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(4) Le peu d’importance de ce commerce à cette époque est bien indique par ce tait qu’en 1777 la provision d’un droguiste de Londres (Joseph Gurney Bevan, prédécesseur de MM. Allen et Hanbury), était seulement de deux bouteilles, évaluées à 8 shillings l’une. Les comptes de la même maison montrent qu’en 1732 la quantité d’huile existant en magasin était de vingt-cinq bouteilles, qui avaient coulé 10 shillings chacune. En 1799, la Jamaïque exporta 236 barils d'huile de Ricin, et 10 barils de graines (Renny, Hist. of Jamaica, 1807, 235).
(5) H. II. Wilson, Iieview of thfi Externat Commerce of Bengal from 1813 to 1828,
Calcutta, 1830, 14-15.
parcourt, où il se termine en un point du tégument indiqué par une petite protubérance. Lorsqu’on enlève la caroncule, il reste, au-dessous d’elle, une cicatrice noire, formée par deux petites dépressions. L’épiderme est luisant, grisâtre, marqué de bandes et de taches brunâtres, et diversement bariolé. On ne peut pas faire disparaître ces taches, mais, après macération, la couche superficielle du tégument s’enlève facilement en petites bandes. Le tégument sous-jacent est noir en dehors, gris en dedans, pas plus épais que celui de la graine de croton, mais beaucoup plus cassant. L’amande remplit entièrement les téguments et s’en sépare avec facilité, mais en entraînant avec elle la membrane interne, qui est blanche et molle. L’amande ressemble tout à fait, par sa structure et par la situation de l’embryon, à celle du Croton Tiglium (voy.p.309); mais les cotylédons du Ricin sont proportionnellement plus larges, leur nervure médiane est épaisse, et émet deux ou trois paires de nervures latérales. Lorsqu’elle n’est pas rance, l’amande du Ricin possède une saveur douce, accompagnée seulement d’un peu d’âcreté.
Structure microscopique. — L’épiderme mince de la graine est formé de cellules tabulaires pentagonales ou hexagonales, ponctuées. Leurs parois sont imprégnées, en certains points, d’une matière colorante brunâtre qui donne à la graine son aspect tacheté particulier. Ce sont ces cellules seules qui noircissent lorsqu’on traite de minces couches tangentielles des téguments par une solution alcoolique de chlorure ferrique. Au-dessous de ces cellules tabulaires, on trouve dans la graine non mûre (1) une couche de cellules à parois épaisses, incolores, allongées radialement par rapport à la surface du tégument. Dans les graines mûres, cette couche de cellules n’est pas visible, elle paraît se détruire pendant la maturation. Le tégument lui-même est formé de cellules cylindriques, très-pressées, longues de 300 à 320 millièmes de millimètre, et larges de 6 à 10 millièmes de millimètre. L’amande offre la même structure que celle du Croton Tiglium , mais on n’y trouve pas de cristaux d oxalate de calcium. Lorsqu’on humecte l’endoplèvre du Ricin avec de 1 acide sulfurique dilué, il s’en sépare, au bout de quelques heures, des cristaux aciculaires de sulfate de calcium. Lorsqu’on examine de minces tranches de l’amande dans la glycérine concentrée, on ne voit pas les gouttes d’huile, malgré leur abondance ; mais elles deviennent visibles si l’on ajoute beaucoup d’eau à la préparation. Il est donc probable que l’huile existe dans l’amande sous la forme d’une
(1) Guis, Ann. sc. nat., Botan ., 1881, XV, S-U.
HIST. DES DROfîUES, T. II.
322 EÜWIORBIACÉES.
sorte de composé avec les matières albuminoïdes (1). Ces dernières se présentent dans l’albumen du Ricin en partie sous la forme de cristalloïdes octaédriques ou tétraédriques, qu’on trouve aussi dans beaucoup d’autres graines (b).
Composition chimique. — Le principe constituant le plus important de la graine du Ricin est l’huile fixe désignée sous le nom d 'huile de Ricin [Castor oit des Anglais). L’amande, débarrassée des téguments, en contient au plus la moitié de son poids. L’huile retirée par simple pression des graines décortiquées , et soigneusement nettoyées , ne possède que très-peu d’âcreté, et ne contient qu’une très-faible proportion du principe drastique que renferment les graines. Il en résulte que les graines elles-mêmes, ou leur émulsion, agissent avec beaucoup plus d’efficacité qu’une quantité équivalente d’huile. L'huile de Ricin, extraite à l’aide de l’alcool absolu du du bisulfure de carbone, purge également avec beaucoup plus d’énergie que l’huile obtenue par pression.
Le poids spécifique de l’huile de Ricin du commerce est ordinairement de 0,96 environ ; sa coloration habituelle est jaune pâle ; elle est visqueuse, et possède une odeur et une saveur faibles de moisi. Exposée au froid, elle ne se solidifie d’ordinaire complètement qu’à 18° C. Disposée en couches minces, elle se dessèche en formant un vernis. La propriété qu’elle possède, de se mélanger en toutes proportions avec l’acide acétique cristallisable et l’alcool absolu, est caractéristique. Elle est soluble, même à 15° G., dans quatre parties d’alcool à 0,838, et se mélange, sans se troubler, avec son poids du même dissolvant, à 23° C. Les huiles commerciales, cependant, diffèrent beaucoup les unes des autres, à ce point de vue, et à beaucoup d’autres égards. Les propriétés optiques de l’huile de Ricin demandent à être étudiées de nouveau ; nous avons constaté, en effet, que certains échantillons dévient la lumière polarisée à droite, tandis que d’autres la dévient à gauche.
L’huile de Ricin fournit, par saponification, plusieurs acides gras, dont l’un paraît être Y acide Palmitique. Un autre acide particulier à cette huile est Y acide Ricinoléique , C18fP03. Il se solidifie au-dessous de 0“C.; il ne se solidifie pas au contact de l’air par absorption d’oxygène, et n’est pas homologue de l’acide oléique ou de l’acide linoléique, qui ne
(1) Sachs, Lehrbuch (1er Botan., 1870, 53.
(2) Pour plus do détails, voyez : Trécul, in Ann. se. nat., Bot., 1858, X, 355. — Radlkofer, Krystalle proteinartiger Kôrper, Leipzig, 1859, 61, t. 2, f. 10. — Pkeffer, Proteinktirner, in J ahr bûcher für Wissenschaftliche Botanik de Pringsiieim, 1872, VIII, 429, 464.
sc trouvent, ni l’un ni l’autre, clans l'huile de Ricin (1). Celte huile se solidifie, cependant, quand on en fait chauffer six parties avec une partie d’amidon et cinq parties d’acide nitrique à 1 ,25 ; il se forme alors de la Ricinélaïdine , dont on peut facilement retirer de V acide Ricinélaïdique en cristaux brillants. Fleury, en 1865, a retiré des graines de Ricin 3,23 pour 10Û d’azote, répondant à environ 20 pour 100 de matières albuminoïdes. Le même chimiste en a extrait,, en outre, 46,6 pour 100 d’huile fixe, 2,2 pour 100 de sucre et de mucilage, et 18 pour 100 de cellulose.
D’après Bower (2), les graines contiennent une substance protéique, et un corps semblable à l’amygdaline, qui, en agissant l’un sur l’autre en présence de l’eau, produisent une très-petite quantité d’un corps fétide, toxiqu-e, qui agit énergiquement sur les organes digestifs. Ces faits exigent de nouvelles recherches.
Tuson, en 1864, en épuisant les graines de Ricin à l’aide de l’eau bouillante, en retira un alcaloïde qu’il nomma Ricinine. Il dit que ce corps cristallise en prismes rectangulaires et en plaques, qui fondent lorsqu on les chauffe, et se solidifient, pendant le refroidissement, en une masse cristalline ; on peut même sublimer les cristaux. Brûlés sur une plaque de platine, ils ne laissent aucun résidu. La ricinine se dissout facilement dans l’eau et dans l’alcool, moins facilement dans l’éther et la benzine. L’acide sulfurique concentré la dissout sans se colorer. Elle se combine avec le chlorure de mercure, en formant des touffes de cristaux soyeux, soluhles dans l’eau et dans l’alcool. Chauffée avec de la potasse, elle dégage de l’ammoniaque. La ricinine passe pour n avoir qu’une saveur faible, et ne paraît pas constituer le principe purgatif des graines. Werner, en 1869, en répétant les expériences de Tuson sur 30 livres de graines de Ricin d’Italie, obtint aussi des cristaux qui, par 1 aspect et la volatilité, ressemblaient en partie à la ricinine, mais en différaient par ce point essentiel, que leur incinération donnait un résidu de magnésie ; chauffés avec de la potasse, ils ne donnaient pas d’ammoniaque. Tuson (3) rejette l’idée que la ricinine puisse être identique au composé magnésien de Werner. E. S. Wayne, de Cincinnati, a trouvé récemment (1874), dans les feuilles du Ricin, une substance semblable en apparence à la ricinine de Tuson, mais il pense qu’on ne peut pas la considérer comme un alcaloïde. Les tégu-
(1) Gmelin, Chemistry, 1886, XVII, 131-144. •
(2) Amer. Juuvn. of Pharm., 1854, XXVI, 207.
(3) Chemical News, 1870, XXII, 229.
KUPHORBIÀCÉES.
ments des graines de Ricin nous ont donné 10,7 pour 100 de cendres, dont un dixième était formé par de la silice. Les cendres de l'amande, desséchées à 100° C., s’élèvent à 3,5 pour 100.
Production et Commerce. — L’huile de Ricin est fabriquée en trèsgrande quantité dans l’Inde, où l’on distingue deux variétés de graines : des grosses et des petites ; les dernières sont considérées comme fournissant un meilleur produit que les autres. Pour fabriquer l’huile de Ricin, on écrase légèrement les graines entre des rouleaux, et on les débarrasse à la main des débris de téguments et des graines vides. A Calcutta, 100 parties de graines donnent, en moyenne, 70 parties d’amandes mondées, qui , sous la presse hydraulique , fournissent 0,46 à 51 pour 100 d.e leur poids d’huile. Cette dernière est ensuite purifiée par un procédé très-imparfait, qui consiste à la chauffer avec de l’eau (I).
L’exportation de l’huile de Ricin faite par Calcutta (2) pendant l'année 1870-71 s’est élevée à 654917 gallons, sur lesquels 214959 gallons furent expédiés dans le Royaume-Uni. L’importation totale de l’huile de Ricin, dans le Royaume-Uni (3), pendant l’année 1870, s’est élevée à 36 986 quintaux (environ 416 000 gallons), estimés à 82 490 livres sterling. L’Inde britannique, et particulièrement le Bengale, en avaient fourni environ les deux tiers, et l’Italie 11 856 quintaux (environ 133 000 gallons) ; la petite quantité restante provenait d’autres pays.
L’huile de Ricin d’Italie, qui, depuis quelque temps, jouit d'une grande célébrité, est retirée par pression des graines de plantes cultivées particulièrement dans les environs de Vérone et deLegnago, dans le nord de l’Italie. La fabrique de M. Bellino Valeri, située dans la dernière de ces villes, a produit, en 1873, 1 200 quintaux d’huile de Ricin, provenant en entier de graines récoltées en Italie. On cultive, dans ces localités, deux variétés de Ricin : la variété à graines noires d’Egypte, et la variété à graines rouges d’Amérique. Les graines de ce dernier sont celles qui fournissent le plus d’huile, mais sa coloration est moins pâle. On dépouillé les graines de leurs téguments n'vtc beaucoup de soin ; on les brise, et on les soumet à une presse hydraulique puissante dans une salle qui, en hiver, est chauffée à environ 21° C, L’écoulement de l’huile est favorisé par des plaques en fer
(1) Madras Exhibition of Raw Products , etc., of Southern India { Reports bij the Juries, Madras, 185G, 28).
(2) Annual volume of trade and navigation for the Bengal Presidency for 1870-/1, Calcutta, 1871, 119.
(3) Annual statement of the trade, etc., of the United- Kimjdom for 1870.
HISTOIRE DES DROGUES D’ORIGINE VÉGÉTALE. 32o
chauffées entre 32° et 38° G., et placées entre les sacs pressés. Les graines décortiquées donnent 40 pour 100 environ d huile (1).
Toute l’huile de Ricin pressée en Italie ne provient pas de graines produites par le pays. Il résulte des documents officiels (2) que pendant l’année 1872-73 il a été exporté de Bombay à Gênes 1 330 quintaux de graines de Ricin, indépendamment de 2 452 gallons d’huile. Nous ne possédons aucun document indiquant la quantité de ces produits exportés des autres parties de l’Inde pendant la même année.
Usages. — L’huile de Ricin est très-estimée comme purgatif doux. On emploie les qualités inférieures dans la fabrication du savon, et, dans l'Inde, on les brûle pour l’éclairage. Aujourd’hui, on n’administre pas les graines. Les feuilles de la plante, appliquées après décoction sur les mamelles de la femme, passent pour provoquer la sécrétion du lait. Celte propriété, connue depuis longtemps des habitants des îles du cap Vert (3), fut particulièrement constatée, vers 1830, par le docteur Mac William. On a affirmé même que cette action était produite par les feuilles prises à l’intérieur.
(a) Les Ricins (Ricinus Tournefort, Instit., 532, t. 307) constituent le type d’une série d’Eupliorbiacées uniovulées ; à tleurs régulières et monoïques ; apétales ; à fleurs mâles pourvues d’étamines en nombre indéfini, polyadelphes (voy. H. Bâillon, Histoire des plantes , V, 109).
Le Ricinus commuais. L. ( Species , 1007) est une plante à feuilles alternes, longuement pétiolées, accompagnées de deux stipules latérales ordinairement connées en un sac membraneux caduc qui, dans le bouton, enveloppe les jeunes feuilles. Le limbe des feuilles est palmé, à cinq, sept, neuf ou même onze lobes séparés par des sinus plus ou moins profonds, pénétrant parfois jusque près du sommet dit pétiole. Les lobes inférieurs sont souvent conués, et la feuille est alors véritablement peltée.
Les lobes foliaires sont ovales-lancéolés, acuminés, iné gaiement dentés. Du sommet du pétiole principal partent autant de nervures primaires qu’il y a de lobes, et chacune parcourt directement, dans toute sa longueur, le Fl£' 23°- $&ms commuais. lobe auquel elle est destinée, en émettant de chaque côté des nervures secondaires pennées. Le pétiole est très-allongé, cylindrique, tubuleux quand il est bien développé ; il offre, d’ordinaire, de grosses glandes sessiles, situées sur les bords de
(1) H. Ghoves, Pharm. Journ . , 1867, VIII, 250.
(2) Annual statement of the trade and navigation of the Président')] of Bombay for