‹ Histoire des drogues d'origine v©♭g©♭tale [electronic resource]Chapitre 58 sur 124 · GRAINES DE RICIN · texte numérisé non relu

GRAINES DE RICIN

Semen Ricini ; Semen Cataputix major* ; Semences de Ricin, Semences de Raima Christi ; angl.. Castor oilSeeds, Raima Christi Seeds ; allem., Ricimssamen.

Origine botanique. — Ricinus commuais L. Le Ricin est originaire de l’Inde où il porte plusieurs anciens noms sanskrits (2). Il a été répandu par la culture dans toutes les régions tropicales, et dans un grand nombre de pays tempérés. Dans les climats les plus favorables à sa croissance, il atteint une hauteur de 12 mètres. Dans les Açores, et dans les parties les plus chaudes de la région méditerranéenne, telles que 1 Algérie, l'Egypte, la Ligurie et la Grèce, il forme un petit arbre de 3 à S mètres de haut, tandis qu’en France, en Allemagne, et dans le sud de l’Angleterre, il reste à l’état de plante annuelle, à feuillage magnifique, ne dépassant pas 1»,20 à i“,50 de hauteur. Dans les étés favorables, il mûrit ses graines en Angleterre, et même plus haut dans le nord, jusqu’à Christiania, en Norwége.

(1) Viertelj ahresschrift für prald. Phavm., de Wittstein, 1869, XVIII, 161.

(2) Le plus usité est Eranda ou Yeranda, qui est passe dans plusieu

rs autres

idiomes.

Le Ilicinus conimunis offre un grand nombre de variétés dont plusieurs ont été décrites et figurées comme des espèces distinctes. Muller, après un examen sérieux de toute la série, n’en fait qu’une seule espèce dans laquelle il distingue dix formes plus ou moins bien marquées. (I ). M. Bâillon (2) admet la même opinion.

Historique. — Le Ricin était connu d’Hérodote, qui le nomme Ké/.i, et dit qu’il fournit une huile très-employée par les Egyptiens. A l’époque où il écrivait, le Ricin avait probablement été déjà introduit en Grèce, oii il est encore cultivé sous son ancien nom (3). Le Kikajon du Livre de Jonas, que les traducteurs anglais rendent parle mot Gourd , est considéré comme étant la même plante. LeKùu est également mentionné par Strabon comme une production de l’Egypte; son huile était employée pour brûler dans les lampes, et pour faire des onguents. Théophraste et Nicander donnent au Ricin le nom de Kp 6xm. Dioscoride le nomme Kr/.i et Kpéxuv, et le décrit comme étant de la taille d’un petit figuier, avec des feuilles semblables à celles du platane, et des fruits à péricarpe épineux. Il fait remarquer que le nom de Kpoxuv est appliqué à sa graine à cause de sa ressemblance avec un insecte ( Ixodes Ricinus La.tr.) connu sous ce nom. Il expose aussi le procédé employé pour extraire l’huile de Ricin (Kiy.'.vov *EXaicv). Il dit qu’on ne mange pas cette dernière, mais qu’on l’emploie comme médicament externe, et représente les graines comme très-purgatives. On trouve une figure assez exacte du Ricin dans le fameux manuscrit de Dioscoride qui fut exécuté pour l’impératrice Juliana Anicia, en 505, et qui est aujourd’hui conservé dans la bibliothèque impériale de Vienne.

Le Ricin était cultivé par Albert le Grand, évêque de Ratisbonne, au milieu du treizième siècle (4). Il était bien connu, comme plante de jardin, à l’époque de Turner (1568), qui mentionne l’huile sous le nom d ’Oleum cicinum vel ricininum (5). Gerarde, vers la fin du même siècle, le connaissait sous le nom de Ricinus ou Kik. Il dit que l’huile porte le nom ùi O leum cicinum ou Oleum de Cherua, et est employée, à l’extérieur, contre les maladies de la peau. Après cette époque, l’huile paraît être tombée dans un oubli complet; elle n’est même pas notée dans l’excellente Pharmacolocjia de Dale (1693). A l’époque de Hill (1751) et de Lewis (1761), on ne trouvait que rarement l’huile de Palma-Christi

(1) De Candoi.le, Prodr., XV, S., II, 1017.

(2) Histoire des Plantes, 1874, Y, Euphorbiacées, 110.

(3) JIeldreicii, Nutzpflanzen Griechenlands , Athen, 1862, 08. •

(4) De Vegetabilibus, ed. Jessen, 1867, 347.

(5) Herbal de Turner, P. II, 116.

EUl’HOll IMAGÉES.

dans les boutiques, où elle était à peine connue (1). En 1764, Peter Canvane, qui pratiqua pendant de longues années la médecine dans les Indes Occidentales, publia une Dissertation on l/ie Oleum P aima: Christi, siue Oleum Ricini, or (as it is commonly call’d) Castor oïl (“2). 11 recommandait beaucoup son emploi comme purgatif doux. Cet essai eut deux éditions et fut traduit en français. Il fut suivi de plusieurs autres (3) qui attirèrent beaucoup l’attention sur la valeur de cette huile. Les graines de Ricin furent admises dans la Pharmacopée de Londres de 1788, avec des indications pour l’extraction de leur huile. Woodville, dans sa Medical Dotant/, en 1790, parle de cette huile comme étant devenue depuis quelque temps d'un usage fréquent.

A cette époque, et pendant les années suivantes, la petite quantité de graines et d’huile employées parla médecine européenne provenait delà Jamaïque (4). Cette huile fut peu à peu remplacée sur le marché par celle des Indes Orientales. La rapidité avec laquelle sa consommation augmenta peut être appréciée par les chiffres suivants, indiquant la valeur de l’huile de Ricin expédiée du Bengafe en Angleterre pendant trois années du commencement de notre siècle. En 1813-14 cette valeur était de 610 livres sterling; en 1815-16, de 1 269 livres sterling; en 1819-20, de 7 102 livres sterling (5).

Description. — Le fruit du Ricin est une capsule tricoque, ordinairement couverte d’épines molles, et contenant une graine dans chacune de ses trois loges. Les graines ont de 6 à 1 2 millimètres de long, et 8 millimètres environ d’épaisseur; elles sont ellipsoïdes et comprimées. Le sommet de la graine est prolongé en un bec court, sur la face inférieure duquel se trouve une caroncule renflée. De cette dernière, part un raphé qui s’étend jusqu’à l’extrémité inférieure de la face ventrale, qu il

(1) ÏIïll, Hist. ofthe Mat. Med., Lond., 1751, 537.- Lewis, Hist. of the Mat. Med., Lond., 1761, 468.

(2) Le nom anglais Castor donné aux graines du Ricin vient de la Jamaïque, ou, par une erreur étrange, la plante a reçu le nom d’Agnns Castus, tandis que le Vitex Agnus Castus est originaire de la région méditerranéenne, et non des Indes Occidentales.

(3) Pour la liste de ces auteurs consultez : Mehat et De Lens, Dict. de Mat. med .,

Page 1