines de Tilly ou des Moluques, Petits Pignons d'Inde; angl., Croton Seeds ; allem., Puvgirkorner, Granatill.

Origine botanique. — Croton Tiglium L. [Tiglium officinale Klotzsch}. C’est un petit arbre de 5 à 6 mètres de haut, indigène de la côte de Malabar et de Tavoy, cultivé dans les jardins de plusieurs contrées de l’Orient, depuis Maurice jusque dans l’archipel indien. Ses fleurs sont petites, peu visibles ; ses fruits sont des capsules brunes, à trois loges, contenant une seule graine chacune. Les feuilles ont une odeur désagréable et une saveur nauséeuse (a).

Historique. — En Europe, les graines et le bois de l’arbre furent décrits, pour la première fois, en 1578, par Christoval Acosta. Les premières étaient accompagnées d’une figure de la plante, et désignées sous le nom de Pinones de Maluco (1). La plante fut aussi décrite et figurée par Rlieede (2), en 1079, et par Rumphius (3), en 1713. Les graines, introduites dans la médecine au dix-septième siècle, puis tout à fait abandonnées, furent recommandées, vers 1812, par les médecins anglais de l’Inde (4), et l’huile qu’on en retire par expression fut préconisée par Perry, Frost, Conwell et d’autres, vers 1821-1824. L’huile alors en usage était importée de l’Inde, et sa pureté était souvent douteuse, de sorte que les droguistes se virent dans la nécessité de presser eux-mêmes les graines.

(1) Tractado de las drogas y medlcmas de tas Indias Orientales, Bnrgos, 1578, c. 48. — Après avoir parlé des vertus des graines il ajoute: « Tambien las buenas mugeres de aquellas partes, amigas de sus maridos, les dit hasta quatro destos por la boca, para embiar a los pobretos al otro mundo. »

(2) Hortus malabaricus, II, t. 3D.

(3) Hcr barium Amboinense, IV, t. 42.

(4) Ainslie, Mal. Med. o, Hindoostan. 1813, 292.

Description Les graines de Croton ont à peu près 15 millimètres

de long et I centimètre do large. Elles sont ovoïdes ou oblongues, obtuses divisées, dans la longueur, en deux parties inégalés, 1 une convexe’, répondant à la face dorsale, l’autre aplatie, correspondant àla face ventrale. Du hile, part une ligne saillante, droite, le raphé, qui va jusqu’à l’autre extrémité de la graine, où elle se termine par un point plus foncé, qui indique la chalaze. La surface de la graine est plus ou moins couverte d’une couche colorée en brun-cannelle clair, qui met à nu, lorsqu’on l’enlève, un testa noir, doublé d’une couche interne mince et délicate. Les téguments recouvrent une amande blanchâtre, huileuse, facilement séparable en deux parties, qui représentent un albumen huileux, et entre lesquelles se trouvent deux cotylédons foliacés, larges, munis de nervures saillantes, et la radicule de l’embryon. La saveur de la graine est d’abord simplement oléagineuse, mais elle devient bientôt désagréable et âcre; elle est très-persistante.

structure microscopique. — Les téguments sont formés p ai une couche extérieure de cellules disposées radialement, très-allongées, et à parois épaisses. La couche parenchymateuse intérieure contient de petits faisceaux fibro- vasculaires. Le tissu mou de l’albumen est rempli de gouttes d'huile grasse. Après qu’on a enlevé cette dernière au moyen de l’éther et d’une lessive faible de potasse, il reste des petits granules de matière albuminoïde, de l’aleurone, et des cristaux d oxalate de calcium.

Composition chimique. — Le principal corps constituant des giaines de Croton est l’huile grasse, Oleum Crotonis ou Oleum Tiglii des pharmacies. L’amande en fournit 50 à 00 pour 100. Celle qu’on emploie en Angleterre est, en majeure partie, fabriquée à Londres, et regardée, avec raison, comme préférable à celle qu’on importe de 1 Inde et qui, autrefois, figurait seule sur le marché. L’huile de Croton est transparente,

visqueuse; elle a la couleur du sherry; elle est un peu fluorescente, et possède une odeur un peu rance, et une saveur huileuse, âcre. Sa solubilité dans l’alcool paraît dépendre beaucoup de son âge et de la fraîcheur plus ou moins grande des graines dont elle a été retirée. L huile oxydée ou résinifiée est celle qui se dissout le plus facilement ( I). Une huile extraite par l’un de nous, au moyen du bisulfure de carbone, s est montrée lévogyre.

Quoique l’huile de Croton ne se solidifie pas au contact de 1 acide

( 1 ) Warrington, Pharm, Journ., 18G!>, VI, 382-3 87.

JIU EUPHORBIACÉES.

nitrique, et qu’elle s’épaississe un peu par cxposiliun à l’air, elle no paraît pas contenir l’acide gras des véritables huiles siccatives. Elle contient, cependant, sous la forme de glycéridcs, plusieurs des membres de la série des acides gras (OIP»02), tels que les acides stéarique, palmitique, myristique et laurique; elle contient aussi des acides plus volatils, tels que les acides acétique, butyrique et valérianique. La partie volatile des acides fournis par l’huile de Croton est formée, pour un tiers environ de son poids, d’un acide qui a été regardé pai Schlippe, en 1858, comme 1 acide angélique, mais que Geuther et Frolich ont montré, en 1869, être un corps particulier, métamêrique de l’acide angélique, fondant à 65° G. et bouillant à 198°, 5 G. 11 a été nommé, par ces chimistes, acide Tiglinique , et a pour formule C8H802.

Schlippe a trouvé aussi, dans 1 huile de Croton, un acide liquide particulier nommé acide Crotonique, C4Ii602. Cependant, d’après Geuther et Frolich, aucun acide de cette formule ne se trouve dans l’huile do Croton, mais on peut déterminer artificiellement sa production au moyen du perchlorure de phosphore et de l’acide éthyldiacétique. Ils lui donnent le nom d'acide Quarténylique au lieu de celui d'acide Crotonique. Ce dernier nom a été donné à un acide cristallisable, fondant à 72° C. et bouillant cà 172°' C., artificiellement préparé par Will et Kôrner (1863), Wislicenus (1869) et d’autres chimistes.

Le principe drastique de l’huile de Croton n’a pas encore été isolé. Il paraît exister non-seulement dans les graines, mais encore dans le bois et dans les feuilles de la plante. On le retire plus facilement de ces dernières. Schlippe prétend avoir séparé la matière vésicante de l’huile de Croton. D’après ses observations, lorsqu’on agite l’huile de Croton avec de la soude alcoolique, puis avec de l’eau, la liqueur qui surnage est dépourvue d’âcreté, tandis que la solution alcoolique abandonne, par addition d’acide chlorhydrique, une petite quantité d’une huile brune, foncée, nommée Crotonol , C18H"280'’, qui possède des propriétés vésicantes énergiques. Nous n’avons pas réussi à obtenir ce corps.

Les téguments des graines donnent, par l’incinération, 2,6 pour 100 de cendres. L’amande desséchée à 100° C. en donne 3,0 pour 100.

Commerce. — Les embarquements de graines de Croton se font particulièrement à Bombay et à Cochin. Elles sont expédiées en caisses, en balles ou en sacs. Il n’existe pas de statistique indiquant le cbilfre de ce commerce.

Usages. — On n’administre pas directement les graines de Croton.

On donne l'huile à l’intérieur comme cathartique puissant, et on l’applique à l’extérieur pour déterminer do la rubéfaction (b).

Substitution. - On dit que les graines du Croton Pavanæ IIamilton, qui sont originaires d’Ava et de Gamrup, dans l’Assam, et celles du Croton oblongifolius Rom, petit arbre commun dans les environs de Gaicutta, ressemblent à celles du C. Tiglium , mais nous n’avons pas pu les comparer. Celles du Baliospermum montanum Mull. Ab G . (Croton polyandrum Roxb.) partagent les propriétés des graines du C. Tiglium et sont, d’après Roxburgh, employées comme purgatives par les indigènes de l’Inde.

(a) Les Croton L. ( Généra , 1083, ex parte) constituent le type d'une série cl’Eupkorbiacées. Ils ont des fleurs dioïques ou monoïques, pentamères, pétalées ; à disque glanduleux ; à étamines en nombre limité ou à peu près limité ; à filets staminaux recourbés dans le bouton ; à loges ovariennes uniovulées ; à fruit tricoque (voy. H. Bâillon, Histoire des pleintes, V, 129, 213).

Le Croton Tiglium L. ( Species ,

1004) est une plante à ramuscules et à pétioles glabres ; à feuilles alternes, pétiolêes, simples, accompagnées de deux stipules latérales stipulées. Le pétiole est ordinairement deux ou trois fois plus court que le limbe, qui est long de 8 à 16 centimètres et large de 4 à 7 centimètres, jaune, ovale, aigu au sommet, obtus ou subobtus à la base, plus ou moins crénelé-serreté sur les bords, parfois presque entier, muni à la base de deux glandes sessiles, parcouru de nervures latérales très-obliques par rapport à la nervure médiane ou à peu près longitudinales. Les stipules sont longues de 3 millimètres, étalées et un peu recourbées. Les fleurs sont F;gj 220. Croton tiglium.

disposées en grappes multiflores, terminales, les mâles occupant le sommet de l’inflorescence, tandis que les femelles, ordinairement peu nombreuses, sont situées dans la partie inférieure. Chaque fleur est située dans l’aisselle d’une bractée lancéolée, subulée, et portée par un pêdiçelle. plus long que le calice, très-grêle dans les fleurs mâles,- et muni de deux petites bractées secondaires. Le réceptacle floral est convexe. Dans la fleur male, le calice

EUPHORBIACÉES

est lormé de cinq sepales unis à la base, ovales, membraneux et blanchâtres sur les bords, munis de bouquets de poils rigides, et imbriqués en quinconce dans la préfloraison. La corolle est formée de cinq pétales alternes avec les sépales, imbriqués dans le bouton, munis sur les bords de longs poils soyeux, à peu près de même longueur que le calice. En dedans de la corolle, existe un verticille de petites glandes alternes avec les pétales. L’androcée se compose de quinze à dixbuit étamines disposées sur plusieurs verticilles normalement composés chacun de cinq pièces; celles du premier verticille, plus grandes, alternant avec les cinq pétales, celles du deuxième verticille étant plus petites et alternes avec les premières. Les filets staminaux sont glabres, indépendants les uns des autres, incurvés dans le bouton, terminés chacun par une anthère basifixe, biloculaire, introrse, déhiscente par deux fentes longitudinales. 11 n’existe Fÿj. 227. ai1 centre de la fleur mâle aucun rudiment d’ovaire. Dans la fleur Croton Tiglium. femelle, le calice est formé de cinq sépales ovales-lancéolés, un peu réfléchis en dehors après 1 anthèse, persistants, vulvaires dans la pi éfloraison. La corolle est représentée par cinq pétales alternes avec les sépales, beaucoup moins développés que dans la fleur mâle, réduits à l'état de languettes subulées, épaissies au sommet. En dedans, se trouvent cinq glandes plus développées que dans la fleur mâle et alternes avec les pétales. Le gynécée est formé d’un

» ovaire supère, à trois loges, couvert de poils étoilés, et surmonté d un style simple et cylindrique dans le bas, mais bientôt divisé en trois branches qui elles-mêmes se subdivisent chacune en deux lames grêles, recourbées en dehors, enroulées sur elles-mêmes, et terminées en pointe. Chaque loge ovarienne contient un seul ovule anatrope, inséré vers le haut de l'angle interne de la loge, descen- Fig. 228,. dant, à micropyle dirigé en haut et en dehors, et recouvert d'un C'0lGrJnel'"m' °Percu^e produit par un épaississement localisé du placenta. Le fruit est une capsule elliptique, longue de 2 centimètres et large de lü .i 18 millimètres, parcourue par six sillons, dont trois profonds qui répondent aux points de contact des trois carpelles, et trois superficiels situés au niveau de la ligne médiane dorsale de chaque carpelle. A la base du fruit, se trouve le calice persistant, non accru, desséché. A la maturité, la capsule est entièrement glabre ; les trois carpelles ou coques se séparent alors l’un de l'autre, en abandonnant une columelle centrale qui répond au prolongement de l’axe floral. Chacun d’eux s'ouvre ensuite en deux valves, à la fois par sa face ventrale et par sa face dorsale, et met à nu une seule graine descendante, à micropyle recouvert d’un arille charnu. La graine renferme un embryon droit, à cotylédons foliacés, situé au centre d'un albumen abondant et huileux. [Thad.]

(b) L huile de Croton Tiglium est un médicament assez énergique pour devoir être manié avec de grandes précautions. Prise à l'intérieur, elle purge énergiquement à la dose de quelques gouttes, et peut, par cons quent, être prescrite avec avantage aux personnes qui supportent difficilement l'huile de Ricin. Appliquée sur la peau, elle détermine, au bout de douze à vingt-quatre heures, de la rubéfaction et une éruption souvent très-intense. A tous ces égards, l'huile de Croton est un médicament important, trop peu employé peut-être à cause de l’énergie de son action.

ÉCORCE DE CASCARILLE.

Cortex

Cascarilla! ; Cortex Eleutheriæ ; angl., Cascarilla Carie, Sweet Wood Carie, Eleuthera Bar le (l);nllem., Cascarill-IUnde.

ondine botanique. - Croton Eluteria Bennett (2). C’est un arbuste ou un petit arbre, originaire des îles Bahama {ci).

Historique. — U n’est pas improbable que l’écorce de Cascarille ait été importée en Europe pendant la première moitié du dix-septième siècle, car il existait, à partir de l’année 1630, des communications fréquentes entre l’Angleterre et les îles Bahama (3). Quoi qu’il en soit, les plus anciens renseignements que nous possédions sur cette écorce sont dus à Stisser, médecin et professeur à Helmstedt, dans le Brunswick. Il raconte qu’il reçut cette drogue, sous le nom de Cortex Eleuterü, d’une

personne qui revenait d’Angleterre, et qui avait appris dans ce pays qu’on avait l’habitude de la mélanger au tabac à fumer pour améliorer son odeur. Il ajoute que cette écorce a été confondue avec l’Ecorce du Pérou, dont elle diffère beaucoup cependant par son odeur, etc. (4). Stisser, Apinus, professeur à Altorf, et d’autres, prescrivirent cette écorce comme fébrifuge. Elle ne tarda même pas à être confondue avec l’écorce de Quinquina , et substituée à cette dernière, qui était alors fort rare (5). De là, le nom de Cascarilla , en espagnol petite écorce , qui fut donné à l’écorce de Bahama, et qui était même attribué alors habituellement à l’Ecorce du Pérou. Plus tard même, ce nom remplaça la première dénomination, qui était plus correcte (6).

Cette écorce fut introduite, pour la première fois, dans la Pharma-

(1) De Eleuthera, une des îles Bahama, ainsi nommée du grec sXeûO-po;, libre ou indépendant.

(2) Journal of Proceedings of Linn. Soc., 1860, IV, 29.

(3) Cette année-là une patente fut délivrée par Charles Ier pour l’organisation d’une Compagnie destinée à coloniser les îles Bahama. Nous possédons les comptes rendus détaillés des travaux de cette compagnie pendant les sept premières années de son existence. Dans quelques-uns de ces documents, il est fait mention de l’introduction accomplie ou projelée de diverses piaules utiles, telles que le coton, le tabac, le figuier, le poivre, le grenadier, le ricin, le mûrier, le lin, l'indigo, la garance et le jalap. Il y est aussi fréquemment question des importations des îles, mais il n’est pas tait mention de l’écorce de Cascarille (voy. Cctlendar of State Papcrs, Colonial Sériés, 1574-1060, édit. Sainsbury, Lond., 1800, 146, 148, 149, 164, 168, 185, etc.)

(4) Stisser, Actorum Laboratorii Chemici spécimen sccundum, Ilclmcstad., 1693, c. ix.

(5) Geoffroy, Tract, de Mat. inÇd., 1741, 11, 202.

(6) J’ai fait voir dans mes Documente zur Geschichte dur Pharmacie, Halle, 1876, 75, que cette écorce était connue sous le nom de Chind Nova ou Cascarilla, dés 1691, dans les pharmacies allemandes. [P. A. P.]

EUPI10RBIACÉES.

copée do Londres, en 1746, sous le nom à'Eleuthoriœ Cortex , qui lui fut donné habituellement par les droguistes jusqu’à la fin du dernier siècle. Dans les îles Bahama, le nom de Cascarilla est encore à peine connu, et l’écorce est nommée Sweet Wood Bark (Ecorce de Bois doux) ou Eleuthera Bark (Ecorce d’Eleuthera) (1).

La plante qui fournit l’écorce de Cascarille a été le sujet de beaucoup de discussions, résultant de ce que plusieurs espèces du genre voisin Croton, originaires des Indes occidentales, possèdent des écorces aromatiques plus ou moins semblables à la drogue dont nous parlons. Catesby, en 1731, figura une plante de Bahama, le Croton Cascarilla Bennett, qui produisait probablement l’écorce d’Eleuthera primitive, mais qui, sans aucun doute, ne fournit pas du tout l’écorce de Cascarille du commerce moderne. Woodville, en 1794, et Lindley, en 1838, étudièrent la partie botanique de cette question. Le dernier possédait des échantillons authentiques qui lui avaient été fournis par J. C. Lees, de New-Providence, auquel l’un de nous doit la môme faveur. La question ne fut cependant résolue complètement qu’en 1839. A cette époque, J. J. Bennett traça, à l’aide d’échantillons recueillis dans les îles Bahama par Daniell, 1837-58, une diagnose très-claire des diverses plantes qui avaient été jusque-là confondues, et débrouilla leur synonymie (2).

Description. — L’écorce de Cascarille se présente en morceaux tubuleux ou pliés en gouttière, un peu grossiers et irréguliers, ayant rarement plus de 10 centimètres de longueur, et 1 centimètre et demi de diamètre. La plus grande partie de celle qu’on importe aujourd’hui est en tubes ou en fragments minces, très-petits, ayant à peine 3 centimètres de long, et provenant sans aucun doute de rameaux très-jeunes.

Les écorces les plus jeunes sontrevêtues d’une couche mince de suber, qui se détache facilement, et qui est couverte de plaques blanches argentées, d’un petit lichen, le Verrucaria albissima Ach,, dont le périthèce forme de petites taches noires. Les vieilles écorces sont plus rugueuses, fendillées dans le sens de la longueur, et munies de fissures transversales moins nombreuses. Au-dessous de l’enveloppe subéreuse, l’écorce offre une coloration d’un brun grisâtre. L’écorce de Cascarille se casse facilement. Sa cassure est courte et offre un aspect résineux. Son odeur est très-prononcée; elle est particulièrement agréable lorsqu’elle s’exhale de plusieurs livres d’écorce réduite en poudre grossière et

(L) Murray, Apparatuè medicaminum, 1787, IV, 128. — Martiny, Encyklop&die der Rohwaarenkunde, 1813, I, 271.

(2) Bennett, toc. cit. — Daniell, in Pharm. Joum., 1863, IV, 144; 226, avec figures.

enfermée dans un vus e • Su saveur est a m ère el nauséeuse. Elle exhale en brûlant une odeur aromatique, et entre dans la composition des pastilles employées pour les fumigations.

Caractères microscopiques. — La couche subéreuse est formée de nombreuses rangées de cellules tabulantes, dont les plus extéiieuies ont des parois très-épaisses, Le mésophlceum offre sa stiucture habituelle. 11 contient de l’amidon, de la chlorophylle, de l’huile essentielle, des cristaux d’oxalate de calcium, et une matière colorante brune. Cette dernière prend une coloration d’un bleu foncé sous l’influence du perscl de fer. Le liber est formé de parenchyme et de fibres entrecoupés par des rayons médullaires étroits. Sur une section transversale, les faisceaux fibreux offrent un contour cunéiforme ; ils sont formés, en majeure partie, non de cellules libériennes ordinaires, mais de cellules cylindriques, dont les parois transversales sont perforées comme un crible ( vasa cribriformia) . On y trouve aussi des vaisseaux laticifères. Le contenu de la partie parenchymateuse du liber est le même que celui du mésophlœum. Les cristaux d’oxalate de calcium offrent une apparence particulière (b).

Composition chimique. — L’écorce de Gascarille contient une huile volatile qu’elle fournit dans la proportion de 1 à 3 pour 100. D’après Vôlckel, la première partie qui distille est incolore, mobile, et réfracte fortement la lumière ; la suivante est jaunâtre et un peu visqueuse, et la dernière est très-épaisse. Ce chimiste considère l’huile volatile brute comme un mélange d’au moins deux essences, dont la plus volatile ne contient probablement pas d’oxygène (I). Gladstone, enl872, attribua à l’hydrocarbone de l’huile de Cascarille la composition de l’essence de térébenthine. L’essence de Cascarille rectifiée, distillée il y a quelques années par l’un de nous, dévie la lumière polarisée de 2°, 9 à gauche, en colonne de 50 millimètres de long.

L’écorce de Cascarille a donné à Trommsdorff lo pour 100 de résine consistant en deux parties, l’une acide, soluble dans les alcalis, l’autre indifférente. Elle paraît contenir de lagomme dans la même proportion.

Le principe amer de l’écorce de Cascarille a été isolé, en 1845, par Duval, et nommé Cciscarilline. C. etE. Mylius, en 1873, l’ont retirée d’un dépôt formé dans un extrait officinal, sous la forme de prismes microscopiques, facilement solubles dans l’éther et dans l’alcool chaud, très-peu dans l’eau, le chloroforme et l’alcool étendu. Ils fondent à 205° G., et ne

(1) C-melin, Chemistry, 1860, XIV, 363.

EUPHORBIACÉES

sont pas volatils. Ce corps n’est pas un glucoside. Sa composition répond à la formule C'HPO1.

Commerce. — L’écorce de Gascarille est expédiée de Nassau, principale ville de New-Providence (Baliama). Elle est ordinairement emballée dans des sacs. La quantité importée dans le Royaume-Uni, en 1870, fut de 12 261 quintaux, évalués à 16482 livres sterling.

Usages. — On prescrit l’écorce de Gascarille comme tonique, ordinairement sous la forme de teinture ou d’infusion.

Falsification. — On a récemment signalé sur le marché de Londres une écorce fausse de Gascarille. Elle provenait de Baliama, et était mélangée avec l’écorce véritable, à laquelle elle ressemble beaucoup. Ses tubes ressemblent aux tubes les plus gros de l’écorce de Gascarille ; ils sont couverts d’un lichen, mais ce dernier n’offre pas la blancheur argentée du Vernie aria de la Gascarille. Cette écorce fausse offre une écorce subéreuse qui no se détache pas ; sa surface interne est colorée en brun rosé, et nettement striée dans le sens de la longueur; par sa structure microscopique, elle ressemble à l’écorce dé Cascarille véritable, et encore davantage à l’écorce de Copalchi. Cependant, elle est facile à reconnaître à ses nombreux groupes arrondis de cellules sclérenckymateuses, très-visibles quand on humecte l’écorce avec de l’ammoniaque, et ensuite avec une solution d’iode dans l’iodure de potassium. Cette écorce possède une saveur astringente, sans amertume ni arôme. Sa teinture ne devient pas laiteuse quand on y ajoute de l’eau, mais elle noircit sous l’influence du perchlorure de fer. Elle diffère sous ces rapports de la teinture de Cascarille. M. Holmes (1) pense que cette écorce fausse de Cascarille est fournie probablement par le C rot on luçidus L.

(a) Le Crolon Eluleria Bennett (in Proc, of the Linn. Societ., 1\ , 29) est un arbre à feuilles alternes, simples, penninerviées, à pétiole trois ou quatre fois plus court que le limbe, qui est lancéolé, ovale, longuement acuminé, arrondi ou légèrement cordé il la base, denticulé sur les bords, muni de poils déprimés argentés, rares sur la face supérieure, denses sur la face inférieure, dépourvu de glandes au niveau de son point d’insertion sur le pétiole. Ce dernier est accompagné de stipules latérales peu développées. Les fleurs sont monoïques et offrent, ainsi que le fruit, la môme organisation générale que dans le Crolon Tighum (voy. p. 311, note a), mais ici la corolle est également développée dans les deuv sexes, et formée dans la fleur femelle de cinq pétales lancéolés-obovales, arrondis, obtus, barbus sur les bords, plus ou moins imbriqués dans le bouton. Dans la fleur mâle, 1 androcée est représenté par douze étamines, à filets velus sur toutes les faces. Dans la fleur femelle, l’ovaire est recouvert de poils, et surmonté d’un style divisé en

(I) Phanm. Journ., 11 avril 1871,8)0.

trois branches elles-mêmes bifurquées en lames bifides et recourbées. [Tuad.] (6) L’écorce do Cascarille offre sur une coupe transversale, ainsi que le montre la figure 228 :

1° une couche a de suber, formée de cellules quadrangulaires, aplaties, sèches et brunes ; 2° une couche de parenchyme cortical b, formée de cellules polygonales, à parois minces et claires. Un grand nombre de ces cellules contiennent une matière colorante brune, qui persiste après qu’on a fait bouillir la coupe dans la solution acétique d’aniline, et ont même acquis une teinte noire foncée. Ces cellules, répandues non-seulement dans le parenchyme cortical, mais encore dans le liber, donnent aux coupes de l’écorce de Cascarille un aspect tout particulier qui permet de distinguer cette drogue de toutes les autres écorces médicinales dont nous avons déjà parlé. Le liber c représente la partie de beaucoup la plus considérable de l’écorce. Ses faisceaux sont séparés les uns des autres par des rayons médullaii’es ordinairement réduits à une seule rangée radiale de grandes cellules polygonales, qui contiennent chacune un gros cristal d’oxalate de calcium.

Chaque faisceau est formé en partie de cellules parenchymateuses, dont un certain nombre contiennent la matière colorante noire dont nous avons parlé plus haut, et d’éléments allongés. Les parois d’une partie de ces derniers se colorent en bleu dans la solution d’aniline, tandis que les autres restent incolores. Les premiers sont indiqués dans la figure par des contours plus foncés. [Trad.]

Fig. 229. Ecorce do Cascarille.

Coupc transversale.

ÉCORCE DE COPALCRI.

Cette drogue est fournie par le Croton niveus Jacqoin ( Crolon Pseuclo - China Sciilecht). C’est un arbuste de 3 mètres de haut environ, originaire des Indes occidentales, du Mexique, de la Nouvelle Grenade et du Vénézuela (a). Elle est parfois importée en Europe en tubes ayant de 30 à 00 centimètres de long, ordinairement plus larges et plus épais que ceux de l’écorce de Cascarille, dont cette écorce se rapproche par son odeur et sa saveur.

L’écorce de Copalchi possède une couche subéreuse mince, grisâtre, papyracée, qui, en tombant, met à nu une surface marquée de petites fossettes transversales, semblables à des ligues faites avec une lime. Sa cassure est courte.

L’écorce de Copalchi a été étudiée par J. Eliot Howard (I). Il y a

(1) Pharm. Journ., 1835, XIV, 319.

318 ËUPHORBIACÉES.

trouvé une petite proportion d’un alcaloïde amer, soluble dans l’éther, semblable à la quinine en ce qu’il prend une coloration vert foncé lorsqu’on le traite par le chlore et l’ammoniaque, mais ne formant avec l’iode aucun composé caractéristique.. Mau ch (1), qui a également analysé cette écorce, n’a pu en retirer aucune base organique. Il obtint par distillation une huile essentielle qu’il trouva constituée par un hydrocarbone et un acide organique. Ce dernier n’a pas été étudié. Il en retira également un principe amer incristal lisable, qu’il a démontré ne pas être un glucoside.

(a) Le Crolon nioeus (Jacq., Stirp. Amer, flist., 2oi>, t. 162, fig. 2) appartient, comme l’espèce précédente, à la section Eluteria du genre Crolon , et possède également la corolle de la. fleur femelle bien développée. C’est un arbuste à rameaux supérieurs, à feuilles et' à fleurs recouverts de poils ramifiés, argentés ou ferrugineux ; à feuilles pétiolées, longues de 3 à 12 centimètres, ovales, cordées à la base, plus ou moins acuininées, rigides, membraneuses ', a limbe quintuplinervié, dépourvu de glandes à la base, couvert en dessous de poils ramifiés, argentes ; à pétiole de deux à quatre fois plus court que le limbe, accompagné de stipules rudimentaires. Les fleurs sont disposées en grappes axillaires, deux fois plus courtes que les feuilles. Les fleurs mâles ont de dix à seize étamines, à filets velus. Les fleurs femelles ont des pétales oblongs-ovales. L’ovaire est surmonté de trois styles à quatre divisions entières ou bifides. La capsule est recouverte de poils. [Trad.]

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